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 Odyssée (solo)

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Sobek Elpoemer
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Sobek Elpoemer

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(Calebasse démoniaque, +200, v+200, Calebasse Piñata : Les récompenses en pièces d'or de fin de combat concernant les tours passés sont multipliées par 10 [le voleur aura le droit à une multiplication par 20])

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MessageSujet: Odyssée (solo)   Odyssée (solo) EmptyVen 7 Déc 2018 - 12:34


Odyssée (solo) 7fba91b563f35ed28e004010e25e80f7
Le meilleur régal du diable, c'est une innocence.

A propos :
 

De temps en temps, alors que les années défilaient, il apercevait parfois du haut des routes commerciales des troupeaux de bêtes. Ils ne recevaient jamais d'autorisation de sortie de l'enceinte des cavernes avant leur seize ans, alors chaque déambulation marchande était une occasion rêvée d'inspecter l'inconnue Dùralas. Une fois, comme il admirait filer des chevaux sauvages dans les collines de Spelunca les yeux tout ronds, maître Azhalred lui vociféra de baisser les yeux.
Aussitôt il se retourna, surpris d'autant d'autorité soudaine, pour apercevoir le blason royal de Spelunca. Sobek Elpoemer avait dix-huit ans, et il connaissait bien cette rose. Un tremblement fébrile, nerveux, lui pris le ventre, et sans réfléchir il exécuta les ordres d'Abdul Azhalred.
Le carrosse passa à fière allure devant eux, et ses poumons se relâchèrent. La sueur froide cessa de l'inquiéter, et la vie lui parut bien meilleure tout à coup. Il pouvait deviner les mêmes pensées chez le Maître ; les adultes se référaient souvent au Vicomte-Baron (tout ça est quand même bien trop pompeux, et les adolescents ont mieux à retenir que des titres de noblesse) en employant des termes pareils à "démon", "créature impie" et Oncle Rachid alla même jusqu'à "mange-merde qui fait passer ça avec du sang" au dernier repas de famille. Plutôt arrosé.

Imaginez donc le chamboulement pour le jeune garçon lorsqu'il aperçut du coin de l'oeil le véhicule faire demi-tour. Sa main alla chercher frénétiquement la robe d'Azhalred, qui se retournait déjà.

- Fais-toi aussi silencieux que possible.

Maître Abdul Azhalred était un magicien de renom, que beaucoup venaient souvent trouver au village. Des inconnus étaient parfois rencontrés par le Maître, et Sobek Elpoemer entendait maintes fois des discussions aux tournures arcaniques profondes. Bien qu'il ne comprenait pas tout, il tentait. Mais c'était car Abdul, avec son turban et sa grande barbe, était réellement impressionnant de talent ! Il faudrait que Sobek grandisse en sagesse avant d'assimiler ses formules complexes.
Ceci étant l'apprenti s'interrogeait sur ses capacités à pouvoir égaler le Vicomte, même si en réalité il se sentait plutôt serein, les nobles étant toujours gros et lents, aveuglés par l'or. Ils ne savent jamais manier une épée, mais les Exilés, eux, vivaient le combat au quotidien et étaient farouches, déterminés ! Le Khalif était certes vieux, mais...

Lorsqu'il s'aperçut du silence qui régnait sur la plaine de Spelunca, même ses pensées se tétanisèrent. Il voyait une roue en bois noir stationner à ses pieds, et éprouvait une envie de vomir. L'anxiété le gagnait, et dans sa tête tambourinaient milles tam-tams.

Il n'écouta rien à ce qu'une voix demandait à son Maître, visiblement impassible, ou peut-être pas, Sobek étant trop occupé à fixer droit devant soi pour entendre quoi que ce soit. S'il détournait le regard du centre de cette roue son coeur lâcherait, très certainement.

- Hé ! Oh ! ...Il est attardé ton gamin non ?

Très rapidement il tourna une tête rigide vers la fenêtre du véhicule d'où le regardaient deux yeux rieurs.

- Sobek Elpoemer, Monsieur le haut vicomte de Spelunca.

