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 Le matin suivant [PW Saigo]

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Axe
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Axe

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MessageSujet: Le matin suivant [PW Saigo]   Le matin suivant [PW Saigo] EmptyJeu 29 Aoû 2019 - 17:46

Lorsqu’un secret dépend de la discrétion de plus d’une poignée de langues, c’est qu’il est déjà en danger. Les mages chargés de ramener Saigo à la vie étaient six. Les Adeptes du Dragon, auxquels ils appartenaient, étaient une église entière.

Au moment où le deuxième religieux, supplicié, sentit la magie monstrueuse du rituel s’attaquer à ses organes, il capta du coin de l’œil une lueur dans l’obscurité. Son esprit embrumé par la douleur eut un sursaut. Là-bas, dans le noir, deux yeux étaient dardés avec intensité sur la scène macabre. Malgré toutes les précautions qu’ils avaient prises… ? Le mage, étouffé par sa propre rate, n’eut jamais l’occasion de signaler sa dernière vision au reste de ses compagnons, qui moururent à leur tour pour nourrir les cercles magiques au centre desquels reposait Saigo. Le propriétaire de la paire d’yeux importuns dut se faire violence pour tenir sa position. Cela faisait des mois que l’événement se préparait, et pourtant, une terreur flagrante sur le visage, les adeptes ne donnaient pas l’impression de savoir parfaitement ce qu’ils faisaient…Leurs délitations consécutives signifiaient-elles le succès ou l’échec de leur opération ?

Lorsque le dernier d’entre eux mourut, l’espion, pendant un instant, crut que les mages avaient échoué à contrôler leurs sorts abjects et se prépara à faire volte-face, pas mécontent de tourner le dos à cette boucherie. Mais un poing jaillit du cercueil. Puis un corps nu, famélique, raide, qui s’assit lentement dans sa tombe.

Tremblant de dégoût, l’espion quitta sa cache précipitamment et regagna sa chambre dans les hauteurs de la Tour Noire, où il rédigea d’une main faible le récit du rituel qui s’était déroulé sous ses yeux. Les rumeurs qu'il avait interceptées étaient donc fondées...cette abjection ne pouvait pas avoir été perpétrée au nom de Mahriser. Il roula son message, tira un pendentif en forme de lotus des plis de sa chemise et s’en servit pour sceller le cachet de cire noire qu’il coula sur le papier épais, puis siffla son corbeau, qui avait lorgné l’opération d’un œil depuis un perchoir en hauteur. « À la louve. Vite ! » Chuchota-t-il à l’oreille de l’oiseau, dont le regard intelligent s’alluma. Un bruissement d’ailes plus tard, l’espion, conformément aux ordres qu’il avait reçus, quitta sa chambre pour l'air frais des Baldors et s'élança dans la nuit sur un sentier étroit, luttant contre l'envie d'utiliser ses deux ailes sombres pour mettre le plus de distance possible entre lui et le souvenir macabre du rituel. Il avait assez de ses pieds pour gagner les ruines où l'attendraient ses prochaines directives, et tout intérêt à se faire discret.

***

Ce soir-là, Axe sentit immédiatement qu’il ne s’agirait pas d’une pleine lune habituelle.

Les yeux rivés sur l’astre qui dégorgeait sa lumière blanche et crue par la fenêtre de son bureau, la régente, allant pour se servir un large verre de rhum, suspendit son geste. Elle reposa lentement sa bouteille et plissa les yeux. Cette fois-ci, son rituel mensuel ne lui disait rien.

Repoussant sa chaise dans un long grincement, Axe se leva et entreprit de quitter son bureau encombré, les mains dans les poches. Son irruption dans les couloirs de Lédéhi provoqua une vague de claquements de porte précipités. Par une nuit comme celle-là, si la louve était de sortie, mieux valait se claquemurer dans sa chambre et faire profil bas jusqu’au lever du soleil, le dernier des bleus en avait été informé le jour où lui avaient été remis son habit noir et son insigne. À vrai dire, c’était rare, la jeune régente préférant à l’accoutumée s’assommer avec un bon cru plutôt que d’essuyer la transformation fatidique ; peu importait qu’elle se changeât en bête affamée en plein centre de Lédéhi si elle était trop ivre pour aligner trois pas, une bonne gueule de bois valait mieux qu’un cadavre sur les bras ou qu’un jour de congé. C’était son raisonnement habituel, et, cette pensée en tête, elle ne manquait jamais de descendre goulûment son rhum « tonifié » aux herbes des marais le soir qui convenait. Mais pas cette fois.

