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 Une Ombre Automnale

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Hissaëyia Min'Arinth
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Hissaëyia Min'Arinth

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MessageSujet: Une Ombre Automnale   Une Ombre Automnale EmptyMar 24 Mar 2020 - 15:50




Nom : Hissaëyia Min’Arinth

ge : 106 ans

Sexe : Femelle

Race : Elfe Sylvestre

Classe envisagée : Guetteuse ou Assassine

Métier envisagé : Sculpteuse

Capacité magique : Magie de l’Ombre.
Le fonctionnement de ce pouvoir réside en le fait que l’utilisateur ( appelé manieur des ombres en règle générale ) puisse entrer en harmonie avec l’ombre. Ce pouvoir peut-être très efficace en furtivité, mais demande du temps pour être utilisé correctement.
Ce pouvoir peut se diviser en quatre aptitudes maîtrisables par les manieurs :  ( En travaux )


La première, “Voile” consiste à se fondre dans l’ombre d’un endroit. Cela signifie qu’un manieur pourra, s’il se tient dans une zone d’ombre, devenir plus difficile à détecter, prenant l’apparence de l’ombre dans laquelle il se trouve, il peut même devenir totalement invisible. Cependant le manieur doit rester totalement immobile, et ne peut pas devenir invisible instantanément. La vitesse à laquelle il se fondra dans le voile dépendra et de sa maîtrise et de la quantité d’ombre du recoin dans laquelle il se trouve. Un maître pourra donc se voiler dans le moindre recoin un peu obscur en un instant tandis qu’un novice mettra quelques minutes à se voiler dans une ombre distincte.


La seconde, “Légèreté” permet, comme la capacité “Voile” de se fondre dans les ombres, mais d’une manière différente. En effet, cette fois il n’est nullement question de masquer son apparence, mais de devenir plus léger, de laisser son propre poids s’harmoniser et devenir comme le poids de l’ombre, donc ne plus peser. Cela permet donc de perdre en poids, en conservant son apparence parfaitement normale. L’avantage à utiliser cette technique est que le manieur conserve tout de même sa puissance musculaire, et que donc il sera plus à même de se déplacer rapidement ou de sauter plus haut. Cependant la perte de son poids l’empêchera de porter des coups suffisamment puissants pour blesser, car l’impact d’une arme nécessite du poids, ou l’attaque sera inefficace. Le poids perdu varie selon la maîtrise.

La troisième aptitude est “Crochet Obscur” et permet, toujours si on se trouve à l’ombre, de rester accroché à une surface, avec n’importe quelle partie de son corps. C’est basé sur la proximité et la communication que le manieur est capable d’avoir avec l’obscurité afin que cette dernière l’enlace de façon solide selon sa volonté. C’est une capacité difficile à maîtriser et que peu peuvent allier avec une autre utilisation du pouvoir. La maîtrise de cette capacité, comme avec les autres, influera sur l’efficacité de la technique, principalement sur la durée d’accroche et la raideur de la surface. Quelqu’un avec une excellente maîtrise peut rester accroché à un plafond, par exemple, alors qu’un novice se maintiendra à peine sur une surface pas tout à fait verticale.


La dernière utilisation de ce pouvoir est la plus difficile à atteindre, et nécessite une harmonie parfaite avec les ombres. Le nom de ce pouvoir est d’ailleurs “Harmonie”. Il consiste à totalement fusionner avec l’ombre, au point de ne plus avoir ni poids ni forme, de pénétrer dans l’ombre. Le manieur sera devenue l’ombre avec laquelle il est entré en harmonie, et tant que l’ombre est encore là il ne risque rien.  Cette forme lui permet de se déplacer dans l’obscurité en ignorant la gravité, en ignorant son poids, car il ne pèsera plus rien, sera invisible et intangible. Cependant cette compétence prend du temps à s’activer. Un maître mettra un quart d’heure pour s’harmoniser avec un ombre ( en moyenne ), alors qu’un débutant mettra plusieurs heures à le faire. Je parle de maître et de novice, mais spécifiquement à cette compétence, car les manieurs de bas niveau en sont incapables. Cette compétence étant réservée aux meilleurs.
En plus du temps mis par les manieurs à s'harmoniser avec l’ombre, il mettront du temps également à redevenir eux, même si ce temps est moindre. Si l’ombre est illuminée et disparaît donc totalement alors que le manieur est encore harmonisé avec elle, ce dernier disparaîtra tout simplement comme l’ombre ( Notons que si il reste une quantité suffisante d’ombre ( variant selon la maîtrise encore une fois ) le manieur ne disparaît pas mais s’y réfugie ). Si la lumière intervient alors qu’il est déjà en train de se reformer, il se reformera mais sera affaibli proportionnellement au stade de reformation auquel il se trouver. À noter que cette mécanique ne s’applique pas à un manieur en train de s’harmoniser, car si la reformation est progressive, l’harmonisation est instantanée ( sans compter le temps qu’il faut au manieur pour entrer en communion avec l’ombre ). Un manieur harmonisé ne peut pas quitter sa zone d’ombre.


Définitions des zones dans lesquelles le manieur peut exercer ses pouvoirs : Les zones non éclairées ou mal éclairées, y compris la nuit. La nuit est donc la meilleure alliée du manieur.

À noter également que quand un manieur utilise ses pouvoirs, il n’a pas besoin de ses yeux pour savoir ce qui se passe dans l’ombre qu’il utilise, il ressent, c’est un des effets de la communication. Si l’ombre est très étendue, alors le rayon dans lequel le manieur sait ce qui se passe dépend de sa maîtrise ( jusqu’à 12 mètres pour un novice, alors qu’un maître saura ce qui se passe à presque 200 mètres, bien que, logiquement, c’est moins précis avec la distance car plus d’informations à gérer ). Cette capacité demande peu de concentration est quiconque à été ne serait-ce qu'initié à la Magie de l'Ombre sait l'utiliser.


Mode hardcore : Je préfère éviter pour le moment, merci !






Le soleil baignait mon visage, dans cette percée entre les arbres feuillus de la forêt Sylfaën. Le doux bruissement de l’eau parvenant à mes oreilles masquait tout autre son de la forêt, malgré la nature chuintante de ce son cristallin. Je tournai alors la tête vers la cascade à l’origine de cette mélodie de la nature.

Elle était parfaitement lisse, tel un miroir, et je pus apercevoir mon visage se refléter dedans, ainsi que tout le reste de mon corps. L’eau translucide me permit de distinguer chaque détail de mon être, et j’en profitait d’ailleurs pour m’observer. Ce n’était pas la première fois que je le faisais, mais on ne se connait jamais assez, quel que soit l’angle abordé.


La première chose que je regardai fut mes yeux. Ces yeux d’un bleu intense, un bleu ciel, dans lequel il ne manquait qu’un soleil pour devenir semblable à la voûte céleste… Cela n’empêchait pas cependant les reflets de lumière de s’y agglutiner, tels des étoiles dans mon regard…
Je ne pris cependant pas le temps de m’y attarder, et je détaillai mon visage. Mes sourcils sombres, et droits, se recourbant légèrement pour atteindre mes tempes, au dessus de mes yeux dont les cils épaissis de charbon soulignaient la couleur, et mes paupières étaient également assombries par ce même charbon, en plus petite quantité. Ainsi mes yeux contrastaient avec le teint porcelaine de ma peau.

Mon regard descendit finalement sur mon nez, et je mit mon visage en vue de trois-quart par rapport à la cascade. La courbe de l’os était légère et délicate, et le cartilage prolongeait cette courbe qui finissait en petite pointe, donnant à son nez un côté pointu et subtil. De plus, mon nez était plutôt fin, et avait l’air très élégant. Cela me fit tirer un sourire, qui m’attira évidemment sur ma bouche. Mes lèvres étaient bien rouges, et cette fois naturellement, car on ne trouvait pas d’aspect pratique à se foncer - en rouge - les lèvres… Alors que le regard devenait lui plus intimidant, et ça aide pour éviter de se battre avec des bêtes sauvages. La forme d’ailleurs de mes lèvres était plutôt arrondie, pour la lèvre inférieure, tandis qu’elle était légèrement plus pointue, pour la partie supérieure. Quoi qu’il en soit, elles étaient pulpeuses et agréable à regarder.

Ma mâchoire était inévitable, puisqu’on parle de ma bouche. Elle semble taillée par un sculpteur idéaliste, plutôt peu marquée et arrondie, elle me procurait un menton discret, mais pas fuyant. Aux bouts de cet os postérieur du visage se trouvaient évidemment mes oreilles. J’observai sans détours leur forme en pointe, qui se recourbait très légèrement vers le ciel. Je les fit bouger un peu, de haut en bas, et m’amusait comme à chaque fois de les voir se mouvoir ainsi sous les mèches de cheveux roux foncé épaisses qui venaient en masse de mon crâne.

Mes cheveux étaient dignes de la forêt de Sylfaën elle-même, pour peu qu’on fût en automne. Sur le côté gauche de ma tête j’avais réuni mes cheveux en deux tresses , et le reste de mes cheveux partait sur ma nuque pour ne ressurgir que sur mon épaule droite en une cascade automnale, contrastant sur ma peau de neige.  Seule une mèche rebelle restait sur le côté gauche de mon visage, un peu plus courte, elle venait sur la joue, passant par ma pommette, d’ailleurs plutôt hautes, mes pommettes. La masse capillaire descendait en dessous de ma poitrine, et ce malgré le fait qu'ils devaient passer par-dessus mon épaule, ce qui signifiait qu'en les laissant aller dans mon dos naturellement ils dépasseraient sans doute mes côtes...

