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 Bibliographie de la Maison Grey. [Solo]

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Styx
Ombre de la C.O ♦ Vicomte de Spelunca ♦ Malice immémoriale

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(Faustus Fortuna, Compagnon de Styx [Invendable] ; 50% des stats - bonus compris sauf artefacts - dé de race)

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Dégâts: 822

MessageSujet: Bibliographie de la Maison Grey. [Solo]   Sam 26 Aoû 2017 - 3:51

"Ruse et Pouvoir"

Un bruit épais de roues empli les airs nocturnes du massif de Spelunca, inaudible de toute civilisation en ces recoins oubliés des Hommes. Car si les sentiers où s'enfonçait la diligence à la destination audacieuse étaient étranges et tortueux, ils n'étaient pas aussi bizarres que les galeries caverneuses où ils menaient. Spelunca, ancienne terre des Vampires et Lycanthropes, recelait en ses dédales de pierre creusée ben des secrets.

Lorsque le convoi eut franchi le col qui séparait le dernier village de la dernière route vers toute ville digne de ce nom, il continua un peu, avant que ses conducteurs ne décident d'arrêter le véhicule. Il était grand, et d'excellente manufacture comme en attestait le blason de la Garde Royale, frappé sur les cotés du chariot. Les étalons quant à eux, deux beaux purs-sangs, étaient drapés de rouge et d'or.
Le premier gardien en armure chatoyante, même dans cette nuit noire, se saisit d'une torche du véhicule et descendit, avant de faire le tour de son transport trois fois. Le second eut tôt fait de rejoindre la ronde, en sens inverse, inspectant à son tour la cargaison.

Un épais rideau, brodé de glyphes et serti de pierres enchantées, dissimulait une cage en acier trempé, lui aussi magique, bâti par les nains forgerons eux-mêmes. Après un court instant qui pourrait passer pour une certaine hésitation, le garde à la torche avança sa main vers le tissu, qui s'envola un court instant, baigné dans un clair de lune presque menaçant.

Un visage aux trais fins et doux, presque féminins au niveau des pommettes rosées, leva des yeux rouges vers son geôlier. Il y avait un silence insidieux en ces lieux, presque féroce, seulement perturbé par les soufflements des chevaux et le vent qui agite le feu au bout du bâton du gardien.
En une fraction de secondes, il déglutit en apercevant la prétendue Ombre. Un jeune garçon, qui une fois privé de son habituel maquillage demeurait tout de même d'une pâleur inhumaine, maigre et grand. Ce n'était pas vraiment ce à quoi les yeux d'un combattant aguerri s'attendaient, ce qui décocha un rire nerveux au Stellarois, qui était toujours la cible des yeux curieux du magicien.

Lachlan "Styx" Grey n'avait rien de dangereux désormais. Solidement enchainé au niveau des mains et des pieds, il portait aussi en permanence un masque de fer sur la partie inférieure de la mâchoire, afin d'éviter toute tentative de morsure. En d'autres termes, un esprit avisé savait que le tuer en de telles circonstances n'était pas chose qui se présenterait deux fois.
La main du soldat effleura son épée, dans son fourreau, toujours suivi par les billes qui servaient d'yeux au pauvre vampire, mais l'autre lui fit signe de la tête et lui commanda d'ouvrir la porte de la cage.

Après tout les Stellarois n'ont qu'une parole et il fut décidé, nul ne saura sous quelles circonstances, que le criminel notoire serait pardonné pour ses crimes et même reconnu comme noblesse en échange d'une allégeance à la couronne. Et il n'y eut pas une seule bouche pour affirmer que l'arlequin se tiendrait tranquille jusqu'à son procès.
Tous avaient redouté un éclat de malice, comme en avaient témoigné ses semblables en s'évadant, mais il n'y eut rien dans la prison qui aurait indiqué la malfaisance du désormais Sir.

Lachlan était plutôt sympathique, même si quelques fois mal luné, et parlait bien. Pour cela, tous s'intéressèrent à ses bavardages et bientôt il devint une figure installé dans le paysage carcéral. Jusqu'au jour de son jugement.

Il passa devant les foules, hué et même lapidé par certains, sans que jamais aucune magie -puisqu'il en était privé par les chaines des nains- ne viennent refermer ses blessures. Il fut battu et interrogé, affamé aussi, sans jamais rétorquer.
Même lors du jugement il montra une certaine surprise à ce que l'on le relâche.

Le garde posa ses doigts sur le fer enchanté, et soupira. Lorsque le verrou céderait sous la clé, une bête féroce, capable de manipuler des forces obscures et réputé pour ses complots serait relâché dans la nature.
Pire encore, après l'évocation d'une demande de serment, le prisonnier s'était de suite proposé. Et bien que le Garde à la torche, clair dans son raisonnement ne pouvait décemment refuser un ordre de la Couronne, il hésita.

Il était encore temps, pensa-t-il en ouvrant la porte de la cage, de mettre un terme à la vie de celui qui avait mené les troupes chaotiques de la Congrégation à Ishtar. Alors il contempla, en une expression voilée par son heaume de fer noble et de dorures, l'otage à son tour et leurs regards se croisèrent durant un moment qui lui sembla une éternité.
Il ne vit aucun mal en cet homme, finalement.

Alors les gardes montèrent, et entreprirent de le libérer à deux. Il était inutile de préciser que l'activité n'enchantait aucun des deux gardes, mais il fallait dénouer les liens, et il était impossible de le faire de l'extérieur, allez comprendre pourquoi. Lentement, sous une certaine pesanteur, ils libérèrent chaque membre séparément, jusqu'à ce que le captif ne sois maintenu prisonnier que par sa muselière solidement rattachée aux barreaux.
Lorsque celle-ci tomba, l'intéressé fit quelques mouvements de mâchoire et termina son exercice par un sourire avant de sauter hors du chariot. Il resta à l'entrée de sa cage quelques instants en regardant les gardes avec insistance.


- Il me semble qu'un véhicule m'était promis une fois à destination dans les négociations, messieurs. Où est-il ?

Les deux gardes, ébahis de ne pas avoir été attaqués, restaient muets face au pragmatisme de leur interlocuteur. Celui à la lanterne laissa échapper un rire avant de parler avec assurance.


- Les horaires n'ont pas été précisés par vos bienfaiteurs, Messire. C'est bien comme ça maintenant ? Messire !

De nouveau, le jeune homme aux joues roses et maigre constitution les regarda avec insistance.

- Vous haïssez celui que j'étais, et cela je conçois, mais veuillez accompagner vos paroles de mon nouveau caractère puisque vous ornez vos phrases de mon titre nouveau. Je suis Lachlan Grey, fier gentilhomme du royaume Dùralassien et dans mon allégeance à la couronne je vous présente mes plus honnêtes respects à vous qui êtes les épées du peuple.
Vous avez un jeu de cartes ? En attendant ?


Encore des regards déconcertés, suite auxquels le plus jeune des Gardiens ôta son heaume pour dévoiler un faciès plaisant et une barbe taillée. Il sauta à son tour hors de la cage, pour se tenir aux côtés du vampire.


- J'espère que vous dîtes vrai, Messire, Edgar de Langlois pour vous servir. Je respecte vos actions jusque là pacifiques, pardonnez ma surprise, mais vous avez un passé.

L'ombre salua l'homme par une poignée de main, et, alors que le deuxième gardien allait rejoindre l'échange amical, une voiture, comme apparue de nulle part, tirée par deux juments blanches de Spelunca se tînt face à eux.
La voiture était parée de peintures élégantes, représentant les roses d'or de la maison Grey. Le vampire, alors occupé à sortir un jeu de cartes interrompit son geste en une mine plutôt désolée.

- Une prochaine fois, Edgar et son ami ! La prochaine fois, notre partie sera plus longue !

La silhouette du jeune homme, seulement vêtu de pauvres chiffons de prisonnier, disparu dans l'immense carrosse plus vite qu'il n'avait bondit hors de sa cage.

Dans la voiture, tirée par un énigmatique personnage à capuchon, trônait Faustus, paré d'un costume noir de jais, impeccable. Il tandis des vêtements classieux à l'arlequin dévêtu et le laissa se changer tandis qu'il le prépara à ses nouvelles fonctions ;


- Monsieur, cela faisait longtemps. Je crois que nous officions sous de nouvelles couleurs désormais, j'ai donc trouvé préférable de... retoucher vos possessions afin qu'elles ne soient au goût de Sa Majesté. Heureux de vous retrouver.
- Excellente initiative, les roses rendent bien, je ne m'en plaindrais pas. Tu as bien agis, retournons à Château-Rouge désormais, j'ai une allégeance vis à vis de la Couronne à respecter.

Faustus s'inclina poliment, et la voiture démarra instantanément.

Le trajet était assez court, mais se comptait néanmoins en heures. Désormais il s'agissait de ne plus perturber les paysans avec quelque déplacement magique, cela n'allait pas avec le statut du maître.
Le démon, alors que Styx s'habillait, ne put contenir un regard soupçonneux. Le vampire avait été laissé aux cachots durant des semaines, traité comme le haut traître qu'il était et probablement affamé, et son corps en avait pâti. Son torse, autrefois imberbe et lisse, présentait d'atroces mutilations, alors que la partie basse de son dos semblait calcinée. Faustus avait lu bon nombre de traités sur la torture, de partout dans le monde, mais toujours les vampires étaient des fantasmes du genre. Théoriquement immortels, ils faisaient la joie des tortionnaires, dénota le majordome sans toutefois plaindre son maître.

Il était sortit. D'ailleurs Faustus ignorait totalement le pourquoi de cette absolution royale. Il avait déjà tout préparé pour que Styx soit remplacé lorsqu'un corbeau l'avait informé du retour du clown. Curieusement, le serviteur attendait la mort de son maître dernièrement, il l'avait trouvé plutôt inactif. Objectivement.
Et le revoilà, désormais Baron et au service de Sa Majesté. Il attendit que Styx eut terminé d'enfiler un costume adapté, entièrement noir, avec un col relevé et des gravures rouges. Ainsi drapé le vampire ressemblait fortement à l'image du noble réussi que tous avaient inconsciemment.


- Monsieur, je suis à votre service, j'ai veillé à ce que tout sois prêt à Château-Rouge, mais... et je suis honteux de l'avouer, je ne sais pas sur quel pied danser. Êtes-vous réellement à la solde de la royauté Dùralassienne ? Vous êtes conscients que le service de la Dame n'est pas...

Styx leva une main doucement, puis planta des yeux indéchiffrables sur son majordome avant de parler à voix basse.


- Je suis le Baron de Spelunca, Faustus, et j'agirai comme mon serment me l'ordonne. Je garderai ce territoire de mon nom, et serai loyal envers le Roi. Je lèverai mon épée contre le danger, et protégerai ceux qui me prêtent allégeance. Jamais je ne trahirai des termes qui engagent ma survie en ce territoire, j'ai perdu une fois et cela me suffit.

Tout aussi naturellement qu'il avait accueilli Styx à bord, il posa un regard compréhensif sur Lachlan.


- Bien, Baron. La cérémonie officielle aura lieu demain, j'ai commandé du pain des fermes d'Ishtar, du vin de la région, des vignes de la famille Vermillon -le meilleur on me l'a certifié- et enfin du millésime Stellarois, sang royal. Pour la décoration j'ai opté pour...
- Avez-vous invité la famille Vassi ? J'ai ouï dire qu'ils étaient en visite à Dùralas... le charme de la Ghermanie doit s'estomper j'imagine...
- Très bien, j'enverrai le corbeau de suite. Mais, donc, pour la décoration j'ai pensé à des chandeliers de style baroques, en pierre blanche et noire, bordés de dorures...

Le restant du temps de voyage fut accordé aux fruits et fromages, argenterie et diversions, ainsi que beaucoup d'autres détails inhérents à l'acquisition du titre du vampire qui prêta pour une fois une oreille attentive aux dires de son homme de main. Il était clair pour Faustus que le maître avait changé, mais il n'était pas totalement convaincu de son alignement et savait que les devoirs envers sa Déesse poseraient problème à l'arlequin.
Il décida de se contenter d'obéir, le destin dicterait le reste.
Alors qu'ils étaient presque parvenus à destination, le Majordome terminant quelques détails a propos des desserts fit une aparté à son maître.


- Votre comportement exemplaire à  la prison de Stellarae, ainsi que votre allégeance vous ont valu une remonté incroyable dans la considération locale, certains nobles voudraient même se mobiliser demain pour votre cérémonie. Je n'ai décliné aucune demande, j'imaginais que monsieur aurait besoin de quelques alliés...
- Je suis très satisfait de toi, je ne pouvais espérer mieux. Les Seigneurs fidèles à la Dame seront là ? Et les nobles Spelunciens à qui la Congrégation a fourni des mercenaires ?
- Certainement monsieur.

La diligence arrêta alors sa course, et ils furent arrivés à destination.

Château-Rouge est une cité en expansion bâtie de toute pièce par Styx. Il n'a voulu aucune aide extérieure lors des plans, et le résultat est étonnamment cohérent. La ville compte quelques centaines de villageois, et déjà deux familles, les Carthes et les Ashah, des vampires alpha dont les chefs semblent connaître Lachlan comme personne, se sont déjà installés dans les enceintes, au plus près des appartements du Baron. Il va de soi, pour deux clans qui ont servi la Dame depuis presque aussi longtemps que n'existe l'entité.

Les rues, en pavés et dalles nettoyées par un système de récupération d'eaux novateur, sont agréables bien qu'escarpées -Château-Rouge ayant été bâti dans la roche il a fallut adapter les travaux et le résultat se présentait verticalement- et des canaux artificiels, irrigués des eaux montagnardes, bercent constamment l'arrière-plan du centre ville. Aqueducs et ponts ne sont pas les seuls atouts de la cité de la Rose, puisque le baron Grey, amateur d'arts, a exigé la construction d'une salle de spectacles, ainsi que l'ouverture d'une Bibliothèque impressionnante dans les entrailles du château, gardée par Mestre Fortuna.  
La bâtisse du Baron est luxueuse et avenante, propre à une architecture vampire classique. Ses tours s'enfoncent dans les cieux de leurs pointes acérées, et les toitures, en pierre de basalte, confère à l'immense château une aura mystérieuse. Comme si le bâtiment allait à tout moment disparaître dans les brumes des hauteurs, quelquefois aperçues par les temps de pleine lune, un phénomène plus courant à Château-Rouge qu'ailleurs en Spelunca. Alors tombait sur la cité une incroyable atmosphère de pesanteur et tous voyaient parfois d'étranges spectacles dans ces vapeurs lunaires, incandescentes et si froides à la fois... Mestre Fortuna expliqua une fois qu'il s'agissait là d'un banal événement météorologique -en ces mots savants- et qu'il n'y avait rien à redouter ces soirs là plus que les autres.

Une jolie ville, à l'agréable château, devant lequel s'avançait un Sir de bonne allure, fin et élancé, en un costume noir et rouge de toute élégance. Les gardes, des Amants à l'entraînement militaire exemplaire, se mirent au garde-à-vous à la vue de leur Baron, le Valet Grey. La garde de Château-Rouge, à l'équipement en basalte et or, s'était vue attribuée le sobriquet de "Frelons Spelunciens" et Lachlan en apprenant la nouvelle avait ri longuement.

