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 "Rencontre" [PW Axe]

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Thauthaudarmafur
Arlequin

Thauthaudarmafur

Messages : 481
Expérience : 1643
Masculin Âge RP : 52

Politique : 01
Métier : Forgeron d'A. - Maître
Titres:
 

(Calebasse démoniaque, +200, v+200, Calebasse Piñata : Les récompenses en pièces d'or de fin de combat concernant les tours passés sont multipliées par 10 [le voleur aura le droit à une multiplication par 20])

Stats & équipements
Vitalité:
"Rencontre" [PW Axe] 1559870510-barre-vie-gauche1890/1890"Rencontre" [PW Axe] 1559871461-barre-vie-rouge  (1890/1890)
Vitesse: 1110
Dégâts: 405

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MessageSujet: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptySam 14 Avr 2018 - 18:49

« Satanée bestiole, r’viens par là ! »


Ramassant au passage la hache plantée dans le tronc, preuve de l'échec de son précédent lancer, Thauthaudarmafur poursuivit sa course. Dans un couinement aigu, la bête vira soudainement à droite. Rengainant sa hache, et saisissant son marteau-piolet de sa main droite, le nain sauta par dessus un arbre mort, poursuivant sa proie. Son équipement le ralentissait bien trop, et il regretta de ne pas être encore parvenu à se débarrasser de sa hache à deux mains ou de son bouclier, étant les plus lourds. Rejetant cette pensée pour plus tard, il accéléra sa course. Bientôt, il perdit sa cible des yeux, et se mit à grogner. Il n’avait pas trouvé un animal dans cette forêt depuis la veille. Il s’était rassasié de quelques baies récoltées dans la semaine, mais il n’était pas un de ces fourbes d’elfes : il lui fallait de la viande, de la vraie, de la saignante, de la viande, quoi. Il ne fallut que quelques instants pour qu'il perde la piste de l’animal. Il s’arrêta, rangeant lentement son marteau. Un couinement retentit dans son armure.

« J’sais bien mon beau… J’vais essayer d’te trouver un truc à béqu’ter. »


Le nain reprit calmement sa route dans la forêt. Cela faisait plus de deux mois qu’il était revenu à la surface. Évitant tout village et toute rencontre, il avait erré durant ces neuf semaines, survivant dans la montagne par la chasse et la découverte de ruisseaux. Il avait mis environ une semaine à adapter à nouveau son corps à cette vie dans la nature. Ayant passé quatre mois dans les profondeurs, ses yeux, notamment, s'étaient habitués à une certaine obscurité. L'intense luminosité des hauteurs les avaient violemment agressés. Perdu dans ses pensées, le nain se remémora sa descente dans les profondeurs. Il était assez ravi des découvertes qu'il y avait faites. L'origine du Mal frappant Ogh-Hen-Kìr n'était pas claire, mais l'explication de sa venue était désormais connue du nain. Néanmoins, la bâtisse du trésor trouvée par Whuurtad demeurait une énigme sans nom. Et pourtant, la marque que celle-ci arborait lui rappelait...

« Oh ! Si ça c'est pas ma veine ! »


Le nain avait sursauté, et avait parlé, comme il en avait pris l'habitude durant ses voyages, tout seul. Ses pas l'avaient amené à un noisetier, plié lourdement par le poids de ses nombreux fruits. Un reniflement retentit, puis un couinement, une plainte animale.

« J'y peux pas grand chose... Y'a pas d'phoque dans ce coin du monde. M'faudrait aller plus au nord. Mais j'te promets, dès que j'trouve un lac, j'te pêche un poiscaille. »


Un léger grognement répondit à sa dernière phrase. Thauthaudarmafur haussa les épaules et se dirigea en silence vers le noisetier. Encore des fruits. Il soupira longuement, et entreprit d'en cueillir soigneusement. La viande, la bière, et les bons repas bien lourds commençaient à lui manquer. Il devrait bientôt faire une escale dans une taverne. Il espérait s'être fait oublié dans le monde des nains, mais n'avait eu aucune nouvelle depuis son départ d'Ogh-Hen-Kìr. La gorge nouée, il se remémora ses derniers actes. Avait il bien fait de déclarer ainsi la guerre à sa forteresse natale ? À cet instant, il savait qu'une partie de la sphère gouvernant la cité naine était corrompue. Pour autant, aurait il mieux de fait de rester, et d'enquêter ? Il eut un léger rire. Il se serait fait assassiné dans une ruelle sombre, si ses ennemis étaient cléments. Les mots de Glardur le perturbaient cependant. Comment cet ancien guerrier, frère d'armes de Balfor, aurait-il pu réellement douter d'un rapport de guerrier ? La tradition était sacrée chez les nains, et les vétérans avaient grandi avec cet état d'esprit. Le témoignage d'un nain, unique survivant d'un carnage, était alors une source infinie de connaissances. Pourquoi dans son cas, cela n'avait il pas été le cas ? La gravité de son rapport, ou bien le fait que ce soit lui qui le rapporte ? Ou encore, était-ce le fait qu'il y ait quelqu'un pour conter cette histoire ? La mémoire de sa hache plantée dans la table du Conseil laissa un goût amer dans la gorge du nain, et fit voyager son esprit dans ses souvenirs.

Alors qu'il récoltait bon nombre de noisettes, un couinement aigu résonna dans son armure. Thauthaudarmafur s'arrêta et tourna vivement la tête vers la droite, scrutant les alentours avec méfiance. Le flair de son compagnon animal étant plus puissant que le sien, il attendit quelques instants, essayant de percevoir une quelconque anomalie. La forêt était paisible, le silence y régnant majestueusement, sinistrement, amenant une certaine beauté à la scène. Chaque entité naturelle était en mouvement, sous la puissance invisible d'une force apportant fraîcheur et renouveau : le vent de montagne. Revigorant, il faisait se plier les fougères, les arbustes, et les branchages. Toute feuille, qu'elle soit verte, orange, jaune, ou bien morte, tremblait dans un désordre rendu chaotique. Cette vaste scène de mouvements infinitésimaux était pourtant, lorsque l'on s'y attardait suffisamment, un merveilleux théâtre organisé par cette force suprême. Chacune des feuilles oscillait sous le vent autour de ce qu'il semblait être une position d'équilibre, singleton régulier et enivrant. Finalement, cet étrange décor était d'une beauté infinie. Les mouvements indétectables d'un simple coup d’œil faisait toute cette splendeur, tout ce calme, toute cette paix. Et pourtant, telle l'ombre indécise de la fatalité, un trouble demeurait, invisible, présent. Le nain pouvait sentir celle-ci. Il lui fallut de nombreuses secondes pour percevoir un léger son anormal dans cette quiétude. Il y avait effectivement une sonorité ne provenant pas de cette nature. Et pourtant, il s'y accordait presque parfaitement. Se redressant, et glissant les noisettes dans l'une de ses bourses, le nain fronça les sourcils. Un être, dans cette forêt ? Il hésita un instant. Était ce raisonnable d'y mener ses pas ? Il baissa la tête. Sa solitude avait fini par s'installer dans ses journées, jouant sur son esprit et sur ses habitudes. Allait il briser son nouveau quotidien à cet instant ? Il soupira profondément, sa barbe frémissant sous son souffle chaud. Sortant son deck favori de KvUnT, il le mélangea rapidement avec toute l'habilité de son peuple. Le posant, bien rangé, faces cachées, sur sa main gauche, il le contempla un instant. Jouer au KvUnT lui manquerait, assurément. Gradul avait été un excellent partenaire de jeu. Dans la forteresse qu'il comptait fonder, il instaurerait à nouveau cette pratique. Tirant vivement une carte, mettant en jeu sa décision dans ce tirage, il l'amena devant ses yeux. Il eut un léger rire. « La charge naine ». Quoi de plus explicite ? Rangeant son deck, il ajusta son équipement, et se mit en route vers la voix.

Il lui fallut une bonne dizaine de minutes avant de pouvoir discerner la voix. Une voix mélodieuse, chantant une sorte de conte de fées. Intrigué, le nain poursuivit sa progression. Quelques instants plus tard, il put finalement discerner clairement les mots du chant.

« Bel
Astre solitaire
Qui meurt
Quand revient le jour,
Entends
Monter vers toi
Le chant de la terre,
Entends le cri
D'un homme qui a mal
Pour qui
Un million d'étoiles
Ne valent
Pas les yeux de celle
Qu'il aime
D'un amour mortel. »


Le couplet sembla s'achever sur un mot tenu, dont le nain ne saisit la signification. À la tonalité de ce chant, il semblait s'agir d'une plainte mélodieuse. Glissant un œil derrière un dernier arbre, Thauthaudarmafur aperçut cinq elfes dans une clairière, dont quatre étaient assis dans l'herbe, alors que le dernier, les surplombant, posé sur une branche, chantait, le visage tourné vers le ciel rougeoyant au crépuscule. Le nain grommela. Invoquant Grungni, il maudit sa malchance d'être tombé sur des elfes pour son retour à la civilisation. Il hésita à tirer de nouveau une carte, mais s'y refusa. La carte avait été tirée. Foi et honneur de nain, il respecterait son destin. Quittant le couvert de la forêt, il apparut à la lisière de celle-ci, pénétrant dans la clairière. Ravalant une approche rude, il arbora un grand sourire, et salua les elfes, avec un dégoût bien masqué.

« Je vous salue, messires elfes, ou mesdames, pardonnez mon ignorance à ce sujet. Que viennent faire cinq elfes dans les Baldors? »


Les quatre au sol se retournèrent précipitamment, le nain approchant dans leurs dos, alors que celui qui était en train de chanter s'arrêta, penchant la tête sur la gauche. Ce fut celui-ci qui sauta gracieusement au sol, et s'approcha du nouvel arrivant, un léger sourire figé sur le visage. Celui là, blond, aux yeux bleus, et à la peau pâle, semblait être un homme, à en juger par ses courbes. Le nain doutait néanmoins, les elfes étant relativement ressemblant, qu'ils soient mâle ou femelle. L'elfe prit alors la parole.

« Avant d'être une montagne, c'est avant tout une forêt, maître nain. Je me prénomme Wuirys. Et vous ? Je vous en prie, venez, nous étions en train de vénérer Dame Lune. »


Thauthaudarmafur tiqua. Pourquoi diable ce bougre l'appelait t-il « maître » ? Faisant abstraction de ce détail, il eut un léger rire en entendant les mots de cet être. Voici un débat qui n'aurait jamais de fin entre nains et elfes : Qui de la montagne ou de la forêt était la plus ancestrale ?

« Dans le cas des Baldors, j'doute que cette forêt-ci soit plus vieille qu'la chaîne de montagnes, elfe. De plus, j'pense être passé par ici il y a quelques dizaines d'années, et, croyez moi, elle n'avait pas la même tronche. »

« Bah ! N'entrons pas dans un débat stérile, nous sommes plus nombreux, et un vote s'avérerait écrasant en notre faveur. Dites moi plutôt votre nom, et pourquoi un nain aussi équipé se balade dans un tel coin ! »

« J'm'appelle Thauthaudarmafur. J'passais par ici en recherche de viande. Et je suis un guerrier, donc je suis équipé. Vos questions sont un peu naïves, sans vouloir vous offenser. Par les temps qui courent, quel sot se promènerait sans armes ? »


À l'évocation de son nom, le nain put remarquer que deux des elfes derrière le dénommé Wuirys pouffèrent. Puis, lorsqu'il évoqua la nourriture recherchée, le silence s'empara de l'ensemble des elfes. Le nain haussa son sourcil droit broussailleux.

« Voyons, nain, vous vous doutez bien que nous n'offensons point Dame Nature ! »

« Ouais, ben Dame Nature, faudra qu'elle m'explique comment j'nourris mon ourson avec des noisettes alors. Vot' choix de pas béqu'ter d'viande, j'le respecte bien volontiers. Mais mon compagnon, là, il en a b'soin. Pas la peine d'me r'garder avec ces yeux ronds. Vot' Dame Nature, elle cautionne qu'vous laissiez un bébé ours crever pour vot' choix ? »


Alors qu'il argumentait contre l'horreur qu'il lisait dans les yeux des elfes, le nain avait sorti son ourson de son armure. Celui-ci s'était mis à gémir, réveillé dans son sommeil. Les elfes, perdus devant les propos et la démonstration du nain, s'étaient tus. Puis, soudainement et sans prévenir, Wuirys attrapa l'ourson, et le contempla. Il déclara ensuite, sous le rire des autres elfes, une phrase qui le fit sourire lui-même.

« Regardez moi ce petit bout de chou ! Le pauvre... Comment a t-il pu survivre à la grossièreté d'un nain ? Nous allons nous en occuper, Dame Nature saura le conserver en vie. Tu peux t'en séparer sereinement, Thauthaudarmafur. »


Un léger rire s'échappa, sec et grave, de la gorge du nain. Un rire qui se poursuivit. Un rire qui se durcit, alors qu'un sourire presque sadique apparaissait sur les lèvres du nain. Le regard noir, donnant à Thauthaudarmafur un air menaçant, il répondit, le sourire s'élargissant lentement.

« Oh, vous... Mes mignons... »




L'habileté naine est passionnante. Que ce soit pour graver, sculpter, forger, jongler, et bien d'autres choses, il fallait être elfe ou stupide (les premiers étant souvent les seconds) pour ne pas apprécier une telle danse. Un nain, comme Thauthaudarmafur à cet instant, ne ratait jamais un coup qu'il portait. Une noisette entre l'index le pouce droit, le marteau dans la main gauche, il pouvait poser le fruit et ses doigts sur une surface plate, puis donner un violent coup de son arme. La noisette était ouverte, et ses doigts indemnes. Satisfait de sa manœuvre, il retira le morceau mangeable, et le jeta sur sa langue. La clairière était enfin silencieuse, l'ourson regardant avec tristesse les noisettes. Il avait faim. Assis sur la tête de Wuirys, le nain contempla les cinq corps inconscients gisant dans la clairière. Il regrettait presque de ne pas en avoir tuer un, son compagnon animal aurait ainsi été rassasié. Il haussa les épaules, et sortit une nouvelle fois son deck. Après l'avoir soigneusement mélangé, il accomplit une nouvelle fois son rituel personnel, mettant cette fois-ci en jeu la vie de l''une de ces insolentes créatures. « La Rencontre », une carte de sort, sans caractéristiques. Deux détails perturbèrent instantanément le nain. Premièrement, la pierre dans une poche interne de son armure se mit à vibrer. Mais il n'eut pas le temps de s'en préoccuper, car un second point le fit frémir. Il ne se souvenait ni d'avoir créé cette carte, ni de l'avoir ajouté à son deck fétiche. Il fronça les sourcils. Cette carte promettait un changement radical de la situation du champ de bataille par l'arrivée d'une entité inconnue. « La Rencontre » ? Il prit la carte, et la rangea dans une pochette vide. Légèrement perturbé, il convînt néanmoins que ce n'était pas une carte offensive. De ce fait, il ne tuerait personne dans cette clairière. Alors qu'il saisissait son marteau, un bruit le surprit. Avec une vivacité témoignant d'une expérience certaine, il se positionna en garde, se tournant vers le son. Il découvrit un elfe titubant, une gourde à la main, visiblement éméché. Un elfe ? Saoul ? Encore un de ces bouffeurs de plantes ?!

« Heuk ! Et beuh... Qu'est c'qui s'est passé ici ? Wuirys.. ? Heuk ! »

« Il ne s'est rien passé, ici, elfe, détournes le regard, et passe ton chemin. »

« Beuh...Hey... C'était mes copains... »

« Ils le sont. »

« Gueu ? »

« Je n'ai fait que les assommer. »

« Meuh... C'est pas gentil ça... »

« Ils l'avaient cherché. »


Thauthaudarmafur s'était approché durant le court dialogue. L'ourson polaire le suivant au pas, le nain toisa la loque en face de lui. Dans son état, il n'avait pas dû faire beaucoup de route, et venait vraisemblablement d'une taverne. Il puait la pisse. Comment un elfe, individu d'une race connue pour sa dignité et son arrogance, pouvait tomber si bas ? Foutue raclure. Avec un large sourire, il attrapa la longue chevelure du pochtron et, remontant sa main jusqu'à sa nuque, lui enfonça violemment le crâne dans un tronc proche. Se tapotant les mains, il siffla l'ourson et le positionna à sa place à l'intérieur de son armure. Six elfes inconscients. Le retour à la société commençait bien.

Ayant marché dans la direction opposée du chemin emprunté par le dernier elfe, le nain vérifia bien vite ses suppositions. À moins de cinq minutes de la clairière, une taverne, perdue dans la montagne, accueillait pourtant un bon nombre de personnes. Thauthaudarmafur se glissa aisément à l'intérieur. Un nain passait souvent inaperçu dans ce genre de lieu. Parvenant au comptoir, le nain grimpa sur un tabouret, et commanda bien vite une bière, et deux saucissons. Attendant la commande, il détailla l'intérieur de la taverne. Le derrière du comptoir était peu rempli. C'était une taverne dans la moyenne, avec une réserve raisonnable. À la droite du comptoir, un escalier de bois semblait ouvert au public, témoignant de la présence de chambres à l'étage. Tournant légèrement la tête, le nain nota dans son esprit tous les détails qu'il voyait. Une trentaine de personnes, réparties sur moins d'une quinzaine de tables. Un coin réservé pour les luttes, activité propice aux paris et aux rires, ainsi qu'aux dents cassées. Quelques combattants s'y défiaient déjà, entouré d'une dizaine de personnes. Les paris étaient organisés par un homme avec un tablier : certainement le tavernier lui-même. Un panneau d'affichage se trouvait près de la porte, portant les nouvelles en Dùralas. L'ambiance était somme toute celle d'une taverne classique. Il était néanmoins surprenant de trouver une taverne si fréquentée dans un coin si perdu. Mais après tout, le nain savait t-il seulement avec précision où il se trouvait ? Une charmante serveuse rousse vînt lui apporter sa commande. Thauthaudarmafur la remercia, lui laissant deux pièces de pourboire, qu'elle glissa promptement dans son décolleté, faisant soudainement les yeux doux au client. Celui-ci lui sourit chaleureusement, jouant le naïf. Et ensuite, on disait les nains cupides ? Riant intérieurement de cette ironie, il glissa un saucisson dans son armure, saisi immédiatement dans un grognement satisfait par son compagnon. Découpant son propre saucisson, il laissa alors ses oreilles traîner, envieux de connaître les sujets de discussion du moment.

« Z'avez entendu la nouvelle? Des pirates auraient attaqué la plage, au sud! »

« C'est qu'des conneries! Un journaliste débutant aurait rapporté de fausses infos pour l'on ne sait quelle raison. »

« Tu crois? Ça m'étonn'rait pas moi... On n'a plus entendu parler des pirates depuis Natsuhydr, ils prévoient un gros coup, j'pense. »

« Contre leurs anciens alliés de toujours? T'y crois vraiment? »

« Que des canailles, on ne sait pas ce dont ils sont capables par avidité. »

« Mouais... M'enfin on verra d'main, d'vrait y avoir des nouvelles. »

« T'façon c'est loin, l'Harena les asséchera avant qu'ils arrivent dans le coin! »

Plongeant son nez dans la mousse de sa bière, le nain n'avait pas manqué un mot de cette discussion. Les Pirates, restés sous silence depuis Natsuhydr, auraient déclenché une telle offensive ? Il était cohérent qu'ils puissent prévoir quelque chose d'énorme. Mais d'un point de vue stratégique, ce choix semblait idiot. Marins, ils étaient habiles en mer. Envahir un territoire dans ces conditions... C'était un choix peu judicieux, selon le guerrier. Attrapant une rondelle de saucisson, il se promit de suivre de près cette histoire. Comme pour marquer l'accent sur cette promesse, il leva sa pinte, la finissant d'une traite, acte qu'il n'avait pas accompli depuis bien longtemps.




~ Puisse Grungni veiller sur votre honneur ~




État des slots d'arène : Garz-Doug VS Oló-Grabuge-Thauthau
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Axe
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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyVen 20 Avr 2018 - 3:18

Le visage déformé par la douleur, lafeth boitait à travers le dédale sombre des profondeurs des mines de Khazar, une main appuyée contre la paroi de roche froide qu’il longeait et l’autre crispée autour du manche d’une torche vacillante. Un carreau d’arbalète dépassait de son mollet gauche. Le stryge s’arrêta quelques instants pour reprendre son souffle, gémit et reprit sa route après avoir jeté un regard nerveux vers l’arrière. Il ne savait pas d’où le projectile était sorti ni qui l’avait tiré, mais il se doutait en entamant sa fuite qu’on le traquerait, et s’était tenu en alerte. Il somnolait à moitié lorsqu’il avait été surpris par le bruit de l’arbalète ; sa demi torpeur qui lui avait coûté la validité de sa jambe gauche et la possibilité de rafler ses vivres dans sa fuite. À présent, il errait seul dans des cavernes qu’il ne connaissait pas, sans nourriture et sans eau – qui savait pour combien de temps ? S’il ne parvenait pas à retrouver le campement superficiel qu’il avait monté une fois suffisamment enfoncé dans le complexe souterrain à son goût, ou une des galeries qui l’y avait mené, il était un homme mort.

Il s’arrêta une seconde fois pour s’adosser à la pierre sombre et essuya la sueur qui trempait son front, le visage pâle. Sa jambe le lançait terriblement. Stryge noir déchu, il était pourtant accoutumé aux sévices corporels et aux tourments dont ils imprégnaient les chairs, et avait appris à dominer sa douleur dans la mesure du possible. Il grogna. Impossible de poser son pied au sol sans souffrir atrocement. Dirigeant la lumière de sa torche vers la plaie d’où dépassait encore le carreau en faute, il déchira le tissu de ses chausses sales et retint un juron lorsque les alentours de la blessure s’offrirent à son regard. Les chairs déchirées avaient noirci. Une ecchymose de la taille de son poing fleurissait autour de la plaie, bombée et violacée. Comment ? Il ne voyait que le poison, mais la perspective ne lui plaisait pas et il l’écarta immédiatement. Tant bien que mal, il reprit sa route en claudiquant misérablement, ignorant la brûlure intenable qui gagnait petit à petit son genou et ses alentours. Un embranchement se profila. Un ultime coup d’œil en arrière et il s’engouffra dans l’étroit passage qui s’ouvrait à sa gauche. Pour peu que son ennemi fût resté suffisamment en retrait pour le perdre de vue, c’était sa chance. Le stryge sourit. Oui, s’il négociait ce tournant et éteignait sa torche à temps, la traque prendrait fin et il pourrait se reposer, réfléchir et s’organiser.

Il y parvint.

Écrasant sa torche au sol et foulant de son pied valide les braises restantes, il s’aplatit contre la paroi, puis entreprit de la longer doucement jusqu’à trouver un renfoncement suffisamment grand pour lui permettre de s’y dissimuler entièrement. Il calma sa respiration et s’immobilisa. Dans la pénombre, il était invisible.

Le claquement régulier d’une paire de bottes contre le sol de pierre ne tarda pas à se faire entendre, ténu puis de plus en plus palpable alors que leur propriétaire se rapprochait. Lafeth retint son souffle. Au loin, une lumière chaude –sûrement celle d’une lanterne– balaya l’entrée de son tunnel, puis se dirigea vers l’autre passage, plus sûr, plus large. Les pas se figèrent et lafeth se détendit. Son poursuivant hésitait…selon toute vraisemblance, il suivrait le chemin qu’aurait emprunté un éclopé et perdrait sa chasse tandis que le stryge reviendrait sur ses pas en filant droit vers la sortie, débarrassé du problème pour un moment. Une fois dehors, il prendrait soin d’effacer ses traces et se dissimulerait aux alentours, là où on le chercherait le moins. Et il serait libre.
Un nouveau bruit retentit à l’entrée du tunnel, qui lui arracha une moue inquiète. Son poursuivant n’avançait pas…il humait. Les yeux de lafeth s’écarquillèrent. Par Mahriser, il humait ! Les pas reprirent dans sa direction et il jaillit hors du renfoncement, négligeant sa jambe blessée qui plia sous son poids à peine sollicitée. Le stryge s’effondra. Il jura, se redressa sur ses coudes et entreprit de se relever, s’agrippant à la paroi rocheuse riche en aspérités en haletant douloureusement ; au contraire de ceux qu’il quittait, le tunnel était brut, égalisé grossièrement par les nains qui l’avaient creusé. Ses mains s’écorchèrent sur un relief acéré mais il continua sa route, fuyant les pas qui résonnaient derrière lui et la lumière qui les accompagnait. Peine perdue. La mélodie grinçante d’un carreau qu’on armait derrière lui arracha un gémissement terrifié, qui se changea en hurlement de douleur quand son second mollet fut transpercé à son tour. Il tomba à nouveau et rentra la tête dans les épaules.

"Bonsoir, lafeth.

Une salutation pour le moins inattendue retentit alors qu’il entreprenait de se traîner vers la paroi la plus proche, à laquelle il s’adossa avec un halètement. La voix était féminine. Jeune. Il leva les yeux et la silhouette d’une femme en habits sombres lui apparut, une arbalète à la main et un épais paquetage dans le dos. À ses hanches pendait un véritable panel de lames qui luisaient à la lumière de sa lanterne, plus menaçant encore que son visage dur et osseux. Il trembla. Pourquoi les jambes ? Elle avait eu tout le loisir de viser son dos durant sa misérable tentative de fuite, alors pourquoi diable les jambes ?

- Qui êtes-vous ? À quoi rime tout ceci ?

Sa voix était on ne pouvait moins assurée, affaiblie par la douleur et la fatigue. La jeune femme posa la lanterne à terre et lui répondit d’un ton neutre.

- Mon nom est Axe, Axe de Cälvenberg. Tu ne me connais pas.

C’était vrai. Son visage lui paraissait familier, mais il ne connaissait pas d’« Axe », comme elle disait – étrange nom au demeurant. Ni de famille Cälvenberg. Ébloui par la lumière de la lampe, il cligna plusieurs fois des yeux et détailla sa poursuivante, tentant en vain de déterminer son âge et son origine exacts. Ses habits étaient triviaux, cuir, laine grise, cape sombre et chemise anonyme. Elle ne portait pas de blason, pas d’armure lourde. Quel genre d’individu cela lui rappelait-il ? Une angoisse sourde s’insinua dans son bas-ventre et il sursauta lorsque la femme dégaina un long coutelas, tirant dans le même mouvement une petite fleur pâle de sa poche, qu’elle déposa près de la lanterne. Son cœur rata un battement.

- Le lotus…on a lancé la Congrégation après moi ? Les yeux de lafeth s’écarquillèrent. Kova ! Je savais qu’elle m’avait vu partir !

Pour la première fois, la réponse de la mercenaire fut vive.

- À quoi t’attendais-tu, garçon ? Tu as abandonné Saigo, ton maître, alors qu’une lourde menace pesait sur ses épaules. Tu l’as regardé mourir, puis tu as filé par une porte dérobée et tu as quitté la Tour par peur d’être réprimandé. Ta lâcheté…

Au fil de ces trois phrases, la retenue de la jeune femme s’était effilochée en un clin d’œil, si bien qu’elle fut forcée de s’interrompre pour réguler son intonation. Lorsqu’elle reprit, une terrible amertume se lisait sur son visage.

- Ta lâcheté t’avait assez coûté, j’imagine. Tu craignais d’arriver au bout de la patience des exécuteurs. N’est-ce pas ?

- Vous n’agissez…vous ne parlez pas comme une mercenaire.

Le fait était que la jeune femme prenait l’affaire trop personnellement. Lafeth n’y comprenait rien. Le ton et l’expression de son interlocutrice aidant, il se sentait terriblement en danger, et lorgnait d’un œil torve le coutelas qu’elle tenait toujours. Sa jambe gauche le lançait à présent de la cheville à la hanche, brûlante, et la droite semblait emprunter le même chemin lentement mais sûrement. Il était acculé.