Puis j’observai le reste de mon corps. J'étais svelte, élancée, et un peu plus grande que la plupart des femmes de ma race, je dépassais certains hommes aussi. On pouvait voir mes muscles, des muscles. J'étais bâtie comme une acrobate, faite pour la finesse plus que pour la brutalité. Mes formes étaient plutôt généreuses, pour des formes d'elfe, mais je savais que je n'égalais pas beaucoup de femmes humaines ou peaux-vertes en la matière. Mon charme résidait donc ailleurs que dans mon corps.

Je pris le temps de considérer quelle impression je dégageais. Mes sourcils avaient l'air froncés, et je me rendis compte qu'avec ma beauté venait également un air plutôt dur et sévère, secret, et qui pouvait ne pas inspirer la confiance, comme on fait confiance aux grands sourires ahuris et aux regards naïfs. On aurait plus tendance à se méfier de moi dans un milieu de convivialité, mais durant un climat de tension, cette impression de dureté pourrait jouer en ma faveur dans les esprits. Cela me convenait. Je me remit en marche, traversant le tronc sur lequel je m'étais engagée pour arriver sur l'autre berge du petit court d'eau, je devais aller chercher ma tenue, et mon masque… ( À compléter et retoucher ! )


-5 lignes minimum-





Développez le caractère de votre personnage, sa psychologie, la manière dont il réagit, comment il perçoit le monde qui l'entoure, ce qui le pousse à être comme il est. Vous pouvez aussi révéler ce qu'il aime ou non, ses atouts, ses défauts, etc.
N'hésitez pas à en faire un personnage profond et complet, rendez-le réel ! ( À faire ! )

-5 lignes minimum-






Pour palier aux limites de caractères, l'histoire, à l'exception d'un court résumé ici, sera narrée sur plusieurs posts en dessous de celui-ci, à raison d'un chapitre ou deux par post. Merci de votre compréhension !

Résumé de l'histoire ::
 
( À venir )

-10 lignes minimum-





Maintenant que le passé a été évoqué, faisons place à l'avenir.
Votre personnage souhaite accomplir quelque chose de sa vie, il a des motifs qui le poussent à partir à l'aventure et à nourrir de belles ambitions, racontez-nous ! ( À faire ! )


Derrière l'écran


Prénom ou pseudo : Florence
Âge : Une lady ne révèle pas son âge ! Non ! J’ai dit Non ! Je… Attend quoi ? Bannissement ? C’est pas un peu excess… Bon bon d’accord… J’ai 16 ans.
Pays/Région : Cheydinhal mes amis Clin d'oeil
Tes occupations préférées : Chanter, dessiner, écrire, imaginer. Oui, surtout imaginer. J’aime aussi le théâtre et incarner un rôle est une seconde nature pour moi. J’ai également attrait à l’Art en général et m’intéresse de plus en plus près au travail du bois.


Code du règlement : Je compte le mettre une fois ma fiche finie ! Un petit malin n’ayant pas lu le règlement pourrait tout voir facilement sinon !.

Comment as-tu connu le forum, ou par qui ? Internet ! La magie d’internet.
Tes premières impressions sur Dùralas : Bon sang ! Je sens que je vais m’éclater ! Après cette pensée s’enchaînèrent heures et heures de lecture, de recherches, de questions, avant que je ne me présente finalement devant vous !
As-tu déjà été sur un forum RP ? Pas en forum non ! Mais j’avais depuis longtemps envie d’essayer !




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" Il n'est de plus douce quiétude que celle de l'Ombre. "


Dernière édition par Hissaëyia Min'Arinth le Ven 3 Avr 2020 - 4:14, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Une Ombre Automnale   Une Ombre Automnale EmptyVen 3 Avr 2020 - 4:00





Chapitre I : La Feuille et l’Enfant

Je regardais les enfants jouer, courir, grimper, tous ensembles en riant sous les quelques rayons de lumière jaune qui perçait à travers le vert ambiant des feuilles et des branches. Leurs voix joyeuses et suraiguës se répercutaient à travers la forêt, et nul doute que le roi lui-même savait précisément où nous étions, avec tout ce vacarme.

Nous étions en plein milieu d'après-midi, j'avais quinze ans à peine. Et tandis que mes congénères et contemporains jouaient avec force de cris et d'escapades en groupe, déjà je préférais le calme des arbres les ombragés, et la douce quiétude de l'ombre... Déjà cela me différenciait des autres... Mais en plus j'étais plus grande que tous les autres également, j'étais plus forte et souple... Je ne me sentais pas à l'aise avec les autres elfes de mon âge...

Aussi souvent, j'observais les autres depuis la pénombre, seule. Peu venaient me parler, j'étais pour eux « la solitaire », la fille étrange que personne ne connaissait, pas même de nom, et qui ne parlait à personne. En effet, j'admet que je n'étais guère entreprenante et que de toutes manières leurs jeux collectifs ne m'intéressaient pas. Je préférais grimper en solitaire, sans souci d'une quelconque rivalité, et savourer le doux bruissement des feuilles, l'odeur si particulière de la sève de chêne, la vie si cruelle des animaux, les lois de la nature... J'avais naturellement cette capacité à savourer chaque détail, à les retenir, et parfois à les utiliser. Tout ce que les autres ignoraient pour se centrer sur eux-même, je me l'octroyais. Il devenait mon territoire.

Mais certains parfois, s'aventuraient à me déranger au sein même de mon royaume. Oui, mon Royaume, car rien ne m'était supérieur dans ces moments là. J'étais au dessus de tout. Toujours. Et tous ceux qui avaient tenté de s'imposer avec moi avaient toujours déchanté et repartaient dégoûtés

Ainsi, alors que je m'étais terrée pour observer un couple de renards, sous un taillis de fougères et de ronces, l'odorat des vulpes étant trompé par l'odeur de la terre dont je m'étais frottée – sans souci de propreté -, surgit dans la clairière un garçon qui avait l'air âgé de quelques années de moins que moi. Ses pas pesants et sa démarche gauche me firent froncer les sourcils. Il avait pourtant les oreilles pointues, et je n'avais jamais vu d'elfe être aussi maladroit dans la forêt. Bien évidemment, alors que je m'interrogeais sur ce qui me semblait être un boulet de premier rang, les renards l'avaient remarqué et s'était enfoncés dans leur terrier sous l'arbre adjacent, impossible de les atteindre sans risquer de se faire mordre...

Alors, dans un élan de déception, je surgit de ma cachette d'un bond, tournée vers ledit terrier...
« Non ne partez pas ! » j'entendis moi-même la plainte dans ma voix, et m'en exaspérait.

Puis, tandis que l'exaspération se changeait en colère, je me tournai vers l'éléphant qui avait gâché mon observation, les sourcils légèrement froncés – un geste qui m'était familier, et qui est resté encore aujourd'hui – avant de m'approcher de lui à grands pas. J'ai alors pensé que même ainsi, furibonde et totalement irréfléchie quand à mes mouvements, j'étais toujours moins bruyante que lui. En avançant je le détaillai sévèrement de la tête aux pieds. Il était plus épais et plus petit que les autres elfes de son âge, et ses traits étaient moins harmonieux. Je me plantai finalement devant lui, qui semblait paralysé devant moi – et ma taille – et avait rentré ses épaules, baissant le menton. Je le dépassai ainsi d'un peu plus d'une tête.

Je profitai de cet avantage, haussant le menton pour le prendre plus encore de haut. Je le dominais. Il était là, face à moi, faible, pitoyable, minable... J'ai savouré ce moment. Je l'avais savouré comme jamais il ne m'avait semblé savourer quoi que ce soit, dans ma colère, cette sensation d'être infiniment supérieure, d'avoir tout pouvoir sur l'autre... M'a grisée. Je ne compris pas pourquoi, après coup, et n'eus pas cherché à le refaire avant un long moment. Mais il était bel et bien là, ce sentiment de plénitude, de force.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Tu déranges et t'es plus bruyant qu'un nain. » Je m'étonnais du calme de ma voix, même si son côté glacial rappelait aisément ma colère.

L'autre mit un moment à répondre, bégayant.
« J.. J... Je voulais juste... M... Me promener... J... Je savais pas que tu étais là, promis ! » Sa voix était toute petite, il était au bord des larmes. Je trouvais étrange qu'il se laisse aussi facilement intimider, à son âge, pensais-je, personne ne me marchait sur les pieds.

Je le toisai alors, durant un long instant. Ses cheveux bruns étaient fades, sa peau était moins claire que la mienne, mais la douceur de l'enfance ne me permettait pas de savoir ce qu'elle deviendrait avec le temps. Je ne voyais pas ses yeux, qu'il avait tournés vers le sol. Ses mèches mal coiffées tremblaient au même rythme que son corps.

« Apprend à marcher comme un elfe alors. Et à observer. » J'allais me détourner quand il leva les yeux, suppliant. Il ouvrit sa pauvre bouche de bébé aux lèvres roses, laissant s'échapper une supplique qui me martela les nerfs comme une forge naine martèle de l'acier.

« Apprend-moi s'il te plaît ! Je travaillerai dur et je ne te dérangerai pas je peux être tout petit... » Il continua sa litanie plusieurs minutes durant, me suivant alors même que je m'enfuyais dans les arbres, grimpant comme je le faisais habituellement, persuadée qu'il ne pourrait pas me suivre, lui à l'air si gauche, et au pas bruyant.

Cependant en montant les premières branches, je dus me rendre à l'évidence : il avait beau être un ours mal chaussé, il grimpait vite. Aussi je pris un peu d'avance sur lui en bondissant pour attraper une branche au-dessus de ma tête, et le vit grimper. Je réalisai alors que même si il marchait avec la souplesse d'un balai, il devait avoir grandit dans la forêt, car il grimpait assez vite, malgré ses gestes maladroits. Tout en brutalité et force, rien dans la finesse, mais j'étais obligée d'admettre que c'était efficace.