Le Seigneur passa devant eux en leur adressant un salut poli, toujours droit, avant de s'enfoncer dans l'immense porte peinte de rouge, gravée d'une immense rose, que l'on lui ouvrait.
La vie dans le château était partout. Les cuisiniers couraient, commandaient, criaient, les servantes accouraient, portant à bout de bras tissus et rideaux, et enfin, le reste chargé d'effectuer les tâches qui ne manquaient jamais, s'attelaient même tardivement à leurs occupations.

Lachlan esquissa un sourire satisfait, et gravi les marches avec fierté. En haut l'attendait sa plus jeune fille; Victoria. Elle regarda son père monter, une mine réjouie, puis se posa à la cime de la rambarde. La Lionne d'Ishtar, une simple humaine qui avait mené à bien la difficile tâche d'organiser un marché noir (chose plus facile à dire qu'à faire, étant donné la fréquente manie des roublards à tenter de voler) et une Arène illégale de duels mortels.


- Père. Joli Jacques est... occupé depuis l'arrivée de la famille Vassi. Leur fille semble lui plaire, et le sentiment semble partagé. Vous devriez voir le regard qu'a cette petite Marie Vassi, une vraie chienne.
- Surveille ton langage, la famille Vassi est une haute lignée vampire au même titre que nous.
- Voyez-vous ça... Père vous auriez réellement changé ? Je peine à croire que je parle au même homme qui a jadis tué mes trente meilleurs gladiateurs...
- Et pourtant, l'avenir change pour tous, Victoria. Veux-tu bien assurer la garde de demain soir ? Veille à ce que rien ne nous perturbe.
- Je placerais mes meilleurs hommes. Et si Sa Majesté s'annonce, je lui dis d'aller sucer un Pitiponk ?
- Sa Majesté est à Stellarae. Le Roi sera néanmoins ici, dans les yeux de chaque noble qui s'invitera à notre table... alors moins de vilains mots, et plus de décolleté. Oh, et agis décemment je te prie, nous sommes de la noblesse.

Sur ces mots qui provoquèrent un léger rire chez les deux vampires, Lachlan quitta les couloirs somptueux, en gravures d'or et en pierre volcanique, pour s'installer dans ses appartements.

La chambre de l'arlequin se situait à l'arrière d'une pièce immense, peut-être l'une des plus grandes du château en comptant ses sous-terrains cyclopéens, où se trouvait également le laboratoire du Mestre.

Ayant changé de titre en même temps que son maître, Faustus trouva qu'il était préférable de ne plus compter sur la Congrégation comme office et décida de déplacer les instruments, décoctions, grimoires et outils en ces lieux. Château-Rouge connaissait cette pièce, principalement recouverte de gargantuesques étagères de livres, comme la Bibliothèque. Cela était en partie vrai, tant les ouvrages recueillis par Styx au long des siècles valaient leur pesant en or et certains même écrits en langues oubliées, narrant aux yeux instruits par une éducation aujourd'hui disparue des histoires chimériques d'âges de Dragons, de Rois Magiciens, et autres fables que le monde ne connaîtrait jamais.
Mais l'endroit était également, et principalement, la zone de confort du magicien et de son ami démon qui collaboraient à moult projets et exerçaient quotidiennement leurs talents. Dans une petite serre ronde en verre, de quelques mètres de diamètre, disposées sur un parterre au niveau de la chambre de l'arlequin s'épanouissaient même quelques Nocturnes. Elles étaient mourantes, toutes celles crées, car l'absence du Magicien, privé de ses pouvoirs lors de son séjour en prison avait affecté ses créations au delà de l'imaginable.

Mais le Baron ne parut pas se soucier des fleurs, et continua jusqu'à sa porte, non sans se saisir d'une pile d'ouvrages. Pour la plus grande déception de Faustus, il n'y avait ni Empoisonnement ni Sciences Occultes, mais des pages a propos des familles locales intitulées "Histoire Ancienne et Nouvelle de Spelunca volume I" jusqu'au volume VI.
Une fois à l'entrée de sa chambre, l'arlequin invita Faustus à entrer, chose qu'il ne faisait habituellement. Le vampire installa et servit à son bras-droit un verre de rhum fourni par les Pirates, l'un des meilleurs assura-t-il, et s'installa confortablement sur une chaise face à lui. Faustus, n'ayant pas habitude de pareils coutumes, leva un sourcil sans que Lachlan ne réagisse.


- Sais-tu quels sont les effets engendrés par une proximité constante à l'Immatériel sur le corps ? Aucun. Aucun symptôme, aucun changement physique ou mental suite aux grands rêves, aux marches spirituelles, rien.

Le Majordome porta le verre de rhum à ses lèvres, sentant un arôme enivrant lui envahir les narines, et apprécia la boisson en observant le vampire. Il avait une mine étonnamment éteinte, presque maladive.
Faustus savait quels étaient les effets. Et il n'eut pas besoin de plus de la part du Valet pour comprendre ce qui c'était passé. Si Styx ne préparait pas déjà sa revanche, ce n'était pas par ruse mais par prudence. Il était privé de ses pouvoirs, et personne ne savait jamais quand le monde des Esprits allait de nouveau s'ouvrir à ceux qui le désertent.
Après tout si ses fleurs se mourraient déjà, qu'en serait-il du reste ?

- Avez-vous peur ?
- Non. Nullement. La peur pousse les gens à commettre des actes insensés au nom de la survie, et les nobles Stellarois se délecteraient d'une erreur de ma part.
- Qu'arriverait-il si la nouvelle s'ébruitait, mon Seigneur ?
- L'arlequin vaincu et défait de ses pouvoirs... vas savoir.

Ce fut en laissant Styx seul dans sa chambre, un verre de sang en cristal à la main, que Faustus réalisa à quel point son maître était une cible facile. Il suffisait que quelqu'un se soit caché dans son armoire, ou empoisonné son verre, il suffisait même qu'il fasse une mauvaise chute.
Le majordome fronça les sourcils et décida de travailler à une solution, en s'emparant d'un ouvrage bien spécifique ; Niebgaarden ou les savoirs interdits des premiers démonistes. En prenant soin de fermer tous les rideaux soigneusement brodés d'or dans leur toison rouge, Mestre Fortuna fit venir au château des forces si sinistre, et même sans les rayons lunaires les brumes des cimes brillèrent de milles feux.


Les murs de la demeure du Baron regorgeaient d'une activité folle. Partout on continuait les préparatifs pour la fête avec autant d'entrain que la veille si ce n'était plus. Pour sûr, la date de l'événement était précipitée, mais il fallait veiller à ce que Styx puisse assurer ses nouvelles fonctions au plus vite, puisque celles-ci le protégeraient d'éventuelles représailles en plus de lui accorder une influence suffisante pour remplir sa nouvelle vie de péripéties.

Faustus de son côté veilla à habiller le gentilhomme pour l'occasion, et il fit venir le meilleur couturier qu'il connaissait pour l'occasion. Malgré les conseils avisés du majordome et de l'habilleur, Lachlan préféra le rouge et le doré à la sobriété d'un blanc doré. Des détails, mais il semblait que la volonté du Seigneur était réellement de porter haut ses couleurs. La Maison Grey avait après tout disparu depuis bientôt cinq cent ans, il était donc bien normal de vouloir remettre ses traits au goût du jour.

Alors qu'un peintre s'était installé et que la couture touchait à sa fin, un garde annonça l'arrivée de Cécile-Anne et Bwor Vassi, du clan Vassi à la Lance, Hauts-Vampires des Plaines d'Ïssha, et cousins directs de sa Majesté.
Lachlan, dont les coutures du vêtements avec son col sage et ses plis délicats reflétaient une accalmie du personnage, leva des yeux tranquilles sur les invités.


- Ah ! Mes chers invités, je vous attendais plus tardivement. Pardonnez mes airs, je ne suis pas tout à fait prêt. Mais j'imagine que de plus urgentes affaires vous amènent ? D'ordre privée surement.

Le Baron les salua de la tête, puisque le couturier et le peintre travaillant, il ne pouvait briser leurs efforts. Cécile-Anne, une vampire âgée mais qui conservait une étonnante vigueur, lui parla sur le même ton, posément.

- Baron Grey. Pardonnez l'irruption, mais nous n'avons pu vous contacter auparavant. En effet, nous nous en venons parler d'affaires privées, qu'un banquet aurait tôt fait d'avoir étouffé dans son vacarme festif. Parlons ici, en comité restreint, voulez-vous ?

Les artistes regardèrent leur seigneur, qui secoua la tête.


- Je n'ai rien à cacher. Parlez.
- Nous trouvons l'union entre nos familles intéressante. Nous pourrions vous aider à retrouver votre influence en Ghermanie, grâce au poids de nos maisons combinées, et vous semblez bien connaître ce territoire... Dùralas. Une bien étrange contrée, si.. primitive. Votre Jacques et ma Marie s'entendent bien, et elle est très heureuse, c'est tout ce qui m'importe. Je me fiche de votre réputation, vous êtes un foutu Haut-Vampire et c'est rare de nos jours.

Bwor était un militaire farouche et vétéran, dont le physique reflétait bien la pensée. Il parlait toujours franchement, et les conséquences il les gérait toujours plus tard. Face à ses dires, Lachlan eut une mine attentive, puis réfléchit longuement, laps de temps durant lequel se retira le couturier.
En s'admirant dans la glace, faisant un léger demi-tour, le Baron parla.


- Célébrons les noces ici, à mes frais, je vous en prie. J'ai entendu dire que vos récoltes n'avaient pas suffit à Sa Majesté, je ne voudrais pas vider un peu plus vos coffres déjà fragiles. Mais si le Joli Jacques est heureux, alors je suis également fortuné. Ne pensez-vous pas la décision hâtive toutefois ?
- Sans vouloir vous offenser, votre absence ici a été parfaitement palliée par vos enfants. Nous connaissons déjà bien Victoria et Jacques, de charmantes personnes, et nous ne prêtons que peu d'attention à ce que les Dùralassiens disent, les humains sont si idiots. Nous aurons le temps de nous connaître, Lachlan.
- Alors soyez mes invités durant les préparatifs au mariage, Faustus vous mènera à vos appartements ce soir, ils seront meilleurs que les auberges locales.


Sur une courbette polie, les Vassi disparurent aussi vite qu'ils n'étaient arrivés, mais déjà Faustus s'attelait à préparer le maître pour le début des festivités. Le sacre se déroulerait dans quelques heures à peine, et il faudrait être irréprochable.

Lachlan semblait toutefois être détendu, si bien que lors de l'habillage il parla à Faustus de comment ils devraient créer des jardins dans Château-Rouge afin de rendre plus accueillant le tout.
Le Majordome, comme le voulait la tradition, resta jusqu'à ce que retentissent les cloches qui inauguraient l'ouverture de la cérémonie en compagnie de son Seigneur. Il était Mestre après tout, et ce serait lui qui sous le choix de Lachlan, le nommerait. Baron Lachlan Grey, premier du nom, Porteur de la Rose et Repentit. Des titres plutôt à l'opposé de ce qu'il avait penser proférer un jour, mais des titres tout de même.

Lachlan, avant de quitter la pièce retint néanmoins la porte d'un pied ferme. Son costume noir et or, duquel pendait une chaine reliée au niveau des deux épaules par des roses en or sculpté, lui allait comme un gant. Il avait l'air prêt à conquérir le monde. Posant une main délicate, ornée de la bague du Valet, simple bague luxueuse au regard candide, sur l'avant-bras du Majordome. Il feignit une accolade, et le majordome décela deux gardes aux coins du Grand-Hall du château, qu'il avait oublié avec les préparatifs.
Au creux de son oreille, Styx chuchota.


- Ruse et Pouvoir.

L'entrée dans la salle fut glorieuse. Une troupe de virtuoses avait répété depuis plusieurs semaines pour l'inauguration du château et l'ascension de Lachlan Grey au titre de Baron et jouais là un morceau des "Jardins d'Adam".
Grey entra aussi sobrement que possible, peut-être fut-ce là un effet de tout cet ensemble de basalte volcanique et d'or, ce facteur qui avait valu le surnom de "Frelons" aux gardes rapprochés. L'essaim parait toujours plus petit avant de délivrer ses morsures, disait un dicton ancien.

Mais si le cortège composé des gardes et du Mestre de maison qui suivait son Seigneur, fier et droit comme jamais, pouvait impressionner ce n'était rien en comparaison du trône de l'arlequin. Un travail d'orfèvre représentant un dragon d'ébène aux canines en défenses d'ivoire, serti d'ailes d'or. Le Baron trônerait au milieu de sa gueule ouverte, au-dessus de la foule, séparé par un escalier en habituel basalte, sur lequel un tapis en soie rouge venait se déployer.

Tout commençait, pensa Faustus lorsque Lachlan gravit la première marche, entouré des regards de presque toute la noblesse Speluncienne. (Certains attendaient la confirmation du caractère pacifique du jeune Baron, effrayés par ces histoires de meurtres) Le magicien, même privé de ses pouvoirs, était farouchement séduisant et élégant, des traits qui une fois épurés de sa folie habituelle devenaient charmants.
Et le regard de la foule le lui rendit bien l'effort de sa tenue, d'yeux brillants et pour certaines demoiselles, timides.

Avant de s'assoir, théâtralement debout sur le milieu de la gueule du Dragon noir, Lachlan regarda son Mestre, qui tenait en ses mains un coussin où trônait l'épée familiale des Grey. Une rapière, fine et légère, dont la coquille était couverte de pétales d'or.
Lachlan s'agenouilla et le majordome porta la lame à hauteur de sa tête.


"Par les pouvoirs investis en le Baron Lachlan Grey par Sa Majesté, la Couronne déclare  le noble Seigneur de Château-Rouge et lui accorde le titre de Baron. Jurez fidélité, et obéissez loyalement à vos suzerains, et soyez bons à vos vassaux."

- Je le jure.

La rapière élégante rompit l'air à deux fois, une pour chaque épaule avant que Faustus ne déclare Lachlan officiellement Baron.

- Gloire au Baron.
- Gloire au Baron.

Continua la foule. Il y avait là les familles fidèles aux Amants, dissimulées de leurs blasons royaux, les familles Spelunciennes ayant collaboré avec l'Ombre et voulant jurer fidélité, et des petites maisons locales variées, ainsi que certains individus plus exotiques. Une bonne populace à n'en point s'en étonner, même si le passé du Baron était ouvertement trouble, son histoire avait suscité un intérêt non négligeable à une maison pratiquement oubliée. Ceci, combiné au puissant réseau des Amants, avait suffit au Baron à amasser bonnes alliances.

Une fois les derniers applaudissements donnés, il fut attendu du Seigneur qu'il accorde un discours. Ce que fit l'intéressé, assis parfaitement dans sa gueule de Dragon, en se levant calmement pour se diriger vers la foule, répartie en deux rectangle définis par les tables de banquet où pullulait nourriture et spiritueux.


- J'ai par le passé perpétré des actes terribles. Sauvages, même. Mais j'ai choisi de reconnaître mes torts, devant le Grand Tribunal de Stellarae, et ait reçu des Dieux la bénédiction du pardon. J'userai de cette seconde chance avec discernement et sagesse, soyez-en assurés Messires. La demeure de la Rose, Château-Rouge, sera une terre de prospérité pour tous, et Spelunca sera sûr en ma présence. J'ai durant mes parcours rencontré moult obstacles, et pour eux, des alliés sont toujours apparus ; les maisons Carthe et Ashah, par exemple. Je les remercie, et leur lève mon verre.
Mais toute histoire n'est pas sans antagonistes, et je reconnais aujourd'hui certains torts. Je prierai aux maisons Evan, Hautmurs et Sielse d'en faire de même.