Un verrou cliqueta quelque part devant Axe. Elle entendit un grommellement s’élever d’une chambre occupée par un vampire mécontent, auquel elle répliqua par un coup de pied brutal qui fit hurler le bois de la porte vétuste. Les jurons cessèrent et la lycanthrope se fendit d’un large sourire.

Un vent lourd l’attentait au sortir de Lédéhi, porteur de l’odeur de quelques goules que ses hommes avaient éliminées et empilées non loin de l’entrée. Axe sentit son virus s’éveiller lentement sous la caresse des rayons lunaires. Il n’y avait pas à chier, même éclairés par une pleine lune sans nuages, les alentours de sa demeure étaient sordides. Quelques têtes curieuses pointèrent aux fenêtres du bâtiment alors qu’elle se débarrassait de sa veste et de ses bottes, délassant d’une main le col de sa chemise. Elle reprit sa route sans se soucier de plier ou d’abriter les vêtements qu’elle avait laissés tomber à terre. Personne n’oserait y toucher. Son sang palpitant commençant à battre désagréablement à ses tempes, la régente s’alluma un cigare, étira son dos et ses épaules, puis planta ses poings sur ses hanches et attendit tranquillement la suite des évènements. Pour peu qu’aucun abruti n’ait décidé de se lancer dans une course de fond nocturne autour du quartier général endormi, et tant que les curieux qui guettaient son déchaînement ne s’essaieraient pas à la bêtise fatale descendre se mesurer à sa forme de louve, la nuit passerait sans encombre.

La régente fronça les sourcils. L’écho feutré d’une volée de pas avait justement fait son apparition dans son dos, qui ne semblait pas se diriger vers les portes de Lédéhi.

« C’est une plaisanterie ? » grommela-t-elle en se retournant à moitié, dardant un regard luisant sur l’importun. Il s’agissait d’un de ses assassins d’élite. Coiffé d’un chapeau à larges bord, l’homme capé fila droit jusqu’à sa supérieure sans se laisser démonter par son ton orageux, le poing refermé autour d’un rouleau de papier froissé.

« Une missive urgente en provenance de la Tour Noire, annonça-t-il d’une voix égale.
- Ais-je l’air d’humeur à entendre parler du chenil de Zéphalia ? File jusqu’à mon bureau et pose-moi ça sur le reste de la paperasse, répondit Axe avec autorité. Ses dents avaient déjà pris l’apparence de deux rangées de crocs effilés. Le vampire, rompu à ses coups de sang, se contenta de lui tendre le rouleau rudimentaire. Le visage de la louve s’assombrit. Elle rafla la missive d’un geste brusque et fit sauter son cachet. Ses yeux se posèrent sur les lignes tremblantes qui composaient le message, un paragraphe bref dont l’encre n’avait pas encore eu le temps de sécher, et, alors que son soupir agacé se muait lentement en un profond grondement de bête, elle se plongea dans la lecture de son texte. Un silence de mort s’abattit sur les lieux.

Après une longue minute, la louve abaissa le rapport. Elle l’embrasa du bout de son cigare et le laissa tomber sur le sable, puis tira une longue bouffée de fumée, interdite.
- Es-tu sûr de ton homme ? 
Le vampire acquiesça. Présenter une nouvelle pareille à la jeune régente sans garantie du sérieux de sa source ou se jeter dans un bûcher…Même si leur relation n’avait jamais été officialisée au sein de la sombre demeure, environnée d’une aura de secrets et de danger palpable, personne à Lédéhi n’ignorait qu’un lien l’avait un jour unie au Bras Droit de Styx, et l’hostilité à peine dissimulée que la fille nourrissait à l’égard des stryges noirs depuis l’assassinat de l’exécuteur sonnait comme une preuve criante à bien des oreilles dans les rangs de la Congrégation. Cette faiblesse juvénile lui était pardonnée par la plupart. Qui avait un jour perdu un mentor savait que ce genre de mésaventure frappait fort et profondément les jeunes esprits.