- En effet.

Une lueur d’espoir s’alluma dans le regard de lafeth, qui prit pour une ultime chance de survie la réponse sèche de son interlocutrice. Elle signait en vérité son arrêt de mort.

- J’ai de l’argent, balbutia-t-il, très peu, mais j’en ai. Tout ce que j’ai sur moi est à vous. Vous m’avez vu errer dans les bois, c’est cela ? Vous nous avez repérés moi et ma bourse ? Les membres de la Congrégation font ça. Très bien ! Ma bourse, la voilà !

Lafeth tâta ses poches fébrilement à la recherche de la petite boursette de cuir qui renfermait ses maigres richesses et la lança à la mercenaire, qui la laissa retomber à sa gauche sans lui accorder un regard.

- Tu as fui, lafeth.

Elle avait presque sifflé ces mots.

- Sois raisonnable. Tu ne sortiras jamais de cet endroit. Et quand bien même tu le ferais, pressé par le manque de vivres, tes congénères t’attendraient à la sortie pour te dépecer et te faire payer en bonne et due forme ton manque de loyauté. Comme ils aimeraient ça ! Non, hors de question de leur laisser ce plaisir. Ta tête m’appartient, pauvre petit bout d’homme.

« Axe » s’avança, le visage déformé par l’affliction.

- Elle sera expédiée à cette chienne de Ventress, non pas en guise d’avertissement mais bien de préambule. Car d’autres suivront, lafeth. D’autres tomberont. Et lorsque la Matriache comprendra qu’elles lui étaient toutes adressées, de la première à la dernière, il sera déjà trop tard.

Il entrouvrit la bouche, désorienté. Le discours de son interlocutrice ne faisait plus aucun sens. Que voulait-elle à la Matriarche ? La tuer ? Impossible…

Lafeth voulut mettre la femme en garde contre la puissance de Zéphalia, mais un éclair glacé lui déchira la gorge et lui arracha un borborygme épouvanté. Elle l’avait fait ! Il plaqua ses mains contre le sourire rouge qui avait fleuri là où la lame avait transpercé son col et se recroquevilla sur lui-même, les yeux arrondis par la surprise. Le coup avait été vif et précis, implacable. Déjà, ses doigts étaient trempés et ses forces s’échappaient à travers le gouffre béant de la blessure, qui le lançait comme rarement une simple coupure l’avait fait auparavant. Il gémit. Il gémit car il souffrait, il gémit car il comprenait soudain. Le sifflement d’une lame qu’on rengainait résonna dans le couloir obscur et sa tête bourdonnante s’affaissa, suivie par ses épaules puis son corps tout entier.

C’en était fini de lui. C’en était fini de la Tour Noire.

C’en était fini de Zéphalia.

***

« Les pirates ne tenteront rien. »

Quelques discussions s’interrompirent autour d’Axe tandis qu’elle se levait, raflant ses trois chopes vides au passage et saisissant Charybde de sa main libre. L’arme, qu’elle balança en travers de son épaule, était enveloppée dans une épaisse toile de bure noircie par endroits et solidement ficelée. La mercenaire essuya le regard de ses voisins.

« Non, quoi qu’on en dise, ils savent qu’il y a tout à perdre dans un manque de respect à la Congrégation. Des esprits libres et pleins de bon sens…L’auteur de ce canard aurait été bien inspiré de les imiter, pauvre petit. »

Son regard glissa vers les deux gaillards qu’elle entendait mener le débat depuis un moment, des nordiques taillés comme des bœufs aux grandes mains abîmées. Des bûcherons, devina-t-elle. Assise au fond de la taverne depuis la fin de la matinée, elle les avait vu s'installer et commencer à parler piraterie et canulars autour d'une bière, prendre un repas et continuer leur manège, visiblement très intéressés par le sujet. Puis le problème s'était étendu à d'autre tables. Occupée alors à enduire ses lames et ses carreaux du venin de Fer-de-Lance dilué qu'on lui avait offert à Château-Rouge, la mercenaire n'avait pas résisté à la tentation d'intervenir. Elle repoussa sa chaise d’un pied et s’avança jusqu’à leur table alors que les échanges reprenaient derrière elle comme s’ils n’avaient jamais été perturbés.

« Assurez-vous de faire circuler les bonnes rumeurs autour de vous, leur souffla-t-elle. Certaines oreilles manquent drastiquement concession, et leurs propriétaires ont la punition facile. »

Puis elle s’éloigna, jouant des jambes et des épaules pour écarter quelques soûlards sur sa route. Des grommèlements inquiets retentirent dans son dos alors qu’elle gagnait tranquillement le comptoir.

« C’était une menace ça ? 
- J’sais pas.
- Moi ça m’plaît pas. On se tire. »

Leurs chaises raclèrent le parquet tâché et ils s’exécutèrent sous le regard désapprobateur du propriétaire des lieux, qui organisait les combats au fond de l'établissement et remplissait inlassablement les chopes que lui réclamait la jolie serveuse qui évoluait dans la salle. Axe tira un tabouret, déposa les siennes sur le comptoir et appuya Charybde contre le bar, puis s’assit et tira une pièce d’or de sa bourse en désignant du menton les récipients vides.

« T’en as pas assez eu, tu crois ?
- J’en reprends deux chopes et j’ai mon compte, mon bon. D’ici-là, je paye, tu verses.
Le tavernier grommela.
- Tu m’fais fuir des clients, j’aime pas trop ça. C’était quoi tes messes basses avec les frères bûcherons ?
- Conseils amicaux, ils ont la langue un peu acérée pour ce genre d’endroit. Qui sait quel genre d’individus passent ici sans qu’on s’en aperçoive ?
- Ouais, qui sait ?
Le commerçant se retourna, l’œil contrit, déboucha un petit tonneau et remplit à ras bord les deux chopes commandées, plus quelques autres en prévision d’un passage de la rouquine. Il les tendit à Axe et se désintéressa de la mercenaire, qui porta le récipient à ses lèvres. La bière bon marché paraissait bien fade après le champagne de Styx.

Styx.

Axe soupira, pianota quelques instants sur le comptoir et jeta un œil au cercle de combat au fond de la salle, où s’affrontaient deux jeunes garçons couverts de sang et de sueur. Qu’est-ce qu’ils pouvaient être lents. Bons dieux ce qu’ils pouvaient être lents. Elle secoua la tête et noya sa frustration dans une gorgée de bière, puis deux, puis dans la chope entière. Dans cette affaire, le temps jouait contre elle et contre son nouvel allié – détail qu’il ignorait et qu’il continuerait d’ignorer jusqu’à ce qu’elle règle définitivement le problème. Il y avait la poursuite de ce stryge, qui avait échappé à la vigilance de ses pairs et avait disparu dans la nature après l’assassinat de Saigo, dont Axe se faisait une affaire personnelle. Lafeth, l’ancien larbin de l’exécuteur. Il était le début d’une longue liste, dont l’apothéose serait ce vautour insipide de Zéphalia. Et puis il y avait sa grande heure de gloire, son incendie, sa vengeance planifiée avec une précision millimétrique pour une efficacité maximum. Les deux affaires cohabitaient. Elles le devaient.

Un grognement de satisfaction s’éleva à sa droite et elle posa un œil inquisiteur sur son voisin immédiat, un nain hirsute qui retirait prestement sa main de sous son plastron. Drôle de trogne couturée de cicatrices, solitaire. Il était anodin.

« Voilà que les ventres ont des bouches, fit-elle avec un demi-sourire. J’en connais beaucoup qui grognent quand ils ont faim, mais ça, jamais vu. »

« Hé, la belle !  
Axe se retourna. C’était un des gamins, qui revenait tout sourire de son combat.
- J’ai gagné, et r’garde un peu c’qu’on a récolté !
- Pas mal. T’étais pas un mauvais investissement, après tout.
Axe était arrivée tôt à la taverne. Au début de la journée, quand les combats avaient commencé, elle avait vite repéré un jeune bagarreur pas trop mauvais, qui avait l’air de connaître le coin. Le marché était le suivant : il se battait, elle faisait monter les paris, et si à la fin du petit tournoi il lui ramenait une piste pour le stryge –qu’on avait vu passer par là, elle le savait de source sûre–, il gardait tout. Chacun avait rempli sa part primaire du marché et la cagnotte du garçon s’élevait à présent à 500 pièces, montant dantesque pour ce coin des baldors. À présent, s’il revenait vers elle, c’était que…
- J’ai fini par savoir où il se cache, ton oiseau.
- Range vite ta fortune et dis-moi tout, lui intima-t-elle immédiatement. Une direction ?
- Mieux : un lieu ! Des bûcherons l’ont vu filer vers les vielles mines, celles qui sont pas bien sûres sauf pour des gars comme lui…et toi.
- Kazhar.
- On te reverra passer par ici, dis ?
- Peut-être, si j’ai envie d’une…
- AH NON !

Le jeune homme sursauta et Axe leva les yeux. C’était le gérant des lieux qui déboulait comme une furie, le visage rouge. Il avait visiblement terminé de clore le tournoi et dispersait les badauds quand il avait surpris leur échange.

- Toi ma jolie, ton argent, j’en veux pas autant dans ma maison ! Deux bières achetées sur le dos d’pauvres gars assassinés, passe encore, mais je laisserai pas c’gamin se construire une vie là-dessus !
Il saisit le bras du jeune homme, qui protesta avec véhémence.
- Touchez pas ! J’lai gagné à la force de mes bras, pas comme c’est que vous dîtes !
- Mais mon triple idiot, c’est elle qui se roule sur l’or à force de supprimer les ennemis des marchands d’la capitale ! Tu crois qu’elle le sort d’où l’argent qu’elle a mis sur toi ?
- Mais qu’ils crèvent, moi j’les ai gagnées ces pièces !

Un coup de poing partit soudain et le tavernier recula en se tenant le nez, un bout de la manche du gamin dans le bras. Ce dernier secouait sa main en grimaçant.

- Pardon, m’sieur. Vous savez quoi, j’m’en vais et on s’en tient là.

Puis il tourna les talons et passa la porte de la taverne, jouant à faire cliqueter les pièces dans sa bourse. Le tavernier se redressa et jeta un regard noir à Axe, qui vidait sa dernière chope à tout hasard. Elle faisait bien.

- Tu dégages, intima-t-il, et que je te revoie plus passer ici. T’auras beau dire ce que tu voudras, les enflures comme toi, on les tolère pas.

Axe reposa sa chope, docile, et récupéra Charybde après avoir sauté au sol. Elle avait eu ce qu’elle voulait, et il était inutile de jouer à faire de cet endroit un nouveau Canari Jaune. Elle le pouvait. Charybde le pouvait. Son regard balaya l’assemblée et elle ne trouva personne en mesure de faire face à ses talents martiaux ou à la puissance destructrice de son arme, qui sommeillait tranquillement, paisiblement. À quoi bon ? Elle roula des épaules et poussa la porte, quand la voix du gérant retentit une ultime fois.

- Et pis toi aussi tiens, j’vous ai vu parler et t’as pas exactement une gueule d’ange.

La mercenaire jeta un regard en arrière et ses soupçons se confirmèrent. Réprimant un sourire amusé, elle s’écarta d’un pas et fit mine de tenir la porte au nain que le tavernier avait apostrophé, désignant l’extérieur de la bâtisse avec un geste du bras élégant.

S'il obtempérait, elle lui devrait sans doute quelques excuses.
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Thauthaudarmafur
Arlequin

Thauthaudarmafur

Messages : 481
Expérience : 1643
Masculin Âge RP : 52

Politique : 01
Métier : Forgeron d'A. - Maître
Titres:
 

(Calebasse démoniaque, +200, v+200, Calebasse Piñata : Les récompenses en pièces d'or de fin de combat concernant les tours passés sont multipliées par 10 [le voleur aura le droit à une multiplication par 20])

Stats & équipements
Vitalité:
"Rencontre" [PW Axe] 1559870510-barre-vie-gauche1890/1890"Rencontre" [PW Axe] 1559871461-barre-vie-rouge  (1890/1890)
Vitesse: 1110
Dégâts: 405

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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyDim 22 Avr 2018 - 2:27


Vide, la chope claqua contre le comptoir. L'avant bras gauche du nain vint frotter sa barbe emplie de mousse, alors qu'un long soupir de satisfaction s’échappait de ses lèvres. Jetant à nouveau une rondelle de saucisson sur sa langue, Thauthaudarmafur sourit. Il n'y avait décidément rien de mieux que la viande afin de requinquer un corps. Passant la langue sur l'une de ses molaires gauches supérieures afin de retirer un morceau coincé, il jeta un œil sous mon armure. L'ourson, percevant ce regard, s'interrompit, et fixa son maître. Celui-ci sourit, assuré du bien-être de son unique compagnon. Il redressa la tête, et fut surpris de voir la serveuse accoudée au comptoir, penchée à une dizaine de centimètres de son visage. Le nain, parvenant dans le même temps à nettoyer sa molaire, déglutit, et fixa les yeux verts de la demoiselle, ne pouvant ignorer sa poitrine volontairement mise en valeur par sa position. Elle devait avoir la vingtaine, sa peau lisse et ses tâches de rousseur démontrant une jeunesse humaine sans pour autant la laisser supposer enfantine. Le chignon roux qu'elle arborait avait été effectué avec efficacité, son but étant de libérer le visage de la serveuse. Les bras de celle-ci étaient musculeux, mais demeuraient sveltes, alors que ses paumes calleuses maintenaient son visage droit, pressées contre ses joues pâles. Tant de petits détails que nota le nain, l'informant que la dame en face de lui avait bien des années de service dans les jambes. Information confirmée par le fait qu'elle lui faisait les yeux doux depuis son pourboire. Souriante, elle lui adressa alors la parole avec une voix fluide, presque mélodieuse au sein du brouhaha de la taverne.

« Cela faisait de nombreuses semaines que nous n'avions plus vu un nain solitaire dans cette taverne ! Vous venez de BaldorHeim ? Qui êtes vous, maître nain ? »

Thauthaudarmafur tiqua. Pourquoi diable l'appelait t-elle « maître » ? Il arbora un grand sourire d'apparence, et laissa un rire grave s'extirper de sa gorge, engageant à son tour la discussion avec la serveuse.

« Gyar gyar ! C'est qu'votre taverne est assez reculée ! Non, j'suis originaire d'une autre forteresse, aucune chance qu'vous connaissiez l'nom. J'me nomme Thauthaudarmafur, et quel est donc vot' nom ? »

« C'est vrai que nous ne sommes pas sur la route principale, mais nous avons suffisamment de renommée dans les villages alentours pour être presque complet tous les soirs ! Dites moi donc le nom de votre cité, il est possible que j'en ai entendu parler. Je me prénomme Hélène, et je viens de la capitale humaine. »

Le nain esquiva bien rapidement le sujet de sa forteresse, désireux de garder ce détail sous silence. Pour ce faire, il sourit de plus belle, et décida de faire parler la dame. Toutes les dames aimaient parler, et en oubliaient leur propre questionnement, c'était ce que le nain avait appris lors de nombreux passages en taverne durant ses voyages.


« Une stellaroïse ici ? J'serai ravi d'vous entendre conter vot' histoire ! Et j'vais vous r’prendre deux nouvelles pintes, chère Hélène. »

« Je vous sers ça de suite ! Mon histoire n'est pas bien passionnante, mais je pourrais vous la conter plus tard dans la soirée, à la fin de mon service, par exemple... Comptez vous rester ici cette nuit ? »

« Ce n'était pas prévu dans mes plans initiaux, mais une telle proposition ne s'refuse pas. »

« Très bien ! Vous me rejoindrez dans la trois, dans ce cas... Oui, j'arrive, patron ! À tout à l'heure, cher nain... »


Dans un dernier sourire, la serveuse quitta le comptoir, après avoir déposé deux pintes fraîches devant le nain. Ce dernier s'en saisit d'une et sourit sincèrement, plongeant à nouveau son nez dans la choppe. Son retour à la société commençait décidément très bien.

Finalement, la question s'imposa à son esprit. Avait il réellement un plan initial ? Ses lèvres retrouvèrent leur frigide neutralité, alors que son regard se perdait dans la contemplation de l'alcool. Il ne savait en réalité pas ce qu'il faisait ici, ni ce qu'il devait faire à présent. Devenir plus fort, certes, mais les moyens n'étaient pas évidents, et encore moins simples à trouver. Trouver des alliés ? Il ricana intérieurement. Comment avait il pu penser un instant que cela serait trivial ? Il était bien loin d'avoir tout appris de la sagesse de Zartys. Préférant noyer ses questionnements dans sa bière, il prit une longue gorgée du breuvage alors que, dans son dos, il y avait une certaine agitation. Il supposa que les combats dans le fond de la taverne prenaient un tournant inattendu. Ne voyant pas d'intérêt à y jeter un œil, il ne prit pas la peine de se retourner. Soudainement, il fronça les sourcils, un terrible bourdonnement s'emparant de son crâne, alors que la pierre semblait éprise de fortes vibrations dans son armure. Sa main gauche vint soutenir son front, qui s'avéra chaud, tandis que le nain fermait les yeux. Le bourdonnement sembla se préciser, se clarifier, en un sifflement parasite. Bientôt, ce sifflement sembla avoir un sens. Un mot, répété, dont l'intensité semblait croître petit à petit.


Tion...

Gation...
Grégation...
Congrégation...
Congrégation...
Congrégation...
Congrégation...
CONGRÉGATION !



« […] Congrégation. Des esprits libres et pleins de bon sens…L’auteur de ce canard aurait été bien inspiré de les imiter, pauvre petit. »


Aussi soudainement qu'il était apparu, le bourdonnement disparut, ainsi que la vibration dans son armure. La voix féminine semblait les avoir chassés, et emplissait précisément les tympans du nain. Celui-ci fronça les sourcils, et tourna légèrement le cou, afin de contempler de son œil gauche la demoiselle. Vêtue de cuir, laine grise, cape sombre et chemise anonyme, portant un lourd équipement sur l'épaule, démontrant une certaine puissance physique, elle arborait une longue chevelure brune, et aucun signe d'appartenance à une quelconque communauté. C'était sans compter sur ses propos, défendant très clairement la Congrégation de l'Ombre. Thauthaudarmafur en avait déjà entendu parler -comment aurait il pu en être autrement ?- lors de ses voyages. Malgré ses courbes juvéniles, le nain dut admettre l’existence d’un certain charme chez cette personne. Celle-ci souffla quelques choses à deux clients, qui eurent tôt fait de s'en aller, sous le regard désapprobateur du patron, et l'incompréhension visible d'Hélène. Le nain replongea le regard dans sa bière. Les choses prenaient une allure qui ne l'intéressait pas. Il n'était en aucun cas mêlé à toutes ces histoires. Cependant, un détail le dérangeait quelque peu. S'il interprétait avec justesse les propos tenus, la jeune femme faisait partie de la Congrégation, une communauté de mercenaires et d'assassins, réputés pour leurs discrétions. Qu'elle vienne ici pour clamer, face à des rumeurs d'attaques pirates semble t-il, la puissance des meneurs dans l'obscurité ne pouvait alors que vouloir dire qu'elle était confiante de sa puissance, ou bien qu’elle était incroyablement stupide. Alors qu'il réfléchissait calmement à cette théâtralisation mise en place, il vit du coin de son œil l'intéressée s'asseoir, et commander deux nouvelles pintes. Le tavernier demanda, avec raison, si la gamine était sûre. Faisant preuve d'une répartie cinglante, et d'une confiance démesurée, elle lui répondit qu'elle avait soif, grossièrement.

Le tavernier retourna vaquer à ses occupations. Le nain soupira légèrement. L'ambiance dans la taverne avait été refroidie avec toutes ces interactions. Lui qui souhaitait passer une bonne soirée, avec de franches rigolades, peut être une partie de KvUnT si un connaisseur se trouvait dans le coin, puis une excellente nuit avec la serveuse, voilà qu’il se retrouvait dans une taverne tendue. Sous sa barbe, un grognement de satisfaction retentit. Il baissa la tête, jetant un œil à l’ourson repu, s’étirant puis s’enroulant contre son ventre. Souriant, le nain passa la main dans son armure, et vint gratter tendrement de son index la tête de son compagnon. Quelle chance avait il eu de le trouver, mourant, sur les berges d’un lac de la Banquise. Sursautant légèrement, le nain retira promptement la main de son armure, alors que la voix féminine s’élevait à nouveau.


« Voilà que les ventres ont des bouches. J’en connais beaucoup qui grognent quand ils ont faim, mais ça, jamais vu. »


La jeune femme le fixait. Le nain fronça les sourcils. Il n’aimait pas qu’on lui accorde trop d’attention lorsqu’il s’agissait d’une si étrange gamine. Il allait ouvrir la bouche afin de lancer une raillerie, optant pour une bonne rigolade plutôt qu’une réponse conflictuelle inutile, mais un combattant du fond de taverne héla la demoiselle. « Belle » ? Un léger charme de jeune femme, certes, mais de là à la qualifier ainsi… Le voyant alors agiter une bourse, dans laquelle s’entrechoquèrent de nombreuses pièces, Thauthaudarmafur comprit alors que l’adjectif employé n’avait rien d’élogieux. La demoiselle se faisait payer, semblait il, pour des services semblant, d’après la conversation qui suivit, peu honorables. La jeune femme serait donc une traînée ? Elle n’en avait clairement pas l’allure, et le nain en savait long à ce propos. Les prostituées de la Congrégation étaient peut être des dominantes. Comme on dit, à chacun ses us et coutumes. Le combattant semblait amener une information importante à la mercenaire, et mentionna les mines de Kazhar. Que diable pouvait vouloir faire un agent de la Congrégation -car vraisemblablement elle avait l’air d’en être un- dans les profondeurs ? Tendant l’oreille pour suivre la discussion, il n’eut cependant pas le loisir d’en apprendre plus, le tavernier hurlant afin de couper court à la conversation.


« AH NON ! Toi ma jolie, ton argent, j’en veux pas autant dans ma maison ! Deux bières achetées sur le dos d’pauvres gars assassinés, passe encore, mais je laisserai pas c’gamin se construire une vie là-dessus ! »


« Ma jolie » ? Le nain cligna des yeux. Le tavernier semblait connaître le combattant, et ne voulait visiblement pas qu’il fricote avec ce qu’il considérait être comme de la vermine. Pensée cohérente, selon le nain, dont la première pinte était désormais vide. Se saisissant de la seconde, il suivit l’échange, dont la véhémence croissait rapidement. Bien trop rapidement. Soudain, le nez du tavernier explosa sous l’impact d’un direct du droit du jeune homme. Thauthaudarmafur haussa le sourcil droit, ne s’attendant clairement pas à un tel acte. Un bruit de craquement avait retenti, et le nain ne put s’empêcher de se demander si c’était le cartilage triangulaire du tavernier ou bien les phalanges du combattant qui était la source de celui-ci. Sur un dernier adieu, le guerrier sortit de la taverne, embarquant sa bourse d’or. Le nain le fixa un instant, avant de laisser ses yeux regarder les battants de la porte osciller. Comment tout cela avait il pu aussi mal tourner ? C’était inconcevable. À peine cinq minutes précédant cet instant, la taverne était paisible, et une excellente ambiance y régnait. Et puis…


« Tu dégages et que je te revoie plus passer ici. T’auras beau dire ce que tu voudras, les enflures comme toi, on les tolère pas. »


Tournant de nouveau la tête, Thauthaudarmafur regarda le tavernier demander à la jeune femme de quitter son établissement. Derrière le tavernier, à une dizaine de mètres, se tenait Hélène. Leurs regards se croisèrent, et le nain mima un air d’incompréhension la plus totale. La mercenaire se leva sans un mot, embarquant son équipement avec elle. Le nain se concentra à nouveau sur sa dernière choppe, la saisissant dans ses mains. Une fois les fauteurs de trouble sortis, peut être que l’ambiance allait s’améliorer. Souriant à cette perspective, il allait lever sa pinte, mais la voix du tavernier retentit à nouveau, retirant tout sourire au nain, et laissant le récipient descendre les quelques millimètres parcourus.


« Et pis toi aussi tiens, j’vous ai vu parler et t’as pas exactement une gueule d’ange. »


Le nain marqua une seconde d’attente. Il cligna plusieurs fois des yeux, avant d’arborer un grand sourire. Tournant le visage vers son interlocuteur, le fixant avec un regard étonnamment dur, Thauthaudarmafur répondit au tavernier.


« Ma-ma gueule ? Ma… Ma gueule. Ma gueule. MA... »


Ayant prononcé les deux derniers « ma gueule » en ricanant doucement, son énervement grimpant perceptiblement, il se tourna vivement, agrippant sa choppe, et la descendit d’un seul trait. La claquant contre le comptoir une fois vide, il se craqua le cou docilement. Il ne lui fallut qu’une seconde avant d’exploser de rire, d’une façon grasse et bruyante.


« GYARH GYARH GYARH ARGH ! Gyarh gyarh… Ma gueule… Argh argh… T’en as d’belles toi. D’puis quand un tavernier dégage t-il un nain d’son bâtiment ? J’la connais pas, c’te gamine, pas la peine de t’mettre à m’insulter parc’qu’elle t’a mis en rogne, mon grand. »

« Peu m’importe. Je t’ai vu parler avec elle, et j’apprécie pas ses magouilles dans ma noble taverne. De plus, tu ressembles plus à un de ces nains ayant vendu leur honneur, un de ces Tueurs, qu’à un nain honorable. Dégage de mon bâtiment, ordure. »

« Un Tueur ! Gyarh gyarh gyaarh ! Une noble taverne… GYAAAARH GYARH GYAAARH !… Bon bon bon… »


Le nain s’était arrêté de rire en moins de deux secondes. Il sortit son deck de cartes fétiches, arborant un visage presque sadique sur le visage. Mélangeant rapidement celui-ci, il le posa sur sa paume gauche, regardant avec en haussant les sourcils le tavernier. Théâtralement, il piocha la première carte, et la fixa un instant. « La Vagabonde ».

La Vagabonde:
 

Le sourire du nain s’estompa, visiblement contrarié. Une carte d’invocation. « La Vagabonde » invoquait une voyageuse sur le terrain, qui soignait les unités d’infanterie proches. Une carte de soutien. Il rangea la carte dans le deck, et glissa ce dernier dans la pochette habituelle. Reprenant un large sourire forcé, le nain fixa à nouveau le tavernier.



« Tu t’en sors bien. »


Sortant sa bourse, il régla promptement sa consommation, jetant un dernier regard à cette Hélène qui s’était avérée prometteuse. Celle-ci semblait ne plus saisir quoi que ce soit de la situation, mais tenait visiblement à rester à l’écart de tout ceci. Le nain, rangeant rapidement sa bourse, quitta son tabouret, et se dirigea, le dos droit comme à son habitude, vers la sortie. Il vit alors que la mercenaire coupable de toute cette affaire lui tenait la porte. Les lèvres neutres, il la fixa de ses yeux sombres. Il n’aimait pas que l’on dérange des plans si plaisants. C’est alors qu’il aperçut une autre silhouette se faufiler par l’entrée ouverte. Une chevelure blonde, un être grand et svelte, aux yeux bleus, qui se mit bien vite à hurler. Wuirys.


« Toi ! Le nain avec son ours ! Tu vas payer pour ce que tu as fait ! Je vais... »

« OH TOI ! Parfait parfait, mais tu tombes à merveille ! »


Le nain s’était exclamé, retrouvant un large sourire, presque effrayant, alors qu’une étincelle de joie brillait dans ses yeux. Vivement, coupant court la parole à l’elfe, il sortit à nouveau son deck. Le mélangeant très rapidement, il reprit son rituel, et sortit une carte. « La charge naine ».