Les familles concernées, assises au milieu des convives, furent assaillies de sueurs froides. Le ton puissant et froid de Lachlan ne leur plaisait pas. Il était l'Ombre, repentie mon cul ! Ce sale vampire n'a su qu'apporter soldats à des maisons assez folles pour engager la Congrégation ! Et le voilà qui les accuse, eux !

- Vous n'êtes pas sa...
- Silence, Messire Sielse, votre sagesse est une qualité narrée par vos proches, soyez dignes de ces vantardises et restez muet. Aux familles et personnes ayant collaboré avec la Congrégation et nuit à la Couronne Dùralassienne, le choix de l'exil à effet immédiat ou de l'emprisonnement sera proposé ce soir. Vous êtes tous ici, à ne pas en douter, alors choisissez vite. Seigneur Evan ?

L'homme, jadis un grand guerrier avait été blessé et la chose grasse qui s'adressa au Baron n'était en aucun cas aussi féroce qu'auparavant. Mais il savait ce que les mots du Seigneur voulaient dire ; quoiqu'ils choisissent ils abdiquaient de leurs titres, et prétentions aux biens, au profit de Lachlan. Evan soupira, et parla.


- L'exil, nous partons sur le cha...
- Nul besoin, une escorte de la Garde vous attend, vous aurez à expliquer certaines choses à la Couronne directement. Je vous bannis de mes terres, mais le Roi commande tout le royaume. Soyez sûrs de votre choix, de nouveau. Un séjour dans mes cachots ne doit pas être si douloureux que ça, regardez, la Garde m'a capturé et je suis tout à fait à l'aise.

Les protestations des maisons concernées ne tardèrent pas, mais les autres convives, quelque peu amusés, les dévisageaient déjà comme s'ils étaient des animaux. La cour ne pardonne jamais, et aujourd'hui se terminaient trois dynasties de quatre-vingts âmes exactement. Et Château-Rouge grandirait un peu plus.


- Qu'on emmène les traitres en prison, gardes ! Bien. Un dernier point, la religion officielle de Château-Rouge serait désormais celle de la Dame Fortune, mais nos prêtresses vous montreront leurs merveilles messires. J'aimerais également annoncer l'union de la maison Grey aux Vassi de Ghermanie, Hauts-Vampires de leurs noms et Seigneurs des Prairies d'orient, les célébrations entre Marie Vassi et Jacques Grey, mon fils ainé, auront lieu dans les mois à venir. Nous attendons beaucoup de cette union, puisse-t-elle unir nos deux nations, mes frères. Désormais trinquons, à tout ceci et à bien plus.

De nouveau, la noblesse présente passa d'une émotion à une autre. De la stupéfaction de l'arrestation qui ferait la joie des rumeurs et intrigues -imaginez les dames décrivant ce délicieux garçon pourfendant le mal de son visage d'ange- ils bondirent à un état d'incrédulité générale. Des Hauts-Vampires, les Spelunciens n'avaient entendu que des légendes. Pour les vampires d'ici, ce terme ne signifiait rien tant ils en ignoraient le sens, mais les voilà qui agitaient leurs bras en direction de la foule. De vrais nobles vampires.

La cérémonie de couronnement se termina et tous se rappelleraient de cet événement, car la maison Grey, demeure de la Rose, avait offert un divertissement incroyable.

Faustus, rejoignit quant à lui son maître dans les cachots tandis que les convives étaient raccompagnés à leurs voitures.
Les cachots de Château-Rouge, bâtis au milieu des intersections de galeries souterraines qui animaient Spelunca et son massif -Styx semblait s'y connaître mieux qu'il n'y paraissait en spéléologie- étaient des lieux sinistres. Un air froid mais humide balayait constamment l'endroit éclairé par des torches fraîchement allumées, dont le bois semblait étrangement humide. Contre toute attente il n'y avait aucune cellule, si bien que les prisonniers étaient tout simplement enchaînés au milieu d'une cavité gigantesque, un boulet au pied. Les cachots étaient eux aussi inaugurés en cette nuit.

Lachlan ne descendit pas, il resta pour faire bonne figure et abandonna son majordome à l'entrée de l'escalier qui menait à la grotte. Il parla néanmoins au vide qui résonna sa voix de façon surprenante.


- J'en attendais un peu plus de la part des maisons loyales à la Congrégation. Vous vous êtes montrés inutiles à bien des égards, et aujourd'hui, vous ne me servirez pas plus qu'hier. Mais je ne suis pas un mauvais hôte et vous pouvez admirer Spelunca du meilleur endroit possible, ici bas, Messires. Les cavernes et grottes du massif ont plus d'années que certaines légendes, et ont découvre chaque jour des trésors en ces lieux. Je crois que je pourrai laisser vos mouvements libres après tout, mais vous avez été mes alliés d'un temps, alors je vous concède six heures pour faire vos adieux aux proches qui ont été enfermés avec vous. Six heures, le temps aux marées reliées à ces galeries de monter.

Faustus eut un sourire en direction des ombres, afin que son Maître ne le perçoive pas. Il était heureux de ce changement chez le Baron. Château-Rouge naissait dans les règles de l'art.


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MessageSujet: Re: Bibliographie de la Maison Grey. [Solo]   Mar 3 Oct 2017 - 19:30

"Croître et Fleurir"

Interlude

Les cavernes de Spelunca, situées pour la plupart sous Château-Rouge, la ville juchée dans les nuages, étaient un endroit fantastique par leur grandeur mais aussi par leur ancienneté. Bien des légendes, dont celle de l'origine même des vampires, prenaient racine en ces lieux et seuls certains esprits fortunés -et vieux- connaissaient toute l'étendue des secrets qui se terraient en pareils dédales de pierre.

Des couloirs interminables en pierre volcanique et basalte, des éléments liés à  la proximité simultanée avec des volcans éteints et l'Océan. C'était donc au-dessus de ces galeries primales que le Baron Grey trônait, au-dessus des murs sur lesquels résonnaient les complaintes des rares survivants à son jugement lors du couronnement. Des murmures de lassitudes avaient cédé aux cris de secours, et à l'espoir de revoir un jour le soleil, de faibles mots proférés sans intensité par les traîtres à la Couronne dont la plupart avaient sombré dans les eaux fluctuantes des lieux.
Mais qu'arriverait-il une fois les marées redescendues ? Quelles bêtes rôdaient dans les ombres immémoriales de l'endroit et quels dangers avaient élu domicile en ces cavernes sempiternelles ?

Car parmi les complaintes et les débats futiles, on pouvait clairement discerner, si l'on prêtait une oreille assez attentive et intéressée à ce spectacle macabre que celui de quatre-vingt corps, trois familles complètes, qui coulaient vers l'oubli en des larmes qui se confondaient aux sels marins, des bruits encore plus silencieux.
Ce n'étaient pas des mots, pas plus que des rugissements ou des sifflements sinistres. Non, seulement des mouvement étouffés, là, juste sous les cadavres entraînés au fond de la grotte. Les victimes espéraient que leurs sens ne soient erronés, car, à en croire les frétillements des vagues et de l'écume, dans le noir complet, la Bête était gigantesque, et quelquefois une cheville frôlait son corps colossal.

La sensation était douce comme lorsqu'on effleurait l'oreille d'un amant, et si les criminels avaient passé six heures dans l'obscurité opaque, ils trouvaient en cette créature une pâle source de lumière.
De partout, les eaux se couvraient de légers reflets incandescents couleur cuivre. La Bête était bel et bien gargantuesque, mais qu'attendait-elle ? Pourquoi ne pas dévorer d'une seule bouchée tous ces corps dont la plupart gisait mollement au fond de cette eau glaciale ? Ce patient guetteur désirait-il voir leurs âmes quitter leurs corps afin de se repaître également de leurs esprits ?
Ô cruel destin, mais pire encore, le Baron savait-il ce qui nageait en son sein ? Quel monstre habitait le cœur de sa demeure ?


Suite à son couronnement, le Baron avait été acclamé par les locaux. Sa réputation jusque là mitigée avait connu un pic de popularité sans précédent ; et pour cause, il avait débarrassé Spelunca des anciens alliés de la sinistre Congrégation tout en montrant être un jeune homme tout à fait charmant, et toutes les femmes -ainsi que quelques hommes- voyaient en lui brûler leurs désirs les plus sauvages.

Car, et s'il faut le comparer à la noblesse habituelle, le "Haut-Vampire" (terme qui sonnait bien à l'oreille des autochtones sans qu'ils n'en comprennent l'entièreté du sens) était un vent de fraîcheur. Il n'avait ni la silhouette grasse des Sirs qui régissaient les terres habituellement, ni l'esprit enrobé de torpeur d'une noblesse qui se laissait aller aux plaisirs empiriques ; il lisait constamment, dialoguait avec tout et tous, paysans comme bourgeois, et ses décisions dans la politique comme dans le commerce semblaient guidées par une main invisible des plus avisées.

Son Majordome devait jouer un rôle important dans ces entreprises financières, puisqu'il était souvent celui qui gérait les papiers, et Mestre Faust excellait dans les arts diplomatiques. Charmant, courtois, et par-dessus tout connaisseur intime des mœurs et habitudes de tout Dùralas -comme s'il avait vécu en chacune des contrées- il était aussi apprécié des Nagas que des Humains, sans distinction.
Mais ce qui faisait la renommée du serviteur premier étaient ses études, menées sans secrets dans l'immense temple à la culture qu'était sa bibliothèque. Plusieurs nobles furent conviés à admirer ses travaux ; fertilisants, barrières de protection, toute magie qui pouvait aider la population se trouvait dans ses livres.

En ce moment, toutefois, il semblait accaparé par un travail d'une toute autre nature. Un sérum capable de guérir les toxines les plus virulents, sous la requête du Baron, devrait aider les Spelunciens dans la lutte contre les forces du mal.

Quant à l'ainée, Victoria Grey, la féroce Lionne chargée de la sécurité de la Cité, bien des hommes venaient demander sa main. Ils étaient sous le charme entêtant de cette femme à la beauté aussi frappante que ses capacités guerrières, car parmi les tournois organisés, ceux auxquels elle participait étaient souvent synonymes de victoire. Elle et son armement technophile ne cessaient d'impressionner les foules.
Le Joli Jacques, en pleines préparation de son mariage à Marie Vassi, se faisait discret toutefois mais n'oubliait jamais de traiter les problèmes rencontrés par les villageois. Il fournissait de manière soutenue des G.O.L.E.M.S de garde à ceux qui en avaient besoin pour repousser les créatures menaçant les récoltes.

En d'autres termes, la dynastie Grey semblait installée pour durer, malgré les mauvaises langues qui persistaient à voir en la personne du Baron une âme cruelle dissimulée sous un alliage élégant de volupté dangereuse.


Styx reposait sur son trône luxueux, l'immense dragon d'ébène luisant sous les rayons de soleil qui inondaient la vaste salle. Pour présents, il n'y avait que de rares individus ; deux servants qui tenaient des plats d'argent où étaient lovés des fruits de saison et des gobelets de pur sang Stellarois, le Majordome affublé à peindre au sol des lignes invisibles, et une femme, entièrement voilée, drapée d'étoffes exotiques d'une couleur plus rouge que les roses.

Cette dernière, portant la seule partie visible de son corps, ses yeux bleus métalliques sur le Baron, déclama d'une voix sifflante ;


- Commençons.


Le régent acquiesce, et aussitôt le soleil s'enfuit de cette pièce, chassé par les rideaux épais qui viennent habiller les fenêtres nues. Dans les secondes qui suivent des bougies noires disposées en un cercle où se tiennent le Majordome et l'Inconnue s'embrasent, et le dragon au-dessus du trône d'or s'illumine de lumières dansantes, menaçantes.


Grey s'avance, descendant les marches qui mènent au siège royal d'un pas assuré, et prends place au milieu du rond de flammes. Ses serviteurs quittent la salle, et seuls demeurent la femme voilée et le Majordome au sourire toujours poli. Trop poli pour être vrai. Ces derniers quittent le cercle, laissant Styx sortir calmement un deck de tarot d'une poche intérieure.


- Les Arcanes vous parlent toujours, car telle est la volonté de la Déesse. La Magie ne vous a pas quitté, seulement l'Au-delà a fermé ses portes à celui qui l'a délaissé... Continuez, Valet.


D'un geste de bras les cartes s'envolent au-dessus des flammèches, toisant les cierges sombres d'une valse virevoltante, elles forment des cercles, des rondes, montent et descendent, pour finalement se coucher en un arc-de-cercle face à leur maître. Le dos des cartes est sobrement blanc, et seule une rose rouge en orne le centre.
La figure juvénile du Baron, aux formes presque féminine, prend des airs virils sous l'effet de quelque incantation proférée en un langage aujourd'hui incompréhensible.

La main du vampire se tend, et il saisit une première carte ; Le Diable. C'est alors que le Majordome s'avance, aux limites du cercle de flammes, ses yeux sont de la même couleur que les bougies.


- Des tentations fomentent l'appétit des Hommes, des secrets dissimulés au regard de tous sont des épées affûtées. La force du renard, qui perçoit ce qui n'est pas censé être, réside dans les ombres du savoir.

La femme voilée acquiesce et répond au Majordome dans le même dialecte parlé par le Baron. Celui-ci est bien trop occupé à dévoiler la deuxième arcane, et se contente de la retourner, la plaçant à l'envers, juste au-dessous du Diable, représenté par un Roi aux yeux rouges derrière lequel se tient une ombre inquiétante et aux ailes déployées.
Le tirage se poursuit avec la Maison-Dieu, dépeinte en une tour en proie à un Dragon riant, et le Majordome continue à parler, sans même regarder les cartes dévoilées. Sa bouche s'illumine, pareille aux feux qui dansent au bout des cierges.


- Changement et ruine marchent main dans la main, un destin se retrouve bouleversé et les lignes de la Fortune, nerveuses et capricieuses, tracent dans leur sillage un funeste sort.

La Sibylle voilée tombe à genoux, devant un cierge, et sa silhouette rouge tombe nez à nez avec les flammes mais elle ne brûle pas ; elle perpétue ses louanges étranges, anciennes, aux sonorités féroces.
Le Baron pose un doigt sur une dernière carte. Faust est submergé de spasmes, ses yeux noirs et sa bouche embrasée deviennent des détails dans l'enfer en lequel il se mue. Le Majordome, à l'annonce de La Force ; symbolisée par la femme à l'épée logé sous sa gorge, dévoile sa véritable apparence. L'image est toutefois ambigüe puisque la créature, de toute beauté, a ses lèvres retroussées en une expression qui pourrait être de la haine, ou de la joie, sous l'épée de Damoclès.
La pieuse voilée de rouge hurle, d'un cri tremblant, chamanique.

La voix de Faust, désormais profondément grave et puissante, inonde la salle et les bougies meurent une par une sous ses évocations, laissant la scène dans le noir complet où même son corps impie disparaît. Seule subsistent ses paroles ;


- Un Guerrier face à la violence. La joie du combat n'égalera jamais celle des passions, mais toute délice exaltée possède des dénouements forcenés. Vois Valet ! Vois comme les secrets du Monde s'offrent à nous, et par l'impure trinité tu accède à la clairvoyance qui fut jadis celle des Dieux. Parle la volonté de la Déesse !

L'obscurité complète et le silence froid des lieux est plus menaçant que jamais. Ces trois monstres, cachés par les ténèbres dans leur rituel incompréhensible attendent une révélation. Un nom.
Mais ce qui sort de la bouche de l'arlequin est une appellation tout sauf inconnue ; un personnage qu'ils connaissent bien.