Il regretta son ton immédiatement, comme de nouveau le silence s'abattait sur les prairies. Comme un frelon venait fendre l'air et se poser sur la fenêtre du convoi, Sobek put mieux poser le regard sur celui qui faisait régner l'ordre par-ici. Le visage du Vicomte était rigolo, et n'inspirait aucun effroi, ses yeux rouges et vifs étaient bordés d'un maquillage bleuté, et deux traits noirs partaient de ses yeux jusqu'à sa mâchoire. Un clown, en somme.
Tout à coup, il se mit à réfléchir aux chances qu'un Noble soit clow... Puis il constata avec soulagement que l'homme riait aux éclats.

- Hum... c'était pas du tout la question, mais bon. Je vous sens tendus les guyz. Y'a pas de malaise hein ? Comment vous dîtes... wallah frère ? C'est raciste de dire ça ? Je peux dire ça ? Faust ?
- Qui sommes-nous pour juger vos paroles, Messire. Je pense le contexte adapté.
- OK OK. Donc reprenons. Sobek Elpoemer qu'est-ce que tu dirais d'un jeu de cartes ? Wallah frère. ajouta-t-il gaiement.
- Cessez désormais, Monsieur. La voix derrière lui semblait elle d'une noblesse infinie. D'une rigueur égale, aussi. Il l'aimait moins.

L'adolescent commençait à se détendre et relevait la tête pour sourire à la figure plutôt excentrique du Vicomte. Pour le jeune Sobek, le naturel était une chose qui ne pouvait être feinte, une valeur accordée par la nature aux plus charismatiques d'entre nous.
Comme il interrogeait du regard maître Azhalred il dénota la nonchalance de celui-ci. Clairement, il n'encourageait ni dissuadait l'invitation.

- J'accepte !

À peine avait-il prononcé les mots qu'autour de lui le décor passait des plaines tristes d'un coucher de soleil Speluncien à des brumes blanches infinies, et à un parterre de miroirs. Décontenancé, il commençait à s'agiter, pris au piège, lorsqu'une ombre se profila face à lui.
De ce qu'il pensait être le blanc infini apparut un homme de bonne taille, au physique élancé, et au visage peint. D'une courbette polie, il salua de nouveau Sobek Elpoemer.

- Je me présente de nouveau. Sir Lachlan Grey, premier et seul du nom, beauté des champs de bataille et Vicomte repenti de Château-Rouge. Approuvé par la Couronne. Donc, pas de panique pour le décor, c'est juste plus... c'est au niveau de l'espace, tu vois ? Plus spacieux. Cosy. Toussa. On reviendra vers eux quand on aura terminé, c'est tranquille le temps ici passe... euh en fait c'est difficile à expliquer. Imagine que le temps on en fait ce qu'on veut ici, ok ? Enfin moi, parce que je suis surpuissant hahaha, mais pas toi. Toi tu te ferais mais genre dé-mon-ter par le flot du temps. Genre raisin qui fait plop ! Plop ! J'en étais où ?

L'adolescent éclate de rire. Il n'avait jamais connu un adulte qui ne lui parlait pas de responsabilités ou de devoirs, qui ne lui dictaient pas d'ordres, l'homme face à lui avait littéralement congelé le temps pour jouer aux cartes. Comme quoi, on pouvait s'amuser en étant grand. Ils se trouvaient dans une sorte d'espace personnel ? Sobek ne comprenait pas vraiment cette partie là.

- Sobek Elpoemer, Monsieur. Vous parliez de vous. En fait.

Le clown se tait un moment et regarde autour de lui en sifflotant. Il pointe ensuite un doigt sur Elpoemer.

- On va commencer ce jeu de cartes. Mais avant... on va déterminer les rôles. demande-t-il presque sérieusement, avant d'ajouter. - Pile ou Face ?

Sobek répond Pile, et gagne.

- Maintenant, énonce un voeu, Sobek Elpoemer. Un seul. Réfléchis-y le temps que tu désireras. Pas trop non plus, j'aime pas attendre.
- Je veux vivre une vie d'aventures, comme celles narrées dans les écrits de Maître Azhalred, ou les vôtres... déclame-t-il du tac au tac Je ne veux pas rester cloîtré à lire et fabriquer des potions pour les malades. Je veux vivre !
- Ouah. Calmos. Tu vis déjà, le philosophe en carton. Mais je note, si tu gagnes cette partie, alors tu auras ton voeu exaucé.
- Et si je perds ?