La charge naine:
 

Son visage s’égaya grandement. Il semblait heureux. Rangeant lentement la carte, puis son deck, il fixa avec un air satisfait l’elfe. Dans sa main gauche apparut vivement son piolet, alors que ses oreilles se bouchaient à nouveau d’un curieux bourdonnement. Avec une habilité surprenante, la partie élongée du piolet se retrouva à caresser la nuque de l’elfe. Pressant sur celle-ci, elle força l’elfe à incliner son dos. Une fois à portée, la main droite du nain s’appuya sur l’arrière du crâne du nouvel arrivant, l’agrippant sans douceur par ses cheveux chatoyants. Un terrible fracas retentit dans toute la taverne, et une gerbe de sang éclaboussa le sol alors qu’un gémissement s’échappait de la gorge d’un individu surpris. Son nez venant s’exploser sur la table la plus proche, qui vola par ailleurs en éclats, l’elfe ne tomba cependant pas au sol, néanmoins inconscient. Retenu par la prise de ses cheveux dans un gantelet nain, son visage se balançait, défiguré, le nez et la mâchoire en sang, au dessus des débris de la table, de longs filets de sang goûtant de son menton et ses lèvres. Thauthaudarmafur, ayant perdu son sourire, remercia d’un mouvement de tête la mercenaire tenant toujours la porte, et passa par celle-ci, traînant l’elfe assommé par les cheveux derrière lui, laissant une légère traînée de sang sur son passage.



Il y avait peu de monde dehors, mais les quelques personnes présentes, pour la plupart ayant déjà pris une biture, et ayant entendu le vacarme, eurent tôt fait de céder le passage au nain tirant un elfe ensanglanté. Plutôt que de prendre la direction de la route principale, le nain se dirigea vers la forêt qu’il avait quitté plus tôt. Son esprit revînt sur le joli minois de la serveuse, Hélène. Une légère amertume dans l’âme, il déglutit. Son retour à la société aurait pu merveilleusement bien débuté. Mais il avait fallu que des éléments perturbateurs viennent déranger sa tranquille soirée. Il grommela, alors que le brouhaha autour de la taverne reprenait petit à petit. Son retour à la société attendrait encore un peu, semblait t-il.




~ Puisse Grungni veiller sur votre honneur ~




État des slots d'arène : Garz-Doug VS Oló-Grabuge-Thauthau
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Axe
Maîtresse d'armes

Axe

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Politique : 132
Métier : Chasseuse - Maîtresse absolue
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(Manticore d'Axe +350, 150, v+300)

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Vitalité:
"Rencontre" [PW Axe] 1559870510-barre-vie-gauche2576/2576"Rencontre" [PW Axe] 1559871461-barre-vie-rouge  (2576/2576)
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Dégâts: 2501

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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyLun 23 Avr 2018 - 14:04

Les bras croisés derrière la nuque et les deux jambes confortablement étendues devant elle, Axe regardait le ciel de nuit qui s’assombrissait loin au-dessus d’elle, piqué d’étoiles à l’éclat encore ténu. Elle réfléchissait. Lafeth se terrait pour l’instant dans les mines de Khazar et, à en juger par le comportement qu’il avait adopté depuis le début de sa cavale, il y resterait un moment. Il ne valait pas le coup de manquer une nuit de sommeil. Malgré tout, elle préférait voir cette affaire se terminer le plus rapidement possible et la tentation d’aller le cueillir immédiatement était forte. Les mines n’étaient pas loin et n’étaient pas plus sûre de jour que de nuit dans leur obscurité permanente, aussi l’heure n’importait-elle que très peu. Une fois le complexe pénétré, cependant, Axe aurait peut-être à le traquer longtemps, selon l’ingéniosité avec laquelle il avait dissimulé ses traces –s’il l’avait fait– et le chemin qu’il avait parcouru dans le dédale de ses couloirs. Regretterait-elle alors le repos qu’elle avait l’opportunité de prendre immédiatement ? Sans doute. Rapidement, la mercenaire décida que le risque de voir le fugitif lever le camp était moindre que celui de perdre en efficacité au moment crucial. Et la nuit de sommeil l’emporta.

Sa petite aventure dans la taverne la contraindrait pour cette fois à dormir à la belle étoile, mais c’était loin d’être un mal. De cette façon, elle économiserait quelques piécettes – était-ce bien nécessaire ? Oui, pensa-t-elle. Toujours. Depuis quelques temps, elle ne prenait même plus la peine de gérer ses fonds, c’était une mauvaise habitude à laquelle il allait falloir remédier. Axe ne s’inquiétait pas. Elle était bonne pour les comptes et le plus souvent ingénieuse dans ses dépenses, malgré quelques dérives occasionnelles. Elle soupira en baissant les yeux vers le nombre effarant de lames qui pendaient à ses hanches. Malgré tous ses efforts, elle ne parvenait toujours pas à le trouver excessif.

Elle s’étira. Bâti en pierre et en chaux rugueuse, le mur extérieur de la taverne n’était pas particulièrement agréable, contrairement à la petite brise qui l’avait poussée à s’y adosser après avoir trouvé un banc de bois sur lequel s’asseoir, faute d’autre objectif. Le tavernier la voulait en dehors de son établissement, ce qui était chose faite, mais n’avait rien ajouté à propos de la suite des évènements. Oh, elle se doutait qu’il la préférait le plus loin possible ; l'avait-il exprimé ? Non. Elle n'était tenue de rien.
Décidément, trop nombreux étaient ceux qui sous-estimaient le pouvoir des mots et des nombreuses applications qu’on pouvait en faire. Trop nombreux étaient ceux qui ne croyaient qu’aux actes. Le tavernier faisait partie de ceux-là. Quoi de plus tentant alors que de jouer avec son injonction maladroite ?
Le nain qu’il avait également chassé ne s’était pas essayé à l’exercice, lui, filant droit vers la forêt en traînant derrière lui un elfe qui l’avait agressé. Une histoire de rancunes et de griefs communs qui ne la concernaient pas, quoi qu’elle l’eût assez amusée. Les elfes et les nains…ce vieux conflit la consternait autant qu’il était capable de lui arracher quelques sourires sur un malentendu, malgré son mépris pour les conflits inter-raciaux. Les elfes et les nains, les lycans et les vampires, autant de peuples bornés dont les préjugés frisaient l’obscurantisme à force d’application et d’imprégnation dans leurs cultures respectives.

- T’as pas honte, toi.

Axe leva les yeux. Penchée à la fenêtre, la serveuse qu’elle avait aperçue plus tôt dans la salle venait de l’interpeller, interrompant son geste alors qu’elle entreprenait de fermer les volets.

- C’était une jolie soirée. T’es gonflée de rester après avoir foutu une merde pareille.
- Moi ? Je me suis assise et j’ai bu quelques bières, voilà tout, s’amusa Axe. Le chaos s’est invité tout seul dans mon sillage…pauvre de moi.

Jouer avec les mots, encore. Tout ce qu’elle disait était vrai. Pour autant, disait-elle tout ? La serveuse rit jaune.

- « Le chaos »…On t’a tous vu le semer, le chaos, avec tes p’tites remarques et ta bourse trop pleine.
- Je me rends. Mais sur la fin, je n’étais plus à blâmer, laisse-moi au moins ça.
- Pas pour ça que t’étais pas bonne spectatrice. Une grimace cynique tordit sa jolie bouche. Quelque part, je trouve ça injuste que la nature laisse voir le jour à des gens comme toi. Ton genre de fauteurs de trouble, j’entends, qui s’acharnent sur les gens tranquilles.
- Ah, vraiment ?
- Tu ne trouves pas ?
- Je pense que la nature sait parfaitement ce qu’elle fait et qu’il est bien prétentieux de s’essayer à la comprendre, ma jolie. Le bien et le mal y cohabitent à part égale et il en est de même chez nous. La mercenaire s’installa confortablement. Tiens, sais-tu ce qu’est l’hybris ?
- L’orgueil des hommes et des femmes. Un sacré orgueil, du genre qu’on écrit dans les histoires. Celui de ceux qui ne respectent pas leur nature.
- Tiens donc, cultivée, remarqua Axe.
- Curieuse.
- Tu vois où je veux en venir ?
- T’aurais fait plus en finesse avec une charrue, mercenaire. Mais tu ne me feras pas gober que les humains sont condamnés à subir la folie des plus mauvais d’entre eux.
- Et pourquoi pas ?
- Parce qu’on a la morale, et ça, c’est pas du ressort de la nature. C’est pas dans ses bêtes ni dans ses plantes, et c’est sûrement pas chez nous par hasard. C’est parce qu’on est des êtres sociaux ; pas de lois sans morales, pas de société sans lois, pas de meurtriers dans une société.

Axe leva un sourcil, amusée. La discussion avait pris un tournant inattendu.

- Tu as raison, la morale a un côté pratique, mais c’est une erreur de penser qu’elle est absolument uniforme. Et si je te disais que la morale est une création de l’individu, auquel elle est relative, et que ma propre morale me dicte d’accomplir tout ce que la tienne juge abjecte et interdit ?
- J’te demanderais pourquoi et comment, sans doute.
- Prends les stryges noirs et les stryges blancs et dis-moi lesquels sont les plus fous, alors.
- Pardon ?
- Mais oui, grinça Axe, ils sont bel et bien tous fous à lier. Chacun à leur manière.
- Alors les stryges noirs, j’imagine.
- C’est parce qu’ils s’opposent à ta morale. Moi, ce sont les stryges blancs qui m’effraient. La mercenaire saisit un éclat dans le regard de la serveuse. Oh…tu commences à comprendre, toi.
- C’est une drôle de philosophie que tu me sers là, esquiva la fille. Pas banale, en tout cas.
- En supposant que tu sois assez curieuse pour essayer de la comprendre un peu plus, aimerais-tu que je te dise comment faire ?
- Supposons que oui…comment l’expliquerais-tu ?

La mercenaire laissa passer une seconde, impressionnée par le joli minois qui la surplombait et ce qui se cachait derrière. De l’esprit…C’est rare. Mais bons dieux, c’est agréable.

- Inverse les rôles. Sens-toi mauvaise l’espace d’un instant, et imagine-toi poser un mauvais œil sur le monde qui t’entoure. Que verrais-tu ? Un sourire fugace passa sur le visage d’Axe. Aimerais-tu ?
- Parfois j’me demande, soupira la rouquine. J’me demande vraiment.
- Oui, demande-toi, souffla Axe.

La serveuse resta silencieuse et sa jeune interlocutrice en profita pour enchaîner.

- Tu aimes philosopher, c’est pas courant pour une fille de taverne. Pars t’éduquer. Détache ton jugement des enseignements primaires qu’on t’a inculqués et choisis ta voie. Ou bien n’en choisis pas, conclut-elle, car l’objectivité est une science qui permet à l’intellect d’atteindre des sommets inaccessibles à ceux qui enferment leur raisonnement dans une vision absolue des choses.

Ce fut à la serveuse de répliquer immédiatement.

- Tu défends l’objectivité, mais t’as l’air d’avoir fait ton choix.
- Parce que j’ai laissé ma subjectivité me porter là où je savais que mes tripes me tiraient, fit Axe en souriant.  Et parce qu’aucun objectif ne sera jamais en mesure de comprendre une voie dans ses derniers retranchements, car la compréhension profonde d’une valeur dépasse parfois le maigre quota de pensées intelligentes que nous autres hommes et femmes sommes capables de connecter entre elles. Elles dépassent notre analyse, en d’autres termes. C’est qui me pousse à assassiner les braves qui tentent de m’arrêter, et les paladins à sauver leurs veuves et leurs orphelins au péril de leur vie. Oui, je suis une subjective, ce qui implique de laisser mes passions me dominer là où un objectif n’aurait jamais le courage de se laisser aller à ce qui dépasse sa compréhension. Pour autant, ma lucidité te semble-t-elle troublée ?
- Elle en est accrue, fit la rouquine qui suivait étonnement bien. Étonnamment ? Axe n’en était plus si sûre. Tu sais où tu te situes et ce que chaque regard implique, mais seulement parce que t’es assez maligne pour avoir appris à connaître les autres voies. Que fais-tu des gens simples ?
- Ils naissent, vivent et meurent, voilà tout. Le destin s’occupe de tout pour ces bienheureux.
- Voilà qui sonne élitiste, grinça la rouquine.
Axe gloussa.
- Je suis élitiste et les dieux me gardent d’arrêter de l’être un jour. Pour ma défense, je juge au moins un homme à sa vraie valeur, ce dont vos bons rois, vos beaux princes et vos princesses virginales semblent tout à fait incapables.
- Ma foi…Un point pour le camp des meurtriers anarchistes épanouis.

Un ange passa et les deux femmes éclatèrent de rire presque simultanément, l’une adossée au mur, l’autre pliée contre la rambarde de sa fenêtre.

- Honnêtement…
- Hélène.
- Honnêtement, Hélène, éduque-toi.

Nouveau silence. Axe devina que la jolie serveuse reprenait son souffle.

- Tu me pardonneras de pas prendre de conseils d’une fille comme toi, finit-elle par lancer, mais j’y penserai peut-être. Je viens de Stellaraë, tu sais. Il est p’têtre arrivé une ou deux fois que les gardes de la bibliothèque me fassent de l’œil…j’ai mes entrées là-bas.
- À la bonne heure, à la bonne heure.

Axe laissa son regard se perdre au loin alors qu’un nouveau sourire s’épanouissait sur ses lèvres. Elle aimait bien cette fille. Elle aimait bien l’entraîner vers des méandres de son esprit moins sages que ce que la morale humaine classique imposait, bien plus étranges et envoûtants que les libertés que la jeune femme semblait s’autoriser pour son plaisir personnel. Ses tentatives de sauver les apparences étaient tout autant sinon plus délicieuses que son beau minois. La curiosité, la curiosité…quel genre de défaut est-ce là qui conduit les âmes à aborder de si beaux horizons ?
Lentement, elle sentit une présence s’éveiller à ses côtés, une présence noire et malsaine à laquelle elle avait fini par s’accoutumer à force de la transporter. Charybde avait été dérangée par ses émois, semblait-il. La mercenaire accueillit tranquillement le fragment de conscience qui émergeait doucement dans son esprit, tirant même une certaine satisfaction du naturel avec lequel la connexion se faisait et savourant l’étrange sensation qui en découlait. Elle sentit la torpeur qui embrumait l’esprit du démon et l’injonction qu’il essayait de lui faire passer, et obtempéra docilement. Charybde voulait attirer son attention sur un détail au sol. Elle baissa les yeux et son regard rencontra immédiatement une trainée rougeâtre dont elle devina rapidement l’origine, interloquée. L’elfe ? Non, les raisons que le pauvre bougre avait d’attirer l’attention de l’entité destructrice étaient trop peu nombreuses. C’était le nain. Inévitablement…Quoi que de son côté aussi, elle avait du mal à déterminer ce que Charybde lui trouvait de bien intéressant. L’ordre était clair, cependant, et se précisa au fur et à mesure que l’injonction du démon se faisait de plus en plus intelligible.

Axe…Suis-le.

- Crois bien que ça me tue, mais je vais te laisser, Hélène, fit-elle d’une voix distante.
- Et moi je vais redescendre vider la salle, qu’on me soupçonne pas de m’acoquiner avec un beau passant. Un appel retentit depuis l’étage inférieur. C’était la voix du maître des lieux. Ben tiens…
- Il est imbuvable, ce pauvre vieux.
- C’est pas une raison pour revenir le descendre. Ne reviens pas du tout, d’ailleurs. Là où tu passes, la mort passe aussi, et cet endroit est un joli petit coin qui n’en a vraiment pas besoin.

Axe renversa la tête en arrière et croisa le regard d’Hélène.

- C’est mon métier, la belle. Mais soit. Adieu, donc !
- Drôle de métier pour sûr, et drôle de fille. Adieu !

La silhouette de la jolie serveuse s’effaça prestement et Axe entendit le claquement de ses bottines s’éloigner alors qu’elle s’enfonçait dans le bâtiment, répondant d’une pique agacée à un nouvel appel du tavernier. Les paupières de la lycanthrope s’abaissèrent paisiblement. La belle Hélène…elle rattrapait à elle seule tous les griefs qu’elle avait accumulés à l’égard de ses rencontres du jour. Rencontre. Ses yeux se rouvrirent immédiatement. Si la jolie serveuse et son esprit aiguisé avaient laissé Charybde indifférente, il n’en avait pas été de même pour toutes les âmes qu’elle avait croisées. Lentement, la mercenaire se redressa et entreprit de se lever pour se rapprocher de la traînée sombre qu’elle avait remarquée plus tôt. Elle renifla. Le sang d’elfe sentait fort et la lune était presque pleine ; à ce compte-là, c’était plus une avenue qu’une piste qui se dessinait tout droit jusqu’au nain pour celle qui avait consacré les cinq dernières années de sa vie à aiguiser ses sens et ses talents de traqueuse. Un nouveau genre de sourire fleurit sur ses lèvres. Depuis combien de temps n’avait-elle pas effectué une chasse en bonne et due forme ? Avec du gibier, des pistes, des fumets aux évocations délicieuses de chaque côté et des courses effrénées dans les bois ? Depuis combien de temps n’avait-elle pas laissé la pleine lune la posséder et la ravir une nuit entière au lieu de noyer son appel dans l’alcool, la violence ou la drogue ? Elle haïssait de tout son cœur le simulacre de traque que lui offrait lafeth, une perte de temps insipide qui se solderait par un combat non moins insipide et une mise à mort tout aussi…Oh, les mises à mort. L’œil dilaté d’une proie qui se figeait, un dernier sursaut nerveux alors que sa nuque craquait sous la pression de ses crocs. Pour le stryge déchu, rien que du fer, une larme ou deux peut-être. Axe détestait cette idée. Mais elle détestait Zéphalia plus encore.

La piste la guida à travers la masse épaisse et sombre de la forêt qui poussait autour de la taverne, aussi claire qu’un sentier balisé. Le nain avait bien avancé mais ses petites jambes peinaient sans doute plus que celles d’Axe dans les sous-bois, la mercenaire ne s’inquiétait pas. Et puis il trainait un elfe adulte. Un beau spécimen svelte qui n’était sans doute pas bien plus lourd que ses repas, mais demeurait sans doute encombrant, surtout tracté par les cheveux. Était-il toujours en état de se débattre après le coup du nain qui lui avait coûté son nez ? Axe ne se souvenait plus. Elle ne décelait en tout cas pas spécialement de traces de lutte, pas plus qu’elle n’entendait crier dans un périmètre proche. Plus elle avançait, plus elle sentait cependant un détail s’imposer. Le nain connaissait son affaire. Elle approuvait le gros de ses choix dans son orientation, se faisait la remarque que sa réaction eût pu être la même devant tel ou tel obstacle, tel ou tel relief. La direction était précise, là où elle s’attendait à le voir tourner en rond ou adopter un parcours hésitant. Un nain sylvestre ? Comme c’est pittoresque. Se souvenant de son allure particulière malgré ses proportions classiques et passe-partout, elle sentit soudain une certaine envie de presser le pas s’imposer. Avec un temps de retard, le nain avait fini par éveiller sa curiosité.

Seul, balafré, porteur d’un étrange paquet assez semblable à celui de la mercenaire, une petite chose carnivore –un ours, paraissait-il– dissimulé dans son plastron imposant, sa manie de tirer ses choix aux cartes qu’elle avait nonchalamment attribué à une simple extravagance. Oui, il y avait bien une aura de mystère autour du personnage, dont la manière qu’il avait eu de traiter l’elfe qui lui avait sauté dessus était peut-être le comportement le moins inattendu. Assez de mystère pour ne pas finir par représenter une simple perte de temps, une de plus ? L’avenir le lui dirait. Elle n’eut pas trop à attendre, d’ailleurs ; sans prévenir, la végétation s’effaça bientôt pour laisser place à une clairière de taille raisonnable et de forme quasi circulaire, à l’herbe basse et tendre. Un grand rocher se dressait en son centre. C’était là que se trouvait son centre d’intérêt du moment ainsi que son chargement, qui ne se débattait définitivement plus. Elle sourit. Les réprimandes efficaces et ceux qui étaient en mesure de les infliger avaient toute sa sympathie. Néanmoins, voyant que l’elfe était loin d’être en bonne posture face à un nain aux intentions assez tangiblement mauvaise, elle décida de couper court au malheureux processus qui s’était engagé là.

« Allons, l’ami, tu donnerais raison aux préjugés de l’autre vieux crétin ? »

Arborant la même lippe narquoise que lorsqu’elle l’avait interpelé au bar, Axe s’avança, comptant sur la surprise de l’étrange nain pour calmer sa véhémence si de véhémence il faisait preuve. L’odeur du sang de l’elfe était partout, puissante pour un nez particulièrement réceptif comme le sien. Pauvre gars, tiens. Ceci dit, face à un stryge noir, j’aurais fait la même.

« Axe, mercenaire. Nous voyageons dans la même direction, je me permets de m’inviter. »

C’était suspect, le nain n’allait pas aimer. Mais ils auraient bien le temps de se faire confiance plus tard si cela s’avérait nécessaire. Axe, de son côté, préférait éviter de s’étaler en civilités tant que l’origine de la curiosité de Charybde n’était pas confirmée ; elle sentait bien sa satisfaction croître au fur et à mesure qu’elle se rapprochait du nain, mais l’arme demeurerait pour le moment tout à fait silencieuse. Tout comme sa jeune propriétaire, elle attendait de voir.


Dernière édition par Axe le Jeu 18 Oct 2018 - 19:57, édité 1 fois
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Thauthaudarmafur
Arlequin

Thauthaudarmafur

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(Calebasse démoniaque, +200, v+200, Calebasse Piñata : Les récompenses en pièces d'or de fin de combat concernant les tours passés sont multipliées par 10 [le voleur aura le droit à une multiplication par 20])

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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyVen 27 Avr 2018 - 22:33

Thauthaudarmafur, reposant en tailleur au milieu d’une clairière qu’il avait trouvé en suivant des traces animales, cligna doucement des yeux. L’elfe, le visage en sang, reposait, inconscient, devant lui. Les paumes posées sur ses genoux, le nain méditait calmement. Cette journée était pour le moins déplaisante au plus haut point. Tout d’abord, son ourson l’avait averti d’une présence non loin d’eux, puis les cartes avaient décidé pour lui. Il avait fallu que ce soit des elfes, dans les Baldors, qui soient sa première rencontre. Fidèles à eux-mêmes, ils avaient provoqué le nain. Les insultes et les railleries ne le dérangeaient pas, ça avait été monnaie courante à Ogh-Hen-Kìr. Néanmoins, il ne pardonnait pas l’affront de lui spolier son compagnon. Ce dernier acte leur avait valu une sévère correction. Un second tirage, décidant de la vie d’un des leurs, avait alors pris le nain de court. Fronçant les sourcils, il sortit à nouveau cette carte. « La Rencontre ». Thauthaudarmafur confirma à nouveau à lui-même qu’il n’avait jamais inventé cette carte de sort. Le dessin était notamment d’un style trop parfait pour avoir été conçu par sa main. Ceux du nain étaient plus abrupts, plus approximatifs, bien que demeurant un excellent travail. Mais ici, aucun faux trait, aucune rature n’était visible. L’image présentait une femme, visiblement une voyante aux cheveux verts, semblant tenir le monde entre ses mains. De nombreux engrenages semblaient voler à ses côtés, analogues aux rouages du temps, analysa le nain. Ce dernier racla les fonds de sa mémoire, se mordant l’intérieur de la joue. Gradul avait une multitude de decks, et il été souvent arrivé qu’ils s’échangent des idées et des cartes. Aurait il pu créer celle-ci ? Son frère lui aurait alors offert, et, lors d’un malheureux mélange de cartes, elle serait tombée dans son deck fétiche ? Les chances d’une telle coïncidence étaient faibles, très faibles.


Posant « La Rencontre » au sol, entre ses pieds, il tira son deck fétiche et en fit rapidement l’inventaire. Son deck était complet, aucune carte ne manquait. Il déposa celui-ci sur le sol, et reprit son centre d’intérêt dans sa main droite. Étonnamment, la description ressemblait à ces cartes tordues que Thauthaudarmafur aimait créer. « Une fois joué, ce sortilège invoque un personnage de classe légendaire aléatoire, destiné à modifier entièrement le champ de bataille de sa présence ». Les cartes de classe légendaire étaient des cartes uniques dans tout le KvUnT. Ces cartes étaient plus fortes, de très loin, que toutes les autres, mais seul un unique exemplaire n’était créé dans tout le jeu. En Ogh-Hen-Kìr, il n’y avait jamais eu besoin de réglementation, les nains respectant les règles sans rechigner. De souvenir, Thauthaudarmafur se remémora trois personnes à avoir des cartes de classe légendaire : Zartys, Whuurtad, et Gradul, qui en avait remporté une durant la finale du grand tournoi de KvUnT. Ainsi, cette carte semblait inutile pour le nain à cet instant, n’ayant pas de carte légendaire. Cependant, en relisant avec attention les mots employés, il comprit que la force de cette carte résidait en deux éléments : Premièrement, c’était une invocation d’un personnage, donc d’une créature qui allait demeurer sur le terrain durant les tours suivants. Deuxièmement, c’était une invocation aléatoire, ce qui impliquait, d’après le règlement, que la carte invoquée n’était pas forcément dans le deck. En résumé, cette carte invoquait une créature légendaire, dont la carte n’était pas nécessairement en possession du joueur. Thauthaudarmafur eut un léger sourire. Cette carte lui plaisait. Il pensa à changer son deck fétiche, ou en faire un second, basé sur cette carte. Notant dans son esprit d’y réfléchir une fois sa méditation achevée, il retrouva néanmoins sa mine neutre. Trois questions demeuraient. D’où venait cette carte ? Pourquoi la pierre avait elle réagi lorsqu’elle était apparue ? Que signifiait le fait de l’avoir tirée pour lui ? Les deux premières étaient vraisemblablement liées. En réalité, le nain ne voyait qu’une seule possibilité à toute cette énigme. La pierre avait créé cette carte.


Qu’était le plus étrange entre une coïncidence et la magie ? Finalement, qu’est ce que « étrange » voulait dire ? Il semblait évident que l’étrange était non pas quelque chose d’effrayant nécessairement, mais bien une notion rare et surprenante qui, bien souvent, venait différer de nos pratiques courantes. Finalement, l’étrange et le nouveau étaient liés, voire semblables. La coïncidence impliquant le thème de l’aléatoire et de l’inconnu, pouvait-on alors réellement parler d’étrange ? L’aléatoire n’avait rien de nouveau, et la seule dimension dérangeant était celle qui présentant une impossibilité de contrôle. On ne peut maîtriser l’aléatoire. Néanmoins, l’aléatoire peut être limité, et ses frontières délimitent alors l’inconnu qualifiable d’étrange. Par exemple, « La Rencontre » est aléatoire, mais elle ne peut invoquer qu’une carte existante. L’inconnu est alors bien connu, dans le sens où l’on sait quelles cartes peuvent tomber. Un bon joueur saura alors prévoir chacun des cas équiprobables, et créera un deck adaptable au nombre fini de compositions possibles. C’est à cela qu’un grand joueur est reconnu, par ailleurs. Finalement, si l’aléatoire n’était pas un minimum contrôlé, les coïncidences perdraient leur sens le plus primaire. Si Nadsûhydr venait à se balader dans les Baldors, pourrait-on parler de coïncidence ? L’improbable ne rentre pas en compte dans la notion de coïncidence. On parlerait alors d’événements impossibles, cela relèverait du surnaturel, du magique. La magie prendrait alors le pas sur les coïncidences. La magie. Cette notion incompréhensible, que certaines élites ou dégénérés mentaux parviennent à concrétiser. Thauthaudarmafur sourit. La magie était au final bien l’une des notions les plus étranges de ce monde. Avec cette définition de l’étrange, les coïncidences n’avaient rien d’étranges, car l’aléatoire demeurait finalement contrôlé, tandis que la magie effrayait de par sa sur-puissance et son mystère.  Quel est le fou qui aurait la prétention de déclarer tout savoir de la magie ? Les mots de Zartys retentirent dans son esprit, alors que le jeune nain fermait les yeux, une certaine paix l’envahissant lentement.