Je me mis alors debout sur ma branche, mes sourcils avaient toujours ce froncement sévère qui donnait à mon visage un air dur. Bien qu'un adulte en aurait rit, je restais une enfant, je voyais bien que ça fonctionnait sur lui. J'écartais légèrement les jambes pour avoir l'air solide et plaçait mes poings sur mes hanches, me penchant en avant pour le regarder arriver. Je dit alors aussi sévèrement que je le pouvais :


« Je vais grimper encore et encore, d'arbres en arbres ! Si tu me rattrapes je t'apprendrai ce que tu veux ! »

Je vis son visage s'illuminer, plein de détermination, tandis que déjà il accélérait, se tirant avec force de branches en branches, montant peu à peu vers moi. L'espoir qui était apparu dans ses yeux, qui étaient marron comme de la terre fraîchement retournée, je trouvais ça laid. L'espoir me dégoûtait, comme s'il ne s'agissait qu'une illusion face à la cruauté de la nature qui nous entoure. Je repensai aux nombre de fois où j'avais observé le plus petit et insignifiant des animaux vivre sa vie simplement avant de se faire faucher par un épervier dans une clairière, et me disais qu'il devait en être de même pour les elfes. Ça ne pouvait être que pareil pour les elfes, oui ! Sauf que nos prédateurs n'étaient pas des éperviers ! C'était toute la différence.

Poussée donc par ce dégoût que certains qualifieraient sans doute de cruel, je m'élançai parmi les branches, agile et à l'aise avec les arbres comme tout autre elfe des forêts à mon âge, car parfois l'observation de certains oiseaux nécessitait de grimper haut dans les arbres, et parfois même je tentais de les poursuivre, sans succès cependant...

Sur cette pensée j'attrapai donc une branche et utilisai mon élan pour me balancer sur une autre branche située deux mètres plus loin, avant de courir sur le tronc. Je pu faire trois pas avant de devoir me propulser, et chuter dans le vide.

Le gardai les yeux grands ouverts, tournés vers le sol, durant l'infime instant que dura ma chute, savourant l'adrénaline qui se répandait dans les veines, ressentant le souffle qui balayait mes cheveux semblables aux feuilles d'automne, ressentant sur ma peau le picotement des quelques insectes qui croisèrent ma route. Mes vêtements amples et légers se secouaient avec le vent, gonflant au dos et se plaquant contre moi au devant. Mes bras étaient tendus de chaque côté de mon corps, et comme toujours je portais des mitaines de cuir qui m'assuraient de ne pas m'écorcher la main durant mes escalades...

Et ça me servit bien dans l'instant, car ça me permit d'attraper une branche qui passait juste à côté de ma tête sans me blesser. Ainsi, me tournant brutalement en utilisant ma prise toute fraîche comme pivot, je pu attraper avec ma deuxième main également le bois à l'écorce lisse, alors que je commençais à peine à de me balancer sur l'axe de la branche, je n'avais rien perdu de ma vitesse et pu donc me propulser sur le tronc qui se situait juste en face de moi, très loin en vérité, presque dix mètres. Mais j'étais légère et j'avais beaucoup de vitesse. Je l'attrapai donc après une longue courbe dans les airs, les mains et les pieds en avant. Je profitai du fait que l'écorce de cet arbre monumental fut épaisse et craquelée pour y trouver des prises avec les doigts et les pieds, tandis que j'utilisais mes membres comme des ressorts pour atténuer le choc de la rencontre brutale avec le végétal.

Un sourire fier apparut sur mon visage, et la satisfaction d'avoir réussi me submergeait. J'avais tant envie d'impressionner le gamin semi-elfe que je m'étais enfin lancée dans cette péripétie que je n'avais jamais osé jusqu'au bout. À cette pensée, je levai la tête, m'inclinant en arrière en tendant les bras, mes doigts fermement agrippés à une anfractuosité de l'écorce me maintenant à une dizaine de mètres au dessus des immenses racines moussues qui formaient le sol au pied de l'arbre. C'était le plus grand arbre du coin, et celui duquel je descendait juste avant faisait à peine un quart de sa taille, étant pourtant vénérable... Mais je n'avais pas le temps de m'attarder sur ces pensées, car je ne pouvais pas demeurer éternellement ainsi, mes bras risquaient de se tétaniser et la chute me serait douloureuse...

Je jetai donc mon regard à travers les branches qui menaient aux cimes, cherchant du regard l'enfant si suppliant. Il avait réussi à suivre jusqu'à l'endroit où je m'étais laissée tomber, et ça m'étonna d'ailleurs. Je n'aurais pas cru qu'un tel maladroit aurait pu parvenir aussi vite à cet endroit, mais sa posture ferme me rappela qu'il disposait d'une force que les elfes de son âge n'auraient pu qu'envier. Il était trapu, pour un enfant.

Je lis de la déception et de la tristesse dans son regard, tandis que ses yeux de terre étaient tournés vers moi. Il rêvait manifestement d'exploits comme les miens, et je me savais excellente dans un arbre, même pour les plus adroits des enfants qui jouaient dans les clairières ensoleillées tandis que j'évoluais dans les endroits les plus obscurs... J'aimais savourer la pénombre, propice à tant de choses et tant de vie, à tant d’événements passionnants... Discrets, violents, cruels, mortels...

La douleur naissante dans mes bras me rappela à la réalité, et je détachai un bras pour indiquer au gamin une longue liane, quelques branches plus loin, qui le mènerait jusqu'en bas. Il était bien plus haut que moi, et le temps qu'il l'atteigne et la descende en glissant, je pu m'accrocher à d'imposantes plantes grimpantes qui évoluaient sur le bois du monstre que je grimpas pour descendre plus rapidement, et l'attendre au pied de sa liane.

Il atterrit sans grâce, ce qui le caractérisait manifestement, et mon esprit le compara avec un nain sans même que je ne le remarque, avant de baisser la tête, penaud. Il n'osait pas parler, trop déçu de lui-même, ou trop craintif de la déception qu'il pensait voir sur mon visage. Mais il m'avait surprise. Et avec mon air plein du sérieux de l'enfance, je pris la parole.

« Tu viendras ici demain aux premières heures de l'aurore, et tu grimperas sans cesse pour essayer d'approcher ce que j'ai fait. Je viendrai avant midi et tu me montreras si ce que tu fais est satisfaisant. SI ça me plaît je t'apprendrai à marcher comme un vrai elfe. »

Il leva les yeux vers moi, et je me délectai de l'air ahuri et adorateur sur son visage. Il me plaçait au-dessus des autres, c'était criant. Je faillit esquisser un sourire mais me retins de justesse, je devais garder mon air dur. Je devais lui apparaître comme étant encore plus loin qu'il ne l'imaginait.

C'est quand il commença à ouvrir la bouche pour me crier des remerciements et des compliments par centaines que je me mis à courir dans la direction opposée, pour rentrer chez moi avant le coucher du soleil. Il ne me suivit pas, trop concentré sur ses paroles et le débit impressionnant qu'il arrivait à performer tout en criant. C'est donc dans une ombre grandissante, et ce pour ma plus grande joie, que je quittais l'éléphant.

Quand je franchis un peu plus tard le seuil de chez moi, le soleil était loin derrière l'horizon. Je m'étais arrêtée pour observer la vie d'un couple de merles, qui justement procréaient... Ce n'est que lorsqu'ils se séparèrent que j'avais repris ma route. Je commençai à tirer un sourire de cette expérience quand je reçu un gentil coup de cuillère sur le crâne. Mon père, faussement énervé, me regardait, les bras croisés, et sa cuillère de bois à la main. Ma mère et ma sœur, gardes zéphyriennes, n'étaient pas à la maison ce soir.

Ne laissant pas le temps à cet elfe, dépassant d'une tête tous les autres d'ailleurs, de qui j'avais hérité mes cheveux et mes traits du visage – à l'exception de mes sourcils à l'air dur –, me questionner, je couru à table en hurlant ma faim, et mon père fondit. Il était un vrai père poule, et je l'aimais autant que lui m'aimait... Il s'approcha de la table et se mit à servir la salade du soir...

Je mordis à pleines dents dans une feuille quelques instants plus tard, en repensant au garçon. Il devait être rentré chez lui... Je ne lui épargnerais sans doute rien de mes cruautés, et il déchanterait sans doute comme tous les autres...

Si seulement j'avais su à quel point je me trompais... Car le lendemain, j'ai bien été forcée d'apprendre son nom et de le retenir quand, couvert de terre et d'écorchures, des bleus et des bosses sur tout le corps, il avait reproduit à l'identique mon exploit de la veille, l'élégance en moins. Et je sus dès lors que je n'avais jamais été aussi proche d'autres enfants que de lui, ce semi-elfe qui marchait comme un nain.

Il s'appelait Gallen.

Et rien ne me laissait alors supposer que qu'il me ferait vivre plus tard...



Chapitre 2 : Quand l'Enfant rattrape la Feuille


Je m'éveillais en douceur entre mes draps soyeux, les rayons lumineux du soleil laissant leurs traces rouges à travers mes paupières, alors qu'il venait à peine d'atteindre la hauteur nécessaire pour venir déranger mon précieux sommeil. Même si, à vrai dire, c'était l'Aurore.