L'arlequin ne répond pas, préférant distribuer une carte à Sobek, tirée et envoyée d'une traite de son deck scintillant de magie. Il en pioche une pour lui et la dévoile ; un As de Piques.

- On va jouer au blackjack. Je fais la banque. Tu connais, petit ?

Sobek montre son sept et rétorque. Il connait bien les jeux de cartes, des fois, avec les camarades, ils s'isolaient dans des grottes un peu à l'écart pour jouer et boire, ce qu'ils pouvaient dérober -bières, eau de vie, whiskey- comme le font les adultes. Qu'ils étaient. Presque.

La deuxième carte lui parvient par magie, tombée du ciel, enchantée ; un autre sept. Il la montre à un Vicomte qui le scrute comme pour l'accuser de tricher.
Encore un sept et c'était dans la poche. Mais l'As pouvant représenter un 1 comme un 11, selon la volonté de son détenteur, Elpoemer se méfiait, la Banque pouvait atteindre 21 avec un simple dix, ou continuer à piocher en faisant tourner les tours. Le 14 total d'Elpoemer le plaçait dangereusement près des 21.
Lachlan Grey pioche et obtient un cinq.

16 (ou 6) à 14. Sobek Elpoemer se savait en difficulté mais s'efforçait à demeurer serein. Papy disait souvent aux jeux de cartes que l'ennemi ne doit pas te voir hésiter, parce qu'il est souvent autant dans la merde que toi. Une maxime qui devait s'appliquer au moment. Il demandait alors une nouvelle carte, et recevait un As de Coeur.
Parfait !
Le clown bougonne et pioche à nouveau. Un 4, cette fois-ci. Il déclare fermer sa pioche d'un air blasé, sans que Sobek Elpoemer ne comprenne pourquoi. Sa main était bonne, presque parfaite.

La prochaine carte scellerait l'issue du jeu, et le croupier la jette en sa direction sans attente aucune. Sobek voit, encore dans l'ombre de sa main un 6 de piques briller et saute de joie.

- Gagné ! Alors ? Vous allez devoir accomplir mon souhait ! Lance-t-il gai comme un pinçon au clown aux bras croisés. Ce dernier baille et opine de la tête en lévitant jusqu'à lui.

Alors qu'il s'attendait à des explosions de lumière, des éclats glorieux et des chants héroïques, seul le bras tendu du Vicomte le récompense. Il tient dans sa main un crâne d'animal étrangement bien lustré. Un fennec, de toute évidence, dont les énormes orbites le dévisagent sans expression aucune. Son noble interlocuteur s'assoit en fumant un narguilé apparut d'on ne sait où. L'odeur qui en émane, forte et boisée, n'a rien d'éthéré toutefois, elle est belle et bien dangereusement séduisante. Elpoemer avait fumé les herbes chamaniques en quelques occasions, mais chaque fois il approuvait une sensation si intense qu'il désirait toujours recommencer. Un danger dans lequel il ne comptait pas tomber, mais l'occasion faisant le larron, il tendit la main joyeusement lorsque l'arlequin lui fit passer le tube. Après une série de gloups amusante, la fumée au goût délicieux empli ses poumons.
Son regard se dilata, tandis qu'il observait plus attentivement ce vampire. Ce fameux vampire si sanguinaire, qu'il venait de vaincre à ses propres jeux ! Bien entendu, il avait presque perdu face à lq bonne main de son opposant, car tout bon duel doit posséder tension, mais l'ambiance avait été somme toute bon enfant. En fait, il aimait bien Grey et quelque chose lui disait que c'était réciproque.

Alors qu'il planait, il se disait que l'arlequin était étrangement séduisant aussi. Il se le ferait bien.

- Euh... tu arrêtes de me fixer, s'il te plaît ? Merci. Jadis, ceux de ton clan usaient de ces crânes pour invoquer les démons alors prends-le, il fera office de début d'aventure. C'est un objet bien trop compliqué pour ton niveau actuel, mais qui sait peut-être resteras-tu assez longtemps en vie pour en découvrir le plein potentiel. En tout cas c'était amusant de jouer ensembles aujourd'hui gami...