Nul n'a besoin de plus de précisions, la Trinité connaît les voies impénétrables de Dame, et ainsi les serviteurs rompent, et les lumières reviennent. Lachlan Grey, Baron Repenti et Seigneur des Roses est couché au milieu de ses cartes un épais sourire carnassier rivé sur ses lèvres.

Des arcanes s'élèvent des formes serpentines qui ont tôt fait de devenir de réels reptiles, crotales et cobras, qui s'avancent sur le monarque aux prises d'une violente crise de fou rire qui ne s'estompe que lorsque l'une des créatures vient se terrer dans son gosier. Un bruit dégoûtant s'échappe de sa bouche pourtant si fine et délicate, tandis que la femme voilée se dévêt totalement et s'approche du jeune homme au sourire satisfait.
La prêtresse n'avait jamais couché dans un nid de serpents.



La nuit était à présent tombée depuis quelques heures sur la cité de Château-Rouge, et si certaines gondoles continuaient à sillonner les divers canaux, fierté de la châtellenie, rares étaient ceux qui déambulaient ici tant les Tavernes et diverses activités comme le théâtre affluaient.

Un chat gris guetta de ses yeux jaunes l'immensité d'ombres qui s'abattait sur la ville en se léchant copieusement une patte douce, au rythme de quelque mélodie de piano jouée par là. L'animal, au-dessus d'une boutique d'alchimie où pendait mollement un signe en bois "CHANGEMENT RAPIDE", s'étira avant de s'élancer sur les toits.

Les rues, construites avec un schéma précis d'architecture typiquement vampire ; avec ses croisements et parcelles divisés en carrés adjacents, étaient propres et entretenues, mais comme dans toute ville, certains quartiers demeuraient moins fréquentables que d'autres. C'était dans l'un de ces endroits que résonnait un bruit de talons, originé par deux jambes sveltes et gracieuses.
Une jeune femme, sortant d'une boutique d'alchimie afin de se colorer les cheveux en brun, marchait d'une démarche chaloupée, à la sensualité sans égale, vers une porte devant laquelle se tenait un homme bien bâti et à la barbe proéminente.

C'était là une Taverne comme tant d'autres, à l'exception près que le bâtiment consacrait ses nuits à abriter les réunions des membres les plus influents du crime Speluncien. L'intérieur, douillet et raffiné, convenait bien à pareille guilde de roublards, établis depuis les premières temps de la contrebande, du temps où l'on faisait venir du rhum à partir de la Mer par les galeries souterraines du massif.
D'anciennes traditions qu'il convenait de présenter au nouveau Baron, qui pouvait s'avérer gênant, mais dont les "Pères du Crime" (autoproclamés) connaissaient le goût pour la diplomatie.

À l'extérieur, l'élégante nymphe aux cheveux en chignon désigna de ses yeux de biche son porte-cigarette, fruit des importations vampires d'outre-mer que le beau barbu alluma à l'aide de son index, entouré d'un sortilège de feu, en lui adressant un sourire farouche. Les demoiselles de bonnes familles étaient rares par ici, mais toutes aimaient la compagnie des bras habitués à la labeur physique.
Ce fut en tout cas avec cette pensée que le garde à l'entrée de l'établissement mourut, une balle technophile tirée à bout portant par le fin pistolet d'ébène et d'or de la belle en robe noire.

Victoria Grey ne prit pas le temps d'inspecter le cadavre et ouvrit la porte de l'endroit avec assurance, tout en recrachant une épaisse volute de fumée blanche.

Victoria, après le coiffeur alchimiste.:
 

Une fois à l'intérieur, et le temps que la bande d'hommes installée autour d'une grande table où trônaient divers mets à l'apparence exquise, ne réagissent, ils étaient morts, leur tête pendant mollement sur le dossier des chaises suite à l'impacte des balles. Leurs hommes de main, soûls mais robustes, tentèrent bien d'arrêter la femme mais sans succès, et lorsque quelques dizaines de minutes plus tard la vampire ressorti, elle avait décimé l'entièreté de la pègre Speluncienne. Le crime ici battait déjà de l'aile, de toute façon.

En repartant, le bruit de talons était cette fois accompagné des crépitements féroces, un feu sauvage déchirant le calme environnant. La maison des brigands, jadis bastion d'un crime organisé sans failles tombait aujourd'hui en une seule soirée, par une délicate main gantée de velours.
Et le chat, au loin, guettait désormais la nuit éclairée par cette énorme colonne infernale, tout en se pourléchant les babines.


De son côté le Duc Delacroix, Marcus Delacroix de Stellarae, 3ème cousin de Sa Majesté, arrivait en un convoi mené par plusieurs soldats de la Garde afin de s'assurer la coopération du Baron Grey.

Il y avait au total trois carrosses, résultat des mains les plus habiles de la Capitale, menés par des étalons pur sang -de conception humaine- et une solide petite armée des élites de la Garde Royale. Le Duc savait qu'il fallait impressionner les vampires au premier regard, sans quoi leur considération déjà moindre pour les "sacs de chaire" serait inexistante aussi royaux soient-ils.

Néanmoins il avait surtout la certitude que Lachlan "Styx" Grey avait un accord d'une nature bien peu banale avec Sa Majesté elle-même. De facto le criminel, soit disant repenti, œuvrerait désormais pour les intérêts du royaume au lieu de lui nuire comme il a démontré savoir si bien le faire.
Ceci étaient les faits, mais en pratique Marcus n'était pas aussi naïf que la plupart des seigneurs et peut-être était-ce là la raison de son envoi à Spelunca pour cette tâche d'évaluation somme toute triviale. Lachlan, dont il avait eut tout juste récemment connaissance des implications antérieures en de multiples scandales étrangers , devait en réalité posséder un don inné pour la politique.
Si l'on faisait fît de la morale, il convenait de juger ses actions avec un détachement certain quasi proche de la froideur.

Faits ; le Baron avait dirigé en secret une troupe d'assassins sanguinaires -censés être des professionnels- et mis le pays à feu et à sang durant des mois. L'individu provenait de l'île mythique des Hauts-Vampires, des êtres redoutables qui menaient aujourd'hui un véritable Empire à la conquête des terres éloignées, et était versé en l'art de la politique.
On pouvait donc établir quelques extrapolations rationnelles ; si un être vient à obtenir une réputation aussi sinistre au sein d'un pays, au point d'en faire réagir sa couronne il faut alors commencer à penser que le prétendu psychopathe notoire était doté de facultés un tantinet plus rusées que celles qui lui étaient alléguées.

En d'autres termes, Marcus Delacroix considérait Lachlan Grey comme un être macabre, qui avait sciemment mené des politiques effroyables dans le seul but de gagner une notoriété phénoménale et de l'utiliser afin de gagner aujourd'hui la popularité par le sensationnalisme dans l'exercice de ses nobles fonctions. Une "reconversion" plutôt bien préparée.
Réalité ou théorie, le vampire dominait aujourd'hui le massif de Spelunca avec grande admiration de son peuple, avait gagné la confiance et la compassion -chose plus importante que les lettres de noblesse- de la Cour Stellaroise, et était dans les bonnes grâces de la famille royale.

L'envoyé de la capitale, soupirant et perdu dans ces pensées politiques, préféra serrer la main de sa femme Anne-Lise, qui était d'une beauté à la hauteur des exploits de guerre de son époux, plutôt que d'imaginer quel renard il allait trouver à Château-Rouge.
La duchesse, souriant de ses lèvres délicieusement épaisses, réajusta son col de soie blanche, peigna ses cheveux d'or, et raffermit sa posture. Ainsi droite et fière, du haut de sa trentaine d'année, elle était plus ravissante que jamais.

- Nous allons arriver dans quelques heures, soyons heureux car le voyage a été clément avec nous. Je me demande si le Baron est aussi beau que le disent mes confidentes... saviez-vous, mon bon époux, qu'il organise supposément des orgies bisexuelles ? Hihihi, comme cela est décadent !
- Cela ne m'étonnerais pas, ma bien-aimée Anne.. il nous faut être exemplaire dans la tâche que nous a confié Sa Majesté, vous sentez-vous prête ?
- Et comment !

Les roues du carrosse soulevèrent un nuage de poussière épais. Devant le véhicule du Duc, deux soldats discutaient.


- Tu l'as vraiment vu invoquer la Calamité ?
- Et comment...
- Ouah Alphonse... et on est ses alliés maintenant, hein ?
- Je suis venu là pour le découvrir, à vrai dire. Espérons-le.

Le naga toucha, en proférant ces termes et sans réfléchir, sa peau encore en cicatrisation par endroits, avant de grogner en apercevant les premières lueurs de cette ravissante cité.
Château-Rouge, demeure de la Rose était splendide.
Mais comme toute illusion elle apparaissait séduisante avant de dévoiler son poison...


- Le Duc Delacroix est un guerrier d'exception ; batailles, guerres, expéditions, son historique est vaste et sans tâches. Et que dire de sa femme, une beauté aussi angélique qu'elle n'est douée, il semblerait qu'elle fut entraînée par les Mestres Royaux... Faut-il préparer quelque... filet de sécurité ?
- Mais à quoi bon ? Je prouverais ma dévotion à la Couronne, Mestre Faust. Contentez-vous de jouer votre rôle, je m'occuperais de tout. N'oublions pas le mariage de Joli Jacques, ce devrait être la priorité.

Déclara le Baron, une coupe d'or à la main, assis sagement sur son trône en forme d'immense Dragon de basalte et ébène. Il prit une gorgée en contemplant les lueurs nocturnes qui s'annonçaient à l'horizon ; un convoi royal à n'en point douter.

Puis, dans toute la grâce que pouvait exprimer son visage d'éphèbe, il se tourna vers son Majordome.


- Les cartes ont révélé le nom d'Alphonse Galhaad ce matin... il sera là aussi.


Styx replongea son regard, imperturbablement neutre, dans la nuit noire. Ils allaient bien rire !


Dernière édition par Styx le Mer 11 Avr 2018 - 1:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Bibliographie de la Maison Grey. [Solo]   Dim 15 Oct 2017 - 17:46

"Le discours de la Rose"

- Une mise en scène est un travail hardi, méticuleux, et pour couronner le tout toujours subjectif à chacun en son résultat. En revanche, lorsqu'il est bien fait, l'on pourra toujours discerner ça et là de délicieuses attentions qui forment les méthodes de cet art. La trame doit être dense, afin de permettre aux détails de prendre leur espace minuscule, l'intrigue en résultant n'en sera que plus riche qu'importe sa qualité. Les personnages, premiers acteurs précédant leurs doppelgängers, nécessitent une attention d'orfèvre afin de posséder chacun, en plus d'une utilité, un fond et une forme qui résultent d'une pensée soignée. Il faut instiller en ces homoncules jaillis de l'imaginaire une parcelle de vie véritable, un fragment puissant, et ce, même tiré d'événements communs. Imaginez donc un travailleur des mines, sans magie, sans grandiloquente destinée... vous semble-t-il ennuyeux ? Seulement si l'auteur commet l'erreur de ne pas le traiter comme l'humain qu'il est, l'être complexe qui existe par delà la supercherie du personnage, et qui peut sous de bonnes circonstances scénaristiques s'avérer aussi saisissant qu'un gladiateur ancien.

Je crois que je pourrais disserter sur le sujet toute la journée, Messire Delacroix.


Le Baron, assis sur un banc dans la cour du château, fleurie de milles roses, de diverses couleurs, était accompagné de l'envoyé de Stellarae. Illustre cousin du Roi, ici pour sans doute constater le changement honnête du gentilhomme vampire, il reconnaissait en Château-Rouge une terre d'élégance menée par un Homme raisonné, et dont toutes les rumeurs manquaient désormais de consistance. Mais elles n'avaient pas été dissipées, et il faudrait plus que quelques jours passés à échanger des pensées pour dissuader la Couronne de ses soupçons.
Ceci dit, Grey semblait féru de littérature, philosophie, et surtout sciences, et était un ami de qualité avec qui l'on ne s'ennuyait jamais.

Delacroix et son épouse étaient arrivés il y a de cela trois nuits. Leur accueil avait été effectué dans les règles de l'art, même en pleine nuit, et les serviteurs du Baron avaient été on ne peut plus raffinés dans leur exercice. Ils avaient porté les valises instantanément, pendant que d'autres s'occupaient de leur servir des mets chauds et délicats, cuisinés en leur honneur par un cuisinier de renommée employé par le riche régent. Attablé, le couple royal avait attendu quelques instants l'arrivée de l'hôte, mais ils furent bientôt rejoints par son Majordome et Mestre, un homme de bonne tenue dont le regard assuré trahissait une intelligence redoutable. Il leur expliqua que Sir Grey était occupé à régler quelque paperasse, mais que son erreur lui soit pardonnée, il tiendrait pour eux, dès le lendemain, un prodigieux banquet où toute la noblesse de Spelunca danserait pour la grâce légendaire de Madame Delacroix.
Marcus, en repensant à la scène, rétroactivement, comprenait que son épouse -aussi pleine d'esprit qu'elle soit- fut conquise dès cet instant par les attentions du Baron. Mais lui demeura impassible, bien trop éduqué aux politiques pour qu'un festin ne vienne troubler son jugement.

Or, la fête, et encore mieux, la compagnie de Grey étaient des délices pour l'âme. Le banquet fut effectivement l'un des plus spectaculaire, et Delacroix avait été totalement éduqué à la Capitale, de la rare qualité dont font preuve les vampires. La décoration, sobre et néanmoins saisissante de raffinement dans ses détails, comme les tables drapées de ce tissu carmin en des étoffes exotiques -viendraient-elles d'un autre continent ?- ou le sens charmant pour les modes que ceux des immortels buveurs de sang. Il fallait avouer que loin des gueux habituels que Delacroix visitait aussi loin de la Cité, les vampires de Spelunca, tous très proches de Grey, avaient une beauté réelle et des manières sophistiquées. Marcus était lui-même d'une beauté certaine et ne manqua pas de recevoir durant cette soirée, où il ne but que d'exquises liqueurs, des regards flamboyants de désir. La réputation charnelle des vampires n'était donc pas usurpée.
Il fut de si bonne humeur, là, à palabrer avec ce gentleman qui lui aussi connaissait les appels du champ de bataille et des assauts, qui avait aussi vu d'innombrables endroits, qu'il laissa sa femme danser avec lui. La soirée dura longtemps, jusqu'à ce que le soleil ne se lève, et tous s'étonnèrent du temps qui passa si vite. Encore aujourd'hui, le Duc est conquis par l'ambiance générale du moment passé, tant rien n'avait été feint dans tout ceci. C'était bien plus qu'un simple ressenti, en réalité, une fois qu'il avait été aussi proche de l'individu qu'il était venu analyser, les mots du Baron avaient tous été proférés avec tempérance et justesse, toujours dans un soucis de cordialité où l'on pouvait quelques fois décerner une touche de gêne. La situation pour lui, avait-il expliqué, était d'un malaise qu'il savait senti par le Duc. Et en ses profonds dires, Marcus savait son interlocuteur honnête.
Peut-être était-il encore sur de diaboliques pensées, mais au moins aimait-il Marcus et Anne-Lise sincèrement.