Nous vivions au sommet d'un arbre particulièrement imposant, et notre maison avait été installée presque aux faîtes de ce dernier, grâce à un génie architectural tout en subtilité dont mon père était à l'origine. C'était son métier, architecte. Il n'avait qu'une douzaine de siècles, mais il avait bâti un bon nombre de foyers à Endorial, des familles de jeunes elfes avaient souvent fait appel à lui sur recommandation de son père, un grand dignitaire haut-elfe qui avait décidé de contribuer à la prospérité de son fils, considérant que même s'il n'avait pas suivi la voie familiale des arcanes, il avait droit à la considération, ce qui lui avait valu l'opprobre du reste de la famille, car elle était très attachée aux traditions et voulait le voir devenir chronokinésiste comme son père et son grand-père avant lui...

Ce n'était bien évidemment pas ce à quoi je pensais ! C'est juste une précision qui m'avait semblé utile... Quoi qu'il en soit, j'ouvris les yeux en sortant de mon lit avec énergie, comme j'avais pour habitude de le faire, pour éviter les rayons aveuglants du soleil dans ma figure, me réfugiant dans la pénombre derrière les plantes tombantes qui servaient de rideau à mon lit. Cependant ce rideau ne couvrait que le côté de mon lit qui était tourné vers la chambre, et je dormais à côté de la fenêtre. Impossible pour moi d'échapper à la torture de la lumière matinale.

Malgré tout je m'habillai sans attendre, avec des vêtements verts, aérés et simples, garantissant un grand confort et une liberté de mouvement parfaite, avant de sortir de ma chambre et de me saisir d'une lanière de cuir tanné et épais, et de franchir le sas, composé de deux gros rideaux de tissu chauds et imperméables, et de me lancer sur la corde tendue entre ma chambre et la maison légèrement en contrebas de l'arbre, utilisant la lanière de cuir pour ne pas glisser directement sur les mains et donc éviter de me brûler.

C'était ainsi que la maison était faite. Il y avait un corps principal collé au tronc de l'arbre, dans lequel se trouvait les pièces à vivres comme la cuisine ou le salon – ainsi que la chambre de mes parents – et dans lequel on arrivait en gravissant le grand escalier qui menait au bas de l'arbre et aux autres maisons, toutes situées au moins une dizaine de mètres plus bas sur le grand arbre. Un des plus grands de la cité, d'ailleurs. Mais la maison ne consistait pas qu'au corps principal bien sûr ! Dudit bâtiment collé au tronc de l'arbre partaient trois cordes épaisses et d'excellente qualité, tissées par ma sœur lorsqu'elle était plus jeune. Elle étaient tendues vers trois bâtiments annexes qui étaient situées bien plus loin, près d'une quinzaine de mètres,  dans les branches. Les deux plus proches étaient la chambre de ma sœur et la mienne, et si les bâtiments étaient faits de la même structure et avaient précisément la même taille, les décorations dessus variaient selon nos goûts.

Ainsi la chambre de ma sœur arborait plusieurs perchoirs et nichoirs où venaient se reposer les plus beaux oiseaux de la ville, le tout entre de jolies fleurs à la teinte douce de la chair, des glycines, que ma sœur s'évertuait à faire pousser et à entretenir en grimpant au dessus du vide pour s'en occuper, et ce par tous les temps. En comparaison la mienne pouvais paraître plus terne, mais je la préférais tout de même. Les murs étaient majoritairement recouverts de lierre sombre et d'une fleur d'un violet parfois clair, parfois foncé, que j'avais trouvé quelques années auparavant dans la forêt lors d'une de mes escapades avec Gallen. Nous nous promenions en haut des cimes et un arbre avait attiré notre attention, car il abritait une ancienne maison abandonnée était recouverte de ces fleurs. Je les trouvai tout de suite magnifiques, et pris soin d'en emporter une cultivable avec moi. Cependant ce fut Gallen qui me fit penser au fait que ni lui ni moi ne les avions jamais vues ailleurs dans la forêt, et nous nous demandâmes alors si nous n'avions pas découvert une plante. Après tout, personne n'allait dans ces endroits reculés de la forêt !

Cependant nous n'avons fait remarqué à personne d'autre qu'à mon père cette découverte, et je commençai à les cultiver pour pouvoir en orner ma chambre, dont les murs extérieurs étaient couverts d'un lierre sombre, alors que je commençais, je l'avoue, à jalouser la beauté de celle de ma sœur, en grandissant. Et quand ce fut fait, je voyais poindre parmi les feuilles vert sombre du lierre des fleurs violettes à cinq pétales, lesquels étaient larges et pointus, semblables à les têtes de flèches et pouvant parfois comporter plusieurs nuances de violet, souvent en dégradé, parfois en nervures parcourant de façon chaotique le pétale... Ces fleurs étaient fascinantes, c'était impossible de savoir comment allait se présenter la couleur, à quel point elle serait claire... Même la taille variait... Mais en tous cas, elles étaient fleuries quelle que soit la saison...

Le troisième bâtiment détaché était plus grand que ma chambre ou celle de ma sœur, il s'agissait de l'atelier de mon père, où il faisait ses maquettes, ses plans, et ses calculs... Cependant, il y avait aussi là la salle de musique, au rez-de-chaussée de ce bâtiment, qui était en vérité presque aussi spacieux que le corps principal, et là s'entassaient nombre d'instruments musicaux confectionnés par ma mère durant son temps libre, dans l'atelier de mon père là aussi. Aussi nous y trouvions harpes, flûtes, luths, tambourins, de tailles et de décorations diverses et variées. J'avais appris la harpe auprès de mon père, la flûte et le chant auprès de ma mère, alors que ma sœur avait appris les percussions et le luth... Et la couture était une activité familiale le soir devant le feu. J'étais, comme ma sœur au même âge, excellente dans tous ces domaines.

Mes pensées revinrent soudainement vers le monde réel quand il ne me restait plus qu'une fraction de seconde avant d'atteindre le corps principal et le ponton qui servait d'embarcadère, au dessus d'une mer de feu, qui se mouvait et bruissait avec la douceur de la forêt et la sécheresse d'un champ de blé humain sous le soleil de plomb de l'été. Je lâchai alors une d'une main ma lanière de cuir, en la gardant bien tenue entre les doigts de l'autre côté, et profitai de l'élan pour atterrir dans bruit et avec grâce sur le ponton, en me permettant une cabriole que j'avais appris en allant aux grandes danses avec ma famille, qui se déroulaient certains soirs de fête... Et j'avais d'ailleurs souvenir d'avoir impressionné mon père, quand il m'a vue danser au un court instant avec la foule.

J'aimais bien les fêtes elfiques durant la nuit, me dis-je alors en passant derrière les rideaux menant au salon. Elles étaient souvent peu éclairées et laissaient le loisir de la pénombre, et elles n'avaient pas ces cacophonies comme les rassemblements d'enfants dans la forêt. De plus, personne ne te regardait dans ce genre de cas, trop de monde, et ce n'était pas comme les enfants qui faisaient attention à tous les autres par peur qu'ils trichent ou juste parce-que c'était important dans le jeu...

Je fus une nouvelle fois tirée de mes réflexions, mais cette fois par une voix mélodieuse et féminine, qui prononçait mon nom.

« Hissaëyia ! Viens ici petite feuille ! »

Le timbre de la voix et la joie qu'elle transportait me fit tirer un sourire angélique et niais, et je me mettais à courir à travers le salon, en utilisant les plantes grimpantes qui évoluaient paisiblement sur le plafond pour échapper à ma sœur qui me poursuivait en riant, ses longs cheveux bruns volant dans son dos, donnant plus de volume à si silhouette longue et gracile.

Bien sûr, elle finit rapidement par me rattraper. Je n'avais que dix-neuf ans et elle cent-six ! Évidemment elle était plus rapide que moi, et je me trouvai rapidement serrée dans les bras affectueux de ma sœur, dans lesquels je m'étais d'ailleurs blottie sans une seule once d'hésitation, une fois attrapée. Je pris quelques instants pour savourer ce moment de douceur et de joie avant de parler.

« Tu es déjà rentrée ? Je pensais que votre mission devait durer une semaine, pas trois jours ! Où est maman ? »

Une autre voix, moins cristalline que celle de ma sœur mais plus profonde – j'espérais d'ailleurs en hériter tant elle était émouvante en chantant – retentit derrière moi, calme, douce, sereine, apaisante. Elle ramena en moi quelques souvenirs, quand j'appris à coudre, quand j'appris les rudiments de la flûte... Mais je m'en tirai bien vite pour écouter les paroles de ma mère.

« Je suis ici ma petite feuille d'automne. Nous sommes rentrées plus tôt que prévu, le sort nous a été favorable. »

Je souris en restant blottie contre ma sœur, qui caressait mes cheveux avec tendresse. J'avais toujours entretenu une excellente relation avec ma grande sœur, plus encore qu'avec mes parents. Bien sûr je leur faisait autant confiance aux autres qu'à l'une ! Mais ma complicité était plus grande avec ma sœur, et j'avais plus de facilité à partager mes secrets avec elle... D'ailleurs elle se leva en me gardant dans ses bras, elle s'était accroupie pour m'attraper, et je regardai par dessus son épaule, admirant un couple de pigeons qui s'étaient installés sur un perchoir de sa chambre, que je voyais depuis la fenêtre ouverte.

Je sentis une grande main se poser tranquillement sur mon dos, et entendit un baiser retentir sur le front de ma sœur. C'était évidemment mon père et ses longs cheveux roux qui lui descendaient jusqu'aux genoux, qui fredonna quelques mots d'une voix claire et énergique. Je perds la beauté du vers en vous le traduisant simplement en langage commun, mais je le fais néanmoins : « Le retour des étoiles vers la Lune et le Soleil est toujours un moment de joie. »

Cette phrase me tira un sourire, il disait toujours ça. Quand Maman et Jaëlinyia rentraient, il attendait que toute la famille fut réunie pour fredonner cet antique vers, qu'il tenait de son père, qui le tenait de son père... Et ainsi de suite jusqu'aux fondements de la famille Min'Arinth il y a plus de vingt mille ans, même si les plus vieux elfes de la famille avaient actuellement huit-mille ans seulement – à une exception près - car nombreux étaient ceux à être morts durant des expérimentations dangereuses ou des conflits armés impliquant le peuple elfique... Même si je n'en avais pas une totale conscience à l'époque, je ne saisissais pas l'importance que pouvait avoir la mort de gens que je n'avais pas connus à l'époque, d'autant que mon mode de pensée  n'avait pas changé depuis des années.