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« La magie est un flux. Un flux continu de magie élémentaire, qui se croise, interfère, et cohabite en certaines situations. Fou que celui qui osera les déterminer. Nous sommes pour l’heure incapable de découvrir l’origine de ces flux, et peut être est-ce en cela la toute beauté de ce qu’on appelle communément la Magie. »

« Mais alors si nous ne savons d’où elle vient, comment pouvons nous différencier les flux ? Je veux dire… Maître, vous êtes capables de forger tantôt une rune de feu, tantôt une rune de foudre. Les flux de l’un ne sont pas identiques aux flux de l’autre. Comment... »

Le Thane arrêta promptement son apprenti, levant simplement la main, baissant légèrement le menton et fermant les yeux. Thauthaudarmafur, désormais accoutumé à la tradition d’enseignement arcanique, se tut, fixant avec intérêt le vieux nain.


« La confection des runes est un art que tu verras un temps voulu. Ta question, pertinente, n’admet cependant aucune réponse. Il n’est pas question de différencier les flux, mais simplement d’appeler ceux qui te sont nécessaires. Ne fais pas cette mine, il n’y a pas meilleure comparaison. Lorsque je forge une rune de foudre, j’appelle directement le pouvoir de la foudre sur l’enclume magique, et l’impact de mes martèlements achève de compresser les vents magiques dans la rune en y gravant un symbole unique. »

« Je vois… Mais dans ce cas, comment fonctionne l’enclume magique ? Vous m’aviez dit qu’elle appelait les vents, j’en conviens, mais comment elle-même est elle créée ? »

« Tu le découvriras bien assez tôt. Mais tu ne dois pas chercher réponse à tout, jeune apprenti. Dans l’étude de la magie, nombreuses seront les énigmes que tu ne pourras résoudre. Il en va de ta stabilité mentale de ne pas chercher à en trouver une solution. Aussi, pour revenir à l’une de tes précédentes questions, la pierre magique que tu possèdes est peut être elle-même une énigme sans réponse. »

« Je comprends. Il est en ce monde des cultures et des rites qui nous demeurent inconnus, et peut être l’évolution de toutes nos recherches et coutumes nous mèneront un jour à la Vérité, et à la connaissance. Ma pierre provient, comme je vous l’ai avoué, d’une autre civilisation. Il me fut complexe de la décrocher, et n’en sait pour autant rien de plus depuis lors... »

« Mais cela t’a pratiquement coûté un œil. »



Thauthaudarmafur avait alors pris une mine grave, et son index et majeur gauche collés avait retracé la cicatrice marquant sa paupière gauche du haut du sourcil à la pommette.


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Thauthaudarmafur, souriant, toujours assis en tailleur, cligna des yeux, son ourson s’évadant de son plastron pour aller sur le rocher. Alors qu’’il se remémorait ces instants, sa main droite avait tiré la pierre de sa cachette. La regardant presque avec tendresse, remuant paisiblement ses souvenirs, il parcourait de sa main gauche sa cicatrice. Un œil, pour une pierre magique. Ce marché était clair. Mais un autre prix avait été payé. Un prix autrement plus précieux. Le prix du sang. La scène fut un véritable massacre, la neige fondant sous le liquide vital, créant un léger ruisseau rougeâtre, progressant vers le bas de la pente de la montagne. Le nain n’avait pas brûlé les corps. Sans doute aurait t-il du. Plongeant les yeux dans sa pierre, dont la neutralité demeurait sombre, il prit à nouveau conscience de son ignorance quant à son sujet. Il n’osait même plus se demander comment la pierre aurait elle créé cette carte, mais la raison de cette création l’intriguait. Posant doucement la pierre sur « La Rencontre », il ne fut pas étonné de la voir s’illuminer d’une aura mauve. La retirant prestement, et la rangeant dans son plastron, il saisit à nouveau la carte. Il l’avait tiré, et la carte souhaitait l’avertir par ce tirage. L’avertir de quoi ? Thauthaudarmafur fronça les sourcils. Une rencontre.


L’elfe, dans son inconscience, eut un léger spasme. L’ourson, au sommet du rocher, grogna légèrement, s’étirant au clair de lune. Le nain, concentré, fouilla à nouveau sa mémoire. Après avoir tiré la carte, il y avait eu cet elfe saoul. Aucune importance. La taverne, en revanche, avait présenté bon nombres d’intéressants personnages. Hélène, le tavernier, cette prostituée, et à nouveau Wuirys. Une rencontre. Cela aurait pu être Hélène, mais ses plans de nuit plaisante furent ravagés. Le tavernier ? Son troisième tirage l’avait empêché de lui sauter dessus, malgré sa colère grandissante. L’injustice de cet homme l’avait outré, bien qu’il la comprenait. Les cartes avaient parlé : il n’était pas destiné à entrer en conflit physique avec cet homme. De nouveau, ce n’était pas lui. La prostituée de la Congrégation avait agité la pierre, semblait t-il. Cette gamine avec son gros paquet était arrogante, hautaine, et dégageait une confiance en elle bien trop grande. Thauthaudarmafur avait eu affaire à bon nombre de beaux parleurs. Néanmoins, il ne parvenait pas à imaginer cette enfant théâtraliser une fausse puissance. De par son attitude, elle avait foutu en l’air la soirée paisible du nain. Mais il ne la reverrait sans doute jamais. Ce ne devait pas être elle. Puis, Wuirys, a nouveau, était apparu. Le tirage avait été clair, et le visage de celui-ci, bien vite explosé. Ne se voyant pas laisser un être blessé et inconscient dans la taverne, il l’avait traîné jusqu’à cette clairière. Par élimination, serait-ce cet imbécile, la rencontre ? Il grommela, rangeant « La Rencontre » dans une pochette solitaire. Pitié, pas ce type.


Soudainement, l’ourson se redressa sur le rocher, et grogna doucement. Le nain lui jeta un coup d’œil. Il avait repéré quelqu’un. Lui intimant doucement de se calmer, le nain ferma les yeux, écoutant les alentours. Il ne lui fallut qu’une poignée de secondes pour clairement distinguer le rythme clair d’un pas approchant dans la forêt. Plus les pas approchaient, plus le nain pouvait confirmer ses doutes. Un pas léger, mais alourdi, empruntant le même chemin que lui. Cela ne faisait aucun doute. Il ne voyait qu’une seule personne répondant à ces critères capable de l’avoir suivi. La prostituée.


« Allons, l’ami, tu donnerais raison aux préjugés de l’autre vieux crétin ? »


Thauthaudarmafur ouvrit les yeux. Cette voix narquoise, ce ton légèrement hautain. C’était elle. Le nain sourit légèrement. En un sens, la possibilité que Wuirys ne soit pas la rencontre attendue le rassurait. Mais était-ce mieux d’imaginer cette gamine au centre de l’intérêt de la pierre ? Il regarda son deck, toujours posé faces cachées entre ses pieds, la pierre vibrant doucement, presque sereinement, contre son torse. Sa main droite vint tirer une carte lentement, et déposa la carte face dévoilée à côté du deck. Il sourit davantage. « La Force Suprême ». Une carte sortilège qui accentue le courage des unités sur le terrain du joueur, symbolisé par une augmentation de la vitalité, de la défense, ainsi que des dégâts.

La Force Suprême:
 


Le nain sourit, rassembla le deck, et entreprit de le mélanger calmement, son habileté naine jouant de nouveau, alors que la demoiselle se présentait.

« Axe, mercenaire. Nous voyageons dans la même direction, je me permets de m’inviter. »

« Mercenaire... »


Le nain avait souri davantage, la répétition étant clairement ironique. Cependant, ce n’était pas un rire moqueur. Il demeura assis en tailleur, laissant la gamine s’approcher et s’adosser contre le rocher, se positionnant à quelques centimètres du corps. Elle attendait visiblement de voir la réaction du nain. L’ourson grogna à nouveau, visiblement prêt à se jeter du haut du rocher pour lacérer la tête de l’humanoïde. Thauthaudarmafur le calma d’une légère expiration bruyante, comme s’il demandait à un humain de se taire. L’ourson remua et s’allongea tranquillement à nouveau, fixant de ses grands yeux noirs la demoiselle. Le nain déposa à son tour les siens sur le regard enfantin, et prit le temps de la détailler. Un visage fier, des traits sérieux, bien que tirés en une sorte d’expression narquoise, de longs cheveux noirs, rabattus de telle sorte à ne jamais déranger ses mouvements, une légère armure de cuir… Mais ce qui intéressa davantage le nain fut ses mains. Des gants de cuir masquaient la peau, mais ce détail s’avérait précis, pour qui savait regarder. Ce qui était le cas de Thauthaudarmafur. Le cuir était usé, mais ménagé par une connaissance et une expertise masquées. Néanmoins, le gant était parfaitement adapté à la gamine. Le cuir moulait parfaitement les doigts, leur permettant souplesse et confort dans chacun de leurs mouvements. Ce détail en tête, le nain repassa en revue très rapidement l’armure en entier, incluant les bottes et la cape. Tout l’équipement de la demoiselle était adapté à sa corpulence. Il fronça imperceptiblement les sourcils. Ne jamais plus prendre cette gamine à la légère. Malgré sa jeunesse apparente, elle avait de l’expérience, c’était indéniable. Le seul détail n’allant pas dans l’harmonie ambiante était ce paquetage sur son épaule. Et sa présence n’allait que dans le sens du danger potentiel que pouvait représenter cette personne. Reposant ses yeux dans ceux, sombres, de la jeune femme, le nain sourit à nouveau, et lui rétorqua, en riant, comme à son habitude.

« Gyar gyar gyar gygyargh ! Une mercenaire… Assassin aurait sans doute été un meilleur qualificatif, chère Axe. J’suis Thauthaudarmafur, nain des Monts Glacés. Les préjugés d’l’aut’ vieux crétin, tu dis… Je n’donne raison à personne si c’n’est qu’à ma propre conscience. Cet elfe m’a fait deux affronts. L’premier fut d’essayer d’me voler mon compagnon. T’en fais pas, t’as rien à craindre de lui. De toute façon, j’doute que t’aies que’que chose à craindre de bien du monde, gamine. Son deuxième affront fut de m’insulter au mauvais endroit, au mauvais moment. D’ailleurs, j’te r’tiens. J’avais prévu une foutue bonne soirée, dans c’te taverne. M’enfin... Les cartes ont parlé. Il a perdu son nez. Qu’il soit un elfe n’y change rien, et pour tout t’dire, j’en n’ai rien à carrer de donner raison aux préjugés. La vie n’est pas prédéfinie. Sa vie ne tient qu’aux aléas d’not’ quotidien. Moi, je joue avec. Sa vie ? Les cartes parleront. »


Théâtralement, Thauthaudarmafur déposa le deck mélangé, faces cachées, entre ses pieds, de façon à ce qu’Axe puisse voir le résultat. Sa main droite prit la première carte du deck, et la déposa, face dévoilée, à côté du deck. « La Sentence du Roi ». Une carte personnage invoquant le roi nain, ayant des dégâts considérables, et dont l’apparition provoque un déferlement de dégâts sur les ennemis. Le nain releva la tête, fixant la demoiselle.



La Sentence du Roi:
 


Sans un mot, et sans la quitter des yeux, le nain, les traits sérieux, tira son marteau-piolet de sa main droite, l’éleva lentement et abaissa violemment la face plate de celui-ci. Les os craquèrent, la colonne vertébrale se brisa. Le cou de l’elfe fut broyé. Le corps eut un soubresaut. Le nain rangea son marteau, propre, à sa ceinture, alors que le cadavre était pris de convulsions post-mortem. Pas une goutte de sang n’avait été versé, le cou broyé n’avait pas été ouvert. Le nain, après quelques secondes, quitta les yeux de la mercenaire, et fixa un instant le cadavre. Sa main droite vînt chercher la pierre magique, l’extirpant de sa cachette. Il la déposa doucement sur le front du cadavre, puis baissa le menton, fermant les yeux. Il murmura quelques mots nains dans sa barbe, alors que la pierre noire s’illuminait d’une lueur violâtre. Lorsque celle-ci retrouva sa neutralité, le nain ouvrit les yeux, et récupéra son bien, le rangeant prestement. Ne présentant plus aucun intérêt, le nain siffla l’ourson, lui indiquant qu’il pouvait satisfaire sa faim, si faim il y avait. Rangeant prestement son deck, en prenant soin de le mélanger à nouveau, le nain se leva avec souplesse. Tournant le dos à Axe, le nain fixa la lisière de la forêt. Un pressentiment venait de s’éveiller. Un frisson parcourut sa nuque. La pierre, et le nain, avaient un pressentiment. Quelque chose de mauvais sévissait non loin. Repoussant ses doutes, le nain prit la parole, lentement.

« Je ne suis pas ton ami, du moins pas encore, gamine. La prochaine fois, appelle moi Thauthau, si jamais tu souhaites m’appeler. Le terme « ami » viendra plus tard, si occasion il y a. Mais avant cela, « mercenaire », laisse moi émettre mes hypothèses. Membre de la Congrégation, tu es l’une de leur dirigeante. Non, pas exactement. Tu es trop jeune pour cela. Tu es, dirons nous, dans la seconde sphère dirigeante. Commandante, entraîneuse, ou gérante d’une zone importante de la faction, je suppose. Je ne connais pas votre système. Tu te diriges vers les mines de Kazhar, exactement dans la même direction que nous avons emprunté jusque là. Ton objectif est de tuer quelqu’un, ou quelque chose. Un contrat, sans doute. Ou bien un traître. Quoi qu’il en soit, c’est quelqu’un d’important, ou bien représentant quelque chose d’important, puisque toi, personne influente de la faction, t’en occupe toi-même. Cependant, tu trouves le temps de t’arrêter pour t’intéresser à une petite querelle raciale entre deux inconnus. J’en déduis deux choses. Tu as le temps et tu es confiante. Ta proie est donc soit devant toi, soit trop faible, par nature, ou par blessure. Étant encore en vie, je doute que la première proposition soit la bonne. Donc ta proie est bien dans les mines de Kazhar. Et toi, Axe, la puissante membre de la Congrégation, va l’abattre avec une facilité des plus écrasantes. Je t’ai dit ne pas être ton ami. Le fait est que notre relation va dépendre d’une unique chose, en l’état actuel des choses. Des nains vivent non loin de ta direction. Mon peuple est-il visé par ton présent contrat, gamine ? »


Le nain se retourna, notant son ourson mâchonnant une partie du coup de l’elfe, et fixa la mercenaire. La présence l’ayant dérangé plus tôt était sur elle. Il n’avait plus aucun doute à ce sujet, la pierre le savait. Le vent frais de la montagne se leva dans la clairière, donnant un aspect très sinistre à la scène. Les chevelures brunes des deux protagonistes pliaient sous cet effort, et la longue barbe du nain également. Celui-ci attendait patiemment, prêt à identifier toutes les réactions de la demoiselle.




~ Puisse Grungni veiller sur votre honneur ~




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Axe
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Axe

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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyJeu 18 Oct 2018 - 22:00

« Mercenaire... »

Alors qu’Axe s’approchait du rocher auprès duquel le nain s’était assis, l’elfe inconscient à ses pieds, un ricanement bienveillant s’éleva dans l’air tiède de la clairière. La mercenaire sourit et s’adossa au grand roc. Loin de se montrer belliqueux, le bout d’homme avait commencé à la scruter de ses deux yeux noirs et enfoncés sans esquisser un mouvement, la détaillant des pieds à la tête dans un silence concentré. Sa rapide présentation ne semblait pas l’avoir satisfait. Immobile, Axe laissa faire, appréciant la méthode franche du nain sans toutefois lui rendre la pareille. Son regard glissa plutôt vers l’elfe à terre, dont le visage passablement amoché était partiellement dissimulé par sa chevelure blonde et abondante, que le traitement infligé par la poigne du nain avait emmêlée. L’intéressé, qui sifflait discrètement à son ourson de cesser ses grognements hostiles, ne cessa pas son inspection pour antant.
La mercenaire tourna la tête brièvement et jeta un œil à la boule de poil grondante qui s’agitait au-dessus d’elle, perchée au sommet du rocher. Elle ne l’avait pas remarquée en pénétrant la clairière, concentrée d’une part sur le duo atypique qu’incarnaient le nain et l’elfe, d’autre part sur les signaux diffus de Charybde - lesquels, sans s’affoler pour autant, semblaient avoir gagné en intensité depuis qu’Axe s’était rapprochée du rocher, du nain et de la victime de ce dernier. Elle leva un sourcil en avisant la clarté inhabituelle de la fourrure de l’ourson, dont le museau carré tranchait avec celui, plus fin, des grizzlys qui peuplaient les environs, et dont les yeux d’un noir profond démentaient l’albinisme qu’Axe avait d’abord supposé. Drôle de spécimen. Au moins aussi impétueux que ses cousins bruns, mais… définitivement moins futé. 
Sans doute venait-il de loin.

« Gyar gyar gyar gygyargh ! Une mercenaire… Assassin aurait sans doute été un meilleur qualificatif, chère Axe. J’suis Thauthaudarmafur, nain des Monts Glacés. »

Les monts glacés. Un massif boréal au climat particulièrement rude, situé en extrême bordure des Baldors. Axe ignorait qu’il y avait des nains là-bas. Elle tendit l’oreille pour saisir la suite du discours du nain, qui avait en manifestement fini avec son inspection.

« Les préjugés d’l’aut’ vieux crétin, tu dis...Je n’donne raison à personne si c’n’est qu’à ma propre conscience. »

Bon point pour lui.

« Cet elfe m’a fait deux affronts. L’premier fut d’essayer d’me voler mon compagnon. T’en fais pas, t’as rien à craindre de lui. »

...Axe échoua à retenir un sourire fugace.

« De toute façon, j’doute que t’aies que’que chose à craindre de bien du monde, gamine. »

Cette fois-ci, elle salua la clairvoyance du nain d’un hochement de tête. Il savait se servir de ses yeux et ses méninges. Deux qualités indéniables. Louables, même...pour peu d’être correctement conjuguées.

« Son deuxième affront fut de m’insulter au mauvais endroit, au mauvais moment. D’ailleurs, j’te r’tiens. J’avais prévu une foutue bonne soirée, dans c’te taverne. M’enfin... Les cartes ont parlé. Il a perdu son nez. »

Axe se détendit, agréablement surprise. Le nain était autrement plus sympathique que ce que sa trogne abîmée laissait présager. Et autrement plus frappé. Sa conception de l’honneur était plus naine que naine, rien de bien surprenant dans la sévérité qu’il mettait dans l’exécution ses châtiments. Son commentaire sur « les cartes », en revanche, avait immédiatement attiré son attention. Il parlait évidemment du paquet dont elle l’avait vu se servir pour tirer ses décisions à la taverne, qu’il avait fait disparaître sous sa veste lorsqu’elle s’était approchée après avoir annoncé son arrivée dans la clairière quelques minutes plus tôt. Encore une fois rien de bien étrange ; il n’était pas rare de croiser des hommes et des femmes adeptes de ce genre de pratiques en Dùralas, par jeu ou par principe. Lorsqu’elle avait rejoint leurs rangs, Axe avait constaté que certains mercenaires de la Congrégation avaient pris l’habitude de tirer les décisions difficiles à pile ou face, pour se soulager la conscience. Ç’avait même été une courte mode dans une catégorie de chasseurs de prime moins sensibles et désireux d’apporter une touche de piment et de mise en scène à leur style. Mais il y avait quelque chose de très différent dans la façon dont le nain décrivait le processus, une...certaine forme d’absolutisme sous-jacent. Définitivement quelque chose qu’elle connaissait bien.

« ...Qu’il soit un elfe n’y change rien, et pour tout t’dire, j’en n’ai rien à carrer de donner raison aux préjugés. La vie n’est pas prédéfinie. Sa vie ne tient qu’aux aléas d’not’ quotidien. Moi, je joue avec. Sa vie ? Les cartes parleront. »

Question de philosophie, donc. Une fois de plus, un sourire se dessina sur les lèvres de la mercenaire alors que le nain tirait son deck de sa poche et le mélangeait d’une main experte avant de le poser à même le sol, bien en évidence. Quittant l’appui de son rocher malgré cette dernière attention, Axe abandonna Charybde, s’approcha et se pencha par-dessus son épaule. Une carte fut dévoilée, la première de la pioche improvisée. La lycanthrope plissa les yeux. Ce n’était pas un arcane de tarot, ni même une figure populaire récurrente comme on en trouvait souvent dans les jeux de ce genre. 

Elle représentait un roi au visage grave sur fond écarlate, mains croisées sur la tête d’un marteau massif. 

Le regard d’Axe croisa celui du nain. 

Une expression d’une dureté minérale avait investi ses traits abrupts, que la lumière déclinante ciselait à l’image d’un masque de marbre sèchement esquissé au burin, impénétrable. Plongés dans l’ombre de ses arcades sourcilières, ses yeux seuls avaient conservé un semblant de vie, luisants par contraste d’une humidité terriblement organique. Axe soutint son regard alors que son marteau s’abattait sur la nuque de l’elfe dans un craquement implacable. Sans avoir accordé un coup d’oeil à la manœuvre, elle l’avait sue exécutée d’une main de maître dès lors que la masse avait trouvé sa cible, fatale. Le nain était un tueur. Un manieur d’armes lourdes à la dextérité émérite au jeu comme à la guerre, dont les sentences s’abattaient sur les tributaires de ses griefs chargées de la même fatalité qu’une lame de bourreau. 

Il jurait par les aléas, mais tout semblait indiquer que le hasard n’était pas son seul axiome.

Soudain, Charybde émit un sifflement bestial qui vrilla le crâne de la mercenaire des tempes à la nuque, lui arrachant un rictus douloureux. Elle fit volte-face et adressa un regard ardent à l’arme restée appuyée contre le rocher. Pressante, presque fébrile, la masse se démenait pour attirer son attention sur le nain qui s’était retourné pour s’intéresser au cadavre de l’elfe, penché sur son front. Axe renifla et jeta une fois de plus un œil par-dessus l’épaule du guerrier, lequel marmonnait quelques mots, le dos courbé et le front plissé par la concentration. Le regard de la mercenaire s’arrêta sur la lueur violacée qui nimbait son visage et elle baissa les yeux juste assez rapidement pour apercevoir sa source s’évanouir dans un éclair fugace, prestement récupérée par le nain puis rangée dans une poche intérieure à l’abris de la paire d’yeux curieux braqués sur la manœuvre. Frustrée, Charybde crachota quelques mots incompréhensibles et se rétracta aussi brusquement qu’elle s’était invitée dans l’esprit d’Axe. Le nain sifflota et se redressa tandis que son ourson dévalait son promontoire moussu. Il n’avait vraisemblablement rien remarqué.

« Je ne suis pas ton ami, du moins pas encore, gamine. La prochaine fois, appelle moi Thauthau, si jamais tu souhaites m’appeler. Le terme « ami » viendra plus tard, si occasion il y a. »

Axe profita de ce que le nain délivrait son discours de dos pour se masser la tempe, interdite. Elle se rapprocha du cadavre de l’elfe et s’accroupit au niveau de sa nuque brisée. Un travail d’orfèvre.

« Mais avant cela, « mercenaire », laisse moi émettre mes hypothèses. Membre de la Congrégation, tu es l’une de leur dirigeante. Non, pas exactement. Tu es trop jeune pour cela. Tu es, dirons nous, dans la seconde sphère dirigeante. Commandante, entraîneuse, ou gérante d’une zone importante de la faction, je suppose. Je ne connais pas votre système. »

Axe saisit le cadavre par une épaule et le retourna complètement, terminant de désarticuler son cou brisé. Ses yeux passèrent rapidement sur le nain lorsqu’il évoqua sa position supposée au sein de la Congrégation, puis retournèrent au macchabé.

« Tu te diriges vers les mines de Kazhar, exactement dans la même direction que nous avons empruntée jusque-là. Ton objectif est de tuer quelqu’un, ou quelque chose. Un contrat, sans doute. Ou bien un traître. Quoi qu’il en soit, c’est quelqu’un d’important, ou bien représentant quelque chose d’important, puisque toi, personne influente de la faction, t’en occupe toi-même. Cependant, tu trouves le temps de t’arrêter pour t’intéresser à une petite querelle raciale entre deux inconnus. J’en déduis deux choses. Tu as le temps et tu es confiante. Ta proie est donc soit devant toi, soit trop faible, par nature, ou par blessure. Étant encore en vie, je doute que la première proposition soit la bonne. Donc ta proie est bien dans les mines de Kazhar. Et toi, Axe, la puissante membre de la Congrégation, va l’abattre avec une facilité des plus écrasantes. »

Le visage d’Axe s’assombrit.

« Je t’ai dit ne pas être ton ami. Le fait est que notre relation va dépendre d’une unique chose, en l’état actuel des choses. Des nains vivent non loin de ta direction. Mon peuple est-il visé par ton présent contrat, gamine ? »

Un ange passa. Axe reboutonna la veste de l’elfe et abandonna le cadavre à l’ourson trépignant qui l’avait lorgnée avec un mécontentement non dissimulé tout au long de son inspection, agacé de voir la mercenaire jouer avec son futur repas mais pas assez inconscient pour s’en approcher avant qu’elle ait fini et s’en soit éloignée. Elle se redressa et planta son regard dans son celui du nain.

« J’ai rejoint la Congrégation des Ombres il y a de cela un an, sous la tutelle d’un stryge nommé Saigo. Étant à la fois bras droit et proche ami de l’Ombre actuelle, il m’a naturellement rapprochée du cercle des hauts gradés de la faction. Lachlan « Styx » Grey, c’est son nom, m’a récemment nommée Trésorière, m’octroyant le droit et la possibilité d’endosser l’intégralité de la gestion de notre coffre-fort et faisant de moi le second personnage le plus important de l’organisation. Je me dirige vers les mines de Khazar pour abattre une des têtes impliquées dans l’assassinat de l’homme qui détenait ce titre avant moi...Saigo, mon mentor. Il s’agit de lafeth, son ancien valet, un combattant raté, déchu, terrifié et épuisé. Il se terre dans les mines à l’instant où nous parlons et n’en ressortira pas de sitôt. Je m’en charge personnellement car il m’appartient de le voir mourir abattu par les conséquences de sa félonie...rongé par le passé, terrifié par l’avenir malgré la promesse d’une délivrance aussi proche que douloureuse taillée à même sa carcasse de pleutre écervelé, martela-t-elle, emportée par un élan de malfaisance auquel Charybde était parfaitement étrangère. Oui, c’est donc moi, Axe, “puissante membre de la Congrégation”, qui vais l’abattre avec une facilité déconcertante et la satisfaction ô combien amère d’avoir eu, un instant, l’impression d’avoir extorqué aux exécuteurs une fraction du quota de douleur et de terreur qui comblera la dette de leur glorieuse Tour Noire envers une faction amputée d’un de ses dirigeants, une pupille laissée orpheline et un frère d’aventures consumé par les remords. Hors les pleurs de lafeth sont insignifiants et la dette immense. Il y aura d’autres traques, d’autres supplications, d’autres morts. Et qu’on me damne si je ne tue pas de ma main tous les responsables à ma portée d’ici-là, avant que les feux de Styx n’emportent tout. »

Sa gorge se serrant douloureusement, Axe fut contrainte de s’interrompre. L’oeil dur, elle reprit après une inspiration calme mais fébrile.