Axe s’aida d’une bouffée de cigare supplémentaire pour conserver son calme, prise de sentiments mêlés. Elle savait depuis longtemps déjà que quelque chose tramait à la Tour Noire, c'était son métier. Mais ça ? À supposer que la missive dît vrai, car ce point, selon elle et ce malgré l’assurance de son subordonné, était à prendre avec précautions, ramener Saigo maintenant était un tour cruel. Son mépris pour les sujets de Zéphalia s’accrut encore un peu. Pensaient-ils pouvoir effacer les conséquences d’un gâchis comme celui de l’assassinat de son mentor en sacrifiant la vie d’une poignée d’abrutis un soir de pleine lune ? Styx n’était plus, la Congrégation avait muté, la Tour Noire l’avait enterré. Il y avait une raison pour laquelle on ne relevait pas les morts.
Que doit-on faire au sujet de… ? 
L’assassin, bien que peu impressionné par la férocité animale de sa régente, se méfiait de l’air mauvais dont son visage s’était paré et n’osa pas prononcer le nom de son ancien maître.  

Trouvez-le et isolez-le, quoi qu’il soit. Je vous rejoindrai au matin. »

La Congrégation de l’Ombre encercla le Lac Fresha une heure exactement après que la nouvelle eut quitté les étages de la Tour Noire. Sous l’ordre de la régente, qu’un portail avait transporté dans les montagnes avant que la pression de son virus ne devînt insupportable, la centaine d’hommes convoquée se dissémina dans les bois et engagea une battue silencieuse, silhouettes noires invisibles dans la pénombre. La piste du revenant ne tarda pas à être découverte. Une odeur de caveau, des branches brisées, les traces d’un pas trainant, les reliques d’une tunique en lambeaux parsemant les griffes tendues des fourrés. Alors qu’un petit groupe d’assassins se lançait à sa poursuite, le reste des forces déployées s’immobilisa dans les ombres et une nuée d’yeux rouges investit les alentours des Tours jumelles, guettant le moindre mouvement. Nettoyés par six mains gantées, les signes de la fuite du stryge furent estompés au nez et à la barbe des oiseaux nocturnes, tandis qu'au pied des vestiges de la Tour Grise, deux ombres masquées éliminaient l’espion dont leur régente avait réclamé la tête ; pas une aile alertée ne frémit cette nuit-là, ni au cours des rondes de la Phalange Sombre, ni sous le couvert des arbres.

À l’aube, alors qu’une ligne rouge se levait au-dessus des Baldors, dix silhouettes vêtues de noir encerclèrent Saigo sans un mot, surgies des fourrés. Les abords du lac frémissaient sous l’effet d’une brise froide.

Le craquement d’un pas lent dans les buissons brisa le silence de la scène. Axe, terminant de boutonner le col de sa veste, posa les yeux sur la carcasse anguleuse que ses hommes avaient isolée. Son visage tâché de sang se contracta avec dureté. Ainsi, c’était cela qui s’était levé sous les incantations des Adeptes. Roulant des épaules, ses muscles encore gonflés par le virus saillant sous son habit noir, elle s’assit sur une souche couchée à quelques mètres du stryge, renvoya ses homme d’un geste de la main et s’accouda à ses genoux avec gravité. Elle était sous le vent. Un an après son assassinat, elle se souvenait encore de l’odeur de son mentor, autour duquel flottaient en permanence des effluves de sang, de cuir et d’acier mêlées. Comment l’oublier ? Saigo sentait la Mort…cette chose devant elle puait le cadavre.

Les yeux rivés sur la barrière de mèches noires qui dissimulait les traits du stryge, Axe prit finalement la parole.

« Tu dois avoir des questions. Découvre ton visage. »
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Saigo
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Saigo

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MessageSujet: Re: Le matin suivant [PW Saigo]   Le matin suivant [PW Saigo] EmptyJeu 29 Aoû 2019 - 23:12

Il faisait noir. Pas une once de lumière ne filtrait d'où que ce soit. Il ne voyait rien, ne sentait rien, ne touchait rien. Il flottait, insecte minuscule dans un océan vide. Il dérivait sans but, vidé de toute conscience. Une coquille vide, ni plus ni moins. Incapable d'influer sur son propre destin, ni même de se rendre compte de l'existence de ce dernier. Pas de souvenirs, pas de rêves, pas de perspectives autres que ce simple fait : il continuait de dériver à l'infini, sans penser à ce qu'il pourrait faire pour changer cette situation. Comment aurait-il pu, alors qu'il n'avait même plus conscience de lui-même ?