Une brèche s'ouvre sur le carrosse, laissant passer une figure habillée de noir et blanc que l'exilé devine être la voix qu'il avait entendue auparavant. Le Sir était si impressionnant que Sobek en détournait les yeux, scrutant ses babouches sales avec honte.

- Monsieur, j'ai beau adorer feindre être affecté par vos sortilèges de suspension temporelle je dois avouer m'ennuyer. Nous devrions reprendre la route. Un invité. L'homme dévisage Elpoemer de haut en bas avant de s'incliner respectueusement. Jeune homme, Faustus Fortuna, Majordome et Mestre de Château-Rouge pour vous servir. Oh, le Maître vous fait un cadeau... voyez-vous ça.

Sobek tente encore aujourd'hui de comprendre le sens de cette phrase, tant l'expression et le ton employés par Faustus avaient été étranges. L'exilé analysa alors celui qui regardait le crâne qu'il venait d'obtenir. L'objet était moyennement lourd, et alors qu'il se penchait sur les traits fins de l'homme qui ne semblait pas plus vieux que lui -seulement beaucoup plus riche et parfait- Sobek envisageait de porter le crâne sur son turban.
Faust dans son costume impeccable se tourna vers son Maître, qui de son côté terminait le narguilé. Le Vicomte agita la main.

- Tranquille, Fausty. Le gamin vient de me battre au blackjack. Au pile ou face, aussi.

C'était lancé sur un ton lambda, mais la réaction de l'homme servant trahi une certaine importance de l'affirmation. Il se tourne de nouveau sur Sobek et en fait le tour d'un pas lent.

- Il semble pourtant bien banal. Son potentiel magique est bas, son apparence est médiocrement séduisante, et son assurance est nulle. Une âme banale.

Le Vicomte se téléporte littéralement aux côtés de Sobek et lui place une main sur l'épaule.

- Donne lui du temps. Je crois qu'on a tous nos petits préférés dans les nouveaux non ? Eh bien celui-là cache bien son jeu. Crocodile, signifie son nom en le langage des siens. Ce sont eux qui m'ont appris la sorcellerie, tu le savais Faust ? Mais bref. Petit Sobek Elpoemer, tu porteras avec toi ce présent en toute circonstances, et exerce toi à aller dans l'Immatériel le plus souvent possible, ça fait grandir la magie. Je doute que nous nous revoyions un jour.

Alors que son discours s'achevait, Sobek Elpoemer commençait à apprécier de près le crâne de fennec. Si l'objet était enchanté, alors il pourrait aisément en scruter les magies pour en apprendre plus sur les arts noirs. En effet chaque sortilège renfermait l'essence de son lanceur, et les exilés étaient maîtres en les dissections ; soient-elles magiques ou physiques. Sobek Elpoemer allait donc décortiquer ce cadeau avec délice.

- Je vous remercie humblement. Je vais désormais vous quitter, Maître Azhalred attend. Au revoir !

Maître Azhalred ne parut pas remarquer la disparition de son élève, ou ne la commenta pas, mais durant un instant tandis que Sobek entreprenait de fixer le crâne de fennec à son turban par enchantement, en franchissant le portail magique, il le dévisagea avec gravité.


Dernière édition par Sobek Elpoemer le Sam 22 Déc 2018 - 16:45, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Odyssée (solo)   Odyssée (solo) EmptySam 22 Déc 2018 - 16:18


Odyssée (solo) 3fc41eba970a8f35495434c4b9a9f266
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?


A propos:
 

Les pensées de Sobek Elpoemer, levé tôt (en début de soirée), se tournaient toutes vers son avenir en cette nuit d'automne, sur son passé aussi.
Pour celui qui démarrait sa journée en versant dans un petit verre un liquide verdâtre, puis posait un carré de sucre sur une cuillère avant de l'imbiber d'absinthe à son tour, le présent semblait un moment impossible à vivre dans l'absolu.
Le cube blanc s'embrase dès qu'une flammèche jaillit de l'index du sorcier, qui verse sur l'objet enflammé un peu d'eau glacée.
Des vapeurs viennent lui titiller les narines, et Sobek Elpoemer continue ses réflexions métaphysiques tandis qu'il plie des vêtements, avec détachement, dans une valise laissée ouverte en son habitacle.