« Félicitations, donc, c’est un sans-faute. Ais-je répondu à ta question ? »

Dans un coin de son esprit, un semblant de ronronnement apaisant se mit à résonner doucement. La mercenaire s’abandonna à la caresse psychique de son arme et ferma les yeux. Charybde avait senti sa haine et en frissonnait encore, se frottant à l’esprit de sa jeune propriétaire comme une chat sur un bras ami, avide de contentement et de chaleur réciproque. Le jour viendrait pour le démon d’incarner les braises qui crépitaient au sein de la jeune bâtarde en un brasier digne des flammes démentes nichées au fond du regard cyclope de Styx, ils le savaient et s’en réjouissaient chacun à leur manière. Mais pour l’heure, il leur fallait patienter, placidement tournés vers la promesse des tisons rougeoyants, se marmonnant mutuellement en guise de consolation leurs aspirations funestes comme une berceuse, une poésie prophétique et inéluctable.
- Souviens-toi de notre rencontre. « Ils brûleront », disais-tu. « Ils crieront ». Tous ceux qui se sont dressés sur ta route.
La voix rocailleuse de Charybde était plus claire que jamais. Bien que le démon lui-même ne fût en mesure de deviner ce qui suivrait et n’était en rien impliqué dans les affaires de sa jeune acolyte, il avait senti le lien qui les unissait s’approfondir encore, se clarifier. Axe n’ignorait pas le danger absolu que représentait la résonnance que trouvait sa rage dans celle, innée, de son serviteur. Mais elle laissa faire.
- Et tous ceux qui se dressent encore entre moi et mes plans. Mais quand, Charybde ?
- Bientôt, bientôt, petite maîtresse. Tu es déjà en marche.
Et Charybde se retira, repue.

L’atmosphère était soudain pesante dans la petite clairière baignée par la lumière de la lune qui se dressait, haute et nette, dans le ciel des Baldors. Axe soupira, s’accroupit et tira une petite lanterne de ses bagages sommaires, dans laquelle elle versa avec parcimonie un peu de l’huile qu’elle s’était procurée plus tôt dans son voyage en prévision de ses errances dans les boyaux de Khazar. Nyctalope, certes, mais généralement mauvaise et totalement aveugle dans le noir complet, elle n’était assez folle pour s’y risquer sans lumière.

« J’aimerais continuer à la jouer franche avec toi, « Thauthau », mais je ne te révélerai pas la raison pour laquelle je t’ai suivi – oui, j’ai croisé ta route délibérément. Enfin, malin comme tu es, tu l'avais senti. Elle porta la flamme du briquet qu’elle avait tiré d’une de ses poches à la lampe, qui s’embrasa. Une lumière chaude envahit l’endroit. Peut-être plus tard. »

Avec la souplesse légèrement déficiente des adeptes inconditionnels de l’équilibre, qui méprisaient souvent à tort les bienfaits d’une paire d’adducteurs entretenus autrement que par la course de fond, Axe entreprit de s’asseoir en tailleurs face à son interlocuteur. Pour la seconde fois depuis le début de leur entrevue, elle se détendit franchement. Les talents du nain, tout affûtés qu’ils fussent, n’étaient pas suffisants pour la contraindre à se maintenir sur ses gardes.

« Toutes mes excuses pour l’incident de la taverne, au fait. J’ai parlé un peu avec la serveuse…M’est avis qu’un sacré bout de nuit vient effectivement de te passer sous le nez. Axe tira son éternelle flasque “de secours” d’un repli de sa veste en faisant bien attention à ne pas la confondre avec une des fioles de Fer-de-Lance et la tendit à Thauthau. Tiens, pour me faire pardonner. »

Elle retrouva le sourire narquois que son épisode passionné lui avait ôté du visage.

« Si ça pouvait te convaincre de m’appeler par mon prénom au passage… »

Le sang retrouvant lentement son chemin jusqu’à ses joues pâlies par la colère, elle laissa la brise froide qui soufflait depuis la fin de la petite prestation du nain caresser son visage, apaisée.

« Ou pas. Tu seras débarrassé de moi à l’aube, de toute manière. »
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Thauthaudarmafur
Arlequin

Thauthaudarmafur

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(Calebasse démoniaque, +200, v+200, Calebasse Piñata : Les récompenses en pièces d'or de fin de combat concernant les tours passés sont multipliées par 10 [le voleur aura le droit à une multiplication par 20])

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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyDim 2 Déc 2018 - 19:38

Un lourd silence s'abattit sur la clairière, suivant le long monologue du nain. Celui-ci toisait avec sérieux la jeune humaine, notant qu'elle avait examiné et retourné le cadavre. Durant de longues secondes, seul le bruit de mastications provenant de la gueule de l’ourson dérangeait la paix éphémère recouvrant l’endroit. La main droite sur la tête de son marteau-piolet alors que la gauche s’accrochait à sa lourde ceinture, Thauthaudarmafur profita de cette pause afin de se concentrer sur les réactions de sa pierre, vibrant continuellement contre sa poitrine. Ses Sens Arcaniques ressentaient également une présence magique non loin, mais ne parvenaient pas à identifier clairement sa provenance ni son objectif, si ce n’est qu’elle était liée à la guerrière. Cette « mercenaire » n’avait décidément rien de commun. En un sens, elle lui rappelait Kochytwaz Trompe-La-Mort, l’un de ses mentors Marteleurs. Masquant ses puissantes capacités, mais démontrant une assurance expérimentée, la jeune femme n’avait cependant aucune ressemblance physique avec son ancien ami. Le nain renifla bruyamment, alors qu’elle entamait sa réponse.

« J’ai rejoint la Congrégation des Ombres il y a de cela un an, sous la tutelle d’un stryge nommé Saigo »


La gamine n’avait pas même la décence de nier son appartenance à cette organisation supposée secrète.

« Étant à la fois bras droit et proche ami de l’Ombre actuelle, il m’a naturellement rapprochée du cercle des hauts gradés de la faction. Lachlan « Styx » Grey, c’est son nom, m’a récemment nommée Trésorière, m’octroyant le droit et la possibilité d’endosser l’intégralité de la gestion de notre coffre-fort et faisant de moi le second personnage le plus important de l’organisation. »


Le nain baissa les yeux, interdit. Styx. Thauthaudarmafur avait évidemment entendu parler de ce vampire sournois, vil et cruel qui menait depuis quelques temps la Congrégation. Il avait ouï une particulièrement étonnante nouvelle à propos d’un assassinat qui aurait mal tourné au sein même de la capitale humaine. L’Ombre aurait été capturé, et ses sous-fifres exécutés. Maître des vices, il semblait être parvenu à convaincre le Roi de le libérer. Du moins, c’est ce que le nain avait entendu dans les tavernes, peu avant retourner en Ogh-Hen-Kìr après l’incident des Abysses. Le Banni plongea à nouveau les yeux dans ceux de sa partenaire. Ainsi, cette gamine était la trésorière de la Congrégation. Il s’était donc fourvoyé. La dénommée Axe était dans les gouvernants de cette faction. Il fronça légèrement les sourcils. « Le second personnage le plus important » ? Qu’en était-il du bras droit de l’Ombre, de ce fameux stryge, Saigo ?

« Je me dirige vers les mines de Khazar pour abattre une des têtes impliquées dans l’assassinat de l’homme qui détenait ce titre avant moi...Saigo, mon mentor. »


Tout vient à point à qui sait attendre, n’est ce pas ? Questionnement trouvait réponse.

« Il s’agit de lafeth, son ancien valet, un combattant raté, déchu, terrifié et épuisé. Il se terre dans les mines à l’instant où nous parlons et n’en ressortira pas de sitôt. Je m’en charge personnellement car il m’appartient de le voir mourir abattu par les conséquences de sa félonie...rongé par le passé, terrifié par l’avenir malgré la promesse d’une délivrance aussi proche que douloureuse taillée à même sa carcasse de pleutre écervelé. Oui, c’est donc moi, Axe, “puissante membre de la Congrégation”, qui vais l’abattre avec une facilité déconcertante et la satisfaction ô combien amère d’avoir eu, un instant, l’impression d’avoir extorqué aux exécuteurs une fraction du quota de douleur et de terreur qui comblera la dette de leur glorieuse Tour Noire envers une faction amputée d’un de ses dirigeants, une pupille laissée orpheline et un frère d’aventures consumé par les remords. Hors les pleurs de lafeth sont insignifiants et la dette immense. Il y aura d’autres traques, d’autres supplications, d’autres morts. Et qu’on me damne si je ne tue pas de ma main tous les responsables à ma portée d’ici-là, avant que les feux de Styx n’emportent tout. »


Thauthaudarmafur s’était tut. La jeune femme avait littéralement déchaîné sa colère dans sa réponse, libérant une rancœur et une rancune profondément censurées. Le nain ne comprenait point totalement l’ensemble des notions mentionnées, mais ne chercha pas à suivre les détails. Le tout était on ne peut plus clair, et le Banni était en accord avec ce ressentiment. Il ne savait que trop bien ce que provoquait la perte d’un mentor et ami. Un long frisson parcourut ses joues, laissant sa barbe tressaillir paisiblement alors que son visage s’assombrissait. Oh oui, il comprenait exactement les sentiments de la jeune femme. Lui-même souhaitait mettre à feu et à sang les demeures des responsables du meurtre de Gradul, Kochytwaz, Narmus et Malkrof, ainsi que celui de ses parents, et de tant de nains par chez lui. Il retînt un léger sourire, trouvant en la guerrière son écho, son reflet dans le miroir.

« Félicitations, donc, c’est un sans-faute. Ai-je répondu à ta question ? »


Axe ferma les yeux, semblant prendre à nouveau contenance. Le nain ne s’était pas attendu à faire autant parler la demoiselle. Il esquissa un léger sourire. Il était toujours bon de découvrir les faiblesses de potentiels ennemis. Qui plus est lorsque ceux-ci sont dirigeants de puissantes factions, et qui plus est héritiers de les dites factions. Instable, la trésorière de la Congrégation avait dévoilé suffisamment d’informations au nain pour que celui-ci puisse schématiser ses objectifs. Visiblement, son peuple n’était pas, dans l’immédiat, visé. Il ne retira pour autant pas la main de son arme fétiche. Les vibrations provoquées par sa pierre continuaient de déranger son torse. Invariante, la pierre ne cessait de témoigner de la présence magique inconnue. Alors que la guerrière s’agenouillait afin d’allumer une lanterne, les yeux noirs du Banni la suivirent. Il était inutile de répondre à ses questions, parfaitement rhétoriques. Il expira silencieusement, projetant son regard sur son ourson qui, repu, s’était allongé à côté de la plaie béante qu’ornait désormais le cou de l’elfe. Déjà, les mouches venaient prendre la relève, se posant en silence sur la chair inerte, picorant inlassablement les restes délaissés par l’ourson polaire. Les sons du silex que tenait Axe firent à nouveau frémir le guerrier. Bientôt, l’odeur du sang attirerait bêtes et bestioles auprès du cadavre. Il se jura, par tous les dieux nains qu’il avait pu vénérer, de brûler le corps avant qu’il ne soit davantage pris pour aliment. Extirpé de ses pensées par la voix féminine éclaircissant le silence ayant envahi la clairière, il détourna les yeux du macchabée.

« J’aimerais continuer à la jouer franche avec toi, « Thauthau », mais je ne te révélerai pas la raison pour laquelle je t’ai suivi – oui, j’ai croisé ta route délibérément. Enfin, malin comme tu es, tu l'avais senti. Peut-être plus tard. »


À son tour, il inclina la tête, appréciant la clairvoyance de la jeune femme. Il la regarda s’asseoir confortablement, négligeant royalement le nain, la main posée sur son marteau-piolet. Légèrement insulté, bien que davantage vexé, le nain se mit à rire devant l’absurde de la situation. Ils ne se connaissaient pas, ne s’appréciaient de prime abord pas, mais en une discussion, en venaient à une conclusion. Ils étaient deux tueurs, et c’était une belle soirée. Inutile d’ajouter un second mort à la belle étoile surplombant leurs têtes. Relâchant la tête de son marteau, il sifflota son ourson qui, soudainement, releva la tête, ses grands yeux noirs dirigés vers son maître. Ce dernier fléchit les genoux et s’assit en tailleur, imitant la guerrière, en face de celle-ci. Son compagnon animal accourut sur ses genoux, se léchant le museau encore légèrement ensanglanté. Le nain, conservant un léger sourire, l’aida à se nettoyer, caressant sa tête avec tendresse.

« Toutes mes excuses pour l’incident de la taverne, au fait. J’ai parlé un peu avec la serveuse…M’est avis qu’un sacré bout de nuit vient effectivement de te passer sous le nez. Tiens, pour me faire pardonner. »


« Gyarh arh ! »


Le nain ne retînt pas un grand rire, se rappelant de la belle rousse avec qui il avait été supposé passer la nuit. Un magnifique brin de femme, qu’il regretterait sans doute un bon moment. Il saisit la flasque que lui tendait la guerrière, voyant en son regard franc qu’elle ne tenterait pas de l’empoisonner par ce biais. Qu’il était simple d’interpréter une sincérité d’une personne après que celle-ci ait dévoilé ses plus enfouies facettes…

« L’alcool, bien qu’ce soit l’un d’mes amours préférés, n’remplac’ra jamais une bonne nuit dans les bras d’une femme ! Mais merci, gamine, au moins ça rembours’ra la pièce qu’j’ai filé à cette Hélène… Bon sang qu’il est rare d’rencontrer une telle créature dans des tavernes r’culées ! »


Le nain déboucha la flasque et, sans renifler d’abord en signe de confiance, porta le goulot à ses lèvres, laissant le breuvage s’écouler lentement contre sa langue. Il haussa un léger sourcil. Malgré l’excentricité de la guerrière, il ne s’attendait pas à ce qu’elle boive une eau-de-vie aussi concentrée. Il déglutit, appréciant de pouvoir sentir à nouveau de l’alcool fort emplir son estomac.

« Si ça pouvait te convaincre de m’appeler par mon prénom au passage…Ou pas. Tu seras débarrassé de moi à l’aube, de toute manière. »


« Gargh gyarh ! C’est vrai qu’j’pourrais t’laisser ici et r’tourner voir l’aut’ serveuse, mais j’pense pas qu’le tavernier m’laisse entrer pour autant… Quitte à passer chacun la nuit dans l’froid, autant l’faire ensemble, hein, Axe ? »


Son ourson éternua sur ses genoux, et se frotta le museau de sa patta droite, comme le font usuellement les chats. Le nain sourit, caressa une nouvelle fois sa truffe noire, et déposa la bête près du feu. Affichant une mine plus sérieuse alors qu’un bruit de feuillage retentissait dans son dos, le nain se releva, conservant la flasque d’alcool. Il se dirigea vers le cadavre, s’en empara sans grands égards, et le jeta sur le rocher. Thauthaudarmafur dépouilla Wuirys des quelques piécettes qu’il avait, ainsi que des armes qu’il avait -une dague et un poignard- et sa ceinture. Il versa une petite partie du contenu de la fiole sur son corps avant de la refermer. D’une sacoche à la droite de sa propre ceinture, il sortit une Rune. Celle-ci, au contact de ses doigts, s’illumina d’une lueur rougeâtre. L’apprenti Maître des Runes déposa la pierre sur le torse du cadavre, prononça un mot et se concentra. Fermant les yeux, il tenta, comme jadis, de ressentir les flux énergétiques dont lui avait parlé Zartys. Il les perçut, tout autour de lui, dans l’air, le sol, la roche, mais également dans le corps inerte. Il fronça les sourcils, tordant la nature à son bon vouloir, détruisant la stabilité continuelle et la paix du contexte spatial, arrachant direction et sens aux vecteurs d’énergies. Invisibles à l’oeil nu, les flux furent aspirés par le contact entre la pierre et les doigts du nain, créant, tel un appel d’air dans un gouffre, un point central où se concentrèrent toutes les magies qu’il souhaitait. Thauthaudarmafur prononça un second mot en langage nain, et le corps de l’elfe prit feu. Les flammes, d’abord fébriles, ne mirent guère longtemps à avaler l’alcool catalysant, et à s’élever vers le ciel, illuminant la clairière, et plus directement le visage du nain. Ce dernier ouvrit à nouveau les yeux, récupéra la Rune et fixa un instant le visage du défunt. Quelles seraient les conséquences de l’erreur que ce stupide être avait commis ? Il renifla et se détourna, retournant aux côtés d’Axe. Il s’assit comme précédemment devant elle, retrouvant la compagnie de son ourson qui fixait le brasier sur le rocher. Le nain but une nouvelle gorgée de la flasque et planta à nouveau ses yeux dans les iris noires de la demoiselle.

« Bien… Bon Axe, dis moi. Tu souhaitais la jouer franche, hein ? Alors répond moi sérieusement. As tu... »


Le regard du nain se durcit péniblement, alors que sa pierre s’agitait violemment dans son armure. L’ourson tourna la tête, comme sursautant par le changement de ton de son maître. Laissant durer quelques secondes le silence, le Banni reprit à nouveau la parole, affichant un large sourire.

« As tu d’la viande pour c’soir ? Par ta faute, j’ai rien pu m’mettre sous la dent c’soir, et mes r’serves sont à sec ! »




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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyJeu 21 Mar 2019 - 14:35

Ce fut un rire gras qui, le premier, tira Bondar de sa torpeur.

Dodelinant de la tête, les paupières collées et l’esprit embrumé, l’elfe lutta un instant contre la tentation de s’abandonner à nouveau à l’hébétude dont l’éclat de voix vulgaire l’avait extirpé. Le goût métallique qui baignait son palais ne tarda pas à lui rappeler les circonstances de sa perte de conscience et il passa une langue prudente sur ses lèvres, grimaçant lorsque son inspection réveilla la plaie qui avait fleuri là où le marteau du nain avait trouvé sa bouche explosée. Le fou avait visé les dents…Bondar renifla, dégoûté par le souvenir de la trogne cruelle de son bourreau. Seul un éclair de lucidité salvateur l’empêcha de cracher le mélange de sang et de salive que son geste avait fait remonter le long de son gosier.
« Mate-moi ça, mais mate-moi ça ! »
Bondar laissa doucement sa tête retomber sur le côté et entrouvrit un œil. L’éclat ténu d’un feu de camps lui parvint à travers ses paupières mi-closes et sa vision se brouilla un instant, le temps pour la douleur qui cingla immédiatement son front de s’apaiser un peu.
« Riches comme crésus, ces monstres de foire ! J’me demande bien pourquoi c’ui qui est passé avant nous n’les a pas dépouillés… »
C’était une voix de femme, cette fois-ci. Pas beaucoup plus distinguée que la précédente. Bondar voyait les deux silhouettes desquelles elles s’élevaient, à présent, assises l’une contre l’autre entre lui et le feu. “Riches comme crésus” ? Ils parlaient sans doute de lui et de ses camarades ; leurs quelques possessions, si elles n’étaient pas si nombreuses que cela, étaient pour la plupart fruit d’un artisanat soigné. Des bandits…Le vieux druide se figea.

Ses pensées s’éclaircissant, il prit conscience des liens qui lui mordaient le torse et les poignets, du tronc rugueux contre son dos et, alors qu’il remarquait la douleur qui irradiait son bras droit, de la chaleur d’une épaule étrangère pressée contre la sienne. Son regard glissa vers l’elfe ligotée à ses côtés. La tête ballante, le front marqué par une large ecchymose violacée et le visage barré d’un filet de sang, Suursa demeurait sourde aux éclats de voix qui montaient depuis le feu de camps, probablement plus sérieusement touchée que son confrère et encore loin d’émerger de sa léthargie. Bondar jeta un coup d’œil discret aux arbres alentours. En face de lui, Dillis était attaché seul à un tronc semblable au sien, inconscient ou jouant aussi bien le mort que lui. Il n’était pas présent lors de l’attaque du nain, occupé à se murger dans une taverne proche pendant que ses compagnons vénéraient leur divinité. L’odeur des herbes qu’ils fumaient pour s’aider à accéder à leurs transes ne lui plaisait pas. Avait-il échappé au massacre ? L’état de son front semblait indiquer le contraire. À sa droite, effondrés l’un contre l’autre et solidement ficelés, Mergelemn et Ulia avaient été arrimés à un rocher saillant qui projetait son ombre sur le reste de la scène, empêchant Bondar d’examiner les lieux plus avant. L’épaisse chevelure blé de l’archère était trempée de sang et pendait misérablement devant son visage ; le sien ? Celui de Mergelemn ? Impossible de savoir.
Impossible…pour lui.

Alors que les deux bandits commençaient à s’embrasser langoureusement, parés des bijoux et des pendentifs de leurs proies, Bondar ferma les yeux et plongea les doigts dans l’herbe qui poussait entre les racines de son arbre. La douleur qui pulsait au niveau de sa bouche éclatée et la confusion qui régnait dans son esprit s’évanouirent lentement alors qu’il se tournait vers le réseau de racines dont la terre de la forêt était veinée, par lequel il écoula tranquillement sa conscience jusqu’à imbiber tout entier l’humus frémissant. Il ressentit les bêtes infimes qui s’ébattaient dans la litière décomposée, avec lesquelles il disposait d’affinités naturelles inexplicables depuis sa tendre enfance, et les assimila également avec toute la patience et la rigueur que son état déplorable lui imposait. Contrairement à Suursa, il n’avait pas besoin d’incanter pour convoquer les énergies du monde sylvestre.
Calmement, libéré de la distraction de son bras – brisé, pensa-t-il, avant de chasser le problème de son esprit – il dirigea les créatures jusqu’à la surface du sol gorgé de vie et des excroissances hétéroclites jaillirent du tapis de mousse sur lequel reposaient les mains attachées de Suursa ; animales, végétales, tenant plus du champignon ou de la racine, plus de la racine ou du tentacule, plus du tentacule ou de l’essaim, impossible à dire pour qui ne s’y connaissait pas un peu. Le tumulus frétillant atteignit les doigts de l’elfe et continua de s’expandre jusqu’à engloutir ses poignets tatoués, puis s’immobilisa. Un excès de prudence poussa Bondar à vérifier que les bandits ne s’étaient aperçus de rien. Ils s’étaient blottis l’un contre l’autre et se passaient une flasque en continuant leur discussion à voix basse, hermétiques aux fluctuations auxquelles l’énergie de la forêt avait été soumise : ni l’un ni l’autre n’était magicien.
Rassuré, Bondar ferma les yeux et réinvestit le sol avec la même lenteur méthodique que lors de sa descente précédente, d’autant plus délicat que son injonction envers les créatures qui lui avaient ouvert les portes de leur vigueur risquerait de leur paraître rédhibitoire. Prudemment, il déverrouilla les canaux énergétiques auxquels les tatouages de Suursa lui donnaient accès et prit connaissance des ravages du contrecoup de l’attaque du nain sur les réserves magiques de son amie ; contusionnée au niveau de son front seulement mais vidée de ses forces, méchamment touchée, la guérisseuse était au plus bas. Adressant une prière formelle à l’ordre naturel des choses, Bondar se mit à drainer la vie des bêtes et des plantes qui servaient de corps à son tumulus, ignorant les plaintes interloquées des insectes que comptait la protubérance auxquelles son propre esprit ne pouvait s’empêcher d’être réceptif. Le tumulus noircit, consumé, et s’effondra sur lui-même alors que Suursa plissait le front dans une grimace douloureuse. Bondar, lui, suait à grosses gouttes. Il avait dû fournir un effort intense pour contraindre le sol de la forêt à s’abandonner à son ordre de mort.

Comme Bondar avant elle, Suursa connut un réveil difficile et douloureux, mais n’eut besoin que d’un bref coup d’œil à son environnement pour comprendre la situation et la nécessité absolue de faire profil bas qui en découlait. Elle chercha le regard du druide, qui lui répondit d’un hochement de tête presque imperceptible. Bondar bénissait les dieux d’avoir été attaché à côté d’elle, connaissant et admirant son sang-froid implacable qui lui permettait de faire face aux meilleur comme au pire sans ciller -qualité indissociable de son pouvoir à la magie aussi douce que, par nature, les situations auxquelles elle avait vocation à être confrontée étaient violentes- et auquel il se remettait à présent entièrement. Presque entièrement. Une autre qualité de Suursa était la source inépuisable de magie à laquelle ses prières semblaient lui donner accès lorsqu’elle se mettait en transe, qu’elle ne soustrayait à rien autour d’elle ; cette magie, exclusivement curative, rayonnait en sens unique et – même lorsqu’elle se forçait à la diriger vers qui en avait besoin– nimbait les environs de la guérisseuse en distribuant sans conditions ses bienfaits miraculeux ; si Bondar maniait les énergies à sa guise, elle les invoquait purement et simplement. Pour le druide, c’était un mystère.
Elle était de loin la plus dévote du groupe.
Les regards des deux elfes convergèrent vers Dillis et Bondar sentit la guérisseuse détendre ses muscles un à un, déployant sa psyché dans la clairière pour s’informer de l’état de ses camarades. Les deux bandits frémirent.
« T’as senti ça ? »
La femme tourna la tête vivement vers le druide et sa compagne.
« Il m’a pas l’air bien en point, lui…r’garde un peu, il est tout pâlot… »
Son partenaire haussa un sourcil dans la direction de Bondar et grommela.
« On va pas s’en plaindre ! Et puis avec ce qu’ils se sont tous pris dans le muffle, c’est pas bien étonnant…Un grizzly les aurait laissés en meilleur état ! Crois-moi qu’y se réveilleront pas avant un bout d’temps. 
- Quand même, ils m’inspirent pas confiance ces sorciers. T’es sûr de vouloir dormir à côté d’eux ? Ça n’coûte rien de les bazarder dans les bois et d’aller pioncer tranquille un peu plus loin…Même les yeux fermés j’ai l’impression qu’y me dévisage, l’aut’noblion…
- J’te parie tout ce que tu veux qu’c’est un mordu, lui ! L’homme cracha. Je préfère encore les avoir sous les yeux. Et puis t’en fais pas, tu connais mes nœuds. »
La femme jeta une œillade sévère à Dillis et se blottit contre son compagnon, détournée de ses craintes par le problème plus immédiat de la brise froide qui s’était levée sur la petite clairière.
« Dommage qu’on s’caille autant quand le ciel est dégagé, par ici.
- J’me sens bien, moi…Et puis on redescendra vers Ishtar dès que ça chauffera moins avec les pirates, hein ?
- Je dis pas que j’me sens mal, j’dis que j’me caille, grommela la voleuse. Maintenant que tu l’dis y’a comme un petit quelque chose de chaleureux dans l’air quand ce foutu vent se calme un peu…Elle leva la tête vers l’homme. Tu crois qu’y avait des fées dans la source où on a bu ? »
Son compagnon haussa les épaules et jeta un peu de petit bois dans le feu pour la rassurer, puis lui passa un bras autour de la taille. Bondar jeta un coup d’œil discret à Suursa, qui était restée de marbre tout au long de l’échange. Elle avait usé de ses pouvoirs. Dans l’impossibilité d’entamer une de ses liturgies, il devinait qu’elle avait dû puiser dans ses propres réserves d’énergies. Le vieux druide eut un rictus soucieux. Tout comme lui et malgré ses soins précaires, l’elfe était toujours terriblement mal en point…Sa puissance fauchée ne lui permettrait pas de soigner le monde.
Il n’était pas difficile au demeurant de deviner sur qui son choix s’était porté. Les deux pupilles rouges de Dillis miroitèrent un instant à la lumière du feu de camps et Bondar lui adressa un geste du menton rassurant, approuvant le choix de sa consœur. L’elfe pâle avait beau ne pas partager les dieux de ses amis et laisser le virus qui courait dans ses veines affecter son discernement par moments, il était le ciment de leur groupe, en plus de disposer d’une intelligence fine et expéditive. Peut-être était-ce la raison pour laquelle, malgré un talent limité, il avait tenu à apprendre l’archerie auprès d’Ulia.
Pallidiliévès…Noble naissance, nom à rallonge qu’il avait progressivement rogné de son propre chef au fil des années. Était-ce la dégradation de son sang par le vampirisme qui, la première, l’avait poussé à amputer son patronyme de ses trois dernières syllabes si socialement marquées ? Bondar l’avait connu alors qu’il se nommait lui-même Pallidi, surnom qu’on lui donnait dans sa jeunesse selon ses propres dires et qu’il n’avait pas conservé bien longtemps, désireux de rompre avec un passé dont, s’il en avait partagé les détails sans rechigner avec ses amis, il ne voulait plus entendre parler. « Dillis » était une suggestion de Mergelemn. Le vampire, enchanté, avait immédiatement adopté ce qu’il considérait comme un cadeau inestimable de la part du rôdeur ; il ne voulut plus jamais qu’on l’appelle autrement.
Il était vrai que ce nom, simple et mélodieux, se fondait à merveille dans ceux du reste de ses amis moins bien nés.