Tout se fit à la fois lentement et rapidement. Aux travers de ses yeux fermé, il percevait des nuances. La masse sombre dans laquelle il flottait se délitait. Des volutes rougeâtres apparaissaient aux limites de son champ de vision, avant de disparaître dès qu'il tentait de mieux les percevoir. La capacité de perception était revenu. Il n'était toujours maître de rien, à bord de ce vaisseau bloqué en mode auto-pilote. Mais il percevait des choses. Du mouvement, du changement. Il avait à nouveau conscience de lui-même. À ce stade, il n'était pas sûr de ce que « lui-même » signifiait. Il ne savait pas qui, ou ce qu'il était, mais il ressentait de la peur. C'était un sentiment qu'il ne reconnaissait pas. Mais il était terrifié. Terrorisé par cette perception nouvelle, cette incapacité à comprendre pourquoi, ou comment il en était à nouveau doté. Terrorisé par l'idée d'être incapable d'influer sur la suite des événements, d'être condamné au rôle de spectateur inactif d'un spectacle invisible, mais dont il percevait chaque particule. Terrorisé à l'idée d'étouffer.

Il avait de nouveau conscience de son corps. Ses doigts remuèrent faiblement. Certains de ses muscles atrophiés se contractèrent brièvement. Ses paupières vacillèrent, mais demeurèrent closent. Secondes après secondes, il percevait à nouveau son corps, sa forme, sa composition, ses forces et ses faiblesses. Puis vint la douleur. Perforante, glaciale, impardonnable. L'odeur de la mort fut la première à emplir à nouveau ses narines.

Saigo ouvrit grands les yeux.

Le souffle court, le regard embrumé, il sentit la lame perforer son plexus solaire. Devant ses yeux, un homme aux larges ailes noires, mais au visage et au corps masqué par une armure épaisse et finement taillée. Ce dernier retirait lentement son épée des entrailles de la victime, avant de reculer d'une manière qui n'avait rien de naturel. Vint ensuite un autre homme, sans tête, dont la large lame venait ouvrir son flanc. Là encore, la blessure, grave, se referma au fur et à mesure que l'épée quittait sa peau, tandis que le visage buriné, barbu et chevelu reprenait sa place sur les épaules du corps inconnu. Onael. Ulfma.

Il connaissait les noms. Il connaissait son nom. Il revivait des événements passés, et ça continuait. Les attaques de différents hommes et femmes aux ailes noires, qu'il reconnaissait un à un. Le temps s'écoulait à l'envers, mais la douleur se répandait de plus en plus dans son corps. D'une manière ou d'une autre, son esprit rappelait à son corps les affres qui l'avait conduit à cette situation. Il étouffait toujours, mais il distinguait de la lumière. Elle filtrait au travers d'un voile opaque, qui obstruait sa vision.

Saigo perfora ce voile d'un coup de poing.

Il geignit faiblement. La douleur venait de lui scier le bras, figeant ce dernier dans l'air glacé de la nuit. Seul son avant-bras droit dépassait du cercueil, bientôt rejoint par le bras gauche. À eux deux, ils finirent, difficilement, de dissiper ce voile opaque qui l'empêchait de voir, de sentir et de percevoir son environnement. Lorsque ce fut fait, Saigo manqua de perdre connaissance à nouveau. Il suait à grosses gouttes, épuisé par ce maigre effort. Il gisait nu dans cette boîte de bois, son corps rachitique baignant dans la lumière nocturne. Il lui fallut de longues minutes avant de se redresser en position assise. Débarrassé de ses œillères de circonstance, il embrassa le paysage autour de lui. Plat, monotone, le vallon qui séparait les deux Tours n'avait pas changé. Des souvenirs d'enfance lui revinrent, au même titre que d'autres qui lui semblait à la fois plus récent, et plus invraisemblable. Derrière lui, le lac Fresha. Il se revoyait, fringant, invincible et sans peur, s'avancer dans l'étendue fraîche pour se battre avec un esprit, sous le regard d'une femme-serpent aux charmes exotiques. Il se revoyait, gamin apeuré, virevolter autour des charges d'un sanglier en furie. Il se revoyait, jeune homme arrogant, massacrer de jeunes stryges blancs qu'il avait repéré un peu plus loin. Un sourire sincère étira ses traits. Malgré la douleur, malgré la faiblesse, il n'y avait toujours rien qui le rendait plus heureux que de voir un stryge blanc mort.