Ne vous méprenez pas, Sobek Elpoemer reconnaît l'existence du présent mais rejette la possibilité de le vivre, en pleine conscience. Existait-il un moment où l'esprit humain cessait de ramener les cerveaux en arrière ? Un seul et unique instant où l'heure présente était seule préoccupation des esprits ? Où les événements passés et les cogitations a propos du futur n'agissaient pas ? Pour l'apothicaire c'était un concept abject que de clamer «Carpe Diem» à tout va.
Le Carpe Diem en soi est une fallacieuse philosophie, niant l'importance des expériences pour exiger de l'individu un détachement empirique total. Vivre au jour le jour. Sans doute celui qui a proféré ces mots devait avoir bien peu de préoccupations matérielles, personnelles et plus généralement de vie. Il lui semblait utopique -et immature- de croire en pareilles balivernes.

Comme il pliait son dernier turban, brodé en étoffe de lama, Sobek se servit un nouveau verre d'absinthe. Dans quelques minutes il partirait sur le dos de Mara, sa fidèle chienne, vers les hauteurs de Spelunca où vivait son client et ami, Noé Gaspiel.
Au moment où de nouveau flambait le sucre, par son odeur alléchante, l'humain se remémorait son attaque nocturne. Quelque vampire essayait de s'abreuver de son sang, et bien qu'il suspectait Gaspiel, il n'arrivait pas à le détester. Malgré les dires de Rouge Belerdi, vampire et artiste Speluncien rencontré lors d'une chasse aux Aigles, qui l'alerta maintes fois sur la nature supposée dangereuse de Noé, en dépit d'une voix intérieure qui lui rappelait sans cesse qu'il avait affaire à une race à part. À des clans de monstres immortels, fiers, hautains, qui pouvaient eux prétendre au Carpe Diem. Un éclair de lucidité le traverse. Si l'on considère un vampire qui ne mourra jamais de faim, soif, sans nécessité reproductive, on pouvait totalement valider ce dogme. Vivre au jour le jour, jusqu'à la fin des temps, en prenant ce qui vient sans distinction d'animosité ! Naître vampire aurait fait de lui un penseur bien niais, tiens, constata l'apothicaire en franchissant le seuil de sa pittoresque mansarde.

Il était intéressant de cogiter aux approches de vie des différentes races, selon leurs espérances de vie, ou même paradigmes physiques, puisque contrairement au «racisme» Humain, le spécisme en Dúralas était une part inhérente de sa diversité, en conséquent, il convenait de garder un esprit ouvert. À ses yeux, seuls les Stryges relevaient d'une erreur naturelle. Le bien et le mal personnifiés... il n'en était pas convaincu.

Mais les réflexions ne faisant pas long feu face aux attraits du voyage, Sobek Elpoemer laissa aller son esprit à des plaisirs plus artificielles ; en s'allumant une pipe d'opium sur une Mara au trot, il s'émerveillait de l'austérité Speluncienne. Qu'elles étaient belles ces montagnes sombres cerclées de brumes et comme leurs cavités, qu'on apercevait de manière disparate dans l'horizon, renvoyaient des possibilités infinies de découvertes. Voilà la réelle teneur de Spelunca, son essence, son mystère presque sinistre.
En gravissant le dénivelé, calmement, l'opium le retournait totalement pour offrir à ses yeux drogués un panorama kaléidoscopique de roses rouges, labyrinthes de pierre, et vampires sensuels. À ceux qui ne l'aurait encore pas deviné, les buveurs de sang présentaient un grand intérêt, esthétique et intellectuel, pour l'apothicaire.

Maintes fois il s'était surpris à fantasmer ces êtres parfaits, dans l'ombre d'une Taverne ou sur les allées des marchés, en s'extasiant de leurs impeccables manières. Ils étaient pareils à des chats : des prédateurs nés, mais faits de pareille façon qu'on ne pouvait que succomber à leur charme.