Ma sœur me lâcha doucement et je couru me blottir quelques instants dans les jupes de ma mère. Elle et ma sœur devaient être rentrées durant la nuit étant donné qu'elles avaient manifestement eût le temps de se laver  et de se changer. J'avais dormi tôt le soir précédent, fatiguée par une escapade poussée plus loin qu'habituellement avec Gallen.

Gallen que j'avais d'ailleurs hâte de revoir.

Je restai cependant déjeuner avec ma famille. L'ambiance était chaleureuse, ponctuées des rires de mon père sur un trait d'esprit de ma mère, ou parfois même de moi, et remplie des récits un peu embellis de leurs missions passées narrés par ma sœur, qui avait vécu quelques aventures en quinze ans à la garde Zéphyr, dans le même groupe que ma mère, et qui ajoutait à chaque fois qu'elle les racontait un détail ou deux, alors que ma mère acquiesçait en envoyant valser derrière elle ses cheveux bruns, qui avaient des reflets dorés, en retenant parfois un rire sur une invention saugrenue de ma sœur. Moi, j'étais captivée par ces récits d'aventures, de créatures étrangères à la forêt, et souvent effrayée par les cruels nagas des marais Hukutav où ma mère et ma sœur devaient parfois accompagner un ou l'autre de ces mages hauts-elfes pour examiner quelques protections, retirer aux nagas des artefacts volés ou simplement trop puissants pour que les Zéphyriens puissent se permettre de leur en laisser le contrôle. Je ne savais pas grand-chose de la culture des hommes-reptiles, mais ils m'avaient l'air d'être des prédateurs, même si les elfes étaient au dessus d'eux sur la chaîne alimentaire.

Ce fut après ces bavardages joyeux, qui se terminèrent sur une chanson de mon père, que je partis rejoindre Gallen, qui m'attendait depuis un moment déjà de l'autre côté du tronc de l'arbre.

« Tu en as mis du temps, Hissa ! Tu aurais pu prévenir que tu viendrais si tard ! » Il était plaintif, et si il avait grandit depuis notre première rencontre, pris en poids et en force, il restait moins grand que moi, et aussi bruyant qu'un cheval ferré.

« C'était pas prévu ! Ma mère et ma sœur son rentrées cette nuit. » je répondis.

Il hocha la tête et courut jusqu'au bout de sa branche, sautant avec puissance et efficacité vers un autre arbre, qui commençait vingt mètres plus bas, mais où il pourrait attraper une liane et se propulser à l'arbre d'après, en faisant un étrange cri, « AHAAAAAAAHAHAAAAAAAAAAAA » à chaque fois. Cela lui donnait l'air idiot, mais il aimait ça.

Et pendant qu'il criait, aussi fort qu'un nain, j'aurais pu le jurer, que je m'élançais moi-même à sa suite, mais avec plus de grâce, de légèreté, vers une autre liane située non loin de celle qu'il avait prise, bien que plus haute, car son poids le faisait descendre plus bas que moi. Ainsi quand je l'attrapai, je me contentai de sourire en savourant le vent sur mon visage, qui balayait mes cheveux et les remplissait de brindilles et d'araignées, tout en suivant à grande vitesse mon compagnon, qui me semblait l'être depuis toujours tant nous nous connaissions désormais.

Ainsi après près d'une heure de sauts et de balançoires aux lianes, nous arrivèrent sans peine, à peine essoufflés, au lieu de notre rencontre. Nous nous étions arrêtés sur une branche au dessus de la clairière, où jouaient aujourd'hui deux jeunes femelles subordonnées, nées le moi d'avril précédent et qui seraient sans doute bonnes pour aider à élever et protéger les petits cette année, pendant que les mâles seraient partis chasser. Habituellement, les renards qui le peuvent quittent la forêt pour les plaines herbeuses au mois de juillet, mais nous étions trop profondément enfoncés dans la forêt pour qu'ils se livrent à de telles exodes, pour ma plus grande joie.

Je restais toujours un instant à observer les renards depuis ma branche, accroupie, et mes yeux fixés sur eux, prétendant toujours laisser à Gallen le temps de reprendre son souffle, sans admettre que c'était un peu pour reprendre le mien, mais je savais qu'il n'était pas dupe, et il aimait les renards presque autant que moi, alors il ne protestait jamais. Même si cette fois il lança l'appel plus tôt que d'habitude, et le me laissai tomber dans le vide.

Je fermai les yeux en tombant vers le sol, les bras écartés. J'aimais ces moments à l'ombre des feuilles, où je pouvais presque entendre l'obscurité me parler, le vent chanter à mes oreilles, et les odeurs de la forêt me dire des poèmes que je devinais amoureux. Je savourai un court instant cette chute, cette adrénaline naissante en moi, quand je sentis une main, presque aussi grande que la mienne, se saisir de mes doigts fermement, et j'étais emportée avec Gallen au bout de sa liane, prenant de la vitesse, frôlant presque le sol à à peine quelques centimètres du terrain de jeu des renardes, que je pus voir s'effaroucher et courir se réfugier dans leur terrier en nous voyant arriver, avant que nous ne nous relancions vers le haut avec la liane. Nous n'atteignîmes que la moitié de la hauteur à parcourir pour atterrir en paix avant qu'il ne le lâche la main, et je profitai de l'élan qui m'amenait vers un tronc pour effectuer une double vrille, avant d'atterrir en courant sur l'écorce rugueuse et d'y effectuer six pas, d'attraper une autre liane et de me propulser en fois encore vers le vide au dessus de la clairière. Cette fois je n'eût pas le temps de savourer, Gallen m'attrapa dans la seconde, et nous nous laissâmes quelques instants plus tard aller sans plus aucune prise sur la liane, atterrissant au milieu de feuilles oranges et de branches, à une trentaine de mètres au dessus du vide, riant aux éclats avec une confiance mutuelle plus que solide.

Je pendais au dessus du vide, uniquement accrochée à son bras, tandis que lui était tête en bas, ses pieds accrochés entre deux branches comme seul lien nous empêchant de tomber. Je me mis cependant à grimper sur lui pour me retrouver moi aussi sur une branche, souriante comme l'enfant que j'étais, regardant mon seul ami se redresser du mieux qu'il le pouvait, ses cheveux bruns relativement ternes étaient attachés en une courte queue de cheval à l'arrière de sa tête, et quelques mèches pendaient paresseusement devant son visage dont les traits s'étaient légèrement durcis avec le temps. Nous étions en pleine croissance, lui autant que moi, bien qu'il vieillisse plus vite, et quatre ans avaient suffit pour que nous prenions chacun cinq centimètres et lui cinq kilos de plus que moi. Il n'était pas spécialement gras, mais plus large d'épaule que les elfes. Et si ses oreilles pointues ne trompaient pas sur son ascendance elfique, et même si nous n'en n'avions jamais parlé, il était évident qu'un de ses parents était humain. Ça m'était égal.

Nous riions, après tout. Nous jouions, après tout. Nous grimpions, après tout. Nous vivions, après tout. Rien d'autre ne comptait réellement, pour des enfants tels que nous étions. Des humains auraient cru que nous avions entre dix ou neuf ans sans doute, peut-être onze, et nous avions vécu autant que nombre d'entre eux considérés comme adulte, mais nous étions elfiques. Et en tant que tels, nous étions des enfants comme les autres.

Gallen se releva tout en force, ses muscles d'enfant soulevant à merveille son poids proportionnel à cette donnée, et s'étira une fois debout sur la branche. Il regarda autour de lui, avec un air sérieux, avant de se mettre à rire. Sa bonne humeur était contagieuse, et je me mit rapidement à rire avec lui à gorgé déployée. Ce à quoi nous riions ? Nous riions à l'enfance, à l'amitié, et à la confiance. J'aimais cette sensation, cette sensation d'être à part du monde, d'être dans mon monde. J'avais été seule quinze années durant, il m'avait rejointe quand je lui avais tendu la main, et malgré toutes mes facéties il ne s'était pas enfui. J'avais alors su que je pouvais me relâcher en sa présence. Un sourire s'étira sur mon visage déjà rieur, et ma voix se tut. Il me regarda avec un sourire semblable au mien, sincère et honnête.

« Je peux te faire totalement confiance Gallen ? » je demandai avec malice, laissant volontairement deviner que j'avais une idée en tête.

« Oui ! Pourquoi ? » il semblait intrigué, son sourire était devenu curieux.

Pour toute réponse, j'ouvrai grand les bras et me laissai tomber en arrière sans réfléchir, mes paupières se fermant dès les premiers degrés de la chute. J'entendis, alors que je commençais à filer vers le vide, la branche craquer, c'étaient les pas de mon ami qui la secouaient comme ça. Je fus tentée d'ouvrir les yeux.

Mon corps me disait oui, mais mon esprit me disait non. Je choisit de ne pas céder à l'instinct cette fois, et à laisser régner la confiance. Je sentis sa main m'agripper la cheville, et ma chute se finit nettement. Je le sentis commencer à me remonter en tirant sur ma jambe, avec un grognement. Il allait se plaindre, il avait eût peur, j'aurais dû le prévenir...