Encore incapable de se lever, il hissa à grand peine sa carcasse longiligne hors du cercueil. Son corps s'affaissa mollement dans l'herbe fraîche. À grand renfort de grognements, l'assassin parvint à se mettre à genoux. Autour de lui, il y avait des cadavres, des tuniques sans porteurs, des lignes tracées avec soin, des écrits qu'il ne comprenait pas. Saigo n'était pas encore capable de comprendre ce que tout cela signifiait. Il lui manquait trop de données. Agenouillé au centre des trois cercles magiques, il avisa la rune qui brûlait faiblement sur son torse, à moitié mangée par le trou laissé par l'épée d'Onael.

Je suis Saigo. Je suis un stryge noir. J'ai été tué par Onael, Ulfma et leurs alliés... et je suis de nouveau vivant.

Sa voix n'était qu'un faible râle, mais s'entendre prononcer ces quelques mots lui permit d'éliminer les derniers doutes qui demeuraient quand à sa dernière affirmation. Il était bien vivant. Il avait été ramené à la vie. Il percevait, il ressentait, il respirait.

Je suis un stryge noir. Les stryges noirs vivent à la Tour Noire et sont dirigées par la Matriarche Noire. Ils ont pour coutume de brûler leurs morts. Il fronça les sourcils. Il récitait là les informations dont il était absolument certain. Mais si la crémation était la norme, pourquoi avait-il échappé à ce destin ? Ils brûlent leurs morts... à l'exception de ceux ayant marqués l'histoire. Ceux-là sont enterrés dans la Grande Crypte. Ce qui signifie que j'ai marqué l'histoire.

En l'état, il était incapable de se remémorer de ses exploits guerriers. Il se souvenait des trois grandes castes du peuple stryge : les Adeptes du Dragon, la Confrérie Noire et les Exécuteurs. Les marques sur son corps nu lui disaient à quel groupe il appartenait. Mais Onael et Ulfma... il n'en était pas sûr. Il supposait qu'eux aussi étaient des Exécuteurs.

J'étais un Exécuteur important. J'ai été tué par mes alliés.

Pourquoi ? Ses maigres souvenirs lui rappelaient que des Exécuteurs donnant la mort à d'autres Exécuteurs n'était pas la chose la plus exceptionnelle au monde. Mais deux Exécuteurs montant un groupe visant à lui donner la mort, il devait y avoir une raison plus avancée que la simple vendetta, ou une rivalité aussi virile que stérile. Mais en l'état, Saigo était incapable de s'en souvenir. Pour l'heure, le froid le guettait. La Mort aussi, rôdait non loin. Il se surprit à voir un corbeau le survoler. Il l'avait à peine entendu qu'il avait instinctivement levé les yeux, repéré le volatile et identifié s'il représentait une menace immédiate ou non. Ce n'était pas le cas, l'oiseau noir poursuivant son vol sans se soucier de l'Analyste.

Mon instinct m'a permis de repérer une menace potentielle. Mon instinct de survie est fiable.

C'était peu, mais il avançait avec ce qu'il pouvait. Lentement, précautionneusement, Saigo se leva. Ses jambes peinaient à supporter son faible poids. Une douleur lancinante lui sciait la cuisse gauche, et il avait du mal à plier la jambe droite. Il se traina jusqu'à une pile de vêtement, dont le propriétaire avait disparu. Sans hésiter, il enfila la tunique sombre, à large capuche. Son instinct de survie lui demandait de s'éloigner de la Tour Noire et de monter un camp de fortune, au pied des montagnes. Il obéit. Il était lent, faible, pas en état de se défendre contre n'importe quelle menace. Pourtant, il murmura pour lui-même.

Je suis capable de tuer n'importe qui, ou quoi, mieux que quiconque.

Il avait du sang sur les mains. Métaphoriquement, le sang de beaucoup de ses ennemis. Plus littéralement, ses phalanges s'étaient ouvertes lorsqu'il avait brisé le couvercle de son cercueil. Il serrait les dents. Il avait faim, il avait soif, et il était épuisé. Cette dernière partie l'énervait.