Un bref échange de regard avec Suursa permit au mordu de conserver son calme malgré la situation alarmante que lui avait dévoilée son réveil. Les apercevant, il interrogea la guérisseuse au sujet de ses deux compagnons encore endormis d’un tressautement du pied droit. L’expression de Suursa ne changea pas, traduisant sa sérénité vis-vis de l’état du duo. Interloqué, Bondar, se souvenant de la trainée de sang inquiétante qu’il avait aperçue dans les cheveux de l’archère et que Dillis ne pouvait pas voir depuis sa propre position, pressa son épaule contre celle de sa compagne et jeta un coup d’œil significatif à l’arc magnifique que les bandits avaient appuyé contre leur souche. La guérisseuse, vérifiant discrètement que leur ami n’avait pas intercepté cette partie-là de l’échange, secoua la tête avec un air grave. Ce n’était pas le sang de Mergelemn. Il était de toute manière clair pour tout le monde que le rôdeur ne devait en aucun cas être réveillé immédiatement, aussi doux lorsqu’il évoluait en complète liberté dans les terres dùralassiennes qu’imprévisible et désarmé quand confronté à sa propre impuissance. Le druide l’avait déjà vu immobilisé et pouvait jurer sur son bâton que c’était – à l’exacte opposé de la fois où Suursa était parvenue à faire fleurir une petite parcelle de désert dans ce qui demeurerait toujours, pour Bondar, un souvenir surpassant de loin toutes les merveilles contemplées à l’aune d’une vie de voyages et d’enchantements – un des spectacles les plus désolants auquel il lui avait été donné d’assister, expérience qu’il n’aurait souhaité renouveler pour rien au monde. Le rôdeur était un ami proche.

Suursa, rôdée aux crises de ce genre, s’était contentée de fermer les yeux pour réfléchir un instant aux possibilités qui s’offraient à elle. L’elfe pouvait sentir la vie de la forêt palpiter autour d’elle, celle des deux brigands, ses amis épuisés, la flamme vacillante d’Ulia. Plus sérieusement touchée encore que Pallidiliévès, dont le crâne avait miraculeusement survécu à un impact monstrueux grâce sans doute au virus qui courait dans ses veines et qui agaçait de ses picotements morbides la psyché de la guérisseuse, l’archère avait cruellement besoin de soins. Bondar le savait à présent, espérant sans doute secrètement qu’elle tourne ce qui lui restait de forces vers l’ingénu de fer et la plaie qui se déversait dans ses mèches dorées. Suursa savait que le groupe, s’il avait été en mesure de décider de quoi que ce soit, aurait été de l’avis du vieux druide. Ulia, la plus jeune de leur petite compagnie, doublait à sa maîtrise troublante des arts du tir une propension innée à déchaîner les affects du dernier des étrangers ; en deux mots, elle était intensément sympathique. Même la guérisseuse, que sa discipline sans merci laissait parfois amère quand la jeune archère abusait à son goût de la précision mortelle de son arc, ne pouvait que s’avouer vaincue face à sa débonnaireté naturelle. C’était pourquoi Dillis ne devait rien savoir. Tout lucide et avisé qu’il était, le vampire, s’il venait à apprendre qu’un de ses compagnons –et quel compagnon…– avait été si sérieusement blessé, deviendrait fou à coup sûr.
Non, l’archère ne pourrait rien pour leur groupe une fois réveillée, intégralement immobilisée et trop près de Mergelemn pour tenter le moindre mouvement. La soigner partiellement ne constituait qu’une perte d’énergie inutile. Suursa inspira profondément.
En inspectant les alentours, elle avait senti le poison dans lequel ses deux mains baignaient depuis son réveil et en avait déduit sans mal la manière dont Bondar l’avait réanimée. Il avait eu raison. L’elfe, tout comme la fatalité qui pesait sur les flèches impitoyables d’Ulia, déplorait cependant l’injure au cosme de la forêt qui avait servi à réanimer ses pouvoirs moribonds. Bondar n’était pas le plus fervent adorateur de la Lune que comptait le groupe et la vie n’était pour lui qu’une grande affaire de flux, sa magie importune perturbant souvent par ses interventions le monde autour de lui ; Suursa le sentait, mais elle reconnaissait le lien surprenant qui unissait le vieux druide à la nature et admettait que sa maîtrise des éléments était très supérieure à la sienne. Sans doute cela venait-il du fait que le sorcier comprenait profondément son affaire, érudit des bois et de leur faune – pour cela il avait des affinités particulières avec Mergelemn, dont l’expérience en la matière était sans pareille au sein de leur groupe – au contraire de Suursa qui s’était tournée dès l’éveil de ses pouvoirs vers un monde spirituel lointain incarné par la belle face ronde et pâle que, fidèlement, la Lune lui tendait chaque nuit ; les talents de Bondar étaient de fait moins monolithiques que les siens ; elle parlait aux cieux, il écoutait la terre.
Malgré son impiété, il était proprement fascinant.
Suursa enfonça ses doigts dans le monticule nécrosé et sentit la forme d’une racine s’opposer faiblement à la morsure de ses ongles, appartenant sans doute à l’arbre auquel elle était attachée. Gangrenée elle aussi. La terre, ici, serait infertile pendant des années.
Elle sentait la magie de Bondar s’activer en vain pour inciter les insectes alentours à ronger leurs liens, les petites mandibules des fourmis et des scarabées qui avaient échappé plus tôt à son emprise trop lentes à entamer le chanvre solidement tressé. Elle attira son attention sans un bruit et secoua la tête. Dans l’état où ils étaient, il était parfaitement inutile qu’il s’épuise à les libérer…Braquant son regard sur Pallidiliévès, elle recommença à diffuser sa magie à travers l’air froid de la clairière et les deux bandits frissonnèrent.

« C’est…c’est revenu, non ? »

Leurs regards convergèrent immédiatement vers le vampire immobile. Suursa en profita pour solliciter le soutien de Bondar d’un geste de la tête vers les cimes des arbres qui étendaient leurs branches au-dessus d’eux, par la toile de brindilles et d’aguilles desquelles filtrait doucement la lumière d’une pleine lune magnifique. Le druide, désorienté, peina d’abord à interpréter l’injonction de son amie. Voulait-elle entamer un psaume ? C’était de la folie ! Puis, alors qu’il tendait l’oreille anxieusement pour s’informer de la position des bandits, son regard s’éclaira. Affaiblis par la saison, des grillons rescapés des frimas montagnards répandaient leurs stridulations entre les feuillages sombres, dix, vingt, non…peu importait. L’elfe ferma les yeux. Il commençait à comprendre, doucement, que Suursa était loin d’être débordée par la situation.
Ce constat lui permit de s’apaiser un peu. Remontant en pensée le tronc de l’arbre derrière lui sans précautions, manquant de temps pour se diffuser avec application dans l’écorce du grand fût et pour diviser sa concentration entre ses innombrables terminaisons, il effleura grossièrement les petits insectes sylvestres et les engourdit d’une impulsion imprécise mais suffisamment forte pour semer un vent de confusion dans leur orchestre miniature, qui cessa sa mélodie d’été aussi sec ; les bandits se figèrent.
« Par l’vieux Dùgril, l’atmosphère…ça a changé d’un coup… »
La femme bondit sur ses pieds et se jeta vers Dillis, qu’elle empoigna fermement par le col.
« T’y es pour quelque chose, maudit ? Hein ? Réponds ! »
Soudain, alors que la voleuse secouait en vain un Pallidiliévès docile comme une poupée de son, une petite chose chuta du couvert des arbres, amortie dans l’indifférence générale par la mousse qui tapissait les abords du feu de camp. La suivante tomba droit dans ses braises rougeoyantes et fut engloutie par les flammes dans un grésillement étrange. Ce ne fut cependant que lorsqu’elle en ressurgit en vrombissant furieusement, déjà brûlée à mort, qu’elle réveilla l’attention de l’homme resté assis. Il se leva dans un sursaut. La chose avait terminé sa course entre ses pieds, ses petites ailes grises noircies par la morsure du feu. Ses ailes… ? Alors qu’il contemplait le cadavre miniature avec étonnement, l’homme sentit quelque chose heurter son dos et se retourna d’un bond, le cœur battant.
Les grillons, hébétés, s’étaient mis à pleuvoir par dizaines du plafond de feuilles frémissant, arrachant une exclamation apeurée au voleur qui fusa à l’opposé de sa compagne et de l’elfe pâle.
« Saloperies de… !? Reste pas là ! Viens vite ! »
La femme tourna la tête vers son partenaire et poussa un cri stupéfié quand le front de Pallidiliévès heurta sa nuque de plein fouet, l’assommant sur le coup. Le mordu laissa lui-même échapper un juron douloureux et s’affaissa en avant, sonné ; la dernière chose dont son crâne avait besoin était un traitement de ce genre et il le lui faisait bien sentir, pulsant d’une douleur crue en plusieurs endroits.

Rien ne bougea pendant un instant. Le bandit, tremblant, dégaina un long coutelas et fit quelques pas mal assurés vers l’avant. Pallidiliévès pour sa part sentait ses forces s’écouler à grand flot par les entailles qui semblaient percer par centaines sa pauvre tête, noyant la piqûre des échardes –bien réelles, elles– qui parsemaient son scalp et sa chevelure emmêlée. Il ne pouvait plus rien faire. Alors que son coupe-jarret d’adversaire balayait son camp des yeux avec un rictus méfiant, ne sachant plus vraiment où regarder et doutant soudain de la culpabilité du vampire dans la série d’événements étranges qui avait balayé la petite clairière reculée, le vampire ramena ses genoux contre son torse. Les yeux de l’homme se posèrent alors sur le visage humide de Bondar et il grogna.
« Oh non…Non, non…foi de Balrog et de son engeance pourrie, on m’aura pas comme ça… »
Se raidissant malgré lui, le druide ne tarda pas à sentir la grosse main calleuse du malfrat empoigner son épaule et sa lame se presser contre sa gorge, mal aiguisée. Il sentait l’épaule de Suursa contre lui, parfaitement décontractée, et une crainte sourde tordit soudain ses entrailles. Elle avait voulu détourner l’attention des bandits de leur compagnon, sa peau pâle attirait trop de soupçons sur lui. Se pouvait-il qu’elle l’ait sacrifié à sa place ? Bondar, si c’était possible, sua de plus belle. Il avait fait tout ce qu’il pouvait pour le groupe, ses dernières forces avaient assommé les grillons. Ulia…Réfléchissant à plein régime, l’elfe tenta de se représenter le raisonnement de Suursa, de sa logique chirurgicale de guérisseuse à ses priorités au sein de leur petite troupe. Il avait toujours été entendu que c’était à elle qu’incomberait, le jour venu, la charge pesante de décider de qui vivrait si un seul était à sauver ; c’était ce à quoi ses talents l’engageaient, après tout. Et puis elle était si sage ! Son flegme, loin d’une façade ou d’une posture, était le corollaire d’un entendement hors du commun qu’elle ne pouvait raisonnablement avoir tiré du peu d’années qui la séparaient du berceau. Deux siècles, trois peut-être, c’était toujours plus qu’Ulia au premier centenaire tout juste complet, mais les vieux singes comme Bondar riaient doucement lorsque les jeunots de cet âge-là déboulaient à leur table en s’appelant des adultes. Non ! On n’avait rien vu quand on avait vécu si peu, et pourtant Suursa le talonnait, le talonnait de très près. Dans leur groupe, il ne brillait qu’à travers son immense expérience, tout juste malin et assez débrouillard pour avoir survécu au monde suffisamment longtemps pour atteindre une vieillesse d’elfe – ce qui n’était déjà pas trop mal – ; ce n’était plus l’affaire que de quelques vies d’homme avant que son amie ne termine de faire ses armes intellectuelles, et alors il devrait s’incliner sur tous les plans. Ulia, Ulia…Ulia immobilisée…Suursa l’aimait bien car il était impossible de la détester, mais il avait vu ses regards peser sur l’arc de la petite elfe. Pallidiliévès, Mergelemn et lui avaient-ils eu tort de penser qu’elle saurait toujours privilégier son jugement sans faille à ses affects ? Le druide avait vu, aussi bien que les coups d’œil mortifères de Suursa, le sang dans les cheveux de l’archère. Il sentit son cœur se serrer, le souvenir de l’expression glacée qu’affichait la guérisseuse lorsqu’elle le voyait amuser Mergelemn avec ses golems surgissant dans son esprit, lancinant. Il sentait encore ses deux prunelles sombres passer des plantes calcinées au sol aux lucioles d’énergie pure qui dansaient devant le sourire émerveillé du rôdeur, puis des lucioles aux mains tendues de Bondar, amuseur affable, qui interceptait généralement ces reproches muets du coin de l’œil avec un haussement d’épaules amusé avant d’ordonner une pirouette supplémentaire à ses invocations. Milles nouvelles lunes…Le vieux druide, pâlissant, voyait danser devant ses yeux toutes ces raisons de craindre le plan qu’il devinait dormir sous la crinière flamboyante de Suursa.
Il fallut que son agresseur décide d’accentuer la pression de son arme sur sa gorge mouillée pour que Bondar reprenne le contrôle du fil de ses pensées. L’elfe grimaça. Vieil imbécile de pleutre écervelé ! Quand le danger était si proche, c’était que le moment de douter était passé. La mort le rendait déraisonnable...
« Ah vous vous croyez malins, les elfes…Toujours à caracoler à droite à gauche en faisant des étincelles…Tsst ! Ben j’vais te dire, ce soir, y’z’ont trouvé plus malin qu’eux ou je m’appelle plus… »
C’est alors qu’un grondement véhément retentit dans le dos du bandit, qui jeta un regard suspicieux par-dessus son épaule. L’œil qu’il avait présenté à la scène s’arrondit. Braqué avec fureur contre ses liens, Pallidiliévès labourait la terre de ses deux pieds laissés libres comme si le tronc derrière lui avait pris feu, indifférent à la morsure du chanvre sur son torse et ses épaules. Le bandit eut un mouvement de recul instinctif.

« L’animal… ! »

Suursa, qui commençait à souffrir de ses propres blessures, saisit l’opportunité et dirigea tout ce qu’il lui restait de forces vers Bondar, tétanisé, qui eut un sursaut surpris. Son agresseur ne savait plus où donner de la tête, hésitant à interpréter l’explosion de férocité de Dillis comme la cause de l’étrange énergie qui s’était remise à rayonner autour de lui. La guérisseuse, cédant ses dernières ressources au vieux sorcier à sa gauche, exhala un ultime soupir malade. Le bandit pivota sur lui-même derechef et dévisagea l’elfe rousse avec incrédulité.
« …Toi ? –AH ! »
L’homme, en se retournant, avait perdu son équilibre et basculé en arrière dans un soubresaut, tombant de la hauteur de ses talons sur le tapis de mousse qui s’étendait derrière lui. Manifestement tenté un instant de se traîner vers la chaleur et la lumière de son feu, il se redressa maladroitement en menaçant Suursa de la pointe de son arme, bras tendu. Inutile ; la guérisseuse avait perdu connaissance. Mais l’homme, déjà trompé trop de fois par l’attitude des elfes, ne se sentait plus une once de confiance envers ses yeux clos et sa tête ballante.
Les grillons, au sol, eurent un sursaut. Leurs pattes, repliées dans une attitude moribonde, se mirent à brasser l’air avec fureur pour tenter de saisir un brin d’herbe ou une brindille, bientôt assistées par leurs ailes de coléoptère au vrombissement tonitruant ; une centaine de petits insectes se mirent ainsi à rebondir maladroitement sur la mousse de la clairière, désorientés, dans une fanfare de bourdonnements éperdue entrecoupée du choc sourd de leurs carapaces heurtant tantôt le sol, tantôt un tronc, tantôt les bottes du bandit. Bondar respirait lourdement, avachi contre ses liens malgré la vague d’énergie inattendue qui avait investi ses veines sous l’injonction de Suursa. Il repoussa d’une grognement ténu la honte qui le paralysait et se mit à rassembler ses forces. La guérisseuse était décidément la plus futée des deux…Du nerf, à présent !

Alors que l’homme, après avoir écrasé quelques grillons en pilonnant la mousse de ses grandes bottes de cuir, se retournait vers Suursa dans un « Non, morbleu…C’est toi qu’y m’faut ! » ânonné d’une voix lointaine, un sifflement s’éleva depuis la bouche tuméfiée du vieux sorcier dont il s’était détourné et ses doigts se crispèrent nerveusement sur le manche de son arme. Lentement, il tourna la tête vers Bondar et lui présenta un visage frémissant de tics fébriles. Les grillons reprenaient lentement leurs esprits et s’élevaient dans l’air glacé par essaims désordonnés, tourbillonnant à la recherche de la sécurité confortable de leurs cimes et de son épais labyrinthe d’aiguilles et d’écorce. Le bandit ne trouva pas la force de s’effrayer de leur ballet léthargique, les yeux rivés sur le rictus narquois de l’elfe qu’il aurait dû tuer plus tôt. Ses jambes étaient lourdes comme du plomb.
Le druide, abandonnant sa pantomime moribonde, se redressa pour planter ses yeux dans ceux de son adversaire médusé. Il entrouvrit les lèvres. Sans un mot, tirant une langue rougie par le sang qu’il n’avait pas osé cracher, il dévoila la silhouette effilée d’un beau frelon rouge et or endormi sur le lit tiède de ses papilles. Le bandit écarquilla les yeux.
« Cabridan… »
Les ailes du frelon se déployèrent avec une grâce éthérée. Il fallut un instant supplémentaire au bandit pour se rendre compte de la situation et pour se jeter en arrière alors que la bête prenait son envol sans un bruit, ses ailes brassant l’air dans un silence de velours. L’homme se retrouva plongé dans la nuée hésitante des grillons et hurla en fendant l’air frémissant de sa mauvaise dague, ajoutant à l’affolement des insectes, les yeux papillonnants à cause des ailes qui frôlaient par dizaines son visage rougi. Il n’entendait plus que leur bourdonnement entêtant et le sifflement de son arme impuissante. Ce fut alors qu’il parvenait enfin à abattre une des bêtes d’un revers volontaire que la première piqûre survint, transformant son cri victorieux en plainte aigüe.
Un éclair rouge dansait dans la grisaille des grillons, trop rapide pour ses yeux. C’était lui…c’était lui ! L’homme, arrachant sa chemise, se mit à fouetter l’air furieusement, puis sa propre peau lorsque la morsure des piqûres qui se multipliaient malgré ses efforts devint insupportable. Qui du poison ou de l’essoufflement faucha, le premier, ses jambes boursoufflées ? Bondar ne le sut jamais. Son frelon, ayant rempli son office, revint voleter devant ses yeux nonchalamment. Puis l’elfe laissa ses paupières s’abaisser et l’invocation s’évanouit, emportée par une flammèche verte.
Les liens de Pallidiliévès cédèrent à ce moment-là. Dans un rugissement de fauve, l’elfe pâle bondit droit sur le cadavre du bandit et se saisit de son visage d’une main, plongeant un regard débordant d’une fureur brute et incontrôlée dans celui, déjà vitreux, du cadavre défiguré. Il sursauta. Tremblante, sa main libre s’éleva devant ses yeux écarquillés et l’elfe poussa un second cri, déchiré cette fois-ci, avant de tituber jusqu’au feu de camps en traînant derrière lui le bandit inanimé. Son œil gauche ne cilla pas devant la lueur des flammes. Le coup du nain l’avait tué…Le vampire cracha avec rage et jeta un dernier regard au cadavre du bandit, qu’il balança en direction du foyer. Le véritable ennemi était bien vivant. La chair du sinistré tombé face contre braises se mit à crépiter doucement et Pallidiliévès, sa lucidité recouvrée, boitilla jusqu’à l’arbre de Bondar.

Le druide fut sauvé de la fatigue qui menaçait de l’emporter à nouveau par la sensation de ses liens tombant sur ses cuisses, défaits. Une main prévenante l’empêcha de basculer en avant. Agrippant l’avant-bras musclé avec une grimace, il secoua la tête et se força à ouvrir les yeux, avisant la silhouette de Suursa à ses côtés. La guérisseuse, elle aussi, avait été saisie par l’aisselle et se tenait avachie contre l’épaule de celui qui les avait libérés.
Le regard de Bondar remonta jusqu’au visage de Dillis et il cilla en signe de remerciement, puis s’aida du tronc derrière lui pour se remettre debout après que le vampire lui eut retourné un sourire fatigué. Invoquer le frelon l’avait, littéralement puisque la bête était la matérialisation de sa propre énergie, vidé. Lui qui pouvait donner vie à un ours grand comme deux hommes dans ses bons jours, c’était dire avec quelle rage le nain avait cogné.
Tandis que son ami encore plus blafard qu’à l’accoutumée s’occupait de traîner Suursa au centre de la clairière, là où s’étendait un tapis de mousse confortable, Bondar s’avança vers le rocher auquel Ulia et Mergelmn avaient été attachés. S’il n’avait pas eu tout à fait tort dans sa panique lorsqu’il s’était mis en parallèle avec l’archère, tentant de comprendre pourquoi Suursa semblait les avoir sacrifiés dans ses plans pour la survie du groupe, il avait adopté le mauvais de vue. Ce qui à cet instant l’avait rapproché de la petite elfe blonde n’était pas la contrariété qu’ils soulevaient l’un et l’autre chez la guérisseuse, mais le danger qui pesait sur leurs épaules. La rousse austère, sous sa dureté apparente, avait deviné que Dillis ne supporterait pas de le voir menacé par la fureur du bandit. Et seule un colère aveugle comme celle du vampire était capable de rompre sur le coup une corde de chanvre…

Alors que Bondar allongeait précautionneusement une Ulia encore trop mal en point pour se réveiller, Mergelemn ouvrit les yeux dans un sursaut. Il faisait nuit et la clairière autour de lui n’avait rien à voir avec celle où il avait perdu connaissance. L’air, les pins, les grillons, la fumée d’un feu, une odeur de viande, de sang, de peur. Et la corde qui pendait contre son torse. Avec une exclamation effrayée, le rôdeur bondit sur ses pieds et s’effondra à nouveau aussi sec, la jambe droite transpercée par une douleur atroce. Seule une poigne autoritaire autour de son épaule l’empêcha de renouveler son essai douloureux. S’apprêtant à mordre à pleines dents le bras importun faute de trouver les coutelas qui pendaient habituellement à sa hanche, dissimulés sous ses habits ou non, Mergelemn se figea de surprise en sentant son agresseur l’enlacer calmement mais fermement. Ses sens en éveil ne tardèrent pas à reconnaître l’odeur de mousse et de fumée de ce bon vieux Bondar, tout comme le picotement de sa barbe hirsute trempée de sueur. Le rôdeur soupira de soulagement. Si le druide allait bien, c’était que le reste n’allait pas si mal.
Mergelemn tapota l’épaule du vieil elfe pour lui faire comprendre qu’il pouvait le lâcher et jeta un œil apaisé aux alentours, remarquant Pallidiliévès occupé à rassembler leurs armes éparpillées autour des restes d’un feu, Suursa, Ulia et les deux humains sans connaissance qui gisaient sur le sol de la clairière. Il plissa les yeux, peinant à faire le lien entre les informations qu’il ne pouvait s’empêcher de récolter partout où son regard passait, trop vite pour son esprit embrumé. Bah…Les autres lui raconteraient, il aurait bien le temps de comprendre plus tard. Ce fut alors qu’il se pinçait l’arête du nez avec une grimace douloureuse, les pensées décidément plus confuses encore qu’après une nuit entière de prières enfumées et de divagations au rythme des psaumes de Suursa, que sa jambe recommença à le lancer. Il se crispa des orteils jusqu’à la nuque. Se pouvait-il que… ? Tâtant d’une main aux doigts trop nombreux le tibia en faute, il laissa échapper un gémissement alarmé. Bondar, qui avait noué un bout de sa tunique autour du front d’Ulia, se retourna d’un bond. C’était ce qu’il craignait…
Mergelemn, perdant ses moyens à nouveau, se mit à se tortiller fébrilement pour parvenir à se lever malgré sa jambe cassée. Un animal blessé…Horrifié, le vieux druide n’eut d’autre choix que de se saisir du gourdin qui traînait non loin et de l’envoyer heurter durement l’arrière du crâne de son ami, qui s’affaissa en avant. Plus jamais cette vision ! Implorant d’un regard anxieux l’aide de Pallidiliévès, qui avait formé un tas avec leurs affaires entres les racines de l’arbre auprès duquel il avait étendu Suursa, l’elfe déchira le pantalon de son ami. L’ecchymose était bombée et bariolée de couleurs qui ne présageaient rien de bon, mais l’os ne semblait pas avoir adopté d’angle irrécupérable. Bondar eut un lourd soupir. De toutes les jambes que le nain pouvait briser, il avait fallu qu’il choisisse celle de celui qui vivait pour courir librement…
Devant ses yeux, l’image d’une hirondelle picorant les reste d’un vermisseau sur un rocher miroita un instant. Un gros poing à la peau tannée surgit soudain et saisit sa petite tête bleue entre l'index le pouce. Ces doigts courts et épais, Bondar les connaissait…Impuissant, il ne put qu’assister au coup de marteau impitoyable qui s’abattit sur l’oiseau et l’étau détestable qui l’immobilisait. Le crâne était ouvert, les doigts indemnes. Satisfait de sa manœuvre, le bourreau se saisit de la petite cervelle préservée qui pointait entre les éclats d’os épars, et la jeta sur sa langue. Bondar eut un haut-le-cœur.

Lorsqu’il rejoignit Pallidiliévès, ce fut d’une démarche trainante. Le druide était fatigué. Il s’agenouilla auprès de Suursa, posant un œil hagard sur ses traits paisibles, dépouillés de la sévérité dont ils s’habillaient lorsque la guérisseuse était éveillée. Il posa une main désolée sur son front, là où se nouaient les tatouages verts et tortueux qui couraient sur sa peau. De l’autre, il saisit la gorge de la voleuse assommée qui traînait par là et la tira jusqu’à lui, ignorant son gémissement pâteux. Dire que son amie venait tout juste de retrouver la tranquillité du sommeil…À présent, il n’aspirait plus qu’à goûter à cette paix lui aussi. Son rôle touchait à sa fin. Lorsque le contact de la main du druide commença à la brûler, la femme saisit son poignet d’une main faiblarde et entrouvrit les yeux, réveillant la douleur qui vrillait à présent le membre brisé du poignet jusqu’à l’épaule. Les tatouages de Suursa commencèrent à briller doucement. Alors que la truande se mettait à gigoter de plus en plus violemment, battant le sol des deux pieds et lacérant le bras de Bondar de ses ongles rongés, Pallidiliévès vint assister son compagnon blanc de douleur en plaquant un bout de fourrure sur le visage de l’humaine suppliciée. Les tressautements cessèrent bientôt. Alors que la guérisseuse ouvrait les yeux avec un sourire, ses tatouages reprenant leur apparence initiale, le vampire releva le tissu et plongea son regard borgne dans les orbites vidée de la voleuse qui avait osé lever ses sales pattes sur lui un peu plus tôt. Les paupières de Bondar, elles, s’étaient fermées et ne s’ouvriraient plus avant longtemps. Le druide s’était endormi agenouillé. Se dressant sur un coude, Suursa jeta un œil à la femme allongée à ses côtés. Le haut de son corps n’était plus qu’un squelette noirci qui dégageait une odeur de charnier, les chairs recroquevillées autour des os et la peau partie en poussière. Elle empoigna le plexus de la sinistrée et la jeta au loin, là où le cadavre de son amant rôtissait paisiblement. Puis elle se saisit des aisselles de Bondar et le traîna jusqu’au tronc auquel s’était adossé Dillis, qui avait posé les têtes de Mergelemn et d’Ulia sur ses genoux.