Mais cela m'importait peu. J'ouvris les yeux et pu apercevoir, dans le terrier en contrebas, les deux renardes se taquiner du museau. Une plus grande, plus vieille, était allongée au fond, regardant avec bienveillance les jeunes qui étaient à l'évidence ses petits. Elle savourait leur confiance mutuelle.

Je souris, et savourait alors la mienne.






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Chapitre 3 : une Feuille touche terre


Les nouages orageux avaient envahi le ciel depuis quelques heures déjà, faisant regretter aux enfants les lumières chaleureuses du soleil et l'air fluide qui ponctuait habituellement leurs jeux, alors qu'ils rentraient chez eux en perçant sur leur chemin l'air lourd et humide qu'avaient apportés ces ombres estivales avec elles. Ils se languissaient déjà d'un retour à une vie qu'ils connaissaient plusieurs semaines par an, dans la chaleur agréable de la forêt en été, donc le silence se brisait alors par leurs cris et leurs rires. Je n'étais pas comme eux.

En effet, lors de ces journées qui semblaient nuit, j'aimais profiter de l'obscurité, mais j'évitais généralement la pluie. J'étais donc chez moi, avec mon père, et nous jouions ensemble une chanson que nous venions à peine de composer, mes doigts semblaient voler sur les cordes de ma harpe, qui se mettaient parfois à vibrer quand je le pinçais avec une vivacité et une subtilité que j'avais acquise avec les années, tandis que la voix de mon père, par dessus mes notes et son rythme, qu'il tenait avec ses tambourins favoris, narrait les exploits de mes deux guerrières favorites, l'archère aux cheveux bruns et sa mère, une protectrice au bouclier inébranlable.

Nous savourions notre propre musique, et je rejoignit mon père au chant sur le deuxième couplet, ma voix, certes toujours enfantine, mais qui commençait à prendre la profondeur qu'avait celle de ma mère, se mariait à la perfection avec le ton suave et cristallin de mon paternel, tandis que la douceur épique de notre ode résonnait à travers la fenêtre que nous gardions ouvertes avant que ne tombent les premières gouttes de l'orage. Ce fut ce qui nous permit d'entendre des voix, basses, s'approcher de notre maison. Nous écoutions pour entendre une mélodie, et n'importe quel son étranger, même aussi lointain, nous parvenait, alors que même les oiseaux s'étaient arrêtés de chanter, oppressés sans doute par ce ciel que mon père et moi combattions vaillamment à gorge déployée. Nous nous regardâmes, nous avions le temps de terminer notre chant avant qu'ils n'arrivent. Insouciants, nous chantâmes plus fort encore qu'avant, de sorte que tous puissent l'entendre. Les voix qui montaient à l'arbre s'étaient tues. Pourtant ils n'avaient pas pu déjà arriver, à moins qu'ils ne courent, et ils n'auraient pas pu s'arrêter avant de nous atteindre, ils avaient déjà dépassé la dernière maison avant la nôtre... Ils nous avaient entendus et ne voulaient pas interférer avec une telle merveille, sans aucun doute.

Aussi, après avoir laissé planer dans l'air la dernière note dans l'air durant quelques instants, je saisis la lanière de cuir, toujours la même, que j'avais pliée dans ma poche, et me précipitait à la porte pour glisser avec énergie sur la corde menant à corps principal, et mon père me suivit avec un sourire, qui s'effaça quand il put apercevoir qui étaient les gens qui montaient les escaliers menant à la maison. Lorsque j'atterris et me retournai en le regardant depuis le ponton, je vis son air inquiet, et haussai un sourcil. Je n'attendis pas qu'il arrive auprès de moi pour me précipiter à travers les rideaux pour rentrer dans le salon.

Je franchis à grandes enjambées la distance qui me séparait de la porte d'entrée. Mon sourire s'était peu à peu estompé pour laisser place sur mon échine à une expression presque blasée, dure. Mes sourcils très légèrement froncés et mon regard froid renforçait sans doute cette impression, alors même que je n'avais que vingt-deux ans, et qu'un humain m'en aurait donné une douzaine, peut-être treize, mais pas plus. Ma main se posa sur la poignée en acier elfique, et je la tournai alors, ouvrant la porte d'un grand geste en me campant face à ceux que j'imaginais être des humains antipathiques, des assassins sombres et mystérieux, ou pire, des nains en armure – bien que cette dernière possibilité m'avait paru fort improbable étant donné qu'ils n'avaient pas fait de bruit en marchant, et encore moins métalliques. Mais non, ce que je vis me glaça le sang plus encore que je n'aurais jamais pu l'imaginer.

En face de moi se tenaient trois elfes, dont deux portant une armure de la Garde Zéphyr. L'un avait un arc dans le dos, simple, élégant, et sans doute efficace, avec une dague ouvragée à la ceinture, tandis que le deuxième portait un bouclier d'acier aux décorations délicates et une longue épée, fine et effilée, qui pendait à sa hanche. Les deux là avaient également un casque qu'ils portaient sous leurs bras, et l'un avait des traits taillés à la serpe et des cheveux blancs, l'autre des traits effilés et des cheveux noirs. Mais le troisième était différent. Il portait une robe de mage, que j'identifiais comme très chère d'après sa facture, et sans aucun doute enchantée – j'appris plus tard qu'il s'agissait sans doute d'une robe d'archimage achetée par son père fortuné – et il avait sur le front un diadème. De longs cheveux blonds et parfaitement lisses tombaient sur ses épaules, encadrant un visage à l'air presque juvénile. Il semblait frêle, même pour un elfe, et était un peu plus petit que les autres. Il ne devait même pas avoir l'âge de ma sœur.

Il me jeta un regard méprisant qui dissimulait mal une certaine crainte et une culpabilité que même moi je pu lire, et ce malgré mon jeune âge. Ses mains tremblaient presque quand j'entendis la voix de mon père derrière moi.

« Qu'est-ce que c'est ? » il semblait dissimuler bien mieux que l'autre ce qu'il ressentait, car je fus incapable de deviner ce à quoi il pensait.

« J... Je suis Féinéas Silmérillis, j'étais le mage que Jaëlinyia et Hestrelinyia devaient escorter... Nous sommes tombés dans une embuscade de nagas et... Elles sont... » La peur l'empêcha de continuer, son regard était fixé sur mon père, et je devinai à quel point il devait être en colère. Je sentais presque émaner sa froideur dans mon dos.

« Elles sont quoi ? » je sursautai, avant de me glisser derrière lui en attrapant mon bâton préféré près de la porte. Jamais je n'avais entendu un tel tranchant, presque assassin, dans sa voix. Même moi j'avais compris, c'était inutile que le jeune mage le dise, mon père le mettait à l'épreuve, je pense. Les gardes accompagnaient les mages par quatre dans les marais, Mais étant donné le lustre des armes et armures de ceux qui l'accompagnaient, ils n'en venaient pas directement. Contrairement au mage, dont les cheveux étaient mal coiffés et la robe poussiéreuse, signe d'un voyage dont il n'avait pas pu encore récupérer.

Je vis le mage glisser une main dans sa robe et en sortir un médaillon que j'observai attentivement. Il s'agissait d'une perdrix tenant dans son bec une plume, et se tenant sur un encrier, le fond me fit penser aux pages d'un livre mais je n'en était pas sûre. Le pendentif, au bout duquel une chaîne dorée pendait mollement, était fait d'un métal blanc et brillant qui ne pouvait être que du platine. Je ne connaissait pas bien les blasons des grandes familles haut-elfes, et je ne savais pas réellement à quoi ça correspondait, mais j'allais prêter attention à toute la scène.

Cependant, cet elfe à l'air si peureux me surprit. Il prit un air arrogant, qui dissimulait mal ce qu'il pensait réellement encore une fois. Il prit la parole avec une voix démontrant une envie désespérée de partir, craintif, ce qui contrastait avec les paroles qu'il prononça, en faisant de grands gestes théatraux.

« Elles sont mortes comme des incapables ! À peine quelques nagas sortis de leur trou qu'elles étaient déjà au sol ! Tous ces gardes des incapables, j'ai du exterminer moi-même avec ma magie du fe... »

Ses paroles se stoppèrent net. Une étrange lumière bleue éclairait les gardes et son visage. Ils étaient immobiles, et le jeune mage semblait être stoppé net dans un geste pourtant lancé avec vigueur et théâtralité. Mon père était bras tendu face à eux, d'étais dans son dos et ne pouvais pas voir son visage, mais sa posture indiquait qu'il était fou de rage. Au bout de son bras tendu, et de sa main ouverte face aux gardes zéphyriens, un cadran d'horloge bleu et lumineux semblait flotter dans les airs. J'observai avec fascination ce phénomène et compris alors que c'était mon père qui en était à l'origine, et qui maintenait immobiles les autres.

Il baissa la main, rien ne changea, si ce n'est qu'il prit la parole. Sa voix était tremblante de colère, et j'eus l'impression qu'il allait frapper à mort le haut-elfe qui lui faisait face, je sentis même qu'il se contrôlait.

« La vérité c'est que vous avez fui, n'est-ce pas ? Les nagas son apparus, vous ont attaqués, et vous vous êtes enfui comme un lâche pendant que les combattants géraient le problème. Vous ne devez votre place qu'à la renommée de votre famille et êtes plus faible même qu'un seul naga. La vérité c'est que vous êtes un idiot. »

Il toisait les trois elfes de tout son haut. Il les dépassait de très loin, d'une tête à vrai dire. Il n'était pas très épais, mais il dégageait une telle menace qu'il était impossible à ne pas craindre, et je savais sans le voir que ses yeux devaient être effrayants. Il avait des yeux bruns clair qui lançaient plus d'éclairs que le ciel orageux, et ses froncement de sourcils annonçaient l'apocalypse à la maison. Les autres n'avaient aucune chance.