Je suis resté allongé dans ce cercueil pendant une période indéterminée. Pourtant, mon corps n'est pas capable de soutenir un effort sur plusieurs minutes. Cela dit, je suis capable de me pousser mentalement au-delà de mes limites physiques.

Il n'avait déjà plus de forces, mais il continuait à marcher. Arrivé aux berges du lac, il commença par se déshydrater. Il se sentit mieux. Ensuite, il identifia des plantes, racines et autres baies comestibles, qu'il dévora. C'était peu, mais cela lui rendit un peu d'énergie. Juste de quoi atteindre une petite colline, au pied des montagnes. Son instinct de survie lui disait qu'en l'état, le mieux était de s'adosser à un rocher et de simplement fermer les yeux. De s'assoupir, mais de garder les sens en éveil. Recroquevillé dans cette tunique, capuche rabattue sur le visage, Saigo s'obéit à lui-même.

Il se réveilla alors que l'aube commençait à se deviner dans son dos, derrière les montagnes. Le stryge noir avait perçu quelque chose. Quelque chose de rapide. Quelque chose qui n'était pas seul. Ses poils se hérissèrent. Malgré sa faiblesse, Saigo bondit sur ses pieds et se positionna dans une garde impeccable. À nouveau, seuls ses réflexes avaient parlé.

Je sais me battre. Je suis capable de tuer n'importe qui. Mais je ne suis pas armé.

Dans son long sommeil, il se souvenait d'une courte lame blanche, solide, aiguisée, mortelle. Il ne l'avait plus, et il n'était pas sûr de savoir s'il avait déjà possédé une telle arme. Mais il avait d'autres choses en tête. De multiple silhouettes émergèrent des buissons alentours. Saigo n'en reconnaissait aucun, tous étaient vêtus de noirs, encapuchonnés comme lui. Deux données se confrontaient dans son esprit : « Je pourrais tous les tuer si je n'étais pas si faible » faisait face à « je devrais sûrement ne pas me montrer agressif. Je ne suis pas en état de me battre et ils sont bien plus nombreux ».

L'ancien Saigo, il le percevait au fond de lui, serait passé à l'offensive sans se soucier de l'alignement de ces silhouettes, ni de ses chances de victoire. Il se serait battu, et il aurait gagné, car il était suffisamment fort pour ça. Mais le stryge noir n'était plus totalement lui-même, ou peut-être était-il devenu un peu plus malin avec la mort. En tout cas, sa position de garde vacillait, ses muscles n'étant pas capables de maintenir la position de ses membres. Tremblant, haletant, alors même qu'aucun mouvement n'avait été fait, il abandonna et reprit sa position initiale, adossé à un rocher, jambes à demi pliées. Quelques minutes plus tard, une jeune fille se présenta face à lui.

« Tu dois avoir des questions. Découvre ton visage. »

Cette voix... Il connaissait cette voix. Il connaissait ce visage. Un flash, rapide. Des marais, des ruines humides, sombres et lugubres. Aucune peur dans son système. Lui et la gamine, progressant dans le noir. Une série de combats, une poignée de main à la fin. Tout était allé très vite, mais un nouveau sourire amusé barra le visage de Saigo, alors qu'il relevait la large capuche qui obstruait en partie sa vue.

Tu as bien grandi... gamine.

Il ne se souvenait plus de son nom. Mais il se remémorait l'appeler « gamine » auparavant. Son sourire finit par se dissiper pour revenir à un air plus sérieux, plus fermé.

En effet. J'ai un paquet de questions. Mais commençons par le début : j'ai dormi combien de temps ?

Il commença à se masser les temps. La gamine était une alliée. Les silhouettes sombres ne semblaient pas hostiles à la gamine. Donc, il pouvait présumé que la gamine dirigeait les silhouettes sombres. Ces derniers devaient être des assassins. Ce qui faisait sens, puisque Saigo avait travaillé avec la gamine au sein de la Congrégation de l'Ombre. Puis, il avait fait d'elle son élève, dans le cadre d'une autre organisation. Et ces deux groupuscules avaient un point commun.

Il y avait pas un clown ? Un homme de ce goût-là... j'ai du mal à me souvenir.
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