La journée d'après, ils visitèrent tous ensembles la ville. Château-Rouge lui avait été décrite comme une ville moderne, et rien n'avait été exagéré, ici il y avait des aqueducs, un système élaboré d'égouts et de traitement des eaux grâce à la présence d'un barrage un peu au-dessus de la cité. Ainsi, la présence de cours d'eau dans les rues, les jardins, et parfois sous certaines allées, apportait une touche de grâce certaine au tout. Dans les allées marchandes, fières de plusieurs boutiques d'alchimistes, herboristes et surtout couturiers vampires, tout était de première qualité. Des bouchers, étonnamment courtois, vendaient même de la brioche au lard fumé, la spécialité des vampires de Spelunca -pour le plus grand plaisir des papilles d'Anne-Lise-. Ils allaient inspecter le grandiose théâtre, bâtiment d'architecture baroque entièrement de pierre volcanique et (à ce qu'on disait) possédant une acoustique sensationnelle, lorsque la fille du Baron et Capitaine de la Garde, une ravissante jeune femme aux airs de renarde vint leur annoncer qu'un sinistre événement c'était produit.
Les Frères Loups, ces odieux loup-garous ayant déclaré la guerre aux vampires depuis des siècles, avaient bravé l'interdiction établie et franchit les limites du territoire pour massacrer une famille de fermiers, juste par delà les portes de la ville. Marcus, voyant là une occasion de mieux cerner le comportement du Seigneur local, demanda à ce qu'ils se rendent sur les lieux, ce à quoi le Baron répondit par un hochement de tête assuré.

Alphonse était arrivé sur les lieux juste après avoir entendu des cris affreux. Il était attablé en dehors d'une taverne, pas très loin d'une ferme, et avait tout lâché pour courir en direction des hurlements.

Un père de famille, maigre et en simple tenue, reculait au sol en tenant sa fillette dans les bras. Un énorme loup, au poil lustré et noir comme la nuit, leur faisait face.
Ce fut tout juste si le technophile activait à temps son propulseur à vapeur pour bondir et placer son épée entre les mâchoires de la Bête, repoussant difficilement le monstre d'un coup sec. L'animal ne lui tenu pas tête longtemps et une seule décharge électrique suffit à le mettre hors-connaissance. Le naga, s'extirpant de son costume et bava abondamment sur les poignets du lycanthrope redevenu humain afin de les maintenir dans une étreinte gluante.
Il en fit de même avec ses pieds, et revînt vers l'homme et sa fille.


- Tout va bien ?

Mais déjà le fermier pointait une silhouette au loin. Il travaillait à nourrir le bétail, lui, et sa femme cultivait le sol... elle n'avait pas eu le temps accordé à son mari par la distance. Alphonse présenta ses condoléances avant d'aller couvrir le corps à l'aide d'une couverture pour chevaux et attendit que des renforts n'arrivent.
Mais, avant de retourner consoler la famille, il réveilla le lycanthrope d'un coup de pied.


- Qui es-tu ?! Parle, monstre. En quelle malheureux honneur as-tu agis ?!
- ...Tout Frère Loup... doit obéir.. en cas de capture...

Le spectacle fut épouvantable. Le tueur, forcené membre de sauvages dévoués à une cause, s'efforça de se rompre le visage à coup de ses dents gigantesques. Bien avant qu'Alphonse ne pense même à agir, son prisonnier se supprimait. Ses yeux allèrent du cadavre pendu à l'arbre à la couverture agitée par les vents froids des hauteurs, et il ferma les yeux. Ce sauvetage était un échec total, autant aller rassurer la famille.

Pour couronner l'héroïque événement, il ne fut pas rejoint par un officier de la Garde, mais par l'Autorité locale, celle au grand "A" et à l'égo encore plus démesuré, Sa Majesté des Mouches, le Styx. Il était néanmoins accompagné du couple de Sir Delacroix et Dame Anne-Lise, et ainsi Alphonse demeura cordial lorsque le Baron s'avança en sa direction. Il était suivi de Victoria, qu'il avait rencontré quelques jours plus tôt lorsqu'elle avait sciemment ordonné à la Garde Royale de n'intervenir en son territoire que s'ils désiraient y trouver une lionne affamée. Et Alphonse avait été de suite conquis par cette beauté dangereuse.


- Baron.
- Soldat Galhaad, je vois encore ici la preuve de votre redoutable efficacité.
- Messire, Madame. Mademoiselle Grey. Une attaque de Loup, je...
- Oui, nos Guetteurs sont rapides, contrairement à vous qui enterrez des preuves sous des couvertures pour animaux et laissez une potentielle source d'informations se donner la mort. Je sais ce qu'il s'est passé, vous pouvez circuler, Galhaad.
- Compris, Capitaine Grey.

Il salua et s'éloigna, non sans avoir remarquer que Styx semblait légèrement déçu. Foutu psychopathe avec ses reproches. Le caméléon avait besoin d'une bière, vive les remerciements.

Le Baron réajusta son col, et attrapa la canne que lui tendait son Majordome d'une poigne habituée avant de marcher vers les victimes en compagnie d'une larmoyante Dame Anne-Lise. Victoria, et Marcus, préférèrent se diriger vers les victimes afin de les examiner ; un bout de tissu peut être localisé si l'on en reconnaît la fabrique, tout comme des odeurs ou des empreintes.


- Comment tout cela est-il arrivé ?
- Je... nous... nous étions en train de travailler, comme d'habitude, lorsque... lorsqu'il a surgit des bois. Là-bas. C'tait horrible vous savez, Baron. La chose criait et s'agitait, elle beuglait comme un chat enragé. Et elle l'a eue... oh Seigneur. Ma douce...
- ... Toutes mes condoléances.
- Nous sommes de tout cœur avec vous dans cette épreuve, monsieur.

Mais déjà le Baron s'éloignait, pressé en direction de Faustus, toujours souriant et occupé à tenir les chevaux en laisse d'une maîtrise surnaturelle. Il passa outre son serviteur pour aller parler aux deux militaires.

- Victoria, Messire, quelque chose de suspect ?
- Du côté de preuves concrètes, rien. Mais si ces énergumènes ont appris à se suicider ainsi, c'est qu'ils envisagent la possibilité de se faire arrêter, et qu'ils ont donc l'intention de perpétuer d'autres actes barbares.
- Il vous faut rester alerte, Baron.
- Sans aucun doute, Victoria, renforce les patrouilles, pas de pauses aujourd'hui mais veille à mieux les payer. Bon, en une infortunée transition, je vais pouvoir vous présenter mon Conseil en son plus simple état après ces circonstances.
- L'inquiétude révèle bien des caractères c'est certain.
- Oh je voulais parler de leur caractère venimeux qui va s'abattre sur moi, mais ça aussi.

Et effectivement, le Conseil -à l'exception de Mestre Faust qui se contentait de ne rien dire- aboya longuement aux oreilles du Baron, le fustigeant d'avoir négligé ces atroces Loups depuis bien trop longtemps menaçants pour être laissés tranquilles. Il y eut même évocation du passé du Seigneur et de son laisser aller qui, s'il fallait rassurer les foules quant à sa violence, devrait être intraitable avec les menaces. Bien que douloureux à entendre, il fallait admettre que ces mots étaient partiellement vrais, pendant trop longtemps les chaotiques Frères Loups avaient été ignorés par Styx qui avait pensé la simple frayeur suffisante à les rebuter.
Le Conseil, composé de 3 membres hors Mestre Faustus, comprenait Olena "Milady" Dumas, une riche aristocrate a l'apparence d'extrême âge, mais dont le discours vif et aiguisé rassurait quant aux capacités mentales, elle gérait les affaires extérieures, traitant avec les envoyés de Spelunca aux quatre coins de Dùralas. Informations et marchandises, tout provenait d'Olena Dumas. Le second individu, d'un âge moyen et apparence tout à fait banale, était Eurice Bellami, un vampire banquier aux talents phénoménaux en tout ce qui traitait de près ou de loin à de l'or. Finalement, un robuste gaillard, Fiz Azlov, était le responsable de la formation des recrues locales aux exercices militaires et noble vampire reconnu pour ses talents.
Impressionné par l'échantillon du gratin vampirique, Delacroix demeura pantois face à la véhémence de pareille réunion. Décidément, et en dépit des textes faisant récit de la politique incroyable des buveurs de sang, il n'avait jamais soupçonné pareille implacabilité.

Ce fut au même moment que Anne-Lise, loin de s'intéresser aux affaires du Baron, dont elle laissait le soin d'analyse à son mari, décida de se joindre à Mestre Faust et son laboratoire. Une pièce grandiose, située dans l'enceinte même du château, qui devait contenir à vue d’œil plusieurs centaines de livres et presque autant d'objets de science, et instruments. Présentement, le majordome se faisait docteur et œuvrait sur un sérum dérivé de la flore Wystérienne, qui pourrait à terme soigner les toxines les plus virulentes. Sir Faust, malgré sa froideur notoire que seul son respect rendait amusante, décrocha quelques phrases à Anne-Lise, cette après-midi là.


- Madame peut aller choisir n'importe quel vêtement qui lui plaira en ses appartements, le Baron a fait livrer la dernière collection de la boutique de LaFontaine, toutes les vampires en rêvent, vous savez, et les coutures vous iraient à merveille.

Intima-t-il tout en injectant dans une souris, visiblement à l'agonie, un liquide opaque, blanc, et sirupeux. Il griffonna sur son carnet, alors que la pauvre bête lâchait un dernier râle.

- J'en suis très reconnaissante et deviendrait comblée avant le repas, après un bain dans vos délicieuses baignoires d'or blanc et marbre, mais pour l'heure je suis venue ici. Je peux jeter un œil à cela ?

Elle parcourut les annotations des yeux, arrachant presque le crayon des mains de l'homme dont les yeux s’agrandirent sous l'effet de la surprise.

- Un procédé de Guantonum ? C'est très vieux comme technique... oh, je sais, et si vous réduisiez la solution mère grâce à une décantation par magie infusée ? C'est très récent et utile, du moins c'est ce qu'affirme le Mestre de Stellarae.

Faust, bien plus jeune que la Duchesse ne l'avait pensé, était visiblement décontenancé par ses connaissances. Elle rit légèrement et lui rendit son carnet.

- Une Dame de sciences ? Je croyais cette espèce morte depuis que les robes font fureur.
- Oh, cela aide simplement à discerner les idiotes du reste, mon cher. Appellez-moi Anne-Lise, Mestre Faustus. J'ai bien l'intention d'apprendre de vous, et vous perdez trop de temps en formalités pour être efficace. Allons, allons, le sérum ne va pas se créer de lui-même.
- Attrapez-moi une racine de Cancui dans le bac derrière vous, je vais créer la solution de magie condensée.

Ce fut à l'heure du dîner que tous se retrouvèrent, baignés dans différentes ambiances ; le Duc et le Baron, tous deux avides de politiques, conversaient longuement sur les moyens les plus efficaces pour retrouver ces horribles Frères Loups. Anne-Lise, quant à elle, continuait à rêvasser à des solutions équilibrées, des infusions réussies, et des cures données.
La soirée se terminait très agréablement, car il n'y a pas de meilleures compagnies que celles avec qui le dialogue est riche et fructueux, et lorsque tous partirent se coucher, le Baron resta seul avec son Majordome. Au beau milieu de cette table grandiose, napée d'une soie blanche cousue de mains habiles, où trônait un véritable festin gustatif.


Le vampire avoua à son ami, Faust, qu'il appréciait grandement la compagnie de Marcus et Anne-Lise, et il en allait de même pour le démon. Ils étaient d'une grande éloquence, mais par dessus tout, ils ne faisaient pas semblant, a propos de rien, et avaient accepté de mettre de côté leurs doutes pour exprimer là une amitié sincère. Un geste de courtoisie grandement apprécié chez l'arlequin.
Ce dernier, après avoir terminé un énième gobelet doré de vin, se dirigea vers son trône.


Il contempla de nouveau la nuit, dehors, où valsaient les premières feuilles d'automnes. C'était toujours un spectacle fascinant, qu'importe les saisons, et il fallait reconnaître la beauté raffinée de la nature. Qu'importe quelle Divinité avait engendré le Monde, ou quel Hasard, le soucis du cadre était partout autour de qui se donnait la peine de l'observer. Styx était attristé par tous ces gens qu'il connaissait que seuls les délices des simulacres humains stimulaient, ceux qui ne savaient jurer que par le physique ou les illusions. Ironique ? Peut-être, mais l'illusionniste est surement le mieux placé pour voir les dangers de ses créations.
Styx se souvenait de cette phrase, qu'un ami lui avait un jour dit.
Tout dans le monde du magicien était magique, sauf le magicien lui-même.

Sur ces pensées, il se laissa aller à une torpeur morne, et s'endormit là. Sur son immense trône, où son corps maigre et élancé enserré dans les canines de ce dragon d'ébène donnait l'illusion de quelque tragédie.

- Bonne nuit Faust, n'oublie pas de nourrir les chiens, s'il-te-plaît.

Ce furent ces aventures, pas des plus mouvementées mais pleines de sens qui menèrent Marcus et Lachlan à s'isoler le jour suivant dans la Cour intérieur du château, où ils avaient cette fameuse discussion sur les narratives et construction diégétique.


- ... Je crois que je pourrais disserter sur le sujet toute la journée, Messire Delacroix.

Suite à ces dires, le Stellarois observa ce jardin, pièce centrale du château, avec soin. Des arbres s'épanouissaient et échappaient aux affres des saisons, leurs feuilles pleines de vitalité jurant avec le dehors où la saison entraînait la chute de leurs consœurs. Là, sur leur banc en marbre fin, les deux hommes étaient à l'abri du temps lui-même. On avait souvent vanté les qualités de la magie de son interlocuteur ; expert illusionniste usant de ses talents pour le chaos, mais, tout de suite, dans cette crue nature qu'il avait implantée au centre même de sa demeure, avec ses roses et ses fontaines, Marcus voyait un esthète plus qu'un assassin.


- Mon ami, je crois pouvoir vous nommer ainsi désormais. J'entends votre point de vue, mais n'existe-t-il pas une certaine ironie de vanter les mérites de la construction si ce que vous créez n'est que simulacre ? Entendez bien que vos mots sont très justes, mais... dans la littérature, par exemple, qu'importe la vigueur de l'écrivain, il ne fera jamais égal aux personnages d'un théâtre, guidés et menés par un humain réel. La chaire offre à un personnage toute sa splendeur, je crois.
- Oh ! Oh comme c'est frais cet avis... nouveau, plein de raison. Il est vrai que..

Mais alors que le Baron, visiblement enthousiaste à l'idée de continuer le dialogue -ce qui fit sourire Delacroix, Styx ressemblait bien souvent à un enfant lorsqu'il s'emballait- un rugissement rompit l'air, faisant se retourner les hommes au même moment.
D'une porte latérale, qui menait aux tours, une bête horrible et velue menaça de ses crocs étincelants le Duc et son ami, avant de rompre instantanément sur eux.

Marcus observa avec la minutie qu'accorde l'adrénaline. Il vit chaque chose se figer un instant dans l'air, les poussières au soleil agitées par les mouvements canins de leur Némésis, l'écorce que les griffes du loup-garou arrachèrent, et la salive visqueuse qui pendait à ses babines retroussées. Ses dents, bien longues de quelques dizaines de centimètres, rappelaient des dagues, et, ses griffes, plus longues encore, brillaient alors qu'elles fendaient l'air d'un bruit nerveux.