Le voyage dura plusieurs heures, car en dépit de sa proximité géographique de l'auberge le domaine des Gaspiel résidait au cœur du Massif, plus isolé encore que Château-Rouge en contrebas de celle-ci. Un laps de temps qui permit au consommateur d'opium de passer outre les cadavres de Lycans qui jonchaient les sentiers, empalés sur des piques noires disposés à intervalles réguliers. Pas certain de son avis sur le sujet, préférant étudier les macchabées plutôt que d'en penser la moralité du décès, l'exilé passait des yeux détachés et rieurs sur leurs corps. Des muscles puissants, des griffes faites pour déchirer, et un poil assez épais pour les prémunir contre les coups tranchants ou contondants. Des merveilles de la nature, que les Lycans, mais malheureusement l'histoire était toujours écrite par les vivants, et les Frères Loups avaient tôt fait de subir la rage impériale d'un Vicomte assez sanguinaire pour passer à l'acte.
Sobek Elpoemer avait suivi les rumeurs concernant les lois, et la politique Speluncienne générale, et en considérant les bruits murmurés comme exacts, alors le personnage qu'il avait rencontré quelques années auparavant -qui produisit en lui un grand effet, dont les réelles implications restaient à explorer- avait été un homme inventif. Pour ne pas dire ingénieux. Beaucoup accusaient (toujours en silence, ceci dit) les incidents de sécurité au sein de la capitale vampire comme une mise en scène, un spectacle de marionnettes sinistre, orchestré pour débarrasser la Cour d'opposition politique et Spelunca des contestataires du pouvoir.
Puis après des années de tension sociale, ségrégation raciale, et fermeté autoritaire, celui qui portait Château-Rouge à son apogée avait disparu sans laisser de traces. Une affirmation que Sobek considérait fausse. Les traces subsistaient et tout allait en empirant ; les Lycans revenaient à la charge, Nathanaël Azhalred ne cachait plus ses massacres «pacificateurs» et le peuple criait famine. Spelunca avait été, une fois de plus et même en son absence, géré d'une main pyromane experte par son Vicomte.

Ces pensées firent rire Elpoemer, de manière quelque peu narquoise et inquiétée, mais force était de reconnaître l'habilité politique des vampires,car plus que jamais il redoutait Azhalred comme régent. À tout moment, l'air chargé d'électricité se déchaînerait, et une tempête de haines contenues éclaterait pour plonger le Massif dans une guerre civile certaine. De là, l'exilé supposait plusieurs scénarios ; le premier et plus logique, serait que le Vicomte (avec un passé trouble, qu'il n'a jamais réellement connu que par des poivrots et mythomanes) ait volontairement semé les graines de la discorde avant de laisser un chien fou au pouvoir. Un mélange explosif, qui collait bien au personnage. Dans ce cas, il faudrait considérer au plus vite un déménagement, d'ailleurs.
Le second scénario plausible serait que le Vicomte ait été tué, et qu'afin d'éviter des guerres politiques intestine la Cour Speluncienne ait nommé à sa tête un colosse suffisamment terrifiant pour dissuader les tensions, mais dans ce cas de figure la stratégie sur le long terme pêchait grandement. Nathanaël n'avait pas seulement annexé les Exilés, mais avait carrément placé ses forces militaires partout dans le Massif, les Frelons en leur armure noire et dorée, afin qu'ils ne veillent à... à quoi d'ailleurs ?

Quelque chose ne tournait plus rond en Spelunca.
La folie avait triomphé, sans conteste, de manière discrète et rusée, et si chaque bouche ne parlait que de l'avenir cela n'avait rien d'anodin ; tous étaient au bord de l'implosion. Les Nobles Vampires craignaient une insurrection populaire, nichés dans un Château-Rouge plus criminel que jamais -Azhalred avait récemment exterminé l'Église des sabbats Amants, et les Frelons abattaient publiquement les délinquants sans jugement quelconque- tandis que le peuple craignait d'être réduit en esclavage, transformés en poches de sang ambulants, pour maintenir l'économie déclinante à flot.