Je pensai soudain qu'il allait les faire tomber dans le vide, qu'il allait les faire disparaître avec une magie étrange, qu'il allait peut-être les assommer avec un bâton, les livrer aux ours, devenir un ours, les vendre à des esclavagistes nains, les ligoter et les transformer en saucisse, les vider de leur sang, les...

Je fus tirée de mes idées par le bruit violent de la porte qui se claque, un grand courant d'air balaya mon visage, et je sentis mes cheveux partir en arrière. Mes paupières s'étaient closes le temps d'un battement de cils, et la porte se retrouvait fermée. Un instant silencieux passa, planant dans les airs comme une feuille avant de toucher terre, comme si rien ne devait bouger, comme si l'après ne devait pas exister. Il n'aurait pas du exister. Les cris du haut-elfe derrière la porte, menaçant mon père de conséquences, ne purent briser cet instant maudit, qui ne prit fin en vérité qu'une heure plus tard. Pendant cette heure, l'autre était parti, nous avions changé de place, mon père était allé préparer une infusion et avait nettoyé avec minutie une vieille tapisserie... Mais nous n'avions pas échangé un mot. Pas un souffle ne s'était élevé, ni n'avait prit de forme. Nous étions abasourdis. Nous réalisions.

L'après arriva malgré notre réticence. Servant deux tasses d'une infusion, mon infusion préférée encore aujourd'hui, avec son goût doucereux et frais, un mélange du sucré de la framboise et du rafraîchissant de la menthe, mon architecte de paternel se mit à trembler. Il termina avec difficulté de verser le liquide dans les deux tasses, avant de laisser tomber la théière de porcelaine au sol. Elle se brisa en une myriade d'étoiles blanches, qui s'éparpillèrent sur le plancher brut de la cuisine en scintillant. Je me levai brusquement en me tournant vers l'origine du bruit, car le salon et la cuisine n'étaient qu'une seule et même pièce, la seule différence entre les deux était que la deuxième était légèrement surélevée.

Je vis mon père arc-bouté au dessus de la table, ses longs cheveux roux s'étendant en serpents sinueux sur le bois de noyer poli que j'avais toujours connu, les deux tasses fumantes à peine devant lui. Je me précipitai alors vers lui, me jouant des éclats de porcelaine qui perçaient la plante de mes pieds, et entendis son souffle rauque, vis une larme tomber à travers le rideau de ses cheveux. Mon cœur se serra. Il avait réalisé avant moi, et vu tout ce qu'il avait réussi à bâtir après des siècles s'écrouler. L'harmonie joyeuse de la famille, le bonheur d'aimer... Il venait de perdre deux des êtres qui lui étaient les plus chers... Il lui faudrait des siècles pour s'en remettre – si il s'en remet, pensai-je. Une peur sourde me saisit les entrailles tandis que je passai mes bras autour de son corps élancé en pleurant son nom. « Papa ». Je sentis sa main se poser sur ma tête, et un sourire brisé s'affichait sur son visage quand je le regardai. Il s'était redressé, me surplombant de toute sa hauteur, et tentait maladroitement de me rassurer, alors même que les larmes coulaient sur ses joues et que son sourire ressemblait plus à un rictus de douleur.

« Tu pleures, Papa. »

« Ah bon ? Je ne m'en était pas rendu compte... Il faut que j'aille me coucher. »

Je l'accompagnai alors jusqu'à son lit. Chaque pas était douloureux, je n'avais pas le temps de retirer les morceaux de porcelaine qui s'incrustaient sous mes pieds. Je tenais tranquillement la main de mon père, avec tout le calme et la sollicitude du monde. Je ne savais pas d'où je tirais encore cette énergie, mais je sentais qu'elle me quittait peu à peu, se cachant au fond de moi, pour se reposer, lentement... Pourtant j'avais envie de pleurer, de crier, de me renferme et de ne penser à rien d'autre que moi. Mais c'était mon père, et j'avais envie de l'aider. Aussi je ne le laissai qu'une fois qu'il fut sous les couvertures. Je le laissai seul, qu'aurais-je pu faire de plus ?

Je me traînai maintenant de plus en plus lentement vers le canapé, tout espoir me quittait, et ma vue se troublait, mes yeux piqués par l'acidité des larmes qui montaient... Je tremblais comme si je me tenais nue sur une plaine gelée du grand Nord, glacée par un froid pourtant bien différent que celui qu'on pouvait y trouver. J'étais en train de sombrer, je voyais les murs s'effacer autour de moi, et bientôt je ne vis plus que le tapis vers posé au sol, se rapprochant de mon visage à une vitesse impressionnante. Je sentis soudain son duveté sur mon visage, et il me revint un souvenir. Une chevelure brune aux reflets dorés, aussi douce que de la soie. Les larmes se mirent enfin à couler, se déversant de mes yeux dans mes sanglots étouffés, alors que je me recroquevillai, telle un cloporte qu'on aurait privé de sa pierre. Je me sentais me vider de toute énergie. Elles étaient perdues, je l'étais aussi. Toute ma vie devenait glace en les pensant désormais loin de moi. J'avais l'impression de sombrer, de m'enfoncer peu à peu vers des abysses glacées, remplies de ces êtres tenant de rumeurs, des hommes-poissons monstrueux et cruels... Les pires de leur race...

Mais une lueur me parvint, et je luttai soudain contre l'attraction séduisante de la mort. Un nom m'était revenu. Une paire d'yeux couleur de terre, un rire au milieu des branches, une clairière, des lianes...

Il me restait quelqu'un, quelqu'un qui saurait me soutenir, quelqu'un qui me tendrait une perche, que je pourrais utiliser pour remonter, pour me sortir de cette tourmente calme et glacée. Je me levai, les larmes coulant sur mes joues. Je ne sais combien de temps j'étais restée affalée sur le tapis... Une minute... Une heure... Une journée ? Cela n'avait aucune importance. J'avais une fois suivi Gallen pour savoir où il vivait. Je ne me souviens même pas de ce à quoi j'avais pensé. Mais je savais qu'il habitait une maison à l'écart de la ville, au milieu de la forêt, avec une mère humaine, un père tisserand qui travaillait dans une des boutiques de la ville... Je n'avais pas eût besoin de beaucoup pour le savoir. Il m'avait suffit de le lui demander, il ne savait pas qui j'étais. Il avait aussi une myriades de frères et et une sœur, qui n'était qu'un nourrisson, et sa mère avait l'air aussi jeune que n'importe quelle elfe, malgré les rides au coin de ses yeux... Il vivait dans une famille joyeuse, positive, il pourrait me prêter un peu de cette positivité non ? Ce genre de familles étaient rares chez les elfes.

J'ouvris la porte de la maison. La pluie déferlait sur la forêt en torrents glacés, mais cela ne m'importait pas. Me trouvant aux faites d'un des plus grands arbres, avec une protection contre les intempéries bien moindre comparée à celle qu'offrent les immenses arbres et leurs feuilles, je me retrouvait trempée jusqu'à l'os en un instant. J'ignorai le froid qui me saisissait et me mis à courir sur les planches avant de sauter pour attraper une liane. Gorgée d'eau, elle glissait autant que du savon, et je failli me retrouver dans le vide pour une chute qui me serait cette fois fatale, mais j'avais juste pris assez d'élan pour me propulser sur le tronc en face. J'y atterris sans grâce, comme cet éléphant de semi-elfe, et poursuivi péniblement mon chemin vers Gallen, les cheveux collant à mon cou, mon dos et mon visage au même titre que mes vêtements collaient à mon corps, mes larmes masquées par les gouttes de pluie qui dévalaient ma figure depuis mon crâne, se jouant de mes sourcils et même de mes cils, tant elles étaient nombreuses.

J'arrivai deux heures plus tard au dessus de la maison de Gallen, qui était construite à même le sol, avec des murs de torchis. C'était une maison humaine et spacieuse, dont seules les fenêtres et la porte avaient l'air d'être de facture elfique. Avec difficulté, je me glissai sur le toit de terre cuite, et me laissait tomber sur le toit, avant de me rattraper à côté de la fenêtre de la chambre de Gallen. Il était le plus âgé de sa fratrie et était presque le seul à avoir sa chambre individuelle. La fenêtre était une fenêtre de toiture, en lucarne jacobine. Une bougie était allumée à l'intérieur, et je vis mon ami penché sur quelques morceaux de cuir qu'il cousait assez maladroitement. Je devais faire vite, mes mains et mes pieds étaient pleins d'échardes et je ne pourrais pas rester indéfiniment sur le toit sans tomber. Je frappai à la porte, trois coups distincts que je m'efforçai de faire forts malgré ma lassitude. Je ne pouvais me suspendre devant sa fenêtre comme j'aurais aimé le faire. Il se retourna un instant, plissa les yeux, puis haussa les épaules, se remettant au travail. Désespérée, au bord de la chute, je répétai l'opération avec une énergie de dernier recours, plus fort. Je sus qu'il ne m'avait pas distinguée à travers l'obscurité de la forêt et l'eau sur la vitre. Mais cette fois, il approcha de la fenêtre. Il plissa les yeux longuement et je me cru défaillir. Je me sentis tomber vers le bas, emportée par la gravité, et sentis une main se saisir de la mienne.

Ce contact me redonna un espoir qui s'était effiloché au fur et à mesure de mon périple sous la pluie, qui ne s'était pas tarie depuis que j'étais sortie de chez moi, en laissant, d'après mes souvenirs, la porte ouverte. Cela m'était égal. Cependant, malgré cette émotion vivifiante qui montait en moi, je grimaçai. J'avais toujours autant d'échardes dans les mains, et sa poigne de buffle n'arrangeai pas les choses. Cependant, il me tira avec force dans sa chambre, me posant par terre avant de fermer la fenêtre. J'étais au sec, au moins. Le parquet de bois sombre me semblait alors mille fois plus confortable que les tuiles détrempées et glissantes, et mille fois plus chaud aussi, pour le plus grand plaisir de mon arrière-train d'ailleurs.