Il observa aussi le Baron, qui était plus près de la bête que lui, lançant une carte qui sectionna un bout de la fourrure de leur ennemi, mais qui fut loin d'être mortel à leur ennemi.
Finalement, l'unique moment où ils réussirent à arrêter la course folle du loup fut lorsque ce dernier eut planté une patte dans l'estomac du Baron. Mais alors Marcus réalisa que les rumeurs du guerrier n'étaient pas infondées, puisque loin de se décomposer le monarque avait esquissé un sourire -agrémenté d'un filet de sang inquiétant, il était grièvement blessé- avant de planter à son tour ses griffes dans la gorge de l'animal.
Finalement, le Duc se décida à planter son épée, qu'il ôta avec la vivacité de l'expérience, dans le dos de l'assassin thérianthrope. Le loup grogna, tenta vainement de balancer ses griffes, mais les bruits de lames qui rompent l'air furent les derniers instants de l'ennemi.

Au moment où tout reprenait un rythme normal, et où Grey envoyait d'un coup de pied le monstre au sol, une gerbe de sang jaillit de sa blessure abdominale. Marcus posa ses deux mains dessus, allongeant l'arlequin sur le banc, et lui intima de tenir bon avant de crier au secours. Ce fut bien évidemment Faustus qui arriva en premier, d'un pas rapide et d'une mine choquée.
Une intrusion dans le château, sous leur nez, et une blessure presque fatale à l'arlequin. Le Majordome, en enjambant le cadavre colossal du loup, remarqua alors ce que le Duc avait ignoré.

Un œil, au sol. Un œil à l'iris magnifiquement rouge, qui rappelait des lacs en feu et des carnages anciens. Un œil qui avait jadis charmé les plus jolies femmes et rendu jaloux les plus fiers guerriers ; le Baron saignait abondamment au niveau du ventre, mais il tenait aussi une main au niveau des yeux, et Faustus déglutit.
Si l'attaque était survenue avant le événements de Stellarae, la liaison à l'Immatériel de Styx aurait permis nombre de choses ; anticiper l'attaque, neutraliser l'animal avant même qu'il n'avance, et surtout, dévorer quelques esprits pour régénérer ce que le vampirisme ne pouvait. Le ventre n'était pas un problème, tant que les intestins étaient réparés au préalable, la guérison s'effectuerait chez un vampire avec naturel. Mais les yeux ne sont régis par les mêmes règles biologiques, et celui-ci ne reviendrait pas.

Le Mestre emporta son Baron avec l'aide du Duc jusqu'à son laboratoire, et dégageant toute une table d'un revers de main, déposa là un Styx qui tremblait -par effet d’anémie- et continuait de garder désespérément une main livide sur son œil manquant.
En une pointe de tristesse, le majordome injecta un liquide sirupeux dans le cou de son maître. Extrait de pavot, pour l'anesthésie, doublement  dosé pour un habitué des drogues.


- Pourquoi... c'est très rouge Mestre, tout est très... Les Frères Loups, tous... ahahah... tous les tuer.
- Tout ira bien, Baron, le pauvre n'avait aucune idée de qui il attaquait ! Vous vous en remettrez.
- Sauf votre respect, Duc Delacroix, je vais vous demander de quitter la pièce. Un long travail m'attends.

D'un hochement de tête il obtempéra aux ordres du Mestre, et partit.

Faustus regarda le Styx endormi, inconscient et blessé, avec une mine de dégoût. Il était devenu bien plus faible... il faudrait remédier à cette catastrophe le plus vite possible, bien avant de se préoccuper d'un organe perdu. Il serait inutile de réparer quelque chose qui viendrait à se briser à nouveau.
D'une main experte le démon enfonça un gant noir dans la plaie abdominale, tandis que l'autre maniait un coton imbibé de solution désinfectante. Nettoyer, panser, recoudre. Là consistait la partie la plus facile de l'opération actuelle, en revanche, en écartant la main du Baron toujours rivée sur son œil, le majordome constata le pire. L'orbite de Styx avait tout simplement disparu, et là où devrait se trouver une pupille rouge aux reflets jaunes il n'y avait plus qu'un trou béant, clairsemé de liquide blanc et visqueux, de pus aussi.

Nettoyer, panser, recoudre. Seule solution.
Faustus ne mit pas plus de quelques heures à achever son travail, remettant de l'ordre dans les blessures qui cicatrisaient déjà, aidées par le sang vampire, et quant à ce qu'il manquait à Styx, il ne put faire plus que les limites de la médecine, ou alors il lui faudrait invoquer des esprits démoniaques, geste politiquement discutable en la présence d'un envoyé de la Cour Stellaroise, mais surtout de sa femme, bien plus futée qu'elle en avait l'air. -Il l'avait surprise à guetter ses croquis, mais pas d'un regard curieux, plutôt d'un regard du scientifique qui comprend et analyse, allant plus loin que les formules et les lignes tracées pour voir l'objectif principal. Une chance que Styx n'ait plus ordonné de "plans secrets et macabres"-

La convalescence du monarque dura trois jours, ou il oscilla entre de fortes fièvres et une lourde fatigue. Lors des soins, Faustus avait remarqué que les intestins avaient été sectionnés à de multiples endroits, et cela avait causé le rétablissement relativement lent du Maître. Mais même si trois jours paraissent être une somme négligeable, dans une Cour de vampires, il suffit de ce laps de temps pour que les rumeurs aillent bon train.
Les voix commencèrent par accuser Victoria Grey, Chef des Frelons, Gardiens Spelunciens, de négligence. Les murmures inquiétèrent ensuite le petit peuple en fredonnant des airs lugubres, affirmant que Lachlan Grey, Ier du nom, allait laisser un trône libre.

Faust traita les rumeurs comme il le pouvait, expliquant au Conseil, qui jappait désormais plus que jamais pour que l'on incendie monts et montagnes dans l'espoir de tuer les Frères Loups, que non Son Excellence n'était pas en mort lente, il récupérait ses forces même assez vite pour la quantité de dégâts infligés.
Non, Victoria ne serait pas pendue publiquement pour avoir ignoré ses devoirs. Les Frères-Loups étaient une organisation qui en dépit de son charme manquant disposait de hargne, et ce qui les rendait imprévisible, mais plus jamais cela ne se répéterait maintenant que l'on les savait déterminés.
Oui, Styx assurerait un discours lors de son rétablissement afin de remettre de l'ordre dans une cité apeurée.

Faust devait admettre qu'en dépit de sa sagesse, le Conseil était quelque fois oppressant à l'extrême.

Le majordome revenait de son entretien avec le Conseil, où Olenna l'avait fustigé, lorsqu'il découvrit le maître réveillé, dans sa chambre. Il l'avait pourtant quitté il y à peine quelques heures, mais le vampire était à présent face à son miroir, assis sur une chaise, le dos droit et l'air pensif.


- Je crois que l'heure exige un discours, Mestre.
- Monsieur, vous êtes encore faible et...

Styx, dont la posture cachait à son majordome le visage, se retourna. Il arborait un cache-cache noir, et souriait tranquillement. Ses cheveux, plus longs que d'habitude, étaient coiffés vers l'arrière en une crinière ahurissante, ceci, ajouté aux cicatrices au niveau de ses yeux et de ses lèvres, lui conférait une allure de seigneur de guerre.

- Ais-je l'air faible ? Prépare le château alors ! Invitons tout le monde ! Je veux que chaque pièce soit décorée des plus somptueux tableaux, sculptures, fontaines, danseurs ! Demain aura lieu le banquet qui célébrera mon retour, et je tairais là les dires qui rapportent mon déclin.
- Il en sera fait selon votre volonté, votre Excellence.

Faustus s'inclina poliment et s'apprêtait à tourner les talons lorsque le Baron l'interpella de nouveau.


- Oh et Faustus... je vais trouver un moyen de recouvrer mes pouvoirs. Mais je te prie de ne pas me considérer comme faible. Ce que j'ai perdu, je crois l'avoir regagné ailleurs... c'est difficile à expliquer.

Faust, en sa qualité de démon, ne comprenait pas les discours émotionnels des mortels, et se contenta d'hocher la tête avant de partir. Il avait bien trop de travail pour s'encombrer de pensées philosophiques, mais il nota tout de même la volonté de son maître. C'était louable, à défaut d'être pertinent.

Le lendemain, alors que la fête était annoncée au neuvième glas du clocher, juste avant la nuit, le château fourmillait de mouvement. Les servants disposaient dans chaque pièce corbeilles de délices et sangs exquis, les artistes, soient-ils peintres, ménestrels, ou acrobates, répétaient dans les espaces qui leur furent alloués, et finalement, Styx, faisait les cents pas dans la salle du trône.
Le Conseil avait demandé audition avant les célébrations, et loin de s'en offusquer, le monarque avait convié ceux-ci à venir sur le champ.

Olenna Dumas, la vieille mais néanmoins rusée aristocrate fut la première à arriver, sa silhouette gracieuse flottant dans une robe verte majestueuse. Fiz Azlov et Eurice Bellami se montrèrent en même temps, tous deux palabrant a propos de quelque sujet qui semblait les préoccuper totalement.
Le Conseil place au milieu de la table ronde située dans une pièce adjacente à celle du Trône, et Styx débuta la réunion. La réaction de la noblesse vampire à sa nouvelle apparence fut presque indélicate de franchise.


- On dirait que les blessures vous réussissent, Baron. Veillez à ne pas ressembler à un Pirate d'ici la fin de l'année, ceci dit.
- Merci, Dame Dumas, j'apprécie. Fit-il en un léger sourire. Mais je ne vous ai pas conviés pour de simples banalités.

On toqua à la porte. La Capitaine de la Garde, escortée par deux des "Frelons Spelunciens" aux armures noires et or, entrèrent dans la pièce, en compagnie de cinq silhouette cagoulées, maintenues en captivité par des chaînes en argent placées au niveau des poignets et des chevilles. Laissant là les prisonniers, Victoria reparti.


- Qu'est-ce que ceci ? S'enquit Aznov, qui se levait pour ôter le capuchon d'un captif, dévoilant un jeune homme brun au regard apeuré.
- Mon discours. Ici, devant vous, sont présent les redoutables Frères Loups, ceux qui m'ont ôté un œil lors d'une terrible attaque, et instiguent la peur dans l'âme de chaque citoyen de Château-Rouge, mon bon Conseil. De bien sombres personnages qui ne s'arrêtent devant rien au nom de l'éternel conflit qui oppose nos races... attaquer mes fermiers, m'arracher un œil... tuer mon Conseil restreint...

Avant même que les réactions ne se fassent entendre, les thériantropes, jusqu'ici sages dans leurs menottes, commencèrent à s'agiter avec virulence avant de se transformer en les énormes bêtes qui faisaient leur renommée.

Bellami, jusque là silencieux, poussa un cri d'effroi alors qu'une griffe acérée brisait ses chaînes pour venir s'enfoncer dans sa gorge et déchirer ses entrailles. Il ne fallut pas plus longtemps aux autres pour subir les mêmes violences, et, juste avant qu'au dehors les premiers Virtuoses n'entament l'hymne de la Rose, joué assez fort pour couvrir les cris et les mouvements brutaux des lycanthropes.
Lachlan Grey, réajustant son cache-œil au milieu des gerbes de sang et larmes de ses conseillers, s'alluma une pipe d'herbe tout en s'asseyant sur la table où il posa ses yeux sur Olenna Dumas, qui, dans un coin tentait maladroitement de repousser les loups qui agglutinaient autour d'elle.


- Ha..Il est si facile de contrôler des esprits à l'aide d'un bon dosage de psychotropes, mais il est bien plus hardi de rendre une manipulation crédible, et j'espère Olenna que dans vos derniers instants vous admirerez l'étendue de ma supercherie avec joie. Votre sacrifice n'aura pas été vain, croyez-moi, cet acte barbare n'est pas dénué de but. Sur ce, j'ai un discours à donner, un faux cette fois. Un discours de fraternité, d'amour et d'union. Un discours sur ce que veulent entendre les cœurs, un discours loin des trames impitoyables que j'affectionne. Faust, nettoyez tout ceci, placez les cadavres sur la route principale, il y a eu une attaque aux portes du château, mais grâce à la Dame les criminels ont été appréhendés. Les cieux soient loués !

Tout en parlant, le Baron enjamba les cadavres, et se dirigea vers la sortie, son rire fou se réverbérant sur les tissus blancs tâchés de rouge. Une fois dehors, la foule s'était déjà apprêtée pour l'ouverture du banquet.


- Aujourd'hui me semble parfait pour un discours, un discours de joie, d'espoir et par dessus tout un discours de fraternité.

Il n'y a pas d'endroit plus fort que nous, Château-Rouge, face à l'adversité ! Ni les attaques pas plus que les menaces ne nous auront fait reculer. Aujourd'hui mes frères et sœurs nous nous tenons hauts et fiers de la direction prise par nos âmes, nos cœurs, vers les lendemains pleins de sagesse car nos esprits sont tournés vers l'honnête quête de connaissance. Cherchons des solutions, là où d'autres chercheraient l'action, faisons preuve de compassion par delà la compréhension. Des termes qui je le pense définissent bien notre cité, mais surtout ses habitants.
Je suis décidé, mes amis. Je suis décidé à amener la paix, à servir la Couronne parmi les risques et les doutes. L'exercice de la régence peut s'avérer drastique... éprouvant même... Mais que cet œil manquant prouve à tous mon sérieux ! Aux yeux de tous, transparent, parce qu'un meneur n'est rien sans son groupe. Aujourd'hui une fois de plus, le peuple m'accorde sa confiance et je vous en remercie de la meilleure façon dont je puisse le faire ; en renforçant votre sécurité !



Alors que tous applaudissaient, transcendés par le sens de la fraternité du Baron, Delacroix brandit une lettre estampée du blason royal, démontrant une promotion de rang, et hurla :

- Vicomte Grey ! Vicomte Grey !

Et tous reprirent en chœur, louant leur bon Vicomte. Celui qui avait arrêté les Frères-Loups, celui qui avait perdu une partie de sa vision au combat, celui qui était Juste et Repentit.


[Passage au rang de Vicomte]


Dernière édition par Styx le Mer 11 Avr 2018 - 1:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bibliographie de la Maison Grey. [Solo]   Mer 11 Avr 2018 - 0:49

"Convergence Astrale"

Alphonse Galhaad se levait en Château-Rouge, une mine grave sur le visage. Dehors, près de la caserne qui accueillait la protection rapprochée de Sir Eugène Delacroix, un orchestre royal répétait un morceau de la "Valse des Roses".

Le Naga ne pouvait sciemment se laisser aller au repos de l'âme, en dépit des ordres de son supérieur qui affirmait que le Vicomte était un danger éteint et un allié fiable.
Des putains de conneries qu'il entendait depuis bientôt un millénaire, depuis Fort-Salin, depuis PlagenHust, depuis des centaines de Royaumes desquels il pouvait encore sentir les odeurs de cendres. Lachlan Grey était le pseudonyme de Styx, et non l'inverse. Eugène Delacroix semblait avoir laissé son jugement s'émousser au contact des douces senteurs des fleurs locales, ou peut-être dans la beauté de l’œil unique de son hôte. En supposant que Styx ne l'avait pas déjà ensorcelé... Impossible... Lors de leur dernière rencontre, lors de ce semblant d'attaque de loup-garou, il avait pu détecter que la présence de Styx était bien moins insidieuse. Plus faible que jamais, et Delacroix -sa femme aussi, voire surtout cette dernière- était d'une expérience certaine. Il ne se laisserait pas berner éternellement.

Quelque chose dans l'air se formait, toutefois, comme une chape de plomb qui se referme sur un insecte imprudent, et tout Château-Rouge semblait en effervescence ces derniers temps.

