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 Gloire, déclin et renouveau d'Egide

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Grabuge
Tavernier ♦ "Justicier brutal"

Grabuge

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MessageSujet: Gloire, déclin et renouveau d'Egide   Gloire, déclin et renouveau d'Egide EmptyMer 21 Fév 2018 - 2:01



Grabuge






RPs en cours


☠"Derrière le masque du crime" avec Nébuleuse
☠“Le Donjon de Dùralbeuk" avec Thauthaudarmafur, Olórin Calen et Baldwin Nuussian
☠[RESTREINT] "A l'assaut de la forteresse d'Heishvaldd" avec Thorek, Ragnör et Moradund
☠ "Hansel et Grendel" avec le Voyageur


RPs terminés


☠”Il paraît que les gens ne croient plus aux héros. Toi et moi on va le ressuciter, l’héroïsme!” avec Jûken’Maw
☠”Une large crevasse” avec Equinoxe et le Voyageur
☠"L'âme de l'homme est comme un marais infect: si l'on ne passe vite, on s'enfonce" avec Equinoxe
☠"Libéré des chaînes du passé" avec Equinoxe
☠"Equipe de secours anti-ver de terre" avec Selsya Åsa et Théodred de Valdoré [PAUSE]
☠[CAPTURE] "Le sphinx de Grabuge"
☠[LIBRE] "La rencontre"
☠[RESTREINT] "Mission - Elimination des nuisibles"
☠[CAPTURE] "Vieux démons d'enfance"
☠[LIBRE] “Un Thrynn frappé siouplé?"
☠[LIBRE] “Un p'tit frappé entre amis"
☠[COMBAT AMICAL] “Dilon VS Grabuge" avec Dilon Deraborne
☠[RESTREINT] "Grotte aménagée de Ragnör Lüpusànghrën"
☠[CAPTURE] "Désinfection de carcasse"
☠[LIBRE] "Kobolderies"
☠"Il n'y a qu'une seule vertu: la Justice; un seul devoir: de se rendre heureux; un seul corollaire: mépriser quelquefois la vie." avec Cylicia Condoris
☠"Ragoût de troll à la Kazharienne" avec Thorek Sveresson, Moradund Marteau-de-fer et Jûken'Maw
☠“La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique." avec Shaoni Drajoll

Relations de Grabuge


☠Jûken’Maw: Compagnon justicier
☠Thorek: Collègue cartographe
☠Moradund Marteau-de-fer: Impérator inébranlable
☠Le Voyageur: Vagabond au coeur d'or
☠Equinoxe: Cible arrogante
☠Vallon: Cible joviale
☠Fantôme Sanglant: Cible mystérieuse
☠Garràn: Cible méconnue
☠Thauthaudarmafur: Nain bougon
☠Baldwin Nuussian: Valeureux stryge
☠Olórin Calen: Vieux mage avisé
☠Ragnör Lüpusànghrën : Camarade au grand potentiel
☠Cylicia Condoris : Purificatrice zêlée et future alliée
☠Shaoni Drajoll : Jeune djöll'fulin altruiste

Infos rps


☠ Disponibilité: ouvert

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Dernière édition par Grabuge le Ven 6 Sep 2019 - 4:09, édité 30 fois
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Grabuge
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MessageSujet: Re: Gloire, déclin et renouveau d'Egide   Gloire, déclin et renouveau d'Egide EmptyMer 21 Fév 2018 - 4:11

« Si je veux etre un rempart face aux cauchemars des autres, je ne dois pas me servir d'une arme. Je dois devenir une arme. Je dois etre mortel autant avec un maillet qu'une lance qu'avec mes propres mains. Si je me voue corps et ame a la Justice, tout doit devenir mortel entre mes mains. C'est ma malediction et le cadeau que je fais au monde. » Grabuge

Introduction


Laissez-moi vous conter une histoire. Une histoire dont j’ai fait partie, une histoire à laquelle j’ai même activement participé. Cette histoire est celle de la compagnie de mercenaire qui m’a vu grandir, celle que je peux sans hésitation appeler ma famille. La compagnie Egide.
Elle vit le jour il y a de cela 220 ans, fruit de l’objectif commun de trois compagnons unis par la sueur et le fracas des combats : Garven, un ancien gladiateur humain qui décida de s’élever parmi le peuple pour clamer haut et fort son désir de Justice ; Ildariel, une elfe issue d’une petite famille de la noblesse qui participait à l’éradication des forces du mal dans les contrées de Sylfaën ; et Roorke, un purificateur stryge blanc qui répondit aux injustices qu’il avait subi par les armes. Chacun avait une histoire propre, mais leurs désirs convergeaient : ils voulaient un monde plus pur, lavé des injustices et du mal qui le gangrénait depuis l’aube des temps.
Ainsi, grâce à certains faits d’armes, comme la destruction du clan barbare des Egorgeurs des plaines d’Aràn, ils se mirent progressivement à gagner en influence, et des dizaines d’hommes et de femmes se rallièrent à leurs idéaux. Tous liés par leur envie simple mais profonde de faire de Duràlas une contrée plus vivable.
A la mort des trois fondateurs, la compagnie continua de vivre, et les capitaines de la compagnie Egide s’enchaînèrent, apportant tous une pierre à l’édifice. Il me faudrait une vie pour vous citer leurs plus hauts faits d’arme, leurs victoires comme leurs défaites, c’est pourquoi je passerai sur les détails de leur histoire pour me concentrer sur la seule partie que je peux vous raconter avec une réelle sincérité, car je l’ai vécue.

Je rentrai dans l’histoire de la compagnie à l’âge de 16 ans, alors que je n’étais encore qu’un jeune gobelin avide de combat et de Justice. Fougueux et impulsif, il ne me fallut pas longtemps pour écoper d’un surnom que je porterais toute ma vie et encore aujourd’hui : Grabuge. Mais avant de poursuivre plus loin, laissez-moi vous raconter cette rencontre qui changea ma vie.


~~~

Chapitre 1 : Origines

☠️

Je crachai du sang et une dent alors que mon adversaire, un jeune et gras gobelin du nom d’Erkhas se mit à ricaner d’un air goguenard :

« Bah alors Rorkan, c’est tout ce que t’as? Je comprends que personne ne… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase car je m’étais déjà relevé et jeté sur lui. On lisait sans peine dans mes yeux que je ne m’autoriserai à tomber de fatigue qu’une fois mon adversaire mis au tapis.
Si j’étais dans cette situation, c’est que j’avais encore décidé d’agir là où les autres préféraient fermer les yeux. Erkhas, que je préférais personnellement appeler Boule-de-gras, venait une nouvelle fois de piquer dans les réserves de la tribu pour satisfaire son appétit d’ogre. Nos ressources étaient limitées mais ça lui importait bien peu de savoir que certains n’allaient pas manger à leur faim, puisque de toute façon en tant que fils du chef personne ne lui en tiendrait rigueur. Mais moi je n’acceptais pas le vol. Et j’avais décidé de lui montrer, bien qu’il me dépassait bien d’une tête et qu’il était plus fort physiquement que moi. C’était injuste pour mes frères qu’un congénère plus proche du porc que du gobelin s’empiffre sous couvert de son rang. Et même si mes frères ne me le rendaient pas vraiment et que le shaman me l’avait déconseillé, je me devais d’agir.

Je lui assénai un violent coup de boule en plein dans le nez et m’acharnai à lui en mettre autant que possible alors qu’il contre-attaquait avec des crochets dans le ventre. Mais malgré la douleur, je m’interdisais de mettre genou à terre. Alors que j’allais lui donner un bon coup de poing dans la mâchoire pour lui montrer ce que je valais, notre échange fut coupé par l’arrivée de quelques humains à l’entrée de notre camp, où nous nous trouvions actuellement. L’un des quatre humains s’avança vers moi alors que Boule-de-gras se détachait tout en me lançant un :

« Je vais pas en rester là. Prépare toi à vivre un enfer à partir de maintenant. »

Il finit par s’éloigner, sous le regard de l’humain qui était maintenant à quelques mètres de moi. Ce dernier avait les cheveux châtains foncés, et des cicatrices plutôt discrètes mais néanmoins visibles lui parcouraient le visage. Il était grand, large et musclé et paraissait avoir beaucoup guerroyé, mais semblait garder une certaine agilité en vue de sa tunique de cuir qui permettait des mouvements plus amples au détriment d’une meilleure protection.
Il me toisa du haut de son bon mètre quatre-vingt dix avant de lancer :

« Bonjour garçon. Je viens m’entretenir avec votre chef, tu penses pouvoir m’y conduire ? »

Il jeta un coup d’œil à Boule-de-Gras qui venait de disparaître par la porte du camp, non sans m’avoir jeté un dernier regard noir. Grand bien lui fasse, je recommencerai chaque fois qu’il enfreindrait les règles, quel que soit l’enfer qu’il me promettait.

Il ajouta :

« Je pensais pas qu’un gobelin pouvait avoir autant de hargne. Tu aurais de l’avenir dans une compagnie, garçon. Même si tu as du progrès à faire. »

Il me fit un clin d’œil et je lui répondis, la voix légèrement haletante à cause de la récente bagarre :

« Je vais vous y conduire oui. Et pour votre gouverne, j’ai 16 ans, donc pas de « garçon » avec moi, mon nom c’est Rorkan. »

Je me mis en marche mais m’arrêtai un instant pour ajouter :

« Et j’ai aucune envie de rentrer dans un groupe de bandits, parce que c’est à peu de choses près ce que sont les mercenaires.»

Je crus percevoir un sourire sur son visage, mais il garda le silence et je me dirigeai vers l’entrée du camp, le guerrier et ses hommes sur mes talons.


~~~


« Alors comme ça vous voulez monter un campement non loin du notre ? » demanda Yorkheh, mon chef, à mon précédent interlocuteur.

« En effet, répondit ce dernier. En règle générale nous essayons de faire escale près d’une ville mais ce n’est pas toujours possible, et vous savez sans doute qu’il n’y a pas grand-chose à part quelques tribus tel que la votre dans le coin.»

Le chef feint de réfléchir un instant mais je savais qu’il avait déjà un avis sur la question. Malgré le calme apparent de la forêt Sylfaën, elle n’en demeurait pas moins dangereuse et sauvage, c’est pourquoi un groupe d’hommes armés, même s’ils ne restaient que temporairement, étaient toujours un apport profitable à la sécurité de la tribu. Yorkeh finit par dire d’un ton sévère mais sans réelle aggressivité :

« Et bien c’est entendu, établissez-vous où bon vous semble, mais n’espérez pas de vivres gratuits. Si vous avez soif et que vous voulez vous ressourcez, il y a une rivière à quelques kilomètres vers l’est. Pour le reste, je pense que vous saurez vous débrouiller. »

« Cela va de soi, approuva l’humain. La compagnie Egide vous remercie, chef Yorkheh de la tribu Shlazvork. »

Puis il se retira sobrement, ses hommes toujours silencieux l’accompagnant. Il me jeta un coup d’œil teinté de malice et me dit à l’oreille une fois arrivé à ma hauteur :

« Si tu veux apprendre un truc ou deux sur le combat, notre camp t’est ouvert. Dis que tu viens de la part de Gorgrim, on te laissera rentrer. »

Puis il s’éclipsa rapidement, sa tunique flottant légèrement derrière lui. Le chef me fit signe que je pouvais sortir de la tente, et je m’exécutai sans perdre un instant. S’il n’était pas au courant de mes démêlés avec son fils, il n’allait pas tarder à l’apprendre et je préférais faire profil bas quelques temps. Même si mon désir de justice était grand, si je pouvais éviter de faire face au chef, je le ferais. Mais ne vous y trompez pas, si je venais à être confronté à lui j’assumerais pleinement mes actes sans une once d’hésitation.

Le soleil n’allait pas tarder à se coucher, et j’avais encore des leçons à apprendre du shaman aujourd’hui, je me dirigeai donc vers sa tente tout en me questionnant : est-ce que j’allais accepter l’invitation du dénommé Gorgrim ?


~~~

Je soupirai en quittant la tente du vieux Ferlhagh. J’avais toujours apprécié sa compagnie et ses conseils, car malgré mon esprit « farouche » qui dérangeait la plupart de mes congénères, j’avais une sorte de lien privilégié avec la nature et j’aimais apprendre à me servir des éléments qu’elle mettait à notre disposition. Mais les deux derniers cours étaient de pures révisions, et cela pour une raison simple : j’avais bientôt achevé la première étape de ma formation de shaman. Je savais presque tout ce qu’il y avait à savoir sur l’art de l’herborisme, la concoction de simples et de remèdes, et même de poisons.
Je me traînais donc d’un pas las vers ma tente quand je me souvins de la proposition du guerrier de tout à l’heure. En temps normal, j’évitais de me mêler aux étrangers, par indifférence plus que par mépris des autres races, mais une simple question rhétorique me vint en tête… Pourquoi pas ?

Je décidai donc finalement, une fois à l’entrée de ma tente, de jeter un coup d’œil au campement dans lequel j’avais été invité. La nuit était tombée depuis presque une heure, et l’astre vespéral éclairait assez la clairière où ma tribu était installée pour que je n’aie pas à prendre de torche.
Arrivé à l’entrée de notre camp, je sortis sans accorder un regard aux gardes et me dirigeai vers les éclats de voix non loin. Leur bivouac était assez facile à trouver, compte tenu du brouhaha qui en sortait. Je ne mis donc pas plus de cinq minutes à l’atteindre.

La clairière déserte il y a quelques heures était maintenant recouverte d’une trentaine de tentes et de cabanes rudimentaires, toutes de couleur blanche, ce qui donnait l’impression que le baraquement luisait dans la nuit. A l’entrée, deux elfes lourdement armés discutaient avec un satyre qui n’avait rien à leur envier niveau équipement. Quand ils me virent s’approcher, le satyre pris la parole d’un air bienveillant bien qu’un peu taquin :

« Salut bonhomme ! Tu t’es perdu ? »

Je le dévisageai, de mon éternel air froid, et lui répondit simplement :

« Gorgrim m’a demandé de passer. »

Il sembla réfléchir l’espace d’une seconde puis dit finalement, semblant se souvenir de quelque chose :

« Ah oui, il m’en a parlé ! »

Il se tourna vers un de ses compagnons elfes et lui lança :

« Periel, emmène le à Gorgrim je te prie. Et profites-en pour ramener un ou deux cuissots, mon estomac t’en sera reconnaissant. »

Ils rirent et le dénommé Periel, un elfe équipé de deux épées et d’une armure de plate, me fit signe de le suivre avant de s’engouffrer dans le campement. Je m’exécutai et fit de même. Tout autour, des guerriers à l’allure solide discutaient entre eux, l’air jovial, d’autres mangeaient ou buvaient silencieusement en les écoutant, alors que d’autres encore s’entraînaient sur des cibles improvisées.
Mon guide me désigna un homme posé sur une souche d’arbre, en train de fumer la pipe, et repartit à l’entrée. Je devinai, malgré la pénombre, que c’était Gorgrim. Je m’approchai donc, et arrivé à quelques mètres, me raclai la gorge pour signifier ma présence.
Il se tourna tranquillement vers moi et me lança un sourire, l’air nullement étonné :

« Ah tiens, te voilà garçon. Viens t’asseoir, si tu veux. »

Il se leva pour me tirer une souche et vint se rasseoir, l’air paisible. Je plissai les yeux un instant mais finit quand même par le rejoindre, curieux de savoir ce que cet échange donnerait.
Le silence s’installa alors entre nous, et j’attendais qu’il me dise la raison de ma venue. M’avait-il vraiment invité pour m’apprendre « un truc ou deux sur le combat » ?
Il prit finalement la parole au bout de quelques minutes, le ton calme :

« Dis moi Rorkan, pourquoi tu te battais quand je suis arrivé ? »

Je fronçai les sourcils. Pourquoi me demandait-il ça ? Quoi que la question ne fût guère étonnante, la curiosité était un défaut répandu. Je lui répondis néanmoins, n’ayant rien à cacher :

« Parce que ce type est un voleur. Il pique dans les réserves de nourriture alors que la tribu a déjà du mal à s’en sortir.»

Gorgrim hocha la tête, l’air compréhensif, et ajouta :

« Il fait pourtant une bonne tête de plus que toi, et il a pas que du gras sous la peau. »

Je soufflai du nez, amusé, et rétorquai :

« Comme si ça changeait quoi que ce soit. Il a beau être le fils du chef et être plus âgé, personne n’est au-dessus de la Justice, et il faut bien que quelqu’un fasse quelque chose. »

Gorgrim sourit à nouveau. Il semblait satisfait de ma réponse. Je ne savais pas pourquoi, mais en sa présence j’avais l’étrange impression d’être jugé. Quoi que testé serait un mot plus approprié. Il me répondit, toujours de son ton calme caractéristique :

« Je vois. C’est une belle façon de penser que tu as là, Rorkan. Tu te souviens de ce que tu as dit tout à l’heure sur les mercenaires ? »

Je hochai les épaules, bien que je voyais parfaitement à quoi il faisait allusion. J’avais dit que les mercenaires étaient des bandits. Et c’est vrai que la plupart des compagnies dont j’avais entendu parler avait toute viré à un moment donné au banditisme. C’était facilement explicable par la paix, au moins en apparence, qui régnait sur Duràlas. Mais la raison principale était probablement la facilité. Car cette paix n’était qu’une façade et si aucune faction n’était en guerre ouverte les dangers, eux, étaient réels. Que ça soit des créatures maléfiques, des esprits du mal, ou même des hommes qui s’étaient tourné vers la crapulerie.
Mon interlocuteur enchaîna :

« Tu as dit que nous étions tous des bandits, mais c’est faux. Il existe encore des gens bons qui œuvrent pour la Justice. Tu vois ces gars-là ? »

Il désigna de sa pipe les guerriers qui vaquaient à leurs occupations tout autour avant de continuer :

« Ils sont prêts à donner leur vie pour faire de ce monde un monde plus pur. Un monde plus juste. Ne fais pas de généralités, et ne nous prends pas pour de vulgaires épées-à-louer. Nous sommes la compagnie Egide et moi vivant personne ne trouvera jamais de raisons pour nous affilier à des bandits. »

Son ton n’était pas agressif mais il me fit néanmoins frissonner. Ainsi donc ils étaient la compagnie Egide ? Une compagnie avec des valeurs ? Je haussai une nouvelle fois les épaules. Je n’avais jamais entendu parler d’eux, mais cela n’était guère étonnant en vue de notre éloignement de la civilisation. Peu d’informations sur le monde extérieur circulaient aussi profondément dans la forêt. Je lui répondis simplement:

« Si je vous ai froissé je m’en excuse. »

Gorgrim rigola légèrement :

« Non non, ne t’en fais pas, tes propos peuvent se justifier. Mais sache que tu ne trouveras pas plus juste et louable que cette compagnie. »

Il marqua une pause pour tirer une dernière fois sur sa pipe avant de vider les cendres à l’intérieur. Puis il continua :

« Si tu dis œuvrer pour la Justice, je suis prêt à t’apprendre à te battre sérieusement. Nous restons ici une semaine, le temps que mes frères d’armes récupèrent après les récents affrontements. Tu peux venir me voir tous les jours durant cette période, à l’aube. Ma tente se situe là. »

Il désigna une tente semblable à toutes les autres et je retins son emplacement. Il ajouta :

« Ton premier cours débutera demain. Je te conseille d’aller dormir si tu veux être réveillé demain matin. »

Il se leva, épousseta sa tunique et conclus :

« Bonne nuit, Rorkan. Repose-toi bien. »

Puis il partit vers sa tente, me laissant seul avec ma souche d’arbre. Malgré ma nature méfiante, quelque chose en lui m’intimait de lui faire confiance. Si cet homme pouvait me rendre plus fort et me permettre de rendre la justice plus facilement, alors je serais présent à l’heure prévue.


~~~

☠️

Le soleil atteignait le zénith quand mon dernier entraînement prit fin. Je me massai les épaules, courbaturées par les efforts que Gorgrim m’avait demandés. Ce dernier ricana légèrement, de son éternel rire doux que j’avais entendu durant toute une semaine.

« Et bien, on est déjà fatigué Rorkan ? »

Je pestai et lui lançai d’un ton de défi :

« On vient juste de finir l’échauffement et je suis fatigué d’attendre la suite. »

Il me sourit, et je me risquai un petit rictus en guise de réponse. Je n’avais jamais été à l’aise pour montrer mes sentiments, et c’était le summum de ce que j’étais capable de faire. Il leva sa main et me répondit :

« Allons allons, on s’entraîne depuis ce matin, pas besoin de faire du zèle. Allons plutôt manger. »

J’acquiesçai et le suivis jusqu’au mess improvisé.

Cela faisait une semaine que je m’entraînais chaque matin à l’aube avec Gorgrim. Ce dernier avait comme un don pour le mentorat, et je prenais plaisir à apprendre à me battre avec lui, même si mon corps n’était pas tout à fait du même avis.
En effet, les entraînements de Gorgrim étaient éprouvants, et je finissais souvent mes après-midi dans ma tente, à reposer mes muscles endoloris. Deux fois cependant j’avais eu l’occasion de me joindre à Gorgrim après l’entraînement pour discuter avec ses hommes. Il n’était pas le capitaine de la compagnie Egide, mais il faisait partie des lieutenants de ce qu’il m’avait expliqué. En tant que lieutenant d’arme, sa fonction était d’entraîner les hommes afin qu’ils ne perdent pas le coup de main, et cela expliquait son talent pour inculquer l’art du combat.
J’avais également pu rencontrer le capitaine, un vieux centaure du nom de Boldyn qui, malgré un air ronchon, semblait bienveillant et inspirant. Il m’avait invité à déjeuner avec eux, et m’avait même offert une vraie dague. « Ne l’utilise que pour faire le bien autour de toi. » m’avait-il dit de son ton sérieux.
Outre le capitaine, j’avais pu faire la connaissance de plusieurs compagnons d’Egide au cours de cette semaine d’entraînement, et bien qu’ils aient tous une personnalité propre et atypique, tous semblaient accueillants et rieurs. Je m’étais surpris à apprécier leur compagnie plus que celle de mes propres frères gobelins. Quoi qu’à y réfléchir ce n’était guère étonnant, je n’avais jamais vraiment été apprécié au sein de ma tribu, à part peut-être par le shaman qui avait décidé de me prendre sous son aile. Mes parents, quant à eux, étaient partis de la tribu pour des raisons qui leur étaient propres, et ce peu de temps après ma conception. Je ne les avais donc jamais connus, mais pour être honnête leur présence ne m’avait jamais réellement manquée. Je vivais ma vie solitaire dans une tribu qui par définition était communautaire, et cela m’allait parfaitement. Je n’avais pas besoin de l’amour ou de la reconnaissance des gens pour avancer. Ce qui me faisait avancer, c’était ce désir de Justice que je retrouvais dans cette compagnie qui m’avait accueilli. En parlant de Justice, Boule-de-gras avait eu le droit à sa raclée la veille. Il avait une nouvelle fois volé impunément les réserves de nourriture, mais cette fois-ci je l’avais intercepté avant, et grâce à quelques bottes et techniques simples que m’avaient apprises Gorgrim, je lui avais mis une trempe qu’il n’oublierait pas de sitôt. Je savais à son regard de haine profonde que j’allais regretter mon geste, mais il serait toujours temps d’affronter mes problèmes dans les jours qui suivraient. Au final, la compagnie Egide m’avait permis de progresser et je leur en étais reconnaissant.

Mais leur départ était pour le lendemain, et cela me provoquait un petit pincement au cœur. J’avais l’impression d’être à ma place ici, plus que dans la tribu qui m’avait vu naître. Et si.. ? Non, c’était une idée saugrenue que je chassai avant de la formuler. J’appartenais à cette tribu, c’était dans ma nature même, et j’avais la responsabilité de devenir shaman lorsque Ferlhagh mourrait. Mais en y réfléchissant, si Ferlhagh mourrait, plus personne ne me retiendrait.

Je reçu une tape sur l’épaule et sortis instantanément de mes pensées. Nous étions au mess et c’était à mon tour de me servir au chaudron. Je me retournai vers celui qui m’avait physiquement interpelé, qui n’était autre que Periel, l’un des premiers membres d’Egide que j’avais rencontré, celui qui m’avait guidé vers Gorgrim la première nuit que j’étais venu.

« Tu ne manges pas, Rorkan ? » me demanda-t-il de sa voix douce et chantante.

J’avais eu l’occasion de discuter quelques fois avec lui, et ce qui m’avait marqué chez lui c’est cette espèce de détachement face aux douleurs du monde, comme si seul l’instant présent importait, et que rien ne pouvait jamais entacher sa bonne humeur. Je haussai les épaules, geste que je faisais fréquemment au lieu de parler, n’étant pas d’un naturel bavard.

Je pris quelques louches de bouillon et allai m’asseoir sur un vieux tronc d’arbre couché, à coté d’un feu de camp où les mercenaires avaient l’habitude de se réunir. Un nain – Demeter si mes souvenirs étaient exacts – et quelques humains discutaient paisiblement de leur famille qui les attendait à BaldorHeim. Ils semblaient tous vivre dans le même quartier, et cela me confortait dans l’idée que chaque compagnon mercenaire ici présent entretenait entre eux des relations plus proche de la fraternité que de la simple camaraderie.

Je les écoutai distraitement parler tout en sirotant mon bouillon. Pour la première fois de ma vie, j’étais à l’aise dans ma peau, et c’était avec des étrangers.


~~~

☠️

J’étais allongé sur mon lit, un regard pensif tourné vers le plafond de ma tente. Il devait être environ quatre heures de la matinée, et à cette heure-ci la compagnie Egide avait déjà dû commencer à se préparer au départ. Je me tournai sur le coté, pestant intérieurement contre cette insomnie. Malgré moi, cette dernière semaine m’avait plus marqué qu’elle ne l’aurait dû. Et si ma place n’était pas dans la tribu Shlazvork, mais sur les routes ? J’avais toujours rêvé de faire régner la justice, à mon échelle, dans ma tribu et ses alentours, mais si l’occasion m’était donnée de l’accomplir ailleurs ? Ici, mes congénères avaient quand même un semblant de sécurité, il y avait des rondes régulières et la moitié d’entre nous savait tenir une arme. Mais je savais au fond de moi qu’il y avait d’autres lieux, beaucoup plus touchés par les forces du Mal, et qui n’avait aucun moyen de se défendre. Peut-être que mon destin n’était pas de protéger ma tribu mais de protéger Duràlas entier ?

Un bruit suspect me tira soudain de mes réflexions. Ma toile de tente venait de s’ouvrir discrètement. Qui pouvait bien rentrer à cette heure-ci dans ma tente ? Ca aurait pu être un confrère un peu trop éméché qui s’était trompé de tente, mais la démarche qui se voulait discrète ne trompait pas, celui qui était en train de s’approcher de ma couchette désirait agir dans la discrétion. Mon instinct me dictait que quelque chose n’allait pas et que le danger était imminent.

Une fois que l’intrus se fut bien rapproché, je dégainai immédiatement ma dague que j’avais pris pour habitude de cacher sous mon oreiller. Dans la pénombre ambiante j’avais beaucoup de mal à voir son visage, mais je remarquai rapidement l’origine de l’éclat lumineux à sa main : il portait un couteau, pointé vers moi. Je mis un instant avant de comprendre à qui j’avais affaire :

« Erkhas, qu’est-ce que… »

Je n’eus pas le temps d’achever ma phrase que ce dernier sauta sur moi, poignard à la main, et m’entailla le cou. J’essayai de me débattre, mais mon adversaire était lourd, et j’étais en désavantage. Je me repassai en une seconde toutes les leçons que m’avaient enseigné Gorgrim alors qu’Erkhas me chuchotai, la voix emplie de mépris :

« Tu n’aurais pas dû te mêler de mes affaires. Maintenant tu vas mourir, et personne ne te regrettera. »

Cette phrase me serra le cœur durement et tout devint plus clair. En effet, ici je ne manquerais à personne. Je n’avais rien à faire ici, et au fond de moi je le savais depuis toujours. Cette pensée me fit instinctivement monter les nerfs, et avec la force de la rage, je détournai le couteau que mon ennemi essayait tant bien que mal d’enfoncer dans mon crâne. Puis, d’une geste vif et tout aussi instinctif que ma colère, je plantai ma dague dans la gorge d’Erkhas.

Il lâcha le couteau et vint porter ses mains à sa gorge ruisselante de sang alors que je l’envoyai par terre d’un coup de pied. Il me regardait droit dans les yeux alors qu’il agonisait, et ce n’était plus de la haine que je lisais dans son regard, mais de la peur. De la terreur. Et ce que lui pouvait lire dans mes yeux, ce n’était pas de la colère. C’était une rage immense et infinie.

Je me mis à cheval sur lui, et il essaya de se débattre. En vain. Je me mis alors à le ruer de coup, la flamme ardente de la détermination me consumant complètement. Des gerbes de sang giclaient en tout sens, que ça soit le mien ou celui d’Erkhas.

Je ne savais pas combien de temps j’étais resté là, à le ruer de coups, mais quand l’adrénaline retomba, le visage d’Erkhas n’était plus qu’une bouillie rougeâtre et informe, et mes mains étaient sévèrement coupées. Je me relevai alors, complètement ensanglanté, et me dirigeai d’un pas ferme vers le campement mercenaire. Mon choix était fait désormais.


~~~

☠️

La roulotte dans laquelle on m’avait couché bringuebalait au rythme des cailloux qu’elle percutait. Cela faisait une journée que nous avions quitté ma tribu, et nous nous dirigions apparemment vers Kastalinn, c’est pourquoi nous devions traverser les plaines rocailleuses qui marquaient la frontière entre la Forêt Sylfaën et les sombres montagnes de Kanaan.

Quand j’étais arrivé au campement des mercenaires, du sang recouvrant l’intégralité de mes mains et de mes affaires, leur réaction ne fut pas de me chasser ou de m’emprisonner. Non, la première chose que fit Gorgrim, qui était en charge du départ, c’est de me prendre dans les bras. Ce geste, inédit pour moi, me choqua profondément. Il demanda à ce qu’on m’apporte de quoi m’habiller et me laver, puis il n’eut pas à me demander ce qu’il s’était passé. Toute cette rage qui m’habitait vola en éclat, et je fondis en larme dans ses bras, première fois depuis de très nombreuses années que je pleurais. Je lui racontai ensuite la nuit horrible que j’avais vécu, et il acquiesça tout du long sans me couper.
Une fois que j’eus fini, il m’assigna à la roulotte où je me trouvais actuellement, et me laissa seul. Je respectais son choix, car il me fallait un peu de temps seul pour digérer le tournant que ma vie avait pris.

Periel m’avait apporté quelques minutes plus tard vivres, habits et chiffon comme l’avait ordonné Gorgrim, et il m’avait tapoté l’épaule avec un sourire compatissant en guise de réconfort. Ces gens, ces mercenaires, pourtant étrangers, avaient fait preuve de plus d’empathie à mon égard en une semaine que ne l’avait fait mon clan en seize cycles solaires. C’est cette pensée qui me fit relever la tête. Moi qui n’avais jamais eu de famille, ni même de foyer, j’en avais enfin trouvé un ici. Je comprenais désormais ce que cette compagnie avait de spécial, et pourquoi les gens restaient joyeux malgré les pertes régulières qu’ils devaient subir.

Parce que leur seules ambitions étaient de répandre la Justice, ensemble et soudés, unis à jamais par le fer. La mort faisait partie du métier, et elle était vue comme un honneur plutôt qu’une tragédie.

Ces personnes m’avaient ouvert les yeux sur les motivations qui m’avaient poussé à provoquer Erkhas, et qui avaient emmené à cette dramatique soirée. Répandre la Justice avait un prix, et je l’avais payé. Je serais désormais à jamais marqué par la mort, et Erkhas me hanterait probablement pour le restant de mes jours. Mais c’était un mal nécessaire pour que le monde trouve l’harmonie.

C’est pourquoi Egide était là. Faire régner l’ordre en se sacrifiant aux ténèbres.


Fin du premier chapitre


Dernière édition par Grabuge le Dim 25 Fév 2018 - 6:21, édité 4 fois
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Grabuge
Tavernier ♦ "Justicier brutal"

Grabuge

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MessageSujet: Re: Gloire, déclin et renouveau d'Egide   Gloire, déclin et renouveau d'Egide EmptyJeu 22 Fév 2018 - 11:54

Après cet incident, j’avais enfin trouvé un endroit où je me sentais bien, et même si ma première victime me hantait encore de temps à autre, je n’avais jamais regretté mon choix.
La compagnie Egide était la famille que j’avais attendu toute ma vie. Ses gens, mes frères, m’avaient tendu la main lorsque les ténèbres menaçaient d’engloutir mon cœur à jamais.
Mais un mercenaire vivait pour toujours par le fer et le sang, et c’est ce que j’allais découvrir lors de ma première mission.



Chapitre 2 : Mettre le feu aux poudres

☠

Le soleil était presque à son zénith quand je me réveillai. Autour de moi gisait les corps d’une dizaines de mes frères, tous ronflant bruyamment, comme pour rappeler leur existence au monde entier. Mon esprit était embrumé, et tout ce dont je me souvenais était d’avoir festoyé la veille. Ce genre d’évènement était monnaie courante lorsque nous étions en permission, car tout le monde aimait se détendre après le fracas des combats. Pour ma part, je n’avais encore jamais participé à une mission.

En effet, cela faisait seulement un an que j’avais quitté ma tribu au profit d’une vie d’aventure et de Justice. Je connaissais maintenant le nom de tous mes frères d’armes, et eux aussi avaient eu l’occasion de retenir le mien. De par les détails de mon arrivée dans cette compagnie, j’avais joui quelques temps du statut de mascotte de la compagnie. Et bien que je n’avais jamais été friand de reconnaissance, je devais avouer que j’appréciais d’être reconnu parmi les miens. Au terme de cette année, j’avais beaucoup mûri, même si je restais aux yeux des autres le jeune gobelin fougueux que j’étais en arrivant.

J'avais également reçu à mon entrée dans Egide un denier, en apparence assez simple. C'était une vieille tradition, selon Gorgrim, qui voulait que le denier soit le symbole d'une promesse mutuelle entre Egide et ses membres: ses membres promettaient de servir la Justice corps et âme, et en contrepartie Egide promettait de subvenir aux besoins de ses membres pour qu'ils ne meurent jamais de faim. Même si c'était surtout le rôle du capitaine et de son porte-étendard, m'avait avoué mon mentor. Je l'avais donc rangé dans ma poche et le gardait depuis lors sur moi, comme presque tous les autres frères d'arme. Certains en avaient même fait un collier, mais je préférais le garder tel quel pour le moment.

Au-delà de l’aspect mental, je m’étais également endurci, grâce aux entraînements de Gorgrim qui n’hésitait pas à me faire puiser jusqu’à la dernière once d’énergie de mon corps.
« Tu dois être prêt mentalement et physiquement si tu veux un jour combattre aux cotés de tes frères. » me répétait-il souvent quand je m’écroulais de fatigue. Et cette simple idée me faisait me relever, malgré la douleur et la fatigue.

Notre capitaine, quant à lui, semblait indifférent à mon existence aux premiers abords, mais je savais de source sûre que lorsque j’avais le dos tourné, il posait sur moi le même regard bienveillant qu’il réservait à chaque membre de la compagnie. J’imaginais sans mal qu’il devait faire preuve de pragmatisme pour diriger, et je ne lui en voulais pas de ne pas être très démonstratif quand il s’agissait d’exprimer sa fierté, que ça soit pour moi ou les autres.
J’avais d’ailleurs commencé à me faire de vrais amis au sein de la troupe, et un groupe s’était rapidement constitué.
Il y avait d’abord Periel, un des premiers frères que j’avais rencontré. C’était un elfe un peu rêveur, qui ne cessait de sourire et évitait de se prendre la tête. Il représentait le coté calme et raisonnable de notre groupe d’amis, et apaisait souvent les conflits quand on se querellait.
Il y avait aussi Olyanna, une barbare des terres du Nord qui ne quittait jamais sa hache. Elle avait un fort caractère, et râlait pour un rien, mais c’était la première à prendre notre défense quand c’était nécessaire.
Et pour finir, il y avait Caliom, un des rares mages de la troupe. Il était arrivé peu après moi au sein d’Egide, après un passé tumultueux dont il parlait rarement. Malgré son jeune âge – il avait seulement une vingtaine d’années – Caliom avait déjà fait ses preuves en tant que magicien, et après son premier combat, tous avais commencé à le respecter pour son potentiel de destruction. De nature détendu et espiègle, il avait rapidement ajouté les faveurs aux honneurs et tout le monde aimait discuter avec lui d’à peu près n’importe quel sujet. C’était peut-être celui duquel j’étais le plus proche, car il était un des seuls à ne pas me considérer comme un bleu.

Pour résumer, je m'étais bien intégré dans ma nouvelle famille, mieux que je ne l'avais jamais été dans la tribu Shlazvork.
Je baillai avant de regarder le soleil: il devait être environ dix heures. L'heure de mon entraînement quotidien. Je pris donc la route du lieu d'entraînement, un petit lopin de terre à coté de la tente de Gorgrim. Veillant à ne pas écraser les soûlards qui traînaient, j'enjambai les corps tout en me dirigeant au dit lieu tout en me faisant une réflexion: Gorgrim ne prenait donc jamais de permission, lui? S'entraîner faisait partie de la routine, mais il n'avait encore jamais loupé une journée d'entraînement, alors que beaucoup de frères repartaient voir leur famille pendant une à deux semaines après chaque fin de mission. Il fallait que je le questionne à ce sujet.

J'arrivai rapidement à destination, et trouvai sur les lieux Gorgrim en train de polir son épée, fidèle à son poste, et Olyanna, qui était au moins aussi assidue que moi. Si je m'entraînais pour progresser, je savais que son seul but à elle était de goûter au plaisir que procurait un combat. C'était une guerrière sanguine, toujours prompte à coller des marrons avec le sourire. Et sa présence ici ne signalait rien de bon pour l'état de ma dentition.
Je leur fis un signe de main alors que Periel arrivait à son tour, une pomme à moitié croquée dans la main. Peut-être son arrivée signifiait le salut de mes dents? Je l'espérais en tout cas.

"Tiens, salut Rorkan!" me fit-il avec son éternelle voix chantante.

Je lui fis un léger sourire en guise de bonjour, et Gorgrim se tourna finalement vers nous.

"Ah, bien bien. Je vois que malgré les permissions il y a toujours des frères avides de s'endurcir. Ne perdons pas une minute, en piste!"


~~~

L'entraînement s'était finalement mieux passé que prévu. Olyanna était d'humeur joyeuse aujourd'hui, probablement car on était en permission et qu'on avait fait la fête toute la veille. Par conséquent, elle n'avait pas jugé bon de détruire chaque parcelle de mon corps comme à son habitude, et je l'en remerciais.
Periel, lui, avait agi comme à son habitude. Armé de ses deux épées d'entraînement, il était sûrement le plus redoutable de nous trois – je n'incluais pas notre maître d'arme Gorgrim – mais il essayait de nous blesser le moins possible et surtout de nous faire progresser avec lui.
Caliom nous avais aussi rejoint en plein milieu d'un duel acharné entre ma barbare préférée et moi. Il ne prenait pas part aux duels, notamment parceque son fort n'était pas dans les compétences martiales. Il excellait cependant en magie, et nulle doute qu'il aurait pû nous tuer tous les trois en claquant des doigts. Il m'avait donc encouragé du mieux qu'il avait pû, tout en faisant quelques pompes pour se remettre en forme. Ce n'est pas parcequ'il était adepte des arcanes magiques qu'il ne devait pas prendre soin un minimum de son corps. Lui aussi devait transporter son barda, comme tout le monde, et rien que ça suffisait à réclamer un entraînement physique régulier.

Gorgrim tapa dans ses mains pour signifier la fin de notre exercice. D'après la position du soleil, il devait être environ midi, l'heure pour nous de nous sustanter. Alors que nous allions tous les quatre partir au mess, notre maître d'arme nous interpela:

"Ne partez pas si vite jeunes gens! J'ai à vous parler."

Cela semblait important. Gorgrim connaissait l'importance sacrée des repas, et il n'oserait pas nous retenir pour une broutille. Je m'assis donc dans l'herbe fraîche, suivi par Caliom et Periel. Olyanna, elle, préféra rester debout, et répondit à notre interlocuteur avec la finesse qu'on lui connaissait:

"Bah vas-y, accouche Gorgrim." Il fit un petit sourire en coin tout en répliquant:

"Ton impatience te perdra un jour, jeune barbare. Quoi qu'il en soit, si je vous ai demandé de rester, c'est parceque le capitaine a une mission pour vous. Je lui laisserais le soin de vous expliquer, mais c'est une mission qui devra s'effectuer en effectif réduit. Vous quatre donc."

Je soupirai intérieurement en me disant que je passais encore à coté d'une mi... – attendez, il avait bien dit "vous quatre"? Je levai un regard intrigué vers Gorgrim, et il le remarqua car il me lança:

"Oui, toi aussi Rorkan. Le capitaine, moi et le porte-étendard te jugeons fin prêt à faire ton baptême du feu."

Il me fit un clin d'oeil et malgré mon habituelle inexpression, mon visage s'illumina. J'allais enfin pouvoir montrer ma valeur à mes frères d'armes! Et surtout me sentir utile, car j'avais beaucoup de mal à voir tous les autres partir alors que je restais toujours au campement. Mais c'était la fin de ma frustration, et le début de mon aventure de justicier d'Egide!
Gorgrim ajouta pour tout le monde:

"Allez manger, parler au capitaine et vous préparer. Vous partez demain aux aurores. Direction BaldorHeim."


~~~

☠

Je pressai la cape de fourrure autour de mon corps, plus sensible qu'à l'ordinaire à la chaleur qu'elle me procurait. Il faut dire qu'il faisait un froid de canard dans les rues de BaldorHeim.

Le capitaine nous avait donné le briefing de la mission il y a trois jours de cela. Il nous avait expliqué que la mission que l'on allait effectuer était commanditée par l'Impérator lui-même. Elle consistait à trouver des informations sur un mystérieux marché noir qui s'était récemment implanté à BaldorHeim et à déterminer sa position pour que la garde kazharienne puisse boucler le périmètre et mettre fin à ces échanges crapuleux. Une simple mission de repérage en somme, ce qui avait un peu fait grincer les dents d'Olyanna. Je ne pouvais que lui donner raison, mes rêves d'épiques batailles contre de terribles bandits étaient loin de la réalité. Mais Periel nous avais rappelé à juste titre: "N'oubliez pas pourquoi nous nous battons, camarades! Pour la Justice, pas pour voir qui a la plus grosse en combat."
Et il avait parfaitement raison, ainsi je me rangea de son coté alors qu'Olyanna continuait de bouder dans son coin. La Justice primait sur mon désir de me battre. Elle primait sur tout, à dire vrai.
Periel, lui, s'était contenté de sourire devant notre enthousiasme. Il était celui qui avait fait le plus de mission parmi nous, avec ses 53 ans - c'était un elfe, il ne les faisait donc absolument pas. Il était de ce fait le chef désigné de notre petite troupe, et avait rapidement choisi un itinéraire rapide pour arriver à BaldorHeim sans encombres.

Une tape sur l'épaule me coupa dans mes réflexions. C'était Caliom, qui venait de revenir de sa récolte d'information. Il ôta sa capuche et me dit à voix basse:

"J'ai réussi à obtenir un rendez vous avec un des marchands du marché noir. Il y a cependant un soucis..."

Je le questionnai du regard et il fit un sourire amusé:

"Le marchand a des lubies particulières... Et il ne veut traiter qu'avec des femmes. Et tu connais le caractère de la seule femme qu'on a sous le coude."

Je ricanai légèrement avec lui, alors que Periel et Olyanna revenait tous les deux. Ils étaient partis chercher une taverne pas trop chère ni fréquentée, histoire de nous assurer un logement pendant notre séjour ici. Mon boulot à moi, pendant ce temps, était d'acheter une carte plus précise de BaldorHeim, car nous en manquions au campement. J'avais rapidement trouvé mon bonheur, et était donc revenu il y a une dizaine de minutes à notre lieu de rendez-vous.
Periel prit la parole alors que notre groupe était enfin au complet:

"-On loge au Rat d’Égout ce soir, mes frères.
-Je doutes que vous ayez eu une ristourne avec la frappante beauté d'Olyanna, taquina Caliom en ponctuant sa pique d'un petit rire malicieux.
-Y a pas que ma beauté qu'est frappante, l'érudit." avait simplement répondue la concerné en faisant craquer ses phalanges.

Je pouffai discrètement alors qu'ils continuaient de se chamailler devant le regard amusé de Periel. Il calma cependant le jeu, de son air sympathique mais pourtant ferme:

"Ca suffit vous deux, vous aurez tout le temps de vous titiller après la mission."

Olyanna fit un grognement résigné et se mit en route, alors que Caliom me chuchota à l'oreille, un sourire en coin:

"C'est qu'elle est facilement irritable notre barbare."

Je souris à mon tour, et nous partîmes donc vers cette fameuse taverne au nom si éloquent. En priant pour qu'il fasse plus chaud à l'intérieur.

Nous eûmes tôt fait d’arriver à la taverne, de nous poser dans une petite table au fond de l’arrière sale – vide pour notre plus grand bonheur – et à commencer à discuter de la marche à suivre.
C’est Periel, notre chef attitré, qui prit le premier la parole alors que nous étions tous attablés, encapuchonnés et emmitouflés dans une chaude fourrure :

« Bien, mes frères – et ma sœur – le rendez-vous qui déterminera le succès de notre mission va se passer ici. Pas exactement ici – il désigna notre table – mais dans cette taverne. Il est prévu pour dans une demi-heure, donc nous avons le temps de réfléchir à ce que l’on fera. Des idées ? »

Olyanna, qui semblait de mauvaise humeur depuis qu’elle avait appris qu’elle jouerait les négociatrices avec un homme à femme, se contenta de dire :

« Il me touche je le tue. Déjà. »

Je lui répondis alors, essayant de faire de mon mieux pour trouver les mots qui pourrait la motiver :

« Si on gère cette mission, on augmentera la confiance que nous porte le capitaine Boldyn et on sera amené à en faire des plus complexes. Impliquant par exemple des batailles. Donc si tu gardes ton calme, tu auras plus de chance de te battre à l’avenir. »

Notre barbare me jeta un regard blasé, soupira et finit par dire :

« Je vais devoir jouer la pimbèche alors ? Bien, mais le premier qui se moque il meurt, pour de vrai. »

Nous ricanâmes à sa menace, que nous étions habitués à entendre, et Caliom lui répondit avec son air malicieux qu’on lui connaissait bien :

« Si j’ai l’occasion de voir ça, je pourrais mourir heureux, je m’inquiètes pas. »

Olyanna allait répliquer, mais Periel tapai de la main sur la table pour nous intimer le silence avant que leur chamailleries n’attire le regard sur nous, et il reprit sur un ton un peu plus ferme :

« Suffit vous deux ! On a pas le temps de se taquiner maintenant, il nous faut un plan. Surtout au cas où ça tourne mal. »

Olyanna posa sa lourde hache sur la table et dit, d’un ton sérieux :

« Voilà le plan si ça tourne mal. »

Periel secoua la tête et répondit à notre négociatrice sanguine :

« On ne se bat que si on y est forcé Olyanna. N’oublie pas que c’est ici qu’on va passer les prochains jours. On va pas se faire bien voir si on déclenche une bagarre. De plus, un combat compromettrait sérieusement la mission. »

La barbare du Nord soupira une énième fois avant de dire, d’un ton las :

« Comme tu voudras Periel… »

Pour aller à la rescousse de l’ambiance, avant qu’elle ne devienne morne, je proposai une idée qui venait de me traverser l’esprit :

« Et si on se faisait passer pour de vrais malfrats ? Ca ne ferait pas très sérieux que ça ne soit qu’Olyanna qui se pointe au rendez-vous. On nous prendrait pour des bleus…

- … on est des bleus… commenta Caliom sans pour autant m’interrompre.

-  … c’est pourquoi il faudrait qu’elle soit escortée. Par Caliom et Periel par exemple. Periel en impose, avec ses deux épées et son sourire qui peut sembler malsain quand on ne le connaît pas. Et Caliom, avec son air espiègle et sa robe de mage, pourrait faire un parfait garde du corps également. Seul les riches malfrats s’entourent de mages pour leur garde personnelle. »

Periel haussa un sourcil à la mention de son sourire, et je tentai de me rattraper comme je pus :

« On aime tous ton sourire ici, mais imagine le contexte : on présente à notre contact un brigand influent, en la qualité d’Olyanna, entourée d’un mage et d’un mercenaire à l’air souriant. Tous les gardes du corps qui sourient constamment comme tu as l’habitude de le faire sont vus comme des psychopathes. Vous êtes pas d’accord vous autre ? »

Rejetant l’appel à l’aide que je leur lançais, Olyanna et Caliom détournèrent leur regard avec un sourire en coin, l’air de dire « Démerde-toi maintenant. »
Comme toute réponse Periel accentua son sourire, puis me dit :

« Tu dois avoir raison Rorkan. Ce plan me convient. Mais quel sera ton rôle à toi, du coup ? »

Je lui dis, le ton réellement résigné :

« Je serais votre arrière-garde au cas où les choses s’enveniment. Si jamais vous vous faites capturer, laissez-vous faire, car cela nous mènera sûrement au marché noir. »

Tout le monde semblait être prêt à suivre mon plan. Intérieurement, bien sûr, j’espérais que quelqu’un me dise « Non ! Le meilleur plan c’est qu’on se battre contre cette horde de maraud, tous ensemble ! » et que les autres acceptent avec joie mais il fallait me rendre à l’évidence : cette mission devait se faire sans combat. Je m’y étais donc résigné, et avait opté pour jouer le rôle de l’arrière-garde, discrète et peut-être même inutile. Après tout, si la transaction se passait comme il faut et qu’on apprenait où se trouvait le marché noir je n’aurais servi à rien.
Periel frappa donc dans ses mains et dit, toujours assez bas pour que les poivrots de la salle d’à côté ne puisse entendre :

« Bien, si tout le monde est d’accord avec ce plan, allons nous mettre en position. Je compte sur toi, Olyanna. »

Je les vis alors se lever et changer de table, prenant des positions qui se voulaient patibulaire pour faire comprendre à tous qu’on ne rigolait pas avec eux, qui étaient maintenant dans le rôle des malfrats. Pour ma part, je restai à la même table, rabattant mon capuchon sur la tête et les observant d’un air mi-blasé mi-résigné. Je ne me faisais pas d’illusions, je savais que je n’aurais certainement aucun rôle à jouer dans cette mission. A moins que…


~~~


Cela faisait dix minutes que notre « contact » était arrivé dans la taverne, accompagné de deux gardes du corps lui aussi. Comme quoi, mon idée qu’Olyanna se fasse entouré de deux présumés gardes du corps n’était pas idiot. Le contact avait rapidement vu à qui il allait avoir affaire et vint s’assoir face à Olyanna. Je ne voyais pas la tête d’Olyanna, mais je me doutais qu’elle ne souriait pas le moins du monde. Si je ne la connaissais pas, j’aurais sûrement été impressionné par cette guerrière tout en muscle et en cicatrices.
Ils avaient alors commencé à discuter, et étant trop loin je ne compris pas un traître mot de ce qui se déroulait à quelques mètres de moi. Mais le ton semblait monter, car Olyanna se leva tout à coup en frappant la table du poing, et je crus voir Periel soupirer. Instantanément, les deux coupe-jarrets de notre contact dégainèrent leurs épées, et les mains de Caliom commencèrent à s’illuminer de rouge. Je mis la main sur la garde de ma hache, prêt à intervenir si les choses se gâtaient, mais finalement tout le monde rengaina ses armes, les mains de Caliom redevinrent blanche, et tout le monde se leva pour se mettre en route vers je ne sais où. Que se passait-il au juste ? Mes trois compagnons, escortés par les sbires de notre contact, sortirent de la taverne, guidés par ce même contact. Bon, finalement peut-être que j’allais servir à quelque chose.

Je me levai à mon tour au moment où la porte de la taverne se referma, sous le regard inquiet des habitués qui craignaient sûrement qu’une bagarre se déclenche. J’ouvris à mon tour la porte sur le froid glacial des ruelles de BaldorHeim. Serrant un peu plus la cape contre moi et rabattant un peu mieux mon capuchon, je cherchai du regard où avaient bien pu partir la petite troupe et les vit prendre un virage vers une ruelle à ma droite. Bien, la filature pouvait commencer.

Le trajet dura une bonne demi-heure, et je dus redoubler de vigilance pour ne pas être vu. Cependant, je remarquai que Caliom jetait souvent des regards en arrière, sûrement pour s’assurer que leur plan B était bien en train de les suivre. Mais je n’étais pas sûr qu’il m’ait aperçu. La discrétion n’était pas forcément mon fort, mais je savais l’importance de la mission et faisais donc tous les efforts du monde pour être aussi furtif qu’une ombre. Ils s’arrêtèrent finalement devant la porte de ce qui semblait être un vieil entrepôt désaffecté, au centre d’un quartier qui n’avait pas l’air très bien famé. Tout autour de moi de jeunes nains et de jeunes naines étaient en train de mendier, ou peut-être bien d’épier pour le compte du marché noir. Les bâtisses semblaient toutes plus délabrées les unes que les autres, et les rares personnes qui ne mendiaient pas avait le regard méfiant et toujours la main sur la garde de leur arme.
Je les vis alors disparaître derrière la porte du supposé entrepôt désaffecté. Comment allais-je m’introduire là-dedans maintenant ? Mmh… Je me massai le menton tout en réfléchissant à ce que j’allais faire. Devais-je entrer par la force ? Me faufiler en croisant les doigts pour que personne ne me voie ? Non non, il fallait ruser si jamais je voulais avoir une chance de libérer mes compagnons. J’avais une idée.
Je cachai ma hache sous ma cape de fourrure et commença à frotter mes mains sur la boue par terre pour me badigeonner le visage, tentant tant bien que mal de me donner un air sale. Après m’être ébouriffé les cheveux, je me mis à tituber vers la porte, l’air passablement éméché. Avec de la chance, les yeux qui guettaient aux alentours me prendraient juste pour un énième gobelin malchanceux, ruiné et saoul. Je m’affalai alors contre le mur, juste à côté de la porte, et fit mine de m’endormir en ronflant fort. Mais en réalité, j’essayais d’écouter ce qu’il se passait à l’intérieur.
Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre, au bout de quelques minutes, deux voix discuter :

« Qu’est-ce que tu fais, le nouveau ?

- Bah rien, je fume juste la pipe ! »

- Eteins moi ça, sombre idiot ! Tu ne vois pas qu’on est entouré de graisse de requin des abysses ? C’est hautement inflammable, pauvre tâche !

- Désolé, désolé, je débute… - Aïe ! »

Je souris en coin tout en continuant de faire semblant de ronfler. Alors comme ça, le trafic qui se faisait dans ce marché noir était du trafic d’explosifs ? Et bien, cette information allait sûrement m’être utile pour le futur.
Après une dizaine de minutes à mimer le sommeil, je dus me rendre à l’évidence : selon ce que j’entendais, la porte d’entrée n’était gardé que par deux personnes. Il fallait donc trouver un moyen de les surprendre pour avoir une chance de les vaincre rapidement et discrètement. Cette mission devenait de plus en plus intéressante à mesure que le temps s’écoulait !
Après quelques secondes de réflexion, mon plan était prêt. Je me levai, faisant toujours mine de tituber, et m’affalai contre la porte en grommelant des paroles incompréhensibles, à la manière d’un soulard. La porte s’ouvrit alors à la volée et je vis les deux gardes en faction : l’un était un jeune nain à l’air un peu ahuri, et l’autre était un gobelin, comme moi, un peu maigrichon mais tout de même armé d’un coutelas. Les deux, cependant, avaient plus l'air de petites frappes que de réels combattant aguerris. Le gobelin, qui semblait être le vétéran parmi les deux, dit d’un ton mesquin :

« Regarde-moi ça ! Une nouvelle vermine qui vient égayer notre journée ! On vous as… »

Il me mit alors un énorme coup de pied dans les côtés, et je ne pus retenir un grognement de douleur.

« … Déjà… »

Nouveau coup de pied dans les côtes.

« … Dit… »

Nouveau coup de pied, dans le thorax.

« … De ne pas… »

Jugeant que mon seuil de tolérance avait été atteint, je dégainai ma hache sous le regard éberlué des deux malandrins devant moi et leur tranchai les chevilles d’un vif coup de taille. Ils tombèrent alors à genoux, et j’en profitai pour me relever, la mâchoire serrée face à la douleur des bleus que m’avait administré le gobelin. Ouuuh, ça n’allait pas se passer comme ça. Laissant libre cours à ma colère, je profitai de l’effet de surprise pour leur planter ma hache dans le poitrail, et pour les éviscérer à coup de tranchant. Ils ne purent rien faire pour éviter mes coups, et tombèrent tous deux à mes pieds, une flaque de sang commençant à imbiber les pavés gelés du quartier pauvre de BaldorHeim.
Faisant gaffe que personne n’ait pu me voir, je traînais les deux corps à l’intérieur, puis referma derrière moi.

Après avoir tâté un peu mes blessures – il m’avait pas loupé le con – je me mis enfin à examiner le lieu où je me trouvais.
Tout autour de moi étaient empilés des tas et des tas de caisse, toutes marquées par un étrange sceau comprenant une dague et un poisson entrecroisés faits de peinture noire. Au lieu des habituelles torches, l’endroit était éclairé par des espèces de lumière bleue en verre, que je devinais être des lampes technophiles. C’était la première fois que j’en voyais, mais je devais avouer que la beauté de la magie technophile m’impressionnait. Ces lampes là éclairaient bien mieux qu’aucune torche, et je ne vis pourtant pas de flamme à l’intérieur des ampoules. La lumière semblait être de nature magique ! A ma gauche, une caisse ouverte laissait apercevoir plusieurs briquets à amadou ou autre outils utile pour faire du feu. Sûrement que les gardes fouillaient les clients et leur ôtait tout moyen de mettre le feu aux caisses. Cela semblait logique, en tout cas. Prenant la liberté de ne pas y ranger mon briquet à amadou, je continuais d’observer le coin.
Après un rapide examen des lieux, je vis plus loin, face à la porte d’entrée, une nouvelle porte, entrouverte cette fois. Derrière, un escalier semblait descendre sous terre, dans l’obscurité. Aucune autre porte n’était visible, il ne restait donc plus qu’une possibilité pour progresser. Et bien, je savais maintenant où aller.

Descendant prudemment les marches de l’escalier en pierre, dans la pénombre – il n’y avait pas de lampes ici – je mis bien trente secondes à arriver en bas. Les marches glissaient un peu, ainsi je préférais progresser prudemment pour ne pas risquer de tomber à la renverse. Je pris tout de même le temps de toucher le sol de mon index, avant de le frotter à mon pouce. Aucun doute, il s’agissait de graisse, probablement de requins des abysses à en juger par ce qu’avait dit le gobelin plus tôt.
J’arrivai finalement en bas, face à une nouvelle porte d’où s’échapper des rais de lumière bleutée, et des voix. Je m’essuyai rapidement le visage et les mains avec ma fourrure. Maintenant que j’étais rentré, les gens penseraient sûrement que je n’étais qu’un énième client à la recherche de graisse de requin. Du coup, il valait mieux éviter de passer pour un va-nu-pied sous peine d’être fermement ramené à la sortie. Bien sûr, tout ceci n’était qu’au stade d’hypothèse et peut être que personne n’allait se faire avoir par la supercherie. Mais bon, qui ne tentait rien…

J’ouvris la porte avec assurance, la tête aussi haute et arrogante que possible. Devant moi, plusieurs personnes étaient en train de tenir des stands, ou bien en train de décharger les marchandises – toutes semblables aux caisses que j’avais vu plus haut. Un peu partout, diverses crapules étaient en train de faire affaire avec les marchands à chaque stand, il devait y avoir facilement une bonne cinquantaine de personnes sous cet entrepôt.
Mais où que mon regard aille, je ne trouvais pas de signe de mes compagnons. Peut-être avaient-ils été amené au chef de ce trafic afin qu’il analyse leur requête ? C’était l’hypothèse la plus probante, ainsi je me dirigeais d’un pas toujours aussi assuré vers le premier vendeur à l’étalage, et lui dit une fois arrivé à sa hauteur :

« Je veux parler au chef des lieux. Tout de suite, manant. »

Le marchand – un géant à la longue chevelure grisonnante et à l’air un peu niais – me répondit :

« Doucement, ami ! J’être marchand, pas manant ! Pourquoi tu vouloir voir Jehal ? »

Réfléchissant en quelques instants à une raison valable d’aller voir le chef du marché noir, je lui répondis au bout de quelques secondes :

« Il m’a refilé de la mauvaise came, ton patron ! De la graisse pourrie, voilà ce que j’ai acheté ! »

Je tapais du poing sur la table pour ponctuer mon affirmation, et le géant tenta tant bien que mal de gérer le client mécontent que j’étais :

« Moins fort, client ! Tu faire fuir autres clients ! Bon… Suivre moi. »

Après s’être entretenu avec un des marchands à côté, il marcha d’un pas lourd vers le fond du marché, un jeune gobelin en fourrure sur ses traces. Tout autour de nous, les gens ne nous jetaient pas un regard, occupés à faire des transactions qui devaient sûrement impliquer de grosses sommes d’argent. Après avoir compté, il devait y avoir en tout bien une dizaine de stands de chaque côté du chemin, chacun tenus par un ou deux marchand et quelques clients désireux d’acheter leurs produits. Nous arrivâmes finalement face à une nouvelle porte, en bois brun serti de plusieurs runes – vraisemblablement naines – et d’un heurtoir en tête de sanglier. Le géant nous annonça alors après avoir cogné le heurtoir trois fois :

« Patron ! Client pas content ! Être un jeune gobelin ! »

Je conservai ma mine arrogante et attendit avec mon compagnon un peu benêt devant la porte. Au bout d’environ une trentaine de secondes, une voix grave et rocailleuse lança :

« Fais-moi rentrer ce connard, Hank ! »

Il ouvrit alors la porte, me laissant rentrer seul dans le bureau du patron des lieux. La première chose qui me frappa, c’était la richesse d’une si petite pièce. Tout autour de nous, des statuettes dorées étaient entreposées, représentant tour à tour de fiers guerriers nains, des colosses de pierre ou des haut-dignitaire d’un âge révolu depuis des siècles. Face à moi, un grand bureau en bois brut où l’on pouvait pouvoir diverses factures ou comptes rendus. Derrière le bureau, un nain borgne me fixait de son seul œil, bleu comme le givre. Il avait l’air fier et costaud, et était entouré par deux humains en armure lourde, prêt à en découdre à la moindre erreur. Et devant eux, se tenaient mes trois compagnons, visiblement débarrassés et de leur escorte et de leurs armes. A l’air boudeur qu’affichait Olyanna, je me doutais qu’elle n’avait pas donné ses armes avec le sourire.
Le patron, que le géant avait dit s’appeler Jehal, soupira avant de lancer, pour lui-même :

« Il y a beaucoup trop de monde dans mon bureau en ce moment. Je devrais engager une secrétaire… Tsssss… »

Puis il tourna son regard vers moi, alors que mes compagnons qui m’avaient reconnus firent mine de ne pas me connaître, et me dit de façon à m’intimider:

« Ecoute moi bien, peau-verte, si tu n’as pas une bonne raison de venir me déranger en pleine entrevue, crois moi je vais te les faire bouffer les caisses de graisse ! Bien. J’écoutes. »

Je ne me défis pas de mon air arrogant, et lui lançai sur le même ton :

« Je pensais avoir acheté au meilleur, mais je dois bien me rendre à l’évidence : vos caisses de graisse sont pourries ! Escrocs ! »

Mon interlocuteur haussa un sourcil, véritablement surpris que quelqu’un ait quelque chose à redire à ses marchandises. Il se pencha alors un peu plus sur son bureau et me demanda, interrogateur :

« Comment ça, pourrie ? Tu te fiches de moi ? »

Il fit alors un signe à l’un des gardes du corps derrière lui et ce dernier sortit du bureau. Puis il reporta son attention un instant sur mes camarades en leur lançant :

« Je m’occupe de cette affaire, et je me charge de vous juste après, messieurs-dames. »

Ainsi, leur ruse avait dû fonctionner, car le dénommé Jehal semblait les traiter comme de futurs clients, et non pas comme des prisonniers. Je m’étais peut-être emballé en pensant qu’ils avaient été capturés… Mais l’important, c’est que nous étions maintenant tous réunis, et que j’avais un plan qui se dessinait doucement dans ma tête.
Jehal finit par se lever lui aussi de son bureau, et à fouiller dans ses papiers, nous tournant le dos tout en marmonnant dans sa barbe :

« … client gobelin… présomptueux… grmmgrrr… »

J’en profitai pour chuchoter à Caliom, qui était juste à côté de moi :

« A mon signal, vous vous baissez. »

Ne laissant rien transparaître, je devinais cependant que mon camarade mage avait compris le message car il se mit à chuchoter à son tour à nos deux autres compagnons. Jehal finit par revenir vers nous et à me dire :

« Excusez-moi mais je n’ai pas bien entendu votre nom - … »

Au même moment, le garde qui était parti revint, transportant une des caisses de graisse comme je m’y étais attendu. Il la posa sur le bureau, face à Jehal, et ce dernier me dit tout en sortant son couteau pour l’ouvrir :

« Enfin, qu’importe. On va voir tous ensemble si vos accusations sont fondés, peau-verte.

Il planta sa lame à travers la caisse et commença à ouvrir précautionneusement, faisant en sorte de ne pas faire tomber une goutte de graisse. Une fois ouverte, il me dit :

« Venez, approchez. Vous verrez bien que ce que vous dites est complètement faux. »

Je m’approchai alors, lentement, et une fois arrivé à portée, je lui dis :

« Ca m’a l’air d’être de la bonne qualité, en effet. Mais une question me turlupine cependant… Est-ce aussi inflammable qu’on le prétend ? »

Puis, sans crier gare, je poussai la caisse vers Jehal et ses sbires, qui se retrouvèrent recouverts de graisse. Puis, dans le même mouvement, je saisis mon briquet à amadou dans ma poche et jetai une étincelle sur le nain tout en criant à l’encontre de mes compagnons :

« MAINTENANT ! »

Tous ensemble, nous nous jetâmes au sol alors que le chef du marché noir et ses gardes du corps prirent feu, la graisse aux propriétés magiques agissant comme un explosif. Les flammes de la déflagration soufflèrent le bureau qui vint s’encastrer dans la porte, et les hurlements d’agonie des trois brûlés ne durèrent pas plus de quelques secondes.
Je me relevai avant que les flammes ne m’atteignent, et cria à mes compagnons :

« On se barre maintenant, vite ! Caliom, jettes des boules de feu sur ces caisses ! »

Sans se faire prier, mes compagnons me suivirent en dehors du bureau, où nous attendait une foule aux regards interrogateurs. Ils devaient se demander ce qui était en train de se passer, et pourquoi le bureau venait d’exploser. A ce moment, j’aurais pu faire le choix de les prévenir que l’entrepôt allait exploser, pour qu’ils aient le temps de s’enfuir. Mais à mes yeux, ses trafiquants ne valaient pas mieux que des brigands. J’ignorai donc les regard étonnés qui nous suivaient alors que nous courrions vers la sortie. Caliom finit d’incanter ses sorts au moment où nous passâmes la porte menant en haut, et il dit sur un ton thêatral :

« Et maintenant, le clou du spectacle ! Que les flammes du Pandémonium vous dévorent, marauds ! »

Au même instant, trois boules de feu jaillirent de ses mains et allèrent s’éclater contre les caisses de graisse de requin, qui explosèrent instantanément, provoquant une réaction en chaîne. Je me hâtai de refermer derrière nous et de courir vers en haut, prenant garde tout de même à ne pas tomber.
Alors que nous arrivâmes en haut, la porte en bas éclata, laissant échapper un torrent de flamme. Je restai en retrait afin de fermer la porte derrière nous avant que le déluge enflammé ne nous atteigne, et une fois que tout le monde fut passé, je refermai en hâte.

Alors que nous allions nous diriger vers la sortie, Olyanna cria :

« Ma hache ! Un barbare ne pars jamais sans son arme ! »

Sans considération pour ses suppliques, je lui dis tout en la poussant vers la sortie :

« Toi tu es UNE barbare. Et je te préfère en vie et désarmée qu’armée et morte. »

Tout à coup, la porte que nous avions refermé derrière traversa l’entrepôt pour venir s’éclater à côté de nous alors que la déflagration se répandaient dans toute la pièce très rapidement. Je poussai une dernière fois une Olyanna qui protestait et nous nous retrouvâmes tous dehors. Soudain, une ultime explosion retentit, gigantesque, et nous nous retrouvâmes tous par terre alors que les quelques fenêtres de l’entrepôt se brisaient, soufflant des flammes sur leur sillage.

Mes cheveux, d’ailleurs, faillirent prendre feu au moment où une flammèche vint les lécher, mais je tapotai frénétiquement ma tête à temps pour éviter de me retrouver chauve.
Alors que la bâtisse qui accueillait autrefois le marché noir brûlait, les quelques badauds présents sur place semblaient impressionnés par le spectacle qui s’offrait à eux. Periel, qui se remettait tout doucement lui aussi, me dit avec un regard impressionné :

« Et ben Rorkan ! On peut dire que tu viens de causer un sacré grabuge ! »


~~~


De retour de mission, le capitaine Boldyn n’avait pas manqué de nous passer un soufflon à tous les quatre pour notre comportement dangereux et le fait qu’on ait complètement explosé le marché noir. Nous avions dû présenter nos excuses au dignitaire kazharien qui s’était déplacé pour qu’on le tienne informé du déroulement de la mission, et il n’avait pas vraiment tenu rigueur de la finalité de la mission.

« Ce qui compte, c’est qu’on ne soit plus emmerdé par ce marché noir, après tout… » avait-il simplement déclaré avant de donner la récompense attendue à notre capitaine.

Nous avions eu une partie de la récompense, en guise de solde, et l’intendant avait pris le reste de la somme pour l’entreposer dans les coffres de la compagnie, fermé à double tour.
Gorgrim, après nous avoir toisé de manière sévère, avait juste esquissé un sourire avant de dire :

« Pour une première mission, on peut dire que vous y êtes allé fort… Aaaah, la jeunesse ! »

Au final, Boldyn lui-même nous avait félicité – à demi-mot bien sûr – après coup, précisant que s’il nous avait enguirlandé c’était parcequ’il se devait de faire bonne impression devant notre client.
Notre première mission était un succès – certes, partiel – et j’étais rentré de plein pied dans la vie de mercenaire. Maintenant, je savais la vie tumultueuse que m’avait offert Egide, mais j’avais surtout retenu une leçon essentielle : la graisse de requin des abysses, c’est dangereux.


Fin du deuxième chapitre
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Grabuge
Tavernier ♦ "Justicier brutal"

Grabuge

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(Feriel, griffonne de Grabuge (modifié) +400, v+400, dissuasion : évite la prison à coup sûr)

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Gloire, déclin et renouveau d'Egide 1559870510-barre-vie-gauche3555/3555Gloire, déclin et renouveau d'Egide 1559871461-barre-vie-rouge  (3555/3555)
Vitesse: -408
Dégâts: 3894

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MessageSujet: Re: Gloire, déclin et renouveau d'Egide   Gloire, déclin et renouveau d'Egide EmptySam 7 Sep 2019 - 16:06

Ma première mission avait été une entrée fracassante dans le domaine du mercenariat. Très rapidement, l'histoire de ce jeune gobelin - un petit nouveau au sens propre comme littéral - avait fait le tour de la compagnie, et lui avait valu un surnom des plus révélateurs: Grabuge. Bien que je faisais tout pour qu'on cesse de m'appeler ainsi, supportant mal d'être le centre de l'attention, dans le fond, j'étais content de voir que mes frères d'arme me respectaient et me considéraient. Après cette opération, le capitaine avait jugé que malgré ma manière bien à moi d'improviser, j'étais fin prêt à devenir un fidèle bras armé de la Justice au côté de mes frères d'arme. Mon baptême du feu était terminé, et j'étais désormais un membre assermenté. Pendant deux ans les mission s'enchaînèrent et le groupe que nous formions avec Olyanna, Periel et Caliom s'était soudé. Nous étions toujours ensemble, et notre petite troupe avait elle aussi écopée d'un surnom : l'escouade Feriel. Selon Gorgrim, "Feriel" était un mot issu d'un ancien langage qui signifiait "Justice".
En deux ans, ma maîtrise d'arme s'était perfectionnée et je m'étais rapidement orienté vers les masses et les marteaux, bien que je ne négligeais jamais l'entraînement aux autres types d'arme.
Jusque là, nos missions s'étaient cantonnés à des choses simples, représentant un danger moindre - bien que l'une des premières règles des mercenaires était que le risque zéro n'existait pas - mais ma première mission à risque allait me faire prendre conscience de quelque chose que je n'avais pas réalisé jusqu'alors: plus haut est l’ascension, plus dure est la chute.


Chapitre 3 : La fin de l'innocence

Ce matin, le capitaine nous avait fait mander, moi et mes compagnons, afin de reprendre du service. Il était vrai que cela faisait bien un mois que nous n'avions pas reçu de tâche, mais après avoir demandé à nos autres compagnons ayant leur permission, nous avions rapidement compris que quelque chose ne tournait pas rond, et ce depuis déjà quelques mois: les missions se faisaient de plus en plus rare. Dans tout le camp, des rumeurs commençaient à se propager, sur le fait que le capitaine avait peut-être eu un problème avec d'importants clients, ou qu'il aurait envoyé baladé un émissaire, ce qui aurait eu des répercussions sur notre activité et notre réputation. Mais je n'apportais que peu de crédit à ces ragots de grand-mère. Pour moi, et pour les plus terre-à-terre d'entre nous, la raison était évidente: Egide avait, avec le temps et la paix, perdu de sa superbe et commençait peu à peu à décliner. Cela nous serrait tous le coeur, mais nous savions que le capitaine et le porte-étendard faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour que le navire qu'était la compagnie Egide reste à flot. Cependant, le fait que le capitaine nous ait convié ravivait un peu la flamme de l'espoir: peut-être avait-il une mission importante à nous confier?

Nous avions donc pris le chemin de sa tente, ensemble et dans un silence teinté d'attentes. Pour une fois, même Caliom restait silencieux, espérant sûrement comme nous tous qu'on quitte le campement. Cela faisait du bien de prendre des pauses, de temps en temps, mais notre vie était vouée au combat, et la joie du repos laissait rapidement place à la lassitude de n'être qu'une épée dans un fourreau, sur un présentoir, à prendre la poussière alors que dehors le crime ne cessait de gagner en ampleur.
Nous arrivâmes finalement devant la tente, et Periel fut le premier à briser le silence:

"Camarades, je pense que le devoir nous rappelle enfin à lui."

Nous acquiesçâmes d'un signe de tête enthousiaste. En effet, les épées allaient enfin pouvoir sortir de leur fourreau.

A l'intérieur, le capitaine Boldyn et le porte-étendard Barathorn semblait en pleine discussion, et le ton était en train de monter quand nous pénétrâmes les lieux. Ils se taisèrent subitement, non sans un regard qui signifiait qu'ils n'avaient pas pu se mettre d'accord. Le capitaine prit alors la parole, d'une voix encore emplie d'agacement:

"Bonjour jeunes gens. Qu'est-ce qui vous amène?"

Nous nous regardèrent tous, d'un air circonspect, vu que nous avions été appelé, et il finit par reprendre, un peu moins sur les nerfs:

"Ah oui, excusez-moi, c'est moi qui vous ai fait mandé. Vous commencez à gagner de l'importance dans la compagnie, et je vous en félicite. Mais je ne vous ai pas appelé pour vous jeter des fleurs. Nous allons préparer une mission d'importance capitale. Et je veux que vous alliez porter le message à tous le campement: demain, nous partons en guerre contre le brigandisme."

Nos regards s'illuminèrent à mesure que nous comprenions ce qu'il se passait. Cette fois-ci, ça n'allait pas être une simple mission de convoyage ou de filature. Non cette fois-ci, nous allions mener bataille! Le capitaine Boldyn, apercevant sûrement nos mines joyeuses, eut un léger rictus et conclut:

"Allez jeunes gens, je compte sur vous. Tout le monde doit être prêt d'ici ce soir."

Le capitaine n'eut pas à donner ses directives deux fois, et nous nous éclipsâmes rapidement de sa tente pour porter le message salvateur à toute la troupe: bientôt, nous livrerons bataille!

~~~

Nous passâmes l’après-midi complète à déambuler dans tout le camp, à avertir toutes les escouades et tous nos frères d’arme que le capitaine avait ordonné qu’on lève le camp à l’aube. Periel, de son côté, avait passé son après-midi à rédiger des missives pour les hommes qui avaient pris leur permission à l’extérieur du campement et, avec l’aval du capitaine, avait ordonné aux jeunes recrues de livrer le message. Nous constations tous l’effervescence du camp, et les mines joyeuses qui se propageaient en même temps que les directives du capitaine. Tout le monde était heureux de sortir de leur oisiveté pour enfin livrer bataille, alors même que nous ne savions pas ce qui nous attendait.
Cette dure journée en tant que messager me rappelait avec nostalgie une période pas si lointaine où, trop jeune pour aller combattre, je me cantonnais au rôle de porteur de message. Cela avait aiguiser mon endurance et certainement aussi ma discipline, mais je ne m’étais pas plaint d’enfin pouvoir aller sur le front lors de mon baptême du feu, il y a de cela deux ans. Les missions s’étaient ensuite enchaînées, rarement dangereuses, mais souvent profitables à la réputation de la compagnie.

Nous finîmes notre tournée environ à sept heures du soir, et le soleil commençait déjà à décliner, teintant le ciel d’une couleur orange apaisante. Après avoir embarqué une miche de pain et un bol de ragoût de champignon du mess, nous nous étions installé à notre lieu de prédilection, un feu de camp entouré de bûches en guise de banc non loin de la tente où Caliom et moi dormions. Periel arriva quelques minutes après, visiblement usé d’avoir gratter du parchemin toute la journée, et s’assis donc en silence à nos côtés.
Ce fut Olyanna qui ouvrit la bouche en premier, non sans cracher quelques miettes de pain avec la grâce qu’on lui connaissait:

Dure journée, mais le jeu en valait la chandelle. Vous avez vu la tête de nos frères d’arme? L’espoir renaît un peu partout dans le campement, ça fait plaisir à voir!

Nous sourîmes tous à cet état de fait, et Caliom ne put s’empêcher d’envoyer une pique à notre barbare:

Je ne savais pas qu’autre chose qu’enfoncer ta hache dans la tête d’un maraud pouvait te faire plaisir, Oly.

Trop joviale pour se chamailler, la concernée ne fit que répondre sobrement:

Une femme sait apprécier autre chose que le goût du sang, l’érudit.

Je ricanai légèrement avant d’ajouter à mon tour, sur une note espiègle que j’usais rarement:

Il est bon de nous rappeler de temps à autre que tu es une femme, Oly. Ta passion pour les marrons nous induit un peu en erreur parfois.

Elle rigola franchement à ma remarque, ayant souvent plus de répondant quand c’était notre camarade mage qui lui en lançait, et me répondit tout de même avec un petit sourire:

Allons Rorkan, ce n’est pas parceque je colle des gnons que je ne sais pas profiter des plaisirs qu’offrent mon statut de femme.

Mes oreilles prirent une teinte violacée quand je compris le sous-entendu, et je détournai le regard sous les rires de mes frères d’arme. Je n’avais jamais vraiment vu Olyanna sous cet angle, mais il était vrai qu’elle avait sûrement déjà dû faire…
Caliom coupa mes réflexion en me disant, avec son air moqueur mais pas bien méchant:

Et toi Rorkan, ça t’arrive de cotôyer des femmes de près?

Aussitôt mes oreilles se remirent à rosir, et Periel vint me sauver de cette situation embarassante en disant sur un ton aussi espiègle que les autres:

Vous êtes intenables ce soir. C’est la bataille prochaine qui acère votre libido?

J’engloutis le reste de mon ragoût d’une traite et dit d’une voix un peu bégayante:

Je… Euh… Je vais m’entraîner avec Gorgrim. Et pour répondre à ta question Cali’...

Je pris un peu plus d’applomb et lui dis alors que mon visage tout entier prenait la teinte de la gêne:

Les gobelines de mon village étaient ennuyantes à mourir. Je préfère autant mourir puceau qu’avoir eu à toucher à ces écervelées.

Puis je pris le chemin de la tente de Gorgrim, qui était devenu depuis bien longtemps mon mentor attitré, laissant là mes couverts et la joyeuseté lubrique de mes camarades. Qu’est-ce que ça pouvait bien leur faire, après tout, que ma voie était celle du combat et non celle de l’amour?

~~~

Le soleil disparaissait à l’horizon alors que Gorgrim me tendait sa pipe, que je m’empressai de prendre d’un geste habitué. Avec le temps, nous avions développé une sorte de rituel. Le soir, quand je ne trouvais pas le sommeil où que j’avais du temps devant moi, je rejoignais le maître d’arme dans sa tente ou à proximité, et nous échangions quelques mots autour de la fumée réconfortante de sa pipe - une vieille pipe en bois avec laquelle je l’avais toujours vu. Ce soir-là, sûrement pour fêter la bataille que nous allions livrer bientôt, il avait sorti son meilleur tabac, cultivé dans les fermes aràniennes. Il avait une odeur et un goût corsé qui pouvait rebuter les moins aguerris, mais laissait rapidement place à une note plus douce et subtile, que je commençais à savoir apprécier à force de fumer avec mon mentor. Nous ne parlions pas énormément, mais le silence qui s’installait bien souvent lors de ses moments m’apaisait, et mon manque de conversation ne semblait pas indisposait le vieux lieutenant.

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