La voyant arriver, l’elfe pâle écarta ses compagnons endormis et laissa la guérisseuse se blottir contre lui, Bondar sous le bras. Suursa laissa sa tête tomber sur le torse de son compagnon et tira Ulia jusqu’à elle, passant une main douce sur son crâne balafré. La petite porterait cette marque pour toujours…Cet idiot de nain n’avait pas pu s’empêcher de détruire la beauté et la pureté de son visage d’ange, tout comme son peuple ignoble en faisait de tout ce qui passait à portée de ses marteaux. D’où ce besoin frénétique de broyer, de concasser, de remodeler pouvait-il bien venir ? Quel parent dégénéré les avait-il privés de leur sensibilité à la beauté d’une nature vierge ? Suursa renversa la tête en arrière et plongea son regard dans l’œil pâle que lui présentait la nuit, si sage. La Lune voyait tout, elle avait toutes les réponses. Mais ses voies étaient par moment à la hauteur du mystère qui planait dans l’obscurité des heures où elle fleurissait, et seules de longues complaintes parvenaient à l’atteindre, elle qui guettait si haut dans les cieux. Oui, quand on avait l’art de la demander, elle répondait toujours.
« Wuirys… »
Pallidiliévès se raidit lorsque Suursa prononça le nom de leur ami. Il secoua la tête et une larme anxieuse coula sur sa joue. Lorsqu’il était revenu de la taverne, éméché à force d’enfiler les bières en regardant les humains qui s’y trouvaient se bagarrer avec leurs petits poings, il avait vu le massacre que le nain avait opéré dans le camp de ses amis. À vrai dire, s’il avait trop bu, c’était par faute d’orgueil, lorgnant la gamine assise à la table d’à côté lorsque les combats l’ennuyaient. Elle lui arrivait à l’épaule, il ne pouvait pas la laisser accumuler plus de chopes vides que lui… Il avait appris à ses dépens que défier à ce genre de jeux qui que ce soit parvenant encore à aiguiser des couteaux après trois tournées générales était une entreprise hasardeuse. Alors, quand il s’était retrouvé face à l’agresseur de ses compagnons, il n’avait rien pu faire d’autre que de balbutier quelques mots dont il ne se souvenait déjà plus. Puis le nain lui avait encastré la tête dans un arbre – quelle idée… – et l’obscurité l’avait emporté. Mais avant cela, et de cette image il se souvenait parfaitement, il avait vu Wuyris bouger. Par quel coup du sort improbable avait-il émergé de sa torpeur si tôt alors que ses amis, eux, étaient destinés à sommeiller longtemps sous le coup de leurs blessures ? Il n’était même pas le plus robuste d’entre eux. Puissant, assurément, mais d’une constitution délicate de prêtre de la Lune, de chanteur. Le connaissant, il avait dû retourner se confronter au nain…Pallidiliévès frémit. Les bandits ne l’avaient pas trouvé avec le reste du groupe.
Il était heureux que l’urgence de la situation ait épargné à Bondar et Mergelemn la douleur de remarquer l’absence de leur ami. La nouvelle serait moins crue à la lumière du soleil et d’une bonne nuit de repos. Peut-être les aurait-il même retrouvés d’ici-là ? Le vampire serra son bras libre autour du ventre de Suursa, qui entonna une mélopée douce. Ils lui devaient tous la vie ce soir. Tout ce que son éducation lui avait inculqué de foi se mobilisa dans l’espoir que sa prière à la lune parvienne à sauver Wuyris également, mais ses entrailles, sachant pertinemment que celles de la guérisseuse partageaient leur opinion, lui crièrent de ne pas ignorer le sentiment atroce qui le faisait trembler de rage des pieds à la tête. Oui, malgré l’énergie pleine de réconfort que son chant permit à Suursa de diffuser en elle et autour d’elle, ils savaient tous les deux que quelque chose n’allait pas. Aussi sûrement qu’un animal sait pourquoi l’épine plantée dans une patte tranchée a cessé de le faire souffrir.

Pallidiliévès veilla, cette nuit-là, alors que Suursa s’endormait en chantant.


« Gargh gyarh ! C’est vrai qu’j’pourrais t’laisser ici et r’tourner voir l’aut’ serveuse, mais j’pense pas qu’le tavernier m’laisse entrer pour autant… Quitte à passer chacun la nuit dans l’froid, autant l’faire ensemble, hein, Axe ? »

Le sourire d’Axe s’élargit. Elle n’en avait pas croisés beaucoup, des âmes capables d’apprécier la simplicité d’une rencontre au clair de lune sans s’embarrasser des cérémonies obligées auxquelles le commun s’abandonnait une fois les identités des uns et des autres à nu. Tensions, jeux de regards, discours filtrés. Pourquoi les hommes agissaient-ils comme si les innocents, dans leur pureté, étaient les seuls à mériter une discussion à cœur ouvert ? Il n’y avait pas d’innocents…et, par conséquent, que des hypocrites. Il fallait une grande sagesse pour porter un regard sans haine sur les souillures des mortels. C’étaient elles qui écrivaient le monde, sa beauté et son horreur. Il n’y avait d’anges que ceux qui n’étaient pas encore nés.
Axe laissa le nain se lever et s’éloigner sans répondre. Charybde, à ceci près qu’elle n’avait pas d’yeux, lui jetait l’équivalent psychique d’un regard torve. Après leur délicieuse communion, c’était un drôle de numéro que sa petite maîtresse exécutait là. Et il n’y a que les sages pour s’abstenir de participer au jeu des hommes, compléta la mercenaire en pensée, puisqu’ils ont perdu tout attrait pour la valeur des sentiments à force de lucidité. Les sentiments s’attachent à des choses irrationnelles que leur cœur n’est plus capable de jauger. Non pas qu’il en ait perdu l’aptitude, il faut plus que l’épreuve de la sagesse pour priver un esprit de ce genre de sensibilité, mais il ne sait plus le désirer ; sans volonté, il est inanimé. J’ai toujours la volonté de faire bouffer du fer à ceux qui ont voulu gâcher ma partie, Charybde, sois sans crainte…Le démon, à ceci près qu’il n’en avait pas, secoua la tête et réinvestit tout à fait l’enveloppe du marteau auquel il était lié pour guetter paisiblement la suite des événements. De tous les guerriers en mal de puissance à déchaîner, il avait fallu qu’on l’attache à une philosophe…

Le nain, après avoir détroussé l’elfe qu’Axe avait examiné sans grande conviction, commença à l’asperger d’eau-de-vie. La mercenaire soupira. Peut-être le sous-estimait-elle un peu…Peut-être avait-il simplement, comme tout le monde quand l’occasion se présentait, envie de boire un coup. Fut-ce avec un monstre.

Axe jeta un regard rapide au ciel au-dessus d’elle. Une lune gibbeuse trônait dans l’obscurité, et avec elle sa promesse mensuelle. Un monstre…Pas encore, mais il ne me reste que quelques jours.

Soudain, alors qu’elle jetait un œil curieux au pelage immaculé de l’ourson qui s’était roulé en boule près du feu, un frisson la secoua des pieds à la tête. Ses doigts s’enfoncèrent dans la terre meuble. Après s’être perdu dans les flammes un instant, son regard glissa jusqu’au nain penché sur le cadavre au cou dévissé et s’y ficha comme un harpon, ardent. Ses sens de bête s’étaient tous braqués vers l’anomalie qui secouait les alentours du nain, invisibles à l’œil, dans un frémissement indécis. Cette magie…Différente de celle que le nain avait utilisé plus tôt, mais de peu…Si Axe ne savait pas à quelles forces elle faisait appel, le loup en elle en était tout retourné. Pas que le loup, à vrai dire. À une échelle moindre, bien moindre, cette sensation lui rappelait quelque chose. Mais quoi ? Elle avait vu toutes sortes de magie, de celle du bellâtre qui l’avait introduite à la politique dùralassienne aux maléfices de celui qui lui avait permis d’y laisser sa marque, en passant par le langage occulte du démoniste qui lui avait offert Charybde. Elle devinait une parenté avec ce qu’elle avait perçu des sortilèges de ces trois-là, mais ce n’était pas tout à fait cela. Une joie enfantine se peignit sur son visage. Sorti de nulle part, un brasier venait d’engloutir le macchabée dans une gerbe de flammes grésillantes, dévorant la peau de l’elfe en dégageant une fumée grasse et odorante.

Accueilli par le sourire ravi de la trésorière, « Thauthau » revint s’asseoir aux côtés de son petit familier.

« Bien… Bon Axe, dis moi. Tu souhaitais la jouer franche, hein ? Alors répond moi sérieusement. As tu...L’expression d’Axe, en même temps que celle du nain, s’assombrit un peu. N’en auraient-ils jamais fini d’être sérieux ? Surestimé… As tu d’la viande pour c’soir ? Par ta faute, j’ai rien pu m’mettre sous la dent c’soir, et mes r’serves sont à sec ! »

Le regard de la mercenaire s’illumina aussi sec. Un éclat de rire soulagé plus tard, elle attrapait sa besace et en tirait un bout de viande séché qu’elle tendit au nain avec un regard mortifère à l’intention de l’ourson qui avait redressé le nez, le ventre bombé par son repas.

« À ton maître, maintenant, tu veux ? La petite bête s’aplatit au sol. Il n’était jamais trop tard pour apprendre la discipline…Axe coinça une autre bande de venaison entre ses dents et étala quelques condiments devant elle. C’est tout ce que je peux t’offrir, marmonna-t-elle entre ses mâchoires serrées, il me faut des provisions pour les mines. Je ne sais pas jusqu’où ce petit salopiaud de lafeth a eu le temps et le cran de s’enfoncer, une fois là-bas il pourra s’écouler deux jours comme deux semaines avant que je revoie la surface… »

Elle prit une bouchée de sa viande et mastiqua un moment, puis soupira et céda un lambeau de barbaque à l’ourson. Grattant affectueusement son échine, elle avisa l’épaisseur insoupçonnable de sa fourrure et sa dentition de prédateur, ricanant en le voyant se débattre avec sa friandise filandreuse. Plus taillée pour des chairs tendres que pour celles d’un cadavre faisandé…

« C’est que tu seras une véritable machine de guerre quand tu auras pris un peu de poids, toi…Je n’ai jamais rien vu de pareil, et pourtant les dieux savent que je suis une enfant du Nord. As-tu pu observer des adultes ? S’il peut atteindre la taille d’un petit grizzly, il n’aura à s’inquiéter de personne une fois sa croissance terminée, parole de chasseuse. »

Plongeant ses doigts innocemment dans l’armure de poils qui couvrait les flancs de l’animal sans parvenir à toucher sa peau, Axe profita de ce qu’il roulait sur le dos de contentement pour parachever son examen. Son ventre, une fois le duvet de son premier âge arrivé à maturité, serait protégé de la même manière. La plante de ses pattes était oblongue, ses griffes moins imposantes que celles des ours de son enfance mais plus effilées. L’ourson laissa échapper un grognement béat et dévoila à nouveau deux paires de canines à faire pâlir un lion…Mais pas une manticore.

« Mais oui, tu seras le roi du monde…Mais oui… Tant que tu ne te frotteras pas au loup blanc ! »

L’ourson fut le seul à voir les crocs que la saveur de la viande avait fait apparaître dans la bouche d’Axe. Il bondit sur ses pattes et trottina jusqu’aux genoux de son maître avec empressement tandis que la mercenaire passait une langue amusée sur ses dents pour en déloger les bouts de lard qui y étaient restés coincés, leur permettant ainsi de retrouver forme humaine discrètement.

« Eh bien ! Nous aurons appris que ton petit ami aime bien le sanglier mais pas les histoires d’épouvante, Thauthau…Ça m’étonne que tu ne sois pas parvenu à lui trouver à manger dans ces bois, ils regorgent de gibier. Beaucoup de porcs sauvages échappés des élevages des géants il y a plusieurs siècles de cela. La légende raconte que les descendants de leurs maîtres se disputent encore pour savoir s’il vaut mieux réparer la clôture ou partir à leur poursuite… »

Ne comprenant pas un mot de la plaisanterie d’Axe mais reconnaissant le ton qu’elle avait pris pour l’effrayer, l’ourson eut un grognement inquiet et la lycanthrope éclata de rire derechef.

« Ne t’en fais pas, toi, là où nous allons les géants auraient bien du mal à passer. Ayant récupéré sa flasque des mains de Thauthau pour y rafler une gorgée, Axe porta le goulot à ses lèvres et marqua une pause. Hm. Lapsus, tiens…Elle baissa les yeux vers le nain, toute trace d’hilarité gommée de son visage en un instant à l’exception de ses joues rougies. Dis-moi, puisque j’ai déjà commencé à te poser la question, tu ne voudrais pas m’accompagner en bas ? Je sais traquer toutes sortes de proies et je connais un peu les cavernes dùralassienne mais mes compétences s’arrêtent là, je ne sais pas ce qu’il adviendrait de moi si je me perdais en tentant de retrouver mon chemin vers la surface. Quant à toi, même si tu te débrouilles en forêt, ce n’est pas ton élément, pardonne-moi de te le dire ainsi mais ça crève les yeux. La mercenaire désigna d’un geste du menton malicieux le front rougi de son compagnon, que sa peau sensible trahissait. Tu es une créature des profondeurs… »

Puis, dernier élan de professionnalisme, la mercenaire lança en bondissant sur ses pieds :

« Je peux payer ! »

Se retournant vers l’orée des bois avec un sourire en coin, ayant bien noté la réserve que son petit compagnon d’un soir semblait nourrir envers le mercenariat, Axe dégaina une des lames qui pendaient à ses hanches. Une arme longue et fine plus proche du tison miniature ou de la lime que d’un coutelas guerrier, au tranchant enduit de venin le midi même. Un grondement autrement plus inquiétant que ceux de l’ourson retentit derrière les buissons alors qu’Axe, l’odorat tendu vers l’origine de la menace gutturale, dissipait d’une main la fumée qui s’élevait encore de la carcasse de l’elfe. Ça sentait la viande, le sang et la mort. Plus qu’alléchant pour le plus grand charognard des forêts de pins.
Deux yeux sombres luisirent un instant à la lueur des flammes. Ses tendons calcinés ne parvenant plus à le soutenir, un bras de l’elfe se détacha de son corps dans une gerbe d’étincelles qui révéla dans l’obscurité la courbe d’une échine gigantesque. Surmontée d’une couronne de poils bruns couturée de cicatrices, elle se dressait à plus d’un mètre du sol, ses muscles saillants jouant sous sa peau brune alors que la bête piétinait sur place, hésitant à s’engager dans la clairière. Finalement, constatant que la petite chose qui le défiait ne s’écartait pas, l’énorme animal passa une tête chauve entre les branches qui les séparaient et huma l’air empuanti. Axe avisa la cataracte qui voilait son regard aveugle. Un vieux mâle, qui n’avait probablement pas attrapé un poisson depuis quelques étés. Antiquité réduite à laisser son nez la guider sur le chemin d’une subsistance qui, si elle semblait n’avoir que peu d’avenir, ne serait pas promise à l’échec naturellement de sitôt : l’ours était bien bâti. Retroussant ses lèvres de bête pour dévoiler deux rangées impressionnantes de dents fêlées, le grizzly passa une patte de l’autre côté des fourrés et s’y appuya lourdement. Une flèche était demeurée coincée dans les nœuds de sa fourrure éparse, pendant à son épaule musclée sans être jamais parvenue à atteindre ses chairs. La tête de l’ours se trouvait à présent à moins d’un mètre d’une Axe à l’expression d’ivresse absolue dissimulée à Thauthaudarmafur et à son petit protégé, qui se trouvaient dans son dos.

« De la viande… Veux-tu m’aider à bonifier un peu notre dîner, Thauthau ? Elle tourna la tête pour trouver le regard du nain du coin de l’œil. Ne crains rien, tu n’auras pas à en manger si ça ne te plaît pas…mais tu pourras piocher dans mes vivres comme bon te sembleras. »

Devant elle, le grizzly s’était redressé de toute sa hauteur, s’appuyant d’une patte sur un vieil arbre dont le bois gémit.
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Thauthaudarmafur
Arlequin

Thauthaudarmafur

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Masculin Âge RP : 52

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(Calebasse démoniaque, +200, v+200, Calebasse Piñata : Les récompenses en pièces d'or de fin de combat concernant les tours passés sont multipliées par 10 [le voleur aura le droit à une multiplication par 20])

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Vitalité:
"Rencontre" [PW Axe] 1559870510-barre-vie-gauche1890/1890"Rencontre" [PW Axe] 1559871461-barre-vie-rouge  (1890/1890)
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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyMar 9 Juil 2019 - 21:46

La mercenaire en face de Thauthaudarmafur, dont le visage s'était également assombri, éclata d'un rire franc avant de partager sa viande séché à son infortuné compagnon. Il la remercia d'un regard alors qu'elle adressait une réplique cinglante à son ourson. Le nain ricana grassement, ce qui rassura légèrement son ourson légèrement suspicieux envers la combattante.


« Il me faut des provisions pour les mines. Je ne sais pas jusqu’où ce petit salopiaud de lafeth a eu le temps et le cran de s’enfoncer, une fois là-bas il pourra s’écouler deux jours comme deux semaines avant que je revoie la surface… »


Il écouta attentivement celle-ci parler de sa cible tout en portant la viande à ses lèvres, ses dents entaillant nettement la venaison. Ses yeux noirs sombrèrent dans les flammes de la lanterne. La gamine ne se posait même pas les bonnes questions. Peu importait, selon le nain, jusqu'où ce Iafeth était allé. Le seul questionnement viable concernant les profondeurs des montagnes était : Était-il seulement encore en vie? Il renifla bruyamment.


« Ou bien deux ans. T’sais rien des profondeurs, n’est c’pas ? Sache qu’ton type là, quelle que soit ta haine envers lui, est sans doute déjà en train de nourrir les rats s’il s’est aventuré trop loin. J’te souhaite que non, toi qui veux tant satisfaire ta soif de vengeance... »


Le Banni laissa la jeune femme s’amuser avec son familier, son esprit se rappelant des Esprits qu’il avait pu rencontrer dans les profondeurs. Ceux-ci auraient pu dévorer l’être éperdu avec les enfers au derrière qui avait osé pénétrer leurs antres sacrées. Quelle idée, pour un stryge noir, de fuir dans les profondeurs ? Pensent-ils sérieusement que les abysses sont plus sûres que les contrées dùralassiennes ? Il soupira longuement. Ignares qu’ils étaient. Il y avait dans les profondeurs des horreurs qu’ils n’imaginaient aucunement et dont la puissance dépassait de loin celle des légendaires Balrogs. Le nain jeta un regard sur la gamine qui grattait désormais le ventre de l’ourson. Elle semblait s’amuser, mais avec un sérieux des plus déconcertants. Comment une humaine de cet âge était parvenue, dans son quotidien, à l’idée de rejoindre une organisation criminelle, et d’en devenir la trésorière ? Il plissa les yeux. Il se doutait qu’elle cachait un jeu bien sombre, et pourtant elle respirait d’une aura de meurtre. Le regard ténébreux du nain dériva sur l’arme posée plus loin. Un énorme marteau. Son sourcil droit tressaillit. Il ressemblait étrangement à l’arme d’une des déesses naines, symbolique de la guerre et de la justice. Et pourtant, ce marteau semblait de nature peu angélique. Thauthaudarmafur y concentra ses sens Arcaniques, découvrant bien rapidement une source magique. Cependant, alors qu’il tentait d’en savoir plus, il fut repoussé psychiquement. Sa pierre vibrait toujours continûment, témoignant d’une présence pour le moins anormale. À la lumière de la lanterne et du corps qui brûlait, le guerrier sembla même discerner une sorte de gaz noirâtre enrober l’arme. Il fronça ses sourcils broussailleux, mais alors qu’il allait réellement s’accrocher à ce détail, la mercenaire parla à son ourson. Le nain porta son attention aux deux créatures, comprenant que la jeune femme s’intéressait à l’origine de la petite bête d’un blanc pur. Il se tut, n’appréciant cependant guère qu’elle s’intéresse au passé de son compagnon animal.

Il laissa la gamine à son inspection, et porta plutôt son attention au macchabée brûlant. Déjà, les premiers muscles fondaient, laissant apercevoir les os roussissant petit à petit. Au final, les Dieux avaient fait chaque espèce de la même manière. Les Dieux Elfiques et les Dieux des Nains s’étaient-ils coordonnés, ou bien cette obligation était-elle dictée par une puissance plus grande ? Cette réflexion était pertinente, et demanderait bien du temps pour trouver une conclusion. Thauthaudarmafur n’était pas le plus pieux des nains, ayant perçu l’incident des abysses de Saphir Étoilé comme une trahison de certains de ses Dieux, et une épreuve des autres. Néanmoins, il savait qu’il rendrait compte un jour à ces mêmes Dieux un jour, lorsqu’il reviendrait à la Terre. Il n’avait jamais renié ces divinités, mais ne comprenait pas les desseins qu’ils avaient pour sa forteresse natale, pour Ogh Hen Kìr. Avaient-ils décidé d’abandonner leurs fidèles, ou au contraire de les défier afin de leur offrir une chance de les valoriser aux yeux des Dieux ? Le nain renifla. Que Valaya l’accompagne, car il allait quitter sa fratrie pour un long moment.

La dénommée Axe l’interrompit une nouvelle fois dans ses pensées, semblant tenter d’effrayer son ourson par un quelconque conte. Thauthaudarmafur cligna lentement des yeux, adressant une prière silencieuse à Valaya, puis reporta son attention sur la Trésorière de la Congrégation, l’ourson revenant prestement sur ses genoux.


« Eh bien ! Nous aurons appris que ton petit ami aime bien le sanglier mais pas les histoires d’épouvante, Thauthau…Ça m’étonne que tu ne sois pas parvenu à lui trouver à manger dans ces bois, ils regorgent de gibier. Beaucoup de porcs sauvages échappés des élevages des géants il y a plusieurs siècles de cela. La légende raconte que les descendants de leurs maîtres se disputent encore pour savoir s’il vaut mieux réparer la clôture ou partir à leur poursuite… »


L’ourson grogna légèrement, mais une caresse de la main bourrue de son maître sur son museau le calma instantanément. Celui-ci sourit largement à la pique envers les Géants, alliés des Kazhariens depuis quelques siècles. Il ne prit pas la peine en revanche de répondre à l’étonnement de la mercenaire. Ce qu’il lui était arrivé ces dernières semaines ne la concernait pas. En tant que frère d’armes, il avait dû rendre hommage à chacun des nains qu’il avait exécuté dans les mines. Trouver un endroit lié à Kochytwaz fut assez peu simple, celui qu’il avait en tête ayant été englouti par une avalanche…


« Ne t’en fais pas, toi, là où nous allons les géants auraient bien du mal à passer... Hm. Lapsus, tiens… Dis-moi, puisque j’ai déjà commencé à te poser la question, tu ne voudrais pas m’accompagner en bas ? Je sais traquer toutes sortes de proies et je connais un peu les cavernes dùralassiennes mais mes compétences s’arrêtent là, je ne sais pas ce qu’il adviendrait de moi si je me perdais en tentant de retrouver mon chemin vers la surface. Quant à toi, même si tu te débrouilles en forêt, ce n’est pas ton élément, pardonne-moi de te le dire ainsi mais ça crève les yeux.  Tu es une créature des profondeurs… »


Le nain haussa rapidement un sourcil. Une proposition des plus intéressantes, mais également un dilemme pour le guerrier. Suivre un membre de la Congrégation, pire, l’aider dans sa quête de vengeance n’avait rien d’honorable. La critique de la chasseuse ne l’atteignit pas : elle n’avait aucune idée de ce qu’il savait faire et n’avait déclaré cela qu’à la vue de son front meurtri. Elle aimait bien la provocation, mais il n’appréciait décidément pas sa manière feutrée de tenter d’extirper des informations sur la provenance du nain.


« Je peux payer ! »


La première erreur véritable de la guerrière. Un nain, s’il n’est Tueur, n’acceptera jamais une proposition de mercenariat d’un être n’étant pas nain -appartenir au throng n’étant pas considéré comme du mercenariat-. La jeune femme dégaina une lame à sa hanche après s’être levée. Le nain grommela et répondit gravement.


« Effectivement, tu ne connais pas les profondeurs, pardonne-moi d’te l’dire ainsi mais ça crève les yeux. Garde ton argent, trésorière, j’n’accepterai jamais d’argent impliquant la mort d’innocents. Car oui, ce Iafeth est innocent m’concernant. Que t’acceptes ma vision des choses ou non, ce type m’a rien fait, j’ai aucune raison d’le tuer, ni d’aider qui qu’ce soit à l’tuer. J’accepte en r’vanche de t’accompagner sur un bout d’chemin, j’m’assurerai ainsi qu’tu n’veux rien à mes frères nains. Non, j’te fais pas assez confiance pour prendre tes mots pour la vérité, Axe. P’t’être plus tard, si tu m’prouves être digne d’une confiance naine. »


Un craquement suivi d’un grondement retentirent à la lisière de la forêt, derrière le rocher. Le nain se leva, saisissant sa hache à sa ceinture. Il siffla rapidement, ordonnant à son ourson de se mettre en sécurité, ce qu’il fit en rejoignant la main tendue de son maître qui l’amena à l’intérieur de son plastron. Alors qu’un bras en décomposition de l’elfe chutait sur le sol, un grizzly adulte apparut bientôt. Le nain renifla bruyamment et, laissant son bouclier dans son dos, se saisit d’une Rune dans sa pochette droite de sa ceinture. Considérant la carrure de la bête, il semblait évident que quelques coups de hache ne suffiraient pas. Tenant la hache dans sa main droite, et sa Rune inactive dans la gauche, il s’approcha de la mercenaire, croisant son regard rougeoyant.


« De la viande… Veux-tu m’aider à bonifier un peu notre dîner, Thauthau ? Ne crains rien, tu n’auras pas à en manger si ça ne te plaît pas…mais tu pourras piocher dans mes vivres comme bon te semblera. »

« D’la viande, c’est d’la viande. T’en fais pas pour moi. Par cont’… J’réserve le flanc droit, il m’a l’air bien meilleur. Essaie d’pas trop l’abîmer avec ta masse, ce s’rait dommage qu’la chair d’vienne trop tendue... »


Le  nain, souriant devant l’opportunité d’un combat, échangea un regard avec la mercenaire, amusé. Après cette journée frustrante, un réel combat allait lui faire du bien...




~ Puisse Grungni veiller sur votre honneur ~




État des slots d'arène : Garz-Doug VS Oló-Grabuge-Thauthau
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Le Destin
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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyMar 9 Juil 2019 - 21:46

Le membre 'Thauthaudarmafur' a effectué l'action suivante : Actions


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Le Juge
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MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyVen 19 Juil 2019 - 0:29

Combat Thauthaudarmafur / Axe – La Faune

débute le combat

Thauthaudarmafur : 1738
Vitesse : 1410
Dégâts : 330
Bonus :
  • Deck d'invocation :
    effet:
     



  • Deckonomicon :
    effet:
     



  • Tarot toro [Activé] :
    effet:
     
  • Rapidité : Peut taper deux fois le Grizzly et le Troll des montagnes.



Sournoiserie A {Invocation de Thauthaudarmafur} : 197
Vitesse : 200
Dégâts : 200


Dame des Lames {Invocation de Thauthaudarmafur} : 1165
Vitesse : 350
Dégâts : 100
Bonus :
  • Pour Frodoooon : Donne 6% de vitalité par tour aux alliés.