La musique, plaisante, lui fit esquisser un sourire mauvais tandis qu'il entreprenait de se lever de son lit pour prendre une miche de pain sec qu'il dévora, pensivement, en admirant les cîmes de Spelunca. Tout en haut, surplombant Château-Rouge, se tenait la demeure de la Rose de ses toits en basalte et ses tours pointues, pareille à une ombre menaçante.
Une fois son petit-déjeuner avalé, Alphonse alla ouvrir la porte qu'une main délicate frappait ; et face à lui se tenait une Yuli Sibly encapuchonnée.


- Me voilà, Galhaad. Je n'ai pas été suivie, pas plus que je n'ai indiqué oralement ou par écrit ma destination. J'ai même camouflé mon aura magique et me suis déplacée sans user de ma sorcellerie, un calvaire, mais le plan me plaît. Quand passerons-nous à l'acte ?

Alors que la jeune -mais douée- sorcière prenait place dans ses appartements en se plaignant des conditions de sa venue jusqu'ici, la musique de l'orchestre lui parvenait plus clairement que jamais. Quelque part entre les cordes et les percussions, jouées par des mains habiles, Galhaad trouvait une certaine forme de beauté. Indéniablement, et presque ironiquement, Styx accordait les bruits de sa chute en une mélopée qui plaisait au Technophile.
Avec Yuli, ses camarades de Garde aussi circonspects que lui, et un plan solide, ils sauraient éliminer l'arlequin définitivement ; une mission qu'il avait nié depuis trop longtemps déjà, mais aujourd'hui se solderait la fin de leur histoire commune. Une énergie nouvelle montait désormais à la tête du caméléon, une vigueur retrouvée, qui lui effaça même les douleurs des brûlures qui avaient été siennes jadis ; la force du devoir.

L'idée du Gardien avait germée à l'annonce publique de la date des fiançailles de Jacques Grey. Elles prendraient place lors de l'avènement d'Aldébaran, Astre Rouge des amoureux, qui entrerait alors en phase avec Canopus et Déneb lors de la vingt-septième lune du mois.

Toute cette symbolique passait au-dessus du technophile, qui voyait plutôt le côté mystique du régent s'exprimer en cette annonce, mais qui dit festivités dit afflux de foule. Et un afflux de foule c'est une opportunité en or pour toute personne désireuse d'accomplir un méfait ; pour une fois le Gardien appliquait ses connaissances militaires en un sens contraire à l'accoutumé.
Il faudrait alors infiltrer le château, ce qui ne serait pas difficile au Naga car toute l'escorte Stellaroise avait été conviée, et entrer dans les appartements interdits au publique afin d'en extraire des preuves de sa rédemption fallacieuse. Bien entendu, la possibilité de ne rien trouver d'accablant avait effleuré Galhaad, et il avait donc contacté Sibly afin qu'elle ne se rendent aux Laboratoires Fortuna -lieu qu'il soupçonnait bien glauques- en compagnie de Narcilus et son équipage dans le but d'amasser de quoi incriminer le Sir.
Tandis qu'il se remémorait tout cela, il parlait à la jeune Sibly, qui écoutait -formée aux arts militaires par la Congrégation elle-même- d'une mine calme le plan audacieux.

La réelle difficulté résidait en le fait que Styx devait s'attendre à ce que quelque chose vienne entacher son événement, un problème, venu des nombreux ennemis qu'il possédait, était inévitable. L'arlequin était d'une nature maligne, et les endroits devaient être gardés par des maléfices puissants ; c'est là où interviendrait Yuli. Elle avait longtemps pu observer les magies et méthodes de l'Ombre, car il lui avait enseigné quelques tours, et pourrait déjouer toutes ses protections grâce à l'aide des Vieilles Muses qui vouaient une haine incommensurable au vampire.
Elle donnerait alors un signal télépathique qui avertirait Alphonse, les Gardes Royaux, et Narcilus ; alors commencerait le casse du siècle.

Une autre affaire résidait en Victoria Grey, la Lionne, qui s'occuperait personnellement de la sécurité des festivités en compagnie de Nathanael Azhalred. Le duo représentait un danger réel, et si l'on avait déjà pu admirer les carnages d'Azhalred sur les champs de bataille, la véritable force de Victoria, Vampire Alpha -et surtout fille d'un psychopathe- leur était tout à fait inconnue. Pire encore, si Alphonse avait pu sonder l'étendue de la perte de puissance de l'arlequin d'un coup d’œil, la Lionne avait maintenu ses forces sous couvert lors de leur entrevue sans jamais baisser sa garde. Un gage d'expertise qui n'augurait rien d'aisé pour l'équipe du caméléon.

Yuli, face aux explications d'Alphonse, proposa qu'elle infiltre les défenses magiques de Château-Rouge directement au cœur du Massif.
Alphonse manifesta son incompréhension ce qui suscita un soupir de l'Abyssale aux formes drôlement pulpeuses pour une gamine... elle poussait vite, bordel. Il chassa ses pensées déplacées et se focalisa sur celle qui s'installait sur son propre lit en s'y couchant d'un bond félin.


- Ha, les guerriers, on dirait Narcilus avec ta tête de demeuré. Mais t'es vraiment chou sans ton casque, on dirait un pitiponk mal léché. Alors je résume simplement ; Styx est un magicien habile, mais même lui a besoin de concentrer ses défenses en un point précis. Mon avis est qu'il a placé le cœur de ses barrières et enchantements au centre des cavernes qui passent sous le massif, ce qui permet une utilisation plus modéré de ses forces, ou celles de Faust, ou quiconque s'est occupé du réseau d'enchantement. Tu piges ?
- On est plus à une idée farfelue près. On rencontrera les gars ce soir, tu leur soumettras ton idée, s'ils acceptent on pourra trafiquer les rondes pour te permettre l'accès aux galeries souterraines. Styx les a faîtes garder avec rigueur, j'imagine que ça expliquerais ton truc de magie concentrée. Ou quoi que ce soit. Je préfère la mécanique, désolé.

L'Abyssale éclata de rire, et acquiesça.

Styx constata la carte qu'il extirpait d'un sol enflammé avec un sourire léger, tandis qu'au loin reprenait l'orchestre qu'il avait fait venir de Stellarae. Dans la salle du trône de Château-Rouge se jouait un air de piano en adagio, aux sonorités aigües et dociles tandis que Faust venait apporter un verre de vin et une pipe d'herbe fraîchement récoltée à son Maître.

- Des nouvelles intéressantes, Messire ?

Une vierge vampire, blonde, en tissus dorés, apporta une grappe de raisins à la bouche du Vicomte, allongé à demi sur son trône représentant un Dragon d'ébène et or. Il croqua dedans tandis que son œil valide se tournait mollement vers son Majordome.

- Difficile à dire, mais la Lune se lèvera comme chaque soir, Faust. Rien ne s'altère jamais totalement et l'intérêt est toujours subjectif. Du nouveau concernant la mission confiée à la division des Amants en charge des excavations du massif ?
- Oui, nous sommes en voie de parvenir à l'objectif. Tout se déroule comme prévu, et Jacques a mis au point le prototype demandé, désormais il vous suffit d'attendre. Avec l'acquisition des documents occultés par ce chercheur dissident aux Baldors, tout rentre dans l'ordre.

L'arlequin ne jouerait donc son rôle qu'au cours du dernier acte, pour l'heure, il laissait aux autres l'honneur de s'accaparer l'attention qu'offraient les intrigues secondaires. Puissent-ils tous valser une dernière fois avant que les préparatifs ne se concluent, puisqu'une fois que les rééditions du scénario seraient finalisées on entrerait dans une phase diégétique impitoyable ; un épisode suprême qui ne laissera indemne que ceux qui ont été à la hauteur des attentes.
Qu'en sera-t-il des joies ? Des rancunes ? Des amours et des passions ? Des réponses binaires, ouvertes à des réponses inintéressantes et limitées.
Il faudrait créer un cadre propice à la résolution de ces doutes, après tout, laisser des spectateurs dans l'attente était d'une cruauté sans nom !

Être un bon hôte réside dans le fait de savoir répondre à des exigences toujours plus draconiennes, des directives ciselées ! Soit ; Styx accepterait le défi avec joie et dans le chaos chacun trouverait l'exquis mélange de tout sentiment, alors se dévoilerait l'élégance de l'anarchie ! Ce monstre redouté par les saints hypocrites qui peuplent le monde, cette folie reprochés par des bouches trop ignorantes pour saisir la vaste complexité d'un Monde qui leur échappe !

En se redressant sur son trône, à la surprise générale, le Vicomte hurla d'un rire sinistre sa réplique :


- Alea jacta est !
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Styx
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MessageSujet: Re: Bibliographie de la Maison Grey. [Solo]   Lun 16 Avr 2018 - 13:38

"Le Mariage de la Rose"

"Débute la première variation, réminiscence de la Fin du Monde.
Maintenant contemples la destruction des rêves, des espoirs, de la vie ; c'est le Destin de toute chose.
"

Jacques Grey se levait aux aurores. Aujourd'hui, à exactement trois lunes de son Mariage, son père avait fait venir le meilleur couturier du royaume afin qu'il ne détermine quel costume serait le sien lors de la cérémonie ; un choix qu'il convenait de ne jamais négliger car tous les regards seraient tournés vers les mariés et la langue des favoris à souvent plus de répercussions que les meilleures épées du royaume. Après tout, ces dernières obéissent aux premières.

Jacques était cependant très nerveux, pas seulement en raison de l'étape qui l'attendait, mais bien car le Vicomte semblait étonnamment pressé que la chose n'arrive. Le fils aîné, tandis qu'il entreprenait de revêtir une chemise noire et dorée, sertie de roses cramoisies, ne pouvait contenir cette anxiété ; encore grandissante lorsqu'il aperçut dans le reflet de sa gigantesque glace le reflet de sa bien-aimée. Marie Vassi.
Marie Vassi aux cheveux d'ébène et aux lèvres de rubis, Marie Vassi avec qui il avait les conversations les plus délicieuses et les promenades les plus sereines. Quelquefois même, il leur arrivait de regarder simultanément les enfants du programme de "pupilles de Spelunca" en un même sourire candide, si propre aux nouveaux amoureux, ces esprits passionnés qui rêvent à un avenir commun. Quel couple ne voudrait avoir une ribambelle de marmots aussi sots puissent-ils s'avérer ?
Jacques baissa les yeux tandis qu'il redressait ses plis, glissant deux boutons à ses manchettes, et vit la préoccupation sur son propre visage se glisser, pareille à un fantôme sordide. Sûrement ses impressions n'étaient qu'illusoires, résultats d'un manque de sommeil évident lié à ce qui attendait celui qui n'avait jamais su garder une femme plus de quelques mois. Et les dieux savaient qu'il trouvait en Marie une compagne idéale ; s'ils étaient cléments, il la lui laisseraient jusqu'à ce que la mort les sépare.

Mais il savait, en sa qualité d'ex-assassin, que la Mort était un simulacre au service des seuls véritables dangers ; les egos.

Il vérifia son col, et un mouvement dans le lit attirait son attention. Sans attendre, un sourire aux lèvres, il bondit se coller contre Marie. Ses yeux verts le dévisageaient en une caresse apaisante, et il se sentit tout à coup rassuré.


- Bonjour, futur époux. Tu es bien beau, ce matin... pardonne ma torpeur mais j'exècre les heures matinales... Pourquoi avoir fixé un rendez-vous aussi tôt ?

Le baiser qui suivit la question en empêcha la réponse, et Jacques goûta avec délice les lèvres charnues de sa charmante fiancée. Chanceux était celui qui épouserait une aussi belle vampire ; au sang noble, seins fermes et esprit aguerri, des traits qui semblaient même convenir au Vicomte. Mais de nouveau, et dans cette tendre étreinte, le démon du doute lui intimait de faire attention aux nuances -car en elles se dissimulaient les écueils les plus mortels- et le verbe "sembler" se réverbéra contre les parois de sa boîte crânienne. Encore et encore, en un vacarme assourdissant, jurant avec les quiétudes matinales des cimes Spelunciennes.  

Préférant ne pas dévoiler ses craintes à la belle, il s'extirpait du lit en prenant soin de remettre sa ceinture ornée d'une tête de Dragon en or.
Le rendez-vous attendait, et Faustus, de sa diction soignée, lui demandait de se hâter. Sans insistance cependant, car le Majordome savait rester courtois en toute circonstance.

Il sortit donc, laissant à grand regret seule Marie Vassi. Isolée dans un luxe paradisiaque, son corps nu répandant un capiteux parfum de belladone sur des coussins de soie rouge, imprégnant le lit titanesque et moelleux de senteurs exquises, qui auraient à elles seules renversé un Royaume et retourné la tête à plus d'un monarque.
Jacques Grey relativisait, alors qu'il franchissait d'un pas décidé la porte en bois gravée d'une rose de ses appartements ; Marie l'égalait en matière de pensées, il l'avait apprit à ses dépends lorsqu'il eut l'arrogance de la considérer comme une femme matérialiste et qu'elle lui avait répondu en dissertant sur la fallacieuse idée que les biens ne reflétaient en rien la grandeur d'un personnage.
Ironiquement, cette pensée l'inquiéta car ils en étaient parvenus à la conclusion, au milieu des jardins exquis de Château-Rouge, que la seule chose qui déterminait la prestance était l'ingéniosité.

Le grand jeu était terrifiant, et avait commencé aussitôt son Père absout. Jusqu'ici il l'avait apprécié, voyant les familles tomber avec un sourire conquérant, mais désormais, il envisageait les possibilités à venir en réalisant que les ambitions ne pouvaient aller qu'en grandissant ; puissent les amants se hisser dans les tempêtes les plus violentes, l'amour ne suffirait pas, et il pria la Dame pour que Marie sache être prudente. La saison était à la floraison des Roses, le printemps était arrivé, et dans les pollens se nichaient les prédations des grands esprits. Les hautes-sphères désiraient toujours grandir, soit-ce par peur de perdre les acquis ou par crainte de tomber des montagnes d'or amassées, et dans la crainte se situaient les actes les plus barbares de l'Histoire. Aucun Homme n'a jamais agit autrement qu'en son propre nom ; il serait tout à fait idiot de considérer que leur mariage n'était qu'une alliance entre deux familles, Jacques le savait pertinemment, leur union représenterait l'événement le plus grandiose de Château-Rouge et cette prétention irait de paire avec les intrigues qui s'y achèveraient.
Que les Dieux soient cléments, se répétait-il en admirant les gravures et tableaux qui ornaient les couloirs de la Demeure de la Rose.

Faust l'accompagnait au travers des différents chemins, tous aussi somptueux les uns que les autres en leur construction de basalte noire et feuilles d'or. Un décor baroque, tout droit sorti de l'imaginaire Grey, fortement inspiré de l'Impérialisme Vampire des siècles passés, une période avec laquelle il avait eu le temps de se familiariser en ses travaux menés aux Laboratoires. Là-bas, il avait apprit que l'on pouvait camoufler d'horribles vérités en les étalant aux yeux de tous, et qu'en les dédales qui reposaient depuis toujours sous Spelunca se situaient des secrets insidieux convoités avidement par l’œil unique de Lachlan Grey, le Repenti, le Vicomte à la Justice Impitoyable.
Jusqu'ici, il avait été question de complots plutôt basiques ; la mort d'un Conseil restreint trop fier, la disparition de familles aux collaborations évidentes et gênantes. Mais qu'en serait-il une fois les trésors enfouis dans les mains de son père ?
Jacques avait pu poser la main sur une infime quantité de ce qui se trouvait en les massifs et cavernes secrètes, creusées par ses G.O.L.E.M, et il en avait frissonné d'effroi ; il n'oserait décrire la nature de ses trouvailles, ni même accorder trop de pensées à celles-ci sous peine d'en devenir fou, mais il avait entrevu les portes du pandémonium et en avait déposé les clés entre les mains assurées de Faustus.

En arrivant devant la porte principale, arborant la fresque de la Dame voilée qui avait jadis pourfendu le Dragon des Roses, Jacques fit l'inventaire des actions du Majordome et Vicomte en essayant de comprendre en quelle direction convergeait tout ceci... rétablir sa maison ; creuser le massif ; marier son fils ; regagner une réputation.... rien n'avait de sens, tout s'opposait en des paradoxes aux antipodes du Styx qui l'avait autrefois vampirisé. Et cela le mettait dans un malaise sans égal, car de l'ignorance venaient les offensives les plus terribles, lui avait un jour dit celui qui siégeait sur l'énorme Dragon d'or et d'ébène.

Devant la porte, qu'ouvraient deux Frelons, des colosses en armure élégante, Faust arrêta Jacques d'une voix posée. Il congédia les gardes, attendit d'être seul avec l'aîné Grey, et lui parla d'une voix énigmatique où ne résidait aucun ton particulier.


- Le jeune Maître semble en proie à quelque émoi. La cérémonie vous trouble-t-elle ?
- On était des assassins, et soudain je me retrouve à épouser l'une des plus belles femmes que j'ai jamais vu, au milieu d'une Cour de requins que Styx mène à la baguette. Rien ne fait de sens, Faustus, et j'ai peur que tout ceci ne soit qu'une vaste mascarade dans un but bien plus malsain. C'est ce que tout le monde pense, n'est-ce pas ? Même toi ?

Le démon au costume impeccable eut une mine que Jacques ne lui avait jamais vue, et ne parlait qu'après avoir longtemps scruté le regard de son interlocuteur, cette fois-ci sa voix était bien moins posée qu'habituellement, possédant même quelques notes de froideur.

- Vous n'avez pas à vous interroger. Pas plus que vous n'avez à douter de votre Père, Joli Jacques. Je vous rappellerai, avant de quitter les murs de ce château somptueux bâti par l'esprit du Maître, que vous étiez un vulgaire brigand destiné aux cachots de Stellarae avant qu'il ne daigne vous prendre sous son aile ambitieuse. Jouez votre rôle et ne cherchez pas à comprendre, c'est tout ce qu'un héritier Grey doit faire. La parole du Valet est Sainte et Unique, et devrait vous suffire. Je ne lui rapporterais pas vos doutes, car je sais que vous tenez bien trop à votre épouse pour risquer de froisser les efforts de notre Maître à tous. Maintenant, souriez, la date approche à laquelle vous comblerez Lachlan Grey de joie, n'est-ce pas merveilleux ?

Jacques était en sueur, sous les tissus richement brodés, dans ses bottes parfaitement cousues. Faust déclarait, là, où personne ne les entendrait jamais, que Styx préparait effectivement quelque chose de terrible et que ceux qui daigneraient sortir des rangs seraient punis sans distinction ; s'agissent-ils d'héritiers ou de brigands, de nobles ou de servants. Le grand jeu était entré dans sa phase terminale, et l'aîné avait eu la candeur de considérer que leurs liens familiaux suffiraient à l'en protéger. Il espérait que personne ne le verrait, car il devait être bien pâle en descendant les escaliers qui menaient aux Jardins Royaux.
En quittant la demeure, qu'il voyait désormais comme un Château effroyable, un éclair de génie éclata en son âme ; il avait comprit ce qui se tramait. Il comprenait tout, mais ne pourrait jamais parler -pour le bien de Marie- comme lui avait si peu élégamment intimé le diabolique majordome. Si même le Majordome perdait son éternelle politesse, alors tout était perdu.

Jacques Grey n'avait pas été vampirisé par affect, mais bien par profit, et il avait eu tort de considérer le contraire ; tous ses doutes se matérialisaient en les odeurs somptueuses des roses, qui le cernaient, à présent. Cette histoire n'était pas de celle qui se clôtureraient en une fin heureuse où tout le monde riait lors de l'échange des vœux et alliances, c'était une fable hideuse a propos d'un Valet qui jouerait de ses marionnettes humaines pour amener ses projets à bon port.
Quel con ! Quel con il avait été ! Quels cons ils avaient tous été, même Faustus n'était pas en sécurité si les déductions de Jacques étaient correctes ; et il les savait correctes. Il fallait qu'il envoi un signal de désactivation aux G.O.L.E.M. et de suite sans quoi... oh mon dieu... c'était encore pire qu'il ne le pensait.

Son regard alla balayer l'entièreté de Château-Rouge en une mine totalement décomposée, et de nouveau, cette fois en glissant une poigne de fer sur l'épaule de l'héritier au trône, Faustus lui parla en murmurant, comme ils passaient aux côtés de plusieurs nobles en promenade :


- Vous avez toujours été, dans ma vision des choses, un mauvais pion. Bien trop compréhensif des mécaniques bleues pour être manipulé avec aisance ; je savais, en d'autres termes, que lors du moment clé vous comprendriez tout. Si cela peut vous permettre d'arrêter ce faciès simiesque des moins élégants, sachez que vous avez probablement raison sur toute la ligne en ce qui concerne Château-Rouge. Maintenant ayez l'air digne, car vous me répugnez, faible couard, tout ce qui arrivera ne nous sera jamais reproché. Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé vivre jusqu'ici, le Maître a encore besoin de vous.

Jacques Grey n'avait jamais connu une peur semblable. En réalité, peu d'êtres font l'expérience d'une peur totale et si vigoureuse de se savoir damné à tout jamais, mais à présent que les masques tombaient, il trouva la force d'exécuter ce qui lui était demandé. Balayant d'un revers de main la sueur qui trempait son front, sous le regard inquiet d'une damoiselle de cour, à laquelle il répondit que le mariage l'affectait profondément. Une demi-vérité, avant de poser à son tour un bras sous celui de Faustus, et de lui répondre sur le même ton de confidence :

- Promettez qu'elle sera épargnée.
- Allons, je ne saurais parler en le nom du Maître, contentez-vous de vous taire.

Dans les appartements du Joli Jacques, aux tapisseries murales soyeuses et brodées d'or, Marie Vassi s'éveillait à présent. Marie Vassi, qui épouserait Jacques dans exactement trois nuits, et qui attendait l'événement avec grande hâte ; après tout, elle avait contacté Styx il y a de cela des années pour lui soumettre ses idées. Il faudrait faire preuve de prudence et de ruse pour les objectifs fixés, mais elle avait su trouver en l'arlequin un allié fiable -en toute ironie- pour mener à bien la barque ambitieuse.
Tout résidait en l'alliance des Vassi-Grey, ou Grey-Vassi, peu importait l'énoncé. Regagner ses lettres de noblesse en Ghermanie avait été un appât alléchant, le seul qui aurait pu harponner l’insaisissable meurtrier pour l'amener vers les cotes de la jeune héritière du clan Vassi. Tout s'était passé selon leur accord ; Marie avait eut la main d'un bien joli garçon, et les promesses de richesses et conforts qu'elle désirait, cédant en échange des terres riches et une place dans le paysage politique Ghermanique au Vicomte repenti. Une bien belle mascarade qui prendrait fin par l'empoisonnement du Sir.

Elle exécrait ce personnage rusé qui mentait comme il respirait, et elle savait ne pas pouvoir conclure leur accord sans lui ôter la vie. Elle épargnerait Jacques, qui possédait assez de naïveté pour croire en leur idylle, mais Victoria et Lachlan seraient exécutés par les délicats effets des toxines versées dans leur verre ; tiens tout cela lui donnait soif.

En se levant, et comme elle déambulait nue, Marie se servit une coupe de sang Stellarois que son allié lui avait délivré en quantité infinie ; à n'en point douter elle regretterait le sens de l'hospitalité du Vicomte à défaut du reste. Elle leva la coupe en or, gravée d'une rose en fleur, sans épines, à hauteur de ses yeux et se mit à sourire en apercevant son visage magnifique dedans. Tout ceci lui appartiendrait bien vite ; TOUT ! En majuscules s'il vous plaît !
Marie Vassi, qui avait étudié la politique Speluncienne lors de son séjour en Château-Rouge avait senti l'opportunité comme un requin dans l'eau. En faisant preuve d'une main de fer, certes Lachlan s'était attiré les égards de la Cour Stellaroise, mais il était détesté par à peu près tous les nobles qui avaient quelque chose à se reprocher et cela se comptait en centaines ici. Il avait fait le ménage, et c'était elle qui en tirerait les profits en reprenant le flambeau -de manière bien plus permissive- de Château-Rouge.
La ville en elle-même lui plaisait, ainsi laisserait-elle l'architecture intacte, en rasant peut-être ce trône hideux de Dragon à la gueule d'or. C'était si propre aux hommes de se forger des chaises grandiloquentes... peut-être pour compenser quelque chose ?

Ah, quoi qu'elle ne décide, ce serait avec joie et soulagement de voir un allié si peu fiable éliminé pour de bon. On accuserait sûrement quelqu'un d'autre, peu importait, une fois la couronne sur sa tête Jacques la protégerait de n'importe quoi en sa qualité de romantique. Si faible, si manipulable, comme tous les hommes.

Comme Marie dégustait le sang, elle décela un arrière-goût étrangement alcoolisé dans le breuvage, c'était comme un parfum métallique, chimique même. Elle avait déjà senti cela...lorsqu'elle avait ouvert le flacon -dans la Taverne locale- qui servirait à empoisonner le Vicomte.
Ses muscles se raidirent presque instantanément et elle tombait au sol dans les secondes qui suivaient ses pensées.
Non ! Impossible ! Jacques l'aurait trahie... ? Son cerveau n'obéissait cependant plus, et elle peinait à penser, si bien que seuls ses yeux lui fournissaient encore les informations requises pour analyser son environnement.

Elle voyait Lachlan Grey sortir du miroir géant qui servait à ses séances d'habillages, un sourire carnassier rivé sur ses lèvres. Il avança tandis que sa vision se brouillait, et, après avoir senti une douleur vive, qu'elle comprit s'agir d'une piqure de seringue, elle recouvra la vision mais ne put s'empêcher de cracher un épais torrent de sang. Sa gorge, son thorax, son estomac, tout lui brûlait comme si elle avait ingurgité du feu grégeois.
Elle n'était pas morte... par quel atroce miracle ?! Lachlan la déplaçait, encore tout à fait nue, et elle tenta de crier mais sans réussite, seule une nouvelle gerbe d'intérieurs liquéfiés vint jaillir de sa bouche.


- Chut, mon enfant, chut. Tout est futile désormais. Tu es cliniquement en mort lente, et je ne pourrais que ralentir le processus pour t'expliquer comment tout ceci va se solder. Une petite torture, en d'autres termes, avant que je ne magouille ton cervelet afin de créer une parfaite illusion de vie en ta personne... Il me faut tout de même officialiser vos fiançailles ! Allons maintenant, assise chienne !

En la projetant sur le lit, avec une violence qui fit éclater quelques unes de ses côtes, Marie Vassi souffrait le martyr. Longtemps, elle avait pensé que l'empoisonnement était une mort indolore tant cela semblait aller vite, mais elle comprit s'être trompée en faisant les affres de son propre venin. Là, à demi assise, à demi couchée, elle n'avait plus le contrôle sur son système respiratoire, et si le Vicomte n'avait pas entreprit de lui inciser la gorge au niveau du bas du cou, elle aurait étouffé dans le vomi de son propre sang.

L'horrible personnage vint se poster devant ses yeux dont elle avait l'impression qu'ils se liquéfiaient. Tout lui faisait horriblement mal ! Par pitié que cela s'arrête !


- Pauvre petite pute prise à son propre jeu... Ha... mais rassures-toi, ton sort est plutôt doux comparé à ce qui attend tes parents. Voilà ce qui va se passer ; après la cérémonie -attention SPOILERS- je vais envoyer la famille Vassi, ton cadavre zombifié inclu, en voyage sur les mers Dùralassiennes en direction de la Ghermanie. Jacques sera là aussi, c'est une Lune de miel de rêve !
Sauf que l'arnaque se trouve dans le fait que vos tonneaux de provisions seront vides. To-ta-lement vides, toi tu t'en fous tu seras maintenue en vie par mes sortilèges mais bon tu pourriras quand même de l'intérieur. Je me demande comment ils vont crever, t'en penses quoi ? L'équipage va les bouffer ? L'eau de mer qu'ils tenteront de boire pour étancher une soif insatiable les rendra fous ? J'espère qu'il y aura du cannibalisme ! Petite chanceuse, au moins tu verras ça ! T'as vu comment je suis magnanime ? Hihihi. Tu veux surement me demander : POURQUOI ?! Je comprends, c'est dur de parler quand on s'étouffe avec sa propre connerie.


Elle pleurait à présent, en un mélange de tristesse, de peur, et de honte car ses sphincters se relâchaient sous l'effet de l'arsenic qui se déversait en ses intestins. Lachlan fit claquer sa langue plusieurs fois, en signe de désolation, et lui ramena la tête en arrière, avant de commencer à détacher le dessus de son crâne, à vif.
Elle ne pouvait plus respirer ! Elle étouffait ! Au secours ! Quelqu'un n'importe qui ! Mais, voyant la détresse de la belle Vassi le Vicomte ramenait déjà la mourante en une position latérale, lui permettant de continuer sa tirade malévolente.


- Hé bien c'est plus prosaïque qu'une vengeance à cause de ton hybris démesuré. En fait, je vais régner sur le nom des Vassi à la place de Jacques, et pourrais mener mes petits complots en Ghermanie, sa mort, elle, est nécessaire à ce que l'on ne m'accuse pas. Quel monarque sensé tuerait son propre héritier mâle ?! Pas le Vicomte Repenti allons ! HAHAHAHA ! Mais ça c'est qu'une part de ce qui nous attend lors des festivités... oh oui... fort heureusement tu seras déjà morte, alors tu ne vivras pas l'apex de cette histoire. Tu savais qu'à l'heure actuelle il y a d'autres petites mains qui fomentent un semblant de complot contre moi ? Des anciens amis de la Congrégation ! Une gamine et un putain de caméléon ! Alors eux, ils ont vraiment rien compris à ce qui se passait. Mais bon, verra qui vivra hein. Pas toi, du coup.

Et d'un geste assuré, de ses griffes aussi dures que son langage, il lui ouvrit la gorge, maintenant néanmoins sa main appuyée sur la jugulaire afin d'en limiter les jaillissements d'hémoglobine ; il avait payé un bon prix pour le sol et ne tenait pas à en abîmer le carrelage blanc taillé sur mesure.

L'arlequin passa un certain temps dans cette chambre qui avait vu la naissance de passions, et la mort d'un si doux visage. Il prit soin de recoudre Marie et de la maquiller, afin que la belle soit aussi charmante qu'auparavant, mais plaça une poignée de scolopendres ensorcelés dans son cerveau, qu'il pourrait ainsi commander à volonté.
Pour les tissus, il injecta une solution de formol et magie directement dans les veines, afin d'en prévenir la nécrose.

Vive les mariés ! Hihihi.
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Bibliographie de la Maison Grey. [Solo]

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