Si le Vicomte, homme bien bien (bieeeeeeeen) plus âgé que lui, n'avait jamais envisagé toutes ces possibilités Sobek était prêt à se trancher la main. Mais quelle finalité pour tout ceci ? Pourquoi bâtir un empire et le déserter ? Pour l'exilé, qui arrivait à destination avec une boule au ventre quant à tous ces soucis et plus encore, les choses étaient claires ; Spelunca avait été livré sur un plateau d'argent à un anarchiste, qui n'a joué qu'un temps un jeu auquel la plus triomphante victoire était d'y mettre un terme.
Lorsque Spelunca sombrerait dans la violence, alors que le territoire s'embourbait chaque jour dans le sang, le Vicomte aurait gagné son bras de fer avec la Couronne. Ils avaient tenté de contrôler un animal en lui accordant grâce, mais ça n'avait jamais été l'objectif du condamné. En dictant ses lois et en amorçant la fin de l'ordre, Sir Lachlan Grey avait posé un ongle tranchant sur les limites de la raison humaine et de la politique ; la sombre nature humaine pouvait avoir raison des règles de société, et Spelunca était aujourd'hui devenue une métaphore de cette idée.

Pour autant, Sobek Elpoemer se considérait quelquefois comme complotiste, et cessa ses cogitations absurdes lorsqu'il franchissait le portail de fer titanesque du Manoir Gaspiel.

Le Manoir présentait une façade de bois d'acajou sur laquelle veillaient des gargouilles draconniques somptueuses de détails, et des fresques dépeignant ce que les lectures de Sobek lui affirmèrent être la Naissance d'Adam. Le premier vampire, et l'idole de toute une race, trônait en maître sur la porte d'entrée, le corps nu et désirable de celui-ci en une position de conquérant au-dessus d'un Serpent. Un énorme et long reptile, dont les écailles noires de basalte en relief renvoyaient des éclats cramoisis sous la lumière déclinante des torches.

Dans l'ombre du jardin, par delà des rosiers splendides, se tenaient plusieurs statues d'ivoire et d'ébène, d'or également, et toutes dépeignaient la même image troublée par les ténèbres du Massif : une femme, titanesque de proportions, dénudé et en position de Déesse, mais dont la tête était couverte de quelque chose qui s'apparentait à un linceul doré.
Sa main venait à peine caresser l'énorme poignée en tête de dragon, que les portes s'ouvraient sur un hall d'entrée typiquement vampirique.


- Mon bon Sobek Elpoemer ! Par Adam, à peine vous ais-je vu que j'ai été pénétré d'une joie immense.

Le jeune vampire, d'une cinquantaine d'années, marchait avec une allure droite et néanmoins terriblement sauvage. Sa main allait et venait sur les barreaux de la rambarde d'escaliers avec douceur, tandis que ses cheveux blonds ondulaient sous ses pas félins. Un sourire ornait ce visage parfait, taillé dans une blancheur opaline. Ce teint surplombé d'un regard métallique pouvait sûrement faire chavirer un empire, et à repenser aux dires de Rouge, Sobek ne serait pas désagréablement incommodé de voir agir Noé en de folles orgies.

- Allons, rentrez donc, le froid ne va pas tarder à s'installer, docteur Sobek. Je peux vous appeler comme ça ? quelque chose dans ce ton avait été cruellement enfantin, trop pour être innocent. La route a-t-elle été plaisante ?
- Je ne vois pas d'inconvénient à pareille appellation, si ce n'est que je ne suis pas docteur, bien entendu. Le trajet a été clément, je n'ai rencontré ni la Congrégation ni les Lycans. Pourrait-on s'occuper de mon cerbère à ce propos, mon ami ?
- Je m'assurerais qu'Erbert, le nain à tout faire, s'occupe de votre monture. Il claque des doigts et un petit être surgit de l'ombre, laid et difforme. Créature ? Fais couler un bain à notre invité, et active les cuisines, j'ai faim. Noé Gaspiel constate le regard intrigué de Sobek. Nous autres n'avons pas besoin de manger, pour ainsi dire, mais je suis au courant des coutumes humaines et les apprécie. C'est élégant que de dresser une table et composer un menu... il y a un je-ne-sais-quoi diablement mortel dans tout cela. Créature, disparais, allez. Mon ami, si vous voulez bien me suivre.