Axe : 2398
Vitesse : 1356
Dégâts : 2807
Bonus :
  • Machiavel :FAIT.

  • Charybde :FAIT.

  • Force naturelle :FAIT.

  • Rapidité : Peut taper deux fois le Grizzly et le Troll des montagnes.




  • --------VERSUS-----------


    Grizzly : 640
    Vitesse : 240
    Dégâts : 240
    Bonus :
    • Frappe destabilisante : Si le joueur a fait un EC, le Grizzly le frappe si fort que le joueur ne pourra pas attaquer au tour prochain

    Butin :
    • 1 touffe de grizzly



    Troll des montagnes : 3200
    Vitesse : 400
    Dégâts : 560
    Bonus :
    • Haleine glaciale : La vitalité des adversaires est réduite de 20%

  • Rapidité : Peut taper deux fois les Sournoiseries.

  • Butin :
    • 1 peau de troll des montagnes
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    En ligne
    Axe
    Maîtresse d'armes

    Axe

    Messages : 780
    Expérience : 2623
    Féminin Âge RP : 16

    Politique : 132
    Métier : Chasseuse - Maîtresse absolue
    Titres:
     

    (Manticore d'Axe +350, 150, v+300)

    Stats & équipements
    Vitalité:
    "Rencontre" [PW Axe] 1559870510-barre-vie-gauche2576/2576"Rencontre" [PW Axe] 1559871461-barre-vie-rouge  (2576/2576)
    Vitesse: 794
    Dégâts: 2501

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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyVen 19 Juil 2019 - 8:52

    Le muffle de l’ours, griffé par les ronces, se tordit dans une grimace quasi humaine. Charybde n’était pas très intéressée par l’affrontement, gardant ses forces pour les profondeurs, et s’était détournée de son humaine aux tripes palpitantes. Quelque chose guettait dans les environs. Pas l’énorme masse qui approchait, attirée elle aussi par l’odeur de la viande, mais un intellect subtil dont la présence nimbait inexplicablement les environs du nain. Ce n’était pas le nabot et sa pauvre caboche de chair qui dégageaient une aura pareille, sur cela Charybde n’avait aucun doute. Il ne s’agissait pas non plus de la boucle d’oreille castratrice de sa maîtresse, dont ce…‘Thauthau’ avait pour l’instant été épargné ; malgré l’intelligence dormante et le pouvoir certain de l’artefact, il possédait une volonté propre somme toute assez primaire.
    Charybde avait senti la chose tenter de l’effleurer, pas encore assez puissante pour l’atteindre. Les maigres pouvoirs du nain s’étaient dardés sur elle à ce moment précis. Ce pauvre petit bout d’homme s’était-il, lui aussi, lié avec une entité consciente ? Il avait pris moins de précautions que sa jeune maîtresse, l’idiot…Lovée dans son corps d’acier, le démon décida de laisser la fille s’amuser avec son grizzly, circonspect. Elle se doutait de quelque chose, mais il vaudrait mieux la préserver des détails de l’affaire tant que son petit cœur battrait encore au rythme de son deuil. La vieille bête ferait office d’exutoire. Charybde ne vivait plus que pour voir un jour cette sale petite sorcière tomber en déchéance, bien sûr, noyée dans sa rancœur, ce qui de la part d’un démon de haine et de destruction s’apparentait à une marque d’intérêt singulière plutôt qu’à une injure ; mais il ne permettrait pas qu’une saleté extérieure à leur petit couple soit la cause de son embrasement, oh non. Connaissant la curiosité de la fille pour en avoir fait les frais, si elle apprenait que le nain possédait une source de pouvoir comparable à son serviteur, elle ne pourrait pas se retenir d’y fourrer son petit nez cassé, pas dans cet état déraisonnable…Cela ne devait pas arriver.

    Charybde exhala une bouffée d’énergie noire comparable à un pied-de-nez vulgaire, guettant une réaction de la Chose.

    La trésorière, de son côté, était concentrée sur l’animal, qui semblait avoir flairé l’odeur de son petit congénère par-dessus la fumée grasse du macchabé. Il éructa puissamment. Les ours mâles avaient pour coutume de tuer les oursons abandonnés et se déchaînaient particulièrement sur les petits de même sexe, éliminant ainsi facilement une future concurrence dans l’œuf. Un couinement vaillant monta depuis le plastron de Thauthau et Axe secoua la tête, sidérée par le manque d’instinct du jeune familier. Immature, certes, mais con comme dix mâles formés…Et cet abruti paternisant qui l’avait fourré au plus près de ses organes vitaux. La louve soupira. Si elle voulait un guide pour les mines, il allait falloir remédier à ce problème.

    Convoquant son virus, Axe écarta les bras pour récupérer l’attention du grizzly, les muscles gonflés. Sa lame luisit à la lueur du feu, piquant le regard presque aveugle de l’animal. Celui-ci eut un reniflement irrité et retomba sur ses pattes lourdement, ses oreilles déchirées pointées vers la petite créature qui s’agitait devant ses yeux. Il ouvrit une gueule énorme et poussa un rugissement d’avertissement, puis fit claquer ses crocs brisés. Voyant que la fille ne bougeait pas, il avança d’un pas et jeta une de ses lourdes pattes en avant, parvenant enfin à arracher un mouvement de recul vif à son adversaire. Il leva la tête, lorgnant l’éclat flou du plastron de Thauthaudarmafur derrière la gêneuse, les narines frémissantes, mais une nouvelle odeur avait supplanté celle de son congénère, plus proche encore que celle de la graisse bouillante pour laquelle il avait décidé de se montrer. Le loup, frêle, n’était en principe craint par des bêtes de ce gabarit qu’en nombre ; mais cela… ? La fille-bête dégageait un nouveau fumet, puissant, défiant, et ne s’était pas soumise aux menaces de l’ours. Le mâle eut un grondement aussi déconcerté que furieux. Quoique ce fut, cela lui disputait proie et autorité.

    Ses griffes fouettèrent l’air plusieurs fois. Il était encore étonnamment agile pour une bête de son âge et sa charge le mena jusqu’au centre de la clairière, sans lui permettre toutefois de déchirer son adversaire comme il l’eût voulu. Axe avait reculé d’un pas régulier sans baisser ses bras, les yeux plongés dans ceux de la bête. Hé ! Il bougeait bien pour un grand-père ! Sérieusement irrité, l’ours bascula à nouveau sur ses membres postérieurs et écarta les pattes en croix, singeant sans le savoir la position de sa jeune adversaire. Ou était-ce l’inverse ? Contrairement à lui, Axe savait ce qu’elle combattait. L’ours ne trouvait pas d’approche et jouait sur sa masse imposante pour remporter le combat à l’intimidation, ce qui ne fonctionnait pas ni ne fonctionnerait plus tard, et s’en apercevait bien. Son adversaire, petit s’il en croyait la volute sombre qui dansait devant ses yeux obscurcis, le défiait comme s’il pouvait le concurrencer en force et en stature, mais fuyait ses étreintes meurtrières ; il puait aussi bien le loup que l’homme, et aussi bien l’homme que le loup, mais sentait la mort avant tout ; sans protéger sa proie, il semblait vouloir le combattre. L’ours gonfla l’échine et s’abattit sur le problème de tout son poids. Si c’était petit, et que cela avait au moins un peu une odeur chien affamé, cela s’écrasait.

    Cela ne fut pas écrasé.

    L’ours se découvrit prisonnier de deux bras forts mais peu épais, refermés autour de son cou râpé. Ses mâchoires claquèrent plusieurs fois dans le dos de la mercenaire aux pieds enfoncés de plusieurs centimètres dans la terre, les reins et les jambes brûlants de l’effort qui leur avait permis d’amortir le poids de la bête, et ses pattes cherchèrent les flancs du loup de mort, peinant à trouver le corps fin de son adversaire. Le temps à ses membres massifs de battre l’air avec circonspection et l’animal puant se tordait violemment une fois, deux fois, trois fois de gauche à droite, délogeant par ses à-coups brutaux les griffes postérieures du grizzly de l’herbe où elles s’étaient enfoncées ; l’improbable se produisit et le mâle tomba dans un mugissement, entraînant avec lui la chienne étrange. Ce fut à cet instant, et à cet instant seulement, qu’Axe usa de son poignard. Sa lame trouva le pan de fourrure arraché par la flèche et se logea entre deux côtes sur un râle douloureux du vieil ours, dont les membres se raidirent avant d’avoir le temps de lui labourer les flancs, puis le calme revint. La louve sentit, sous elle, les poumons de l’animal se vider lentement, alors que la vie s’échappait de son corps usé.

    Thauthau n’avait pas eu l’occasion de l’aider, finalement…C’était mieux ainsi.

    Axe roula sur le côté et retomba sur ses pieds, quittant la fourrure épaisse de sa victime. Elle fit un signe au nain pour lui signifier que c’était fini. Un souffle apaisé lui prit la poitrine, qu’elle accueillit avec soulagement, et elle adressa un clin d’œil à son compagnon. Sans même s’en rendre compte, elle avait entièrement baissé sa garde pour se consacrer à l’ours, accordant une confiance aussi inconsciente qu’involontaire à ce petit bonhomme et à son honneur aux termes bien tranchés. Un sentiment des plus nouveaux…Elle avait pour habitude de se battre seule.

    Aaaaaaaah…Ça avait pris son temps, mais elle s’était calmée.

    D’une voix dépouillée de toute amertume, elle s’adressa au nain :

    « Je ne te demanderai pas de participer à l’assassinat de lafeth, Thauthaudarmafur. Et pour ce que ma parole vaut, je t’assure que je n’en veux pas au peuple nain. Tu peux prendre mon emportement lorsque tu m’as poussée à évoquer lafeth comme une preuve d’honnêteté, mais puisqu’il m’a empêchée de te convaincre calmement, je vais corriger le tir. 

    À vrai dire, ta question, même si elle a touché dans le mille par chance, n’était pas si maligne. Toi qui es si sûr de me comprendre, qui penses-tu que du peuple ou de l’individu m’importe le plus ? Comment t’aurais-je répondu si ma cible était un nain, sinon négativement ? Ou alors, comme tu l’as supposé, il eut fallu que je m’attaque à un roi, un grand marchand, un sage, un allié, que sais-je. Si j’étais lancée pour tuer ton père ou ta mère, ou ton meilleur ami, et que la vie de ce nain n’importait que peu pour la bonne tenue de ton peuple, mon dérapage mis sous silence, tu n’en saurais pas plus que tu n’en sais maintenant.
    Mais mettons à présent que je veuille effectivement tuer qui que ce soit chargé d’une certaine importance, nain ou pas, me serais-je seulement accordé les haltes répétées que tu m’as vue prendre ? Me serais-je montrée ? Aurais-je clamé haut et fort que la Congrégation était ici et à quel point elle était grande et terrible ? Tu l’as toi-même déduit, je suis confiante. Et c’est bien parce que je chasse de la vermine. Comment aurais-tu pu le savoir si j’en voulais à un nain ? En te tenant informé des nouvelles, mais tu es un excentré qui a passé un temps non négligeable sous terre très récemment, il y a bien des choses que tu ne peux qu’ignorer. Pourquoi un survivant comme toi se serait-il échoué dans une taverne si reculée pour sauter la première belle venue, sinon dans l’idée de tenter de reprendre contact avec le monde ?
    Les nouvelles, tu les connais à présent : le bras droit de l’Ombre est mort de la main des stryges de Zéphalia. Ce qui te permet de deviner grossièrement vers qui le regard de la Congrégation est actuellement porté. Malheureusement, n’as aucune autre preuve de cette affirmation, tu n’es donc finalement pas plus avancé que si je n’avais pas explosé. Tu pourrais me croire sur parole, mais si je te mentais, deux possibilités s’ouvriraient : la première serait que ma cible se trouve effectivement dans les mines, et tenter de t’embaucher comme guide serait un suicide pur et simple. Après tout, si je me trouvais moi-même dans cette taverne, c’était pour préparer mon contrat, tu peux le deviner toi-même. Mettons que ma cible est donc un nain, cela voudrait sans doute dire que je craignais qu’il s’oriente mieux que moi dans les profondeurs et que je cherchais un allié pour contrebalancer son avantage. Mais cette hypothèse pose plusieurs problèmes : je n’aurais, encore une fois, pas fait de détour s’il s’agissait d’une course-poursuite serrée ; ensuite, en prenant en compte le fait que mon nain s’est sans doute enfoncé profondément dans les mines et selon un itinéraire dont seul un œil aguerri peut décider, comment remonter si tu me conduis jusqu’à ma cible, te rends compte de la supercherie, et que je vous abats tous les deux ? Cela nous amène à la deuxième possibilité, ma cible est bien un nain mais ne se trouve pas dans les mines. Je t’ai tendu un piège et si nous faisons route commune dans la forêt, j’aurai mille occasions de te tuer discrètement. Donc, que je te fasse la proposition de m’accompagner ne peut signifier que deux choses : je suis honnête, ou tu vas mourir inutilement et l’autre nain ne sera pas sauvé. Sans parler de la possibilité selon laquelle tu es ma cible, et dans ce cas-là, notre discussion dans son intégralité n’aura servi qu’à te faire mener fausse route sur toute la ligne. Tu as pu voir que je suis joueuse avec mes adversaires. Suivant cette logique, te sens-tu toujours aussi confiant quant à la maigre preuve qu’apporte le fait que ta tête soit toujours bien en place ?
    Axe rit de bon cœur. Oui, sûrement. J’ai trop parlé cette fois-ci. Si tu devais mourir ce soir, j’aurais consacré moins d’énergie à te reprendre et plus à retourner fissa noyer la jolie fille de l’auberge dans ma prose. »

    Les cimes des arbres craquaient sous la brise.

    « Toujours est-il que si tu es bien face à un être sournois, tu es condamné. Qui sait ? Peut-être t’ai-je offert mon dos lorsque j’étais face à l’ours pour m’attirer ta confiance, sachant que tu serais forcé de me laisser l’affronter de toute manière pour sauver ta peau. Tu ignores tout de mes talents d’actrice. Moi, en revanche, je sais exactement quelle est ma force, et je crois avoir une bonne idée de la tienne. Je n’ai pas cessé de te tester à ce sujet. Alors il ne te reste que quatre possibilités : m’attaquer et mourir, fuir et mourir, parier sur ma fiabilité, ou chercher une garantie de mon honnêteté. Les deux derniers cas présentent une part de chance que ton peuple soit sauf, mais seul le deuxième t’en apportera la garantie. J’aimerais régler cette question avant notre départ pour les mines, si tu veux bien, je ne tiens pas à confier ma vie à un guide suspicieux. »

    Axe pencha la tête sur le côté.

    « Bien sûr, je n'ai pas envisagé le dixième de ce qui pourrait te tomber dessus en suivant ce genre de cheminement. On peut spéculer sur tout et jusqu’au point que l’on désire, Thauthau. Il existe toujours une chance non-négligeable pour que l’improbable surv… »

    La mercenaire se tut. Une grande masse s’était jointe à son auditoire…peut-être le craquement ne venait-il pas des cimes des arbres, finalement. Sans un mot de plus, elle se leva et alla cueillir Charybde, lorgnant le troll dont la tête venait tout juste de crever la lisière des pins. Parviendrait-elle à échanger deux mots avec son compagnon sans être interrompue ou devrait-elle suriner tous les habitants de cette foutue forêt pour espérer un peu de tranquillité ? Même si une part de sa confiance lui était naturellement acquise pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas, elle préférait que le nain se démontre plus coopératif avant de décider de quoi que ce soit. Il lui avait bien fait comprendre qu’elle n’avait aucune chance seule dans les grottes, et il était vrai en outre qu'un guide constituerait un avantage supplémentaire sur ce pauvre lafeth, mais le jeu devait en valoir la chandelle.
    Axe comprenait mieux pourquoi il semblait si attaché à "l'honneur nain", comme il disait. Le discours de la louve n'avait fait que souligner l'incertitude permanente dans lequel le Banni évoluait lorsqu'il se trouvait confronté à un monde qui ne répondait pas à ses codes de conduite ; son regard incisif et ses talents déductifs le sauvaient, mais ne pourraient toujours constituer une garantie contre toutes les situations auxquelles il se trouverait confronté. Parmi les siens, au moins, il savait à quoi s'en tenir. Si toutefois on partait du principe qu'honneur était parole infaillible...L'Honneur n'était ultimement qu'une aide à la confiance vers laquelle le raisonnement d'Axe menait, une solution pour accéder plus facilement à une certaine tranquillité de l'âme. Pour vivre, il fallait accepter de lâcher prise. Avec cette saleté qui guettait le cadavre de l'elfe sous le couvert des arbres, la mercenaire n'avait pas le temps de déconstruire la petite cinquantaine d'années de foi patriotique qui semblaient séparer le nain du berceau, mais peut-être un jour se retrouveraient-ils assis au calme autour d'une table et le sujet mériterait-il d'être évoqué. Qui sait ?

    Tout ce qu'on sait, c'est qu'on ne sait rien...C'est le jeu mon pauvre ami !

    [En bref, Axe tue Winnie.]


    Dernière édition par Axe le Ven 19 Juil 2019 - 19:26, édité 2 fois
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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyVen 19 Juil 2019 - 8:52

    Le membre 'Axe' a effectué l'action suivante : Actions


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    Titres:
     

    (Calebasse démoniaque, +200, v+200, Calebasse Piñata : Les récompenses en pièces d'or de fin de combat concernant les tours passés sont multipliées par 10 [le voleur aura le droit à une multiplication par 20])

    Stats & équipements
    Vitalité:
    "Rencontre" [PW Axe] 1559870510-barre-vie-gauche1890/1890"Rencontre" [PW Axe] 1559871461-barre-vie-rouge  (1890/1890)
    Vitesse: 1110
    Dégâts: 405

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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyVen 19 Juil 2019 - 8:58

    Dans le plastron de Thauthaudarmafur, la pierre se mit à vibrer, signalant à son propriétaire qu’une activité magique anormale prenait vie non loin. Son oeil gauche se tourna prestement vers le marteau non loin, toujours immobile. Il reporta bien vite son attention sur l’ours qui venait de se poser à terre. Ses sens de guerriers pressentaient une menace plus grande qu’un ours. Il se concentra, tentant de percer de son ouïe les nombreux petits bruits entourant la clairière, sans résultat aucun. Il grogna, incapable de comprendre son instinct si précieux. C’est alors que la pierre lança une légère décharge électrique, emplissant son esprit d’un son strident. Le nain grimaça et serra ses armes douloureusement, la Rune entaillant légèrement une de ses articulations. Il fut contraint par la pierre de relâcher tous ses Sens Arcaniques, laissant ses yeux virtuels envahier la clairière. Très vite, ils se cabrèrent autour d’une bouffée de gaz magique, dont la noirceur dépassait de loin la magie sombre des Runes elles-mêmes. L’ancien Apprenti Maître des Runes n’eut aucun mal à identifier la provenance de ce gaz, qui était de la même nature que l’aura qu’il avait perçue autour du marteau. Aura qui avait d’ailleurs disparu. Le Banni n’avait aucun moyen d’en savoir davantage, sa pierre demeurant inexplicablement cloîtrée dans son enveloppe physique. Thauthaudarmafur rétracta ses Sens Arcaniques, notant de se méfier de cette mystérieuse arme.



    Le nain, après quelques instants d’observation, comprit rapidement que le combat qui se déroulait n’était pas le sien. L’ours et la gamine se regardaient tels deux prédateurs s’arrachant un même terrain de chasse. Axe se pensait confiante ? Qu’il en soit ainsi, le guerrier ne l’aiderait pas, et jugerait si elle a les épaules qu’il imaginait pour être la trésorière de la Congrégation. Une tension palpable, animale, s’expérimentait entre les deux chasseurs, l’une bestialement agressive, l’autre d’une sérénité froide et implacable. C’était presque beau à voir, si la douleur dans le crâne du nain ne tambourinait pas continuellement à ses tempes.



    Le combat fut court, mais relativement porteur d’information pour un regard acéré. L’une des premières leçons des guerriers nains était que l’on combattait selon un état d’esprit. Mentalité et technique de combat étaient ultimement liées, sans quoi les enchaînements ne pouvaient être fluides et efficaces. Axe dévoila devant les yeux de son compagnon d’un soir une manière de combattre terriblement significative. Provoquer une future proie, l’attirer dans son jeu, la forcer, d’impatience, à attaquer, et contrôler sa puissance, dévoilant la faille dans laquelle elle laisse lentement pénétrer sa propre offensive. Une technique portant ses fruits mais, alors qu’elle contrôlait la charge de l’ours avec une puissance physique incroyablement étonnante -que le nain n’oublia pas de graver dans ses souvenirs-, elle afficha une faille dans son dos, tout son être occupé à orienter son énergie vers l’avant. Choix volontaire ou faiblesse ? Le nain se refusait de juger. Il était trop tôt, et avait encore bien trop mal au crâne.



    La mercenaire se releva, semblant ravie et rassurée de respirer à nouveau l’air libre, sortant de sous la fourrure d’un vieil ours. Un second cadavre reposait désormais dans la clairière. Elle se tourna vers le nain, démarrant froidement un monologue la caractérisant donc.


    « Je ne te demanderai pas de participer à l’assassinat de lafeth, Thauthaudarmafur. Et pour ce que ma parole vaut, je t’assure que je n’en veux pas au peuple nain. Tu peux prendre mon emportement lorsque tu m’as poussée à évoquer lafeth comme une preuve d’honnêteté, mais puisqu’il m’a empêchée de te convaincre calmement, je vais corriger le tir. »


    Corrige donc, gamine. Le nain remarqua cependant qu’elle admettait ne pas avoir à lui demander d’être un complice de son affaire, tout autant qu’elle avouait s’être emportée. Elle était colérique, sans doute pleine de tensions diverses, mais elle était consciente, une véritable qualité aux yeux du nain. Les minutes qui suivirent furent empreints d’envolées théâtrales, de gestuelles explicatives et d’une démonstration de logique apparemment implacable de la part du moulin à parole sans manette d’urgence qu’était devenue la trésorière de la Congrégation. Après quelques instants, le nain ne put se retenir d’afficher un sourire. L’humaine se trompait sur son compte. La confiance naine n’était jamais basée sur la logique, bien trop manipulable, mais sur les actes. Il laissa néanmoins la trésorière poursuivre son cheminement, intéressé par celui-ci, caractéristique du fonctionnement de sa cervelle. Mais sa démonstration ne trouva pas de conclusion, car, alors que l’hilarité du Banni croissait, une créature interrompit leur échange. Par tous les Dieux de son panthéon, ne pourraient-ils pas être tranquilles un instant ?



    Le nain se retourna, contemplant le troll des montagnes se joignant à la fête. Voici donc ce que son instinct lui hurlait précédemment : l’ours était chausseur et proie dans un même temps. Le véritable chasseur se tenait devant eux, à la lisière de la forêt. Le nain ferma les yeux un instant, pliant de ses Sens Arcaniques les énergies ambiantes, les concentrant dans la Rune contenue dans sa main gauche. La Rune de foudre s’illuminait lentement d’une lueur jaunâtre alors que le nain ouvrait les yeux. Il s’avança lentement, évaluant avec attention les attitudes de la créature, recherchant son but et ses prévisions d’action. Le premier semblait évident, étalé par terre derrière le nain. Alors qu’il comprenait ce qu’était les secondes, attaques récurrentes chez les trolls, le Banni se rua sur le troll, lançant sa Rune en l’air devant lui, élevant sa hache au dessus de son crâne. Le troll, dans le même temps, tapa du pied, faisant vibrer la clairière de sa puissance. Un craquement de bois fendu se laissa entendre avant que le troll ne pousse un mugissement. Le nain, le bras déjà lancé, perçut du coin de l’oeil l’arbre sur lequel s’était appuyé l’ours se briser et tomber droit sur lui. Il était trop tard. Sa hache frappa comme prévu la Rune au moment où le tronc percutait Thauthaudarmafur. Un éclair apparut du contact avec la Rune, mais celui-ci se perdit dans la terre aux pieds du troll, ne lui causant aucun dégâts. Le nain grogna, percuté par l’arbre et projeté plus loin. Il indiqua d’un cri en nain qu’il n’avait rien. Effectivement, il était entravé sous du branchage, mais ne ressentait aucune douleur importante indicative d’une quelconque blessure.





    [Thauthau se prend un tronc dans la tronche.]




    ~ Puisse Grungni veiller sur votre honneur ~




    État des slots d'arène : Garz-Doug VS Oló-Grabuge-Thauthau
    | Disponible | Disponible



    :dwarfe:


    Dernière édition par Thauthaudarmafur le Ven 2 Aoû 2019 - 19:14, édité 1 fois
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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyVen 19 Juil 2019 - 8:58

    Le membre 'Thauthaudarmafur' a effectué l'action suivante : Actions


    'Attaque - Nain' :
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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyJeu 5 Sep 2019 - 3:35

    Troll attaque à 560 sur Axe.

    Combat Thauthaudarmafur / Axe – La Faune

    débute le combat

    Thauthaudarmafur : 1842 +104/tour
    Vitesse : 1410
    Dégâts : 330
    Bonus :
    • Deck d'invocation :
      effet:
       



    • Deckonomicon :
      effet:
       



    • Tarot toro [Activé] :
      effet:
       
    • Rapidité : Peut taper deux fois le Grizzly et le Troll des montagnes.



    Sournoiserie A {Invocation de Thauthaudarmafur} : 208
    Vitesse : 200
    Dégâts : 200

    Sournoiserie A {Invocation de Thauthaudarmafur} : 200
    Vitesse : 200
    Dégâts : 200

    Sournoiserie A {Invocation de Thauthaudarmafur} : 200
    Vitesse : 200
    Dégâts : 200

    Dame des Lames {Invocation de Thauthaudarmafur} : 1165
    Vitesse : 350
    Dégâts : 100
    Bonus :
    • Pour Frodoooon : Donne 6% de vitalité par tour aux alliés.





    Axe : 2542 +144/tour
    Vitesse : 1356
    Dégâts : 2807
    Bonus :
    • Machiavel :FAIT.

    • Charybde :FAIT.

    • Force naturelle :FAIT.

  • Rapidité : Peut taper deux fois le Grizzly et le Troll des montagnes.




  • --------VERSUS-----------


    Grizzly : MORT
    Vitesse : 240
    Dégâts : 240
    Bonus :
    • Frappe destabilisante : Si le joueur a fait un EC, le Grizzly le frappe si fort que le joueur ne pourra pas attaquer au tour prochain

    Butin :
    • 1 touffe de grizzly



    Troll des montagnes : 3000 -108/tour
    Vitesse : 400
    Dégâts : 560
    Bonus :
    • Haleine glaciale :  La vitalité des adversaires est réduite de 20%

  • Rapidité : Peut taper deux fois les Sournoiseries.

  • Butin :
    • 1 peau de troll des montagnes
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    Axe
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    Axe

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    Expérience : 2623
    Féminin Âge RP : 16

    Politique : 132
    Métier : Chasseuse - Maîtresse absolue
    Titres:
     

    (Manticore d'Axe +350, 150, v+300)

    Stats & équipements
    Vitalité:
    "Rencontre" [PW Axe] 1559870510-barre-vie-gauche2576/2576"Rencontre" [PW Axe] 1559871461-barre-vie-rouge  (2576/2576)
    Vitesse: 794
    Dégâts: 2501

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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyDim 6 Oct 2019 - 15:38

    Dés
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    Le Destin

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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] EmptyDim 6 Oct 2019 - 15:38

    Le membre 'Axe' a effectué l'action suivante : Actions


    'Attaque - Thérian.' :
    "Rencontre" [PW Axe] Cr_thy10 "Rencontre" [PW Axe] Ec_thy10
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    MessageSujet: Re: "Rencontre" [PW Axe]   "Rencontre" [PW Axe] Empty

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