Il me regardait, et je le regardais. Il était surpris, mais pas mécontent de me voir apparemment, et encore heureux d'ailleurs. Ce fut lui qui parla en premier.

« Pourquoi tu es venue ? »

Et je lui racontai tout. Je lui racontai ce haut-elfe arrogant, je lui racontai le silence, puis ce moment où tout s'écroule, et où je me suis retrouvée à sauter, pieds et mains nus, d'arbres en arbres, sans faire attention à rien. Ma voix s'était rapidement brisée, et des larmes coulaient sur mon visage quand je décris la peur en voyant mon père tenir à peine debout, la peur en manquant de tomber, alors que la douleur me broyait le cœur, la peur en me sentant glisser sur les tuiles rouges, la peur en me sentant tomber du toit...

Et pendant que je racontais, qu'il m'écoutait attentivement, je l'avais laissé me sécher avec une serviette – par-dessus mes vêtements – et retirer avec minutie les échardes de mes pieds et mains. Certes, la douleur de l'opération n'avait pas aidé ma dignité, mais au moins c'était fait et je ne sentais presque plus rien. J'avais fini mon histoire, je sanglotait, en boule sur le sol, et il me regarda un instant, sans rien dire. Je cru que je l'avais perdu, qu'il me haïssait, qu'il allait me jeter dehors, me crier que je n'étais qu'une pleurnicharde, qu'il ne voulait jamais me revoir...

Sa main se posa sous mon menton, et il me fit relever la tête. Je remarquai une lueur qui me paraissait nouvelle... Non. Elle ne l'était pas. Je l'avais vue briller maintes et maintes fois durant nos jeux, durant nos défis stupides d'enfant, durant nos observations ou nos discussions. De la passion, ça ressemblait à de la passion. J'étais contente alors, ce que je lui proposais lui plaisait pensais-je, mais cette fois-ci, elle me troublait. Pourquoi, à cet instant, seuls dans une chambre sombre alors que je ne faisais que me lamenter sur mes chagrins, cette étincelle m'apparaissait-elle ? Cela me paraissait étrange... Est-ce qu'il était passionné par ma douleur ? Passionné par mes larmes ? Par les émotions ? Par le lien que j'avais eût ? Ou par ma décision de venir le voir ? Il me le révéla bien assez vite, en une phrase, ô combien courte, et ô combien bouleversante.

« Je t'aime. »

Sa voix s'était faite aussi douce qu'un agneau, aussi protectrice qu'une louve avec ses petits, et pourtant, elle m'effrayait. M'étais-je donc trompée ? Je le pensais un ami ; le voici donc un soupirant ! Jamais je n'avais pensé à ça, et en un court instant ça me déplaisait déjà. Ces images... Je ne me voyais pas fonder une famille avec lui, il vieillirait trop vite de toutes façons. Je n'imaginais pas un seul instant que nous puissions nous rassembler de cette façon, et pourtant, il en rêvait...

Je sentis soudain qu'il me portait, et qu'il me posait sur son lit. Avec un air presque animal, il se mit à quatre pattes au-dessus de moi alors que mes bras étaient bloqués par ses mains sur lesquelles il mettait tout son poids. La lueur de passion s'était mue en autre-chose, quelque-chose qui me paralysa de terreur. Une avidité morbide. Une envie indescriptible. Un souhait inimaginable... Du désir sexuel. Un désir que je ne partageais pas, et je priai alors tous les dieux que je connaissais pour qu'il s'en rende compte... S'il décidait de ne pas demander mon accord ou d'ignorer mes protestations, je n'aurais aucune chance dans cette position.

Il se pencha brutalement sur moi pour m'embrasser à pleine bouche, et son haleine me fit monter un haut-le-cœur. Je tachais de me dégager, et y parviens en laissant sa bave s'étendre sur ma joue droite. Il me regarda alors avec joie... Joie ? Pourquoi souriait-il alors que je me dégageais de son étreinte ? Je compris quand il parla.

« Alors tu veux aller plus vite aussi ? Parfait ! Je n'attendais que ça ! » dit-il, surexcité.

Je réalisai alors qu'il n'avait pas imaginé un seul instant que je pourrais ne pas l'aimer comme il m'aimait, il n'avait pas pensé une seule seconde que je ne voudrais pas lui, que je n'étais que « l'elfe avec qui je regarde les renards ». Et cette réalisation me paralysa, alors qu'il me déshabillait, en ne baissant que son pantalon. Je sentis soudain ses mains sur mon corps, et me tortillai violemment, chassant sa peau rugueuse et mate, qui tranchait avec l'albâtre de mon teint, mais il me bloqua avec force.

« Allons, ne sois pas si joueuse.... » dit-il d'un ton sifflant, chuintant et grave. Il était à la limite du murmure.

Je regardai alors plus bas, là où il ne me restait rien pour me couvrir, et pu voir avec horreur qu'il était parfaitement prêt à ce qu'il allait faire. Ma voix brisée par les sanglots et le froid de la pluie tenta de crier un « Non », mais ce ne vit qu'un gémissement. Désespérée, je tentais de plus en plus fort, mais j'obtenais au mieux un très vague coassement inintelligible, je me débattais, mais je n'avais aucune chance face à lui, ce taureau face à la biche acculée dans un cul-de sac, et il le fit.

Les larmes me montèrent aux yeux aux tous premiers instants, la douleur était supportable, la douleur était la pire que j'aie jamais ressenti. Il était entré en provoquant une misérable chatouille en comparaison avec certaines de mes anciennes blessures, mais sa trahison me transperçait comme une lame d'un métal qui n'en était même pas un. Je sentais le froid douloureux de la glace et la brûlure impitoyable du feu. Vingt-mille aiguilles empoisonnées traversaient mon corps. Cent centaures en furie m'écrasaient de leurs sabots, et je sombrai.

J'ai un souvenir d'une précision exacte de ce moment, de ces quelques minutes durant lesquelles il pensait devenir un homme, en ne devenant en réalité qu'un monstre. J'observai la scène de mes yeux, incapable du moindre mouvement, paralysée. Pourtant je rêvais de bouger, de me débarrasser de lui, de m'enfuir à toutes jambes loin, très loin, plus loin que je ne pouvais même l'imaginer. Je voulais quitter Endorial, Sylfaën, aller jusqu'à Stellaraë, ou dans le Grand Nord.. J'aurais accepté de me rendre dans le pandémonium pour échapper à ce cauchemar qui me paraissait interminable. Chacun de ses geste bourru et disgracieux, même le plus fugace, durait une vie entière à mes yeux. Je pleurais sans doute, le visage inexpressif et la dureté naturelle de mes sourcils, la froideur de mes yeux...

Le supplice cessa. Il s'endormit, juste à côté de moi, un bras sur mes seins. Tout mon être me criait de m'enfuir. Je pouvais enfin bouger comme je l'entendais. Partir. Partir loin. Très loin. Fuir. Ne pas me retourner. Courir. Courir vite. Courir bien. Grimper. Voler. Voler comme un oiseau. Voler comme un aigle. Voler comme un Dragon, et atterrir loin. Infiniment loin. Là où il ne pourrait jamais me trouver. Me cacher. Me cacher. Bien. Parfaitement. Être invisible. Me reposer. Ne pas bouger. Jamais. Jamais. Jamais. Jamais !

Je me glissai avec une fluidité reptilienne hors du lit en enfilant mes vêtements tant bien que mal. Je regardai sur son bureau, il avait fait des mitaines de cuir. Je les pris, elles étaient à ma taille et mes initiales étaient brodées dessus. Il voulait me le faire en cadeau. Je me retint de vomir, dans ma peur, je développait la colère. La colère m'amenait directement à la haine, et la haine me fit découvrir de nouveaux horizons. J'ouvris son armoire et trouvai une vieille paire de chaussures. Je les enfilait, elles étaient trop grandes. Je les jetterais après. J'ouvris la fenêtre et bondit en attrapant une liane. Il pleuvait toujours. J'avais trop attendu. J'avais été trop prudente, j'étais restée une dizaine de secondes avant de sortir, une dizaine de secondes en trop. Mais si je m'étais précipitée j'aurais pu le réveiller, et j'aurais été finie. La peur me poussait désormais vers l'endroit où je me sentais encore bien. L'endroit que rien n'avait entaché. La pluie rendait ma vue floue. Puis ce fut le noir.

Je me réveillai, au sol, dans ma chambre. Je n'avais plus les chaussures, les gants étaient encore trempés à mes mains, je les enlevai et les jetai mollement au loin, ils atterrirent à dix centimètres de mes mains. Je ne bougeai pas. Je ne bougerais plus jamais. J'en étais certaine.

Je ne verrais plus rien.

Je ne sentirais plus rien.

Je n'aspirerais plus à rien.

Je n'avais plus rien

Rien.





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MessageSujet: Re: Une Ombre Automnale   Une Ombre Automnale EmptyVen 3 Avr 2020 - 9:36

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Je suis le Praetor Primaris, modérateur des RP avec Arhiann. Je t'invite a mes contacter par MP à la moindre question ou interrogation.
je t'invite également a prendre garde de bien réguler ton pouvoir pour refléter ton niveau de personnage, et afin qu'on soit bien sur d'être sur la même longueur d'onde: ton pouvoir n'aura aucune influence sur tes stats au moment des combats.

En te souhaitant bon courage pour la fin de ta fiche,
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