À peine avaient-ils gravi les marches décorées d'un tapis rouge en satin, que le nain s'était rentré dans les ombres à nouveau. Suivant un Noé Gaspiel aux airs plus féroces que jamais, habillé d'un long manteau en laine et fourrure blanche, le blond renvoyait une aura délicate mais presque tranchante de pureté.
Une blancheur à en couper le souffle, à inhaler sans modération, se mouvait dans les couloirs d'une allure que Sobek associait autrefois uniquement aux vampiresses décrites dans les Aventures de Jonathan Crane, où il chantait les louanges des concubines du Vicomte, trio de harpies délicates comme le zéphyr. Mortelles comme un maelstrom aussi. Sobek Elpoemer devait encore subir les affres de sa consommation excessive d’opioïdes, une remontée comme on appelait ça dans les rues, car il était totalement mesmérisé lorsqu'il entrait dans les appartements luxueux du seul héritier du clan Gaspiel.

Il avait ignoré les centaines de tableaux qui décoraient les couloirs, pour se focaliser sur la vision du dos de Noé, riches en ornements et encadrés dans des moulures de feuilles d'or, il avait oublié les statuettes d'ébène et or, de pierre calcaire, qui sertissaient avec goût les recoins, pour suivre les bottes à talonnettes qui résonnaient doucement dans la nuit Speluncienne.

Noé Gaspiel se jetait dès l'entrée dans sa chambre sur son lit, attrapant d'un bras habitué quelque objet qui se trouvait dissimulé en son sommier ; une pipe à opium qu'il glissait entre des lèvres rouges et charnues, et sur laquelle il tirait goulûment. L'ustensile était décoré de fleurs de jade, gravures en rubis, et arborait deux initiales «L.G» sur le bas côté, luisantes dans la pénombre de la bouche du vampire. Noé dévisagea longuement Sobek Elpoemer, qui ne savait que faire, posté là à observer la créature lové dans ses draps de soie rouge.

- Vous semblez gêné, venez, tirez, ça vous détendra.

D'un bond félin Gaspiel se dressait, agenouillé, pour tendre la drogue à Sobek qui la prenait d'emblée sans réfléchir. Il s'aperçut que Noé avait mouillé légèrement l'embout en tirant, et s'assis à ses côtés. Le matelas, moelleux, n'égalait pas la caresse que ses mains portèrent aux coussins visiblement rembourrés de plumes. Sobek était si désinhibé par la fumée que tout empirisme présent se démultipliait.
Ce fut alors que Noé planta son regard dans le sien, deux billes glacées, dénuées de pitié.

- Voilà qui est mieux, l'ami... je me demandais, avez-vous réfléchi à votre avenir ? Vous ne comptez pas exercer votre profession en cette masure dégoûtante éternellement, n'est-ce pas ? Que diriez-vous de devenir mon médecin personnel ? Les yeux de l'exilé s'arrondissent, et la fumée blanche sort par grosses pelotes de son nez. Noé rigole, et vient avaler les sécrétions d'opium dans les airs, de manière gourmande avant de poser sa tête sur les genoux de l'étranger, dont il observe les traits virils, la barbe noire, impeccablement taillée, et les yeux de jade. Comme des feuilles de chanvre dans une verte prairie. Il lui caresse la joue, et reprend. Vous n'avez pas à accepter de suite, et rassurez-vous, c'est mon père qui a souhaité vous embaucher. Il affirme avoir entendu que votre peuple, Azhalred notamment, est fort avancé dans ses médecines... nous payerons votre instruction, auprès de maîtres comme Jonathan Crane, Abdul Azhalred -ce sera l'occasion de le revoir- et même... oh, et puis je ne vais pas livrer l'étendu des secrets de ma famille en une tirade. Ce serait diablement frustrant que de tout donner le premier soir. Non ?

Comme Sobek rougissait, il réussit à articuler :

- Je... quelle proposition. Je ne sais que dire... merci, Sir Gaspiel !

Et ainsi entamèrent-ils une nuit de sauvages festivités, là, dans un recoin secret du Massif de Spelunca, lovés sur un lit douillet, perdus dans une brume aux senteurs boisées. Plus tard viendrait la neige aussi, la poudreuse, blanche comme le manteau de fourrure de Noé, pareille à ses canines aussi. Sobek Elpoemer entrait dans le monde de la Noblesse Vampire.
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Odyssée (